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Revue de l'Orient chr etien
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KEVUE
DE
L'OWENTJ^HRÉTIEN
DEUXIÈME SÉRIE, Tome VIII (XVIII). — 1913. — N<^ 1
Dirigée par R. GRAFFIN et F. NAU
SOMMAIRE
Paees.
I. — F. Nau. — Les pierres tombales nestoriennes du musée
Guimet 3
n. — M. Chaîne. — Une homélie de saint Grégoire de Nysse
(texte copte et traduction française) (fin) 30
in. — J. Babakhan. — Essai de vulgarisation des Homélies métriques
de Jacques de Saroug [sitite) 42
IV. — F. Nau. — La version syriaque de l'histoire de Jean le
Petit (texte syriaque et traduction française) (suite). ... 53
V. — S. Grébaut. — Littérature éthiopienne pseudo-clémentine.
III. Traduction du Qalêmentos (aiiite) 60
VI. — M.Brière. — Une homélie inédite de Théophile d'Alexandrie
(texte syriaque et traduction française) 79
^11- — L. Delaporte. — Catalogue sommaire des manuscrits coptes
de la Bibliothèque nationale de Paris (suite). : 84
VIII. — S. Grébaut. — Chronologie des patriarches dWlexandrie (fin). 02
IX. — Mélanges :
S. Grébaut. — I. Les jours fastes et néfastes d'après le ms.
éthiopien n° 3 de M. E. Delorme 91
II. La saison des pluies 98
III. A propos de l'anaphore de saint Athanase 100
IV. Histoire de l'apostasie du diacre Léonce et de la mort du
Juif Isaac 101
X. — Bibliographie. — 0. Tafrali, Topographie de Thessaloni-
que. — Thessaloaique au xw siècle (F. tVau). — J. B. AuF- HAUSER, Konstantins Kreuzesvision in ausgewahlten Texten (F. Nau). — A. GoETHALs, Jésus à Jérusalem (S. Grébaut). — Turkish atrocities.... during April 1909(5. Grébaut). — P. An- gelo DA RoNCiGLiONE, Mauuale Amarico-Italiano-Francese Ma- nuale Tigray-Italiano-Francese (M. Chaîne). — L. Dieu, Nou- veaux fragments préhexaplaires du livre de Job (L. Delaporte). — Khristiansky Vostok (L'Orient Chrétien), 1. 1, fasc. I (A . Malvy). 105
PARIS
BUREAUX
DES ŒUVRES D'ORIENT
BUE DU BEOÀBD, 20
LIBRAIRIE A. PICARD ET FILS
BUE BONAPABTE, 82
OTTO HARRASSOTWITZ, LEIPZIG Recueil trimestriel. — Prix de l'abonnement : 1-2 fr. — Étranger : 11 fr.
Les communications relatives à la rédaction doivent être adressées
à M. le Secrétaire de la Revue de l'Orient chrétien A LA LIBUAIR-IK PIOAPID
RUE BONAPARTE, 82, PARIS.
Il sera rendu compte de tout ouvrage relatif à l'Orient dont on enverra un exemplaire à la précédente adresse.
La Revue de l'Orient chrétien (recueil trimestriel) paraît en avril, juillet, octobre et janvier par fascicules formant chaque année un volume de près de 50U pages in-8°.
Prix de l'abonnement: 12 francs. — Étranger : 14 rancs. Prix de la livraison : 3 francs net.
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Tome I. — Gr. in-8° (format de Migne), xn et 706 pages. Prix : 43 fr.
I. Le livre des mystères du ciel et de la terre (éthiopien et français), par J. Perruchon et I. Guior, 6 fr. 50. — II et IV. History of the Patriarchs of the Coptic Cliurch of Alexandria (arabe et anglais), par B. Evetts, 7 fr. , et 8 fr. 35. — III. Le Synaxaire arabe jacobite, Tout et Babeh (arabe et français), par René Basset, 10 fr. — V. Le Synaxaire éthiopien, Mois de Sanê (éthiopien et français), par I. GuiDi, 11 fr> 20.
Ce volume a coûté seulement 26 fr. 95 (port en sus) aux souscripteurs.
Tome' II, 690 pages. Prix : 41 fr.
I. Vie de Sévère par Zacharie le Scholastique (syriaque et français), par M. -A. Kugener, 7 fr. — 11. Les Évangiles des douze apôtres et de saint Barthélémy (copte et français), par le D^" E. Revillout, 5 fr. — III. Vie de Sévère par Jean, supérieur du monastère de Beith Aphthonia, suivie d'un recueil de fragments historiques syriaques, grecs, latins et arabes relatifs à Sévère, par M. -A. Kugener, 11 fr. 90. — IV. Les Versions grec- ques des Actes des martyrs persans sous Saper II (grec et latin), par H. Delehaye, S. J., Bollandiste, 9 fr. 50. — V. Le Livre de Job (éthio- pien et français), par E. Pereira, 7 fr. 70.
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Tome III, 646 pages. Prix net : 38 fr. 60.
1. Les Histoires d'Ahoudemmeh et de Marouta, primats jacobites de Tagrit et de l'Orient (vi^-vn^ siècles), suivies du traité d'Ahoudemmeh sur l'homme (syriaque et français), par F. Nau. Prix : 7 fr. 15. — II. Réfutation de Sa'îd Ibn Batriq (Eutychius), par Sévère ibn al-Moqaffa%évêque d'Asch mou nain (arabe et français), par P. Chébli, archevêque maronite de Beyrouth. Prix : 7 fr. 40. — 111. Le Synaxaire arabe jacobite [mile): Les mois de Hatour et de Kihak (arabe et français), par René Basset. Prix : 18 fr. 05.— IV. Sargis d'Aberga, controverse ju(iéo-chrétienne, première assemblée (éthiopien et français), par S. Grébaut. Prix : 6 fr.
Ce volume a coûté seulement 24 fr. 30 (port en sus) aux souscripteurs.
REVUE
DE
UORIENT CHRÉTIEN
DIRFGEE
Par R. GRAFFIN et F. NAU
i3£:xjxiem:e série Tome VIII (XVIIIj
18« volume. — 1913
LES PIERRES TOMBALES NESTORIENNES DU MUSÉE GUIMET
INTRODUCTION
I. DÉCOUVERTE DES PIERRES TOMBALES. — Vcrs l'ail 1885, des explorateurs russes ont trouvé deux cimetières nestoriens du xiii'' au XIV" siècle, distants de 5.") kilomètres, et situés au sud des villes de Pichpek et de Tokmak dans le Turkestan russe. Les pierres tombales étaient de simples cailloux de granit ramassés dans les torrents. Un certain nombre ne portaient qu'une croix; mais environ six cents portaient une inscription, d'ordinaire en langue syriaque et rarement en langue turque. Quelques-unes de ces pierres ont été portées au Musée de l'Er- mitage et un plus grand nombre au Musée Asiatique de Saint- Pétersbourg; les plus nombreuses sont restées sur place, mais on en a pris des photographies ou des estampages, par les soins de l'Académie des sciences de Saint-Pétersbourg, et M. D. Chwol- son, dans trois publications successives, a fait connaître toutes les inscriptions (1).
Treize de ces pierres tombales, par des étapes inconnues, sont arrivées l'an dernier à Paris et ont été offertes au Musée Gui met. La plupart de leurs inscriptions ont été résumées par M. Cliwolson, mais il nous a paru bon de les donner in ex- tenso, d'autant que la lecture, déjà incertaine par endroits sur la pierre, l'est bien plus souvent encore sur les photographies ou les estampages, et que nous pourrons donc améliorer quel- ques lectures.
Les photographies ont été faites par M. Dumont, gardien chef du Musée Guimet. Les pierres sont toutes noires ou grises, hors 16601 qui est en granit blanc, et ne se prêtaient donc pas à la photographie des inscriptions, aussi M. Dumont a dû indi-
(1) Ces trois travaux ont été présentés à l'Académie des sciences de Saint- Pétersbourg, I, le P"" avril 1886, 30 pages, une planche; II, le 8 mars 1888, 168 pages, 4 planches; III, le 28 février 1896, 62 pages, 4 planches. Nous renverrons à ces travaux, qui ont paru à ces dates dans les Mémoires de VAc. imp. des sciences de Saint-Pétersboui-g , par le nom Chwolson suivi du numéro I, II ou m du travail, de la page et du numéro de l'inscription.
-1 REVUE DE L ORIENT CHRETIEN.
quer rinscription par un trait à la craie. C'est ce trait qui es1 visible sur la photographie (1).
M^' Graffiii a bien voulu faire reproduire les photographies sur zinc ; il a contribué généreusement par là à donner plus d'in- térêt à cet article qui fait d'ailleurs tant d'emprunts aux beaux caractères dessinés, gravés et fondus sous sa direction.
II. Autres découvertes en Asie centrale. — Les pierres tombales nestoriennes n'ont pas attiré l'attention autant qu'elles le méritaient, à cause des découvertes beaucoup plus impor- tantes qui se sont succédé à jet continu dans ces régions. C'est à partir de 18S9 que l'on a commencé à explorer le Tur- kestan chinois, qui a été comme le carrefour de l'Asie. C'était le chemin des caravanes, qui y entraient par Kachgar pour se diriger ensuite sur Kharachar ou sur Yarkand (2); c'était aussi le champ clos où se rendaient : du nord, les barbares turcs et mongols; de l'est, les Chinois; de l'ouest, les Arméniens, les Perses et les Nestoriens ; du sud, les Indo- Scythes. La mission Dutreuil de Rhins a d'abord trouvé, dans la région de Khotan, un manuscrit sur écorce de bouleau, déchiffré depuis par M. Sénart, qui était alors le plus ancien manuscrit de l'Inde, cf. Journal As., IX' série, t. IX (1897), p. 503. M. Klementz, plus tard, a trouvé vers Tourfan, pour le compte du gouverne- ment russe, un grand nombre de documents, dont quelques- uns ont été édités par MM. Salemann et Radloff (3). En 1900- I90I, M. Stein, pour le compte du gouvernement de l'Inde anglaise, a exploré les environs de Khotan; puis, en I906-I908, le Lob-Nor et, en particulier, les environs de Touen-Houang (1).
(1) M. Cliaffanjon a envoyé à Paris, vers 1894, vingt crânes et vingt pierres de nos cimetières; nous avons trouvé les crânes au Muséum et le Musée Guimet attend encore les pierres que nous n'avons pu retrouver jusqu'ici.
('2j Cf. A. Herrmann, Die alten Seidenslrassen ztvischen China und Syrien, Berlin, 1910, 8".
(:3j M. Dmitri Klementz avait déjà parcouru une partie de la Sibérie et la Mongolie occidentale de 1885 à 1897; v. Bulletin de la Société de Géographie, 7" série, t. XX, Paris, 1899, p. 308. Avec M. Radloff, il avait relevé des anciennes inscriptions turques en caractères runiques, cf. W. Radloff, Die alttiirkischen Inschriften der Mongolei, Saint-Pétersbourg, 189 1. En 1898, il a exploré Tourfan et ses environs, cf. Nachrichten ilber die von der hais. Ak. der Wis. zu Sainl- Pelersburg im Jahre i898 ausgerûstete Expédition nach Turfan, Saint-Pétei'S- bourg, 1899, gr. in-8°, 83 pages.
(4) Écrit Tun-hwang sur les atlas allemands et Tun-houang sur notre croquis.
LES PIERRES TOMBALES NESTORFEWES DU MUSEE GUIMET. O
Près de cette localité se trouve le monastère des Mille-Boud- dhas, qui consiste en une collection de cellules décorées et peintes, creusées à même dans une haute falaise, comme les alvéoles dans un rayon de miel. Ces cellules sont un but de pèlerinage, mais n'ont en temps ordinaire qu'un seul habitant : le prêtre taoïste qui les garde. Celui-ci avait eu la chance de découvrir une cellule murée dans laquelle on avait enfermé une bibliothèque, et M. Stein, qui eut vent de cette découverte, put ainsi se procurer près de 6.000 manuscrits enfermés, selon lui, depuis le xi" siècle. En somme, il adressa en Angleterre plus de 1 1.000 documents écrits sur bois, sur papier, sur soie, dans une douzaine d'écritures et de langages. Trois missions allemandes ont fouillé les environs de Tourfan : Grïmwedel en 1002-1903; von Le Coq en 1901-1905; enfin Grûnwedel et von Le Coq en 1905-1906. Un certain nombre de textes provenant de ces ex- plorations ont été édités à Berlin. La France a enfin eu sa part des documents du Turkestan chinois grâce à M. Paul Pelliot, chargé, avec MM. Vaillant et Nouette, d'une mission dans ces régions en 1906. Les trois principales étapes de leur voyage ont été Toumchouq (oasis minuscule à mi-chemin entre Kachgar et Koutchar), Koutchar et Ïouen-Houang. M. Pelliot a trouvé un grand nombre de manuscrits dans la cellule déjà visitée par M. Stein, et en a acquis le tiers, environ 5.000 rouleaux. Les deux tiers restants (vingt caisses) ont été depuis lors trans- portés à Pékin. On s'est demandé si la cellule n'avait pas été remplie à nouveau après le passage de M. Stein. Il n'est pas impossible — bien que ce soit peu vraisemblable — que Ton y ait ajouté quelques rouleaux, et cela suffit pour qu'on ne puisse pas admettre a priori qu'ils ont tous été écrits avant l'an 1035, mais cela ne leur enlève rien de leur valeur documentaire. Un fragment chinois, trouvé par M. Pelliot, nous apprend que King-Tsing — qui est le diacre nestorien Adam, auteur de l'inscription nestorienne de Si-ngan-fou — a traduit en chinois 35 ouvrages plus ou moins nestoriens. Revenons maintenant à nos pierres tombales.
III. Écriture et dates. — L'écriture des pierres tombales est l'estranghélo plus ou moins bien écrit, avec les modifications apportées par les nestoriens, pour le t. final par exemple. Le -s se réduit parfois à une simple boucle, v. 16609. De plus,
6
REVUE DE L ORIENT CHRETIEN.
M. Chwolson a déjà fait remarquer que la partie la plus im- portante de rinscription est écrite, non pas de droite à gauche, mais de haut en bas, sur des colonnes qui se suivent de la gauche vers la droite. Voir surtout les n°' 16601 (page 23, note 9) et 16605, 16607 ci-dessous. C'était sans doute la manière d'écrire, non seulement des Jacobites, mais encore des nestoriens, et cela nous explique pourquoi l'écriture turque ouïgoure, qui dérive de l'estranghélo syriaque, s'écrit aussi de haut en bas, la première colonne étant à gauche; tandis que dans le chinois la première colonne est à droite de la page.
N° 16607
N' 16605
Les dates sont données d'après l'ère des Séleucides, avec indication de l'année du cycle turc-mongol correspondante. Les douze années de ce cycle portaient les noms suivants : 1, le rat. 2, le taureau. 3, le tigre. 4, le lièvre. 5, le dragon {^n). 6, le serpent. 7, le cheval. 8, la brebis. 9, le singe. 10, la poule. 11, le chien. 12, le porc.
LES PIERRES TOMBALES NESTORIENNES DU MUSEE GULMET. 7
Les croix, qui sont enjolivées parfois de trois ronds aux extrémités des bras, rappellent la croix de Si-ngan-fou, qui res- semble beaucoup à celle du n" 16600 reproduite ci-dessous, car elle a, comme celle-ci, trois ronds aux extrémités de trois bras et un pied à l'extrémité du quatrième bras.
N° 16600
Le plus grand des deux cimetières a contenu près de 3.000 tombes. Les dates varient de 1249 à 1345; beaucoup de chrétiens sont morts durant la peste qui a sévi dans ces régions en 1338-1330, car les inscriptions de ces années sont particu- lièrement nombreuses et portent souvent la mention : « il mou- rut durant la peste »; les survivants ont sans doute été massa- crés ou expulsés par les Musulmans qui avaient détruit déjà en 1342 la mission latine d'Ili-Baliq (Al-Malig).
IV. La région, SES habitants et leurs moeurs. — La région' au sud du lac Balkach a eu une nombreuse population agri- cole: on y trouve des ruines de villes, de villages et de travaux d'irrigation. M. Chaffanjon décrit une ville forte, nommée Tchontorkoul, construite par les chrétiens nestoriens. « Les remparts de cette citadelle, dit-il, sont encore très élevés et forment de véritables montagnes de terre; le plan de la ville représente une croix (1). » Près de là se trouve le lac Issik-Koul
(1) Nouvelles archives des missions scientifiques, t. IX, 1898; p. 10 du tirage à part.
8 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
OU lac aux eaux chaudes, qui ne gèle jamais parce que de hautes montagnes le protègent contre les vents du nord. Guillaume de Rubruquis a traversé ce pays, en 1243; il a séjourné douze jours à Cailac, sans doute Chilic sur la rivière du même nom. Le pays, dit-il, se nommait Organum, et les Nestoriens qui l'habi-
Croquis du Turkeslan.
Emplacement des cimetières nestoriens (près de Piciipek et de Tokmaki et des fouilles
des missions allemandes, anglaises, françaises et russes.
taient se nommaient Organa « parce qu'ils étaient de bons instrumentistes ». En réalité, il faut voir dans Organum (écrit dM^'&i Argonum)\Q nom. Argon, Arkaon, Erkhehoud, appliqué aux chrétiens nestoriens par Marco Polo, par le persan Alaï- Eddin, en 1252, et par les auteurs chinois entre les années 1252 et 1315; cf. Journal Asiatique, IX^ série, t. VIII (1896), p. 397, 400 et 437. On l'a rapproché d'ordinaire du grec "Apywv et de son équivalent syriaque pod;;, mais cette explication, basée sur le grec, n'a peut-être pas plus de valeur que l'explication proposée par Guillaume de Rubruquis et basée sur le latin (1). Le vrai sens a sans doute été donné par M. Pauthier dans le Livre de Marc Pol, Paris, 1865, p. 214-217 : Argonum ou Argon ou Ar-
(l) 11 est cependant possible que les gens du pays aient eu un goût particulier 'pour la musique, car un voyageur chinois raconte que le roi le conduisit en bateau « sur un étang qui était envirojiné de symphonistes ». Visdelou, Suppl. à Iq, Bihl. orientale de iVHerbdol, ]). 137.
LES PIERRES TOMBALES NESTORIENNES DU MUSÉE GULMET. 0
caon désigne les métis Syro-Mongols. Marco Polo écrit en effet qu'au pays de Tanduc « la seigneurie est aux chrétiens, mais il y a assez d'idolâtres et de sarrasins. Ils ont une génération de gens, ces chrétiens qui ont la seigneurie, qui s'appellent Argon, qui vaut à dire ^rasmt^/, et sont plus beaux hommes que les autres mécréants et plus sages. Et pour ce, ont-ils la seigneurie, et sont bons marchands ». Les Gasmoules ou Vasmoules existaient partout dans l'empire grec et étaient les descendants de pa- rents appartenant l'un à la race grecque, Vautre à Vune des nationalités latines (1). Puisque Argon ou Argonum est équi- valent à Gasmoule, ce mot désigne donc les métis syro-nion- gols. Ce sens est d'ailleurs suffisant pour rendre compte de tous les passages cités jusqu'ici où ce mot figure. On comprend pour- quoi il ne figure pas dans l'inscription de Si-ngan-fou, où les noms portés par les nestoriens permettent de croire qu'ils sont tous des syriens, et pourquoi nous ne le trouvons pas dans les inscriptions de nos pierres tombales, car ce n'était pas un titre. On comprend très bien cependant que les nestoriens de Pich- pek aient été désignés par ce nom, comme nous l'apprend Guil- laume de Rubruquis, parce que le mélange des noms et des idiomes syriaques et turcs nous indique bien que nous avons sans doute affaire ici à des métis.
Les Chinois, Mongols et Turcs ne nous paraissent pas d'ail- leurs s'être jamais convertis en masse au christianisme, car ses préceptes, même adoucis coname ils l'étaient par la pratique des nestoriens établis en Chine, ne répondaient guère aux habi- tudes et aux instincts de ces peuples (2), aussi les voyageurs ont trouvé des chrétiens partout, mais en petit nombre. Guillaume
(1) Voir Pauthier, lac. cil. On ne connaît pas d'ailleurs non plus l'ét^ymologie de Gasmoule. Celle qui tire ce mot de gas (= gars et garçon) et de mubis (métis du cheval et de l'àne) ne parait pas très satisfaisante. CI'. 0. Tafrali, Thessalonique au XIV° siècle, Paris, 1913, p. 43-44.
(2) Lorsque les nestoriens nous apprennent que deux cent mille Turcs Kéraïtes se sont convei'tis au nestorianisme, parce que leur roi perdu dans la neige et les montagnes avait promis de se convertir s'il retrouvait son chemin, on devine que cette conversion était surtout l'affaire du roi, de sa famille et d'un petit nombre. Les autres étaient catalogués chrétiens et cela à bon droit; mais il a été aussi facile plus tard — sinon plus facile — de les cataloguer musulmans. Les grands seuls traînaient des nestoriens à leur suite, comme scribes, marchands, sorciers, prêtres, médecins, et ceux-ci ne tenaient sans doute aussi qu'à s'attacher aux grands.
10 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
de Rubruquis a trouvé à Karacorum douze temples d'idolâtres, deux mosquées et une seule église chrétienne qui appartenait aux nestoriens; dans le pays même d'Argonum, à Cailac (Chi- lic), « grande ville où il y avait un grand marché fréquenté par une multitude de marchands », il y avait trois temples d'idoles et pas d'église, car lorsque Guillaume trouve, trois lieues plus loin, une église de nestoriens, il nous dit qu'il n'en avait pas vu depuis longtemps. Il semble donc que les nestoriens for- maient comme une caste composée de Syriens, de nombreux métis (car Guillaume de Rubruquis nous apprend que certains prêtres nestoriens eux-mêmes prenaient plusieurs femmes comme les Tartares) (1), et enfin de quelques Turcs et Mon- gols (2). Cette caste avait une grande influence sur les supers- titieux Turcs et Mongols, princes et sujets, et elle en concluait trop facilement que ceux qui la respectaient ou la craignaient étaient convertis au christianisme.
Les nestoriens avaient le syriaque pour langue liturgique, mais ils le comprenaient peu ou pas, dit Guillaume de Rubruquis ; ils avaient créé l'écriture turque ouïgoure, modèle plus tard des écritures mongole et mandchoue (3), et se servaient de cette
(1) Il faut dire à la décharge des prêtres nestoriens chinois que les évêques ordonnaient prêtres nfiême les enfants en bas âge, parce qu'ils allaient rarement dans ces pays éloignés. Il n'est donc pas étonnant que ces prêtres se soient distingués assez peu des laïques. Leur chef direct semble avoir été l'archi- diacre.
(2) C'est encore dans les mêmes termes que le commandant d'OUone établit aujourd'hui le bilan de l'islam en Chine : « C'est surtout par les mariages que le nombre des musulmans augmente, car ils épousent fréquemment des lîUes de païens qu'ils font entrer dans leur religion... Leur nombre n'est pas très consi- dérable : de trente à quarante mille familles selon leurs propres déclarations (200,000 à 250.000 âmes). Nous voilà bien loin des millions de maliométans qu'on attribue d'ordinaire à cette province (du Yun-nan). La doctrine musulmane ne s'est point répandue par la conversion progressive des Chinois, mais par l'arrivée d'étrangers en assez grand nombre pour que leur caractère de race frappât autant que leur religion; les nouveaux adeptes, isolés, auraient été confondus, avec eux, sous la même dénomination et rangés dans la même race. » Recherches sur les musulmans chinois, Paris, 1911, p. 7, 6, 16. — « Les con- versions d'adultes sont nombreuses. Elles ne se font point par prédication mais jiar l'infUiencc d'un puissant personnage sur ceux qui dépendent de lui. C'est ainsi que les officiers musulmans convei'tissent beaucoup de leurs soldats. » Ibid., p. 431. — Les musulmans achètent de très nombreux enfants. Ibid., p. 270.
(3) Le mongol et le mandchou s'impriment avec les mêmes caractères. Voir Notices et exlraUs des manuscrits, t. XIII, 1, Paris, 1838, p. 5 où l'on verra ces deux écritures sur colonnes disposées de la gauche vers la droite.
LES PIERRES TOMBALES NESTORIEXNES DU MUSÉE GULMET. Il
écriture et de cette langue, dit le même voyageur, dans leurs offices et pour écrire leurs livres.
Il en restait encore parmi eux qui parlaient et écrivaient le persan (pehlvi). Cette langue avait aussi été adoptée par l'Église nestorienne. Vers 420, Ma'na, élève de l'école d'Édesse, traduisait des livres syriaques en pehlvi. Pair, or., t. V, p. 328. Cinquante ans plus tard, un autre Ma'na, élève aussi de l'école d'Édesse, « rédigea en pehlvi des odes religieuses, des poésies et des hymnes pour être cliantérs à l'église; il envoya les livres qu'il traduisit aux pays maritimes et aux Indes », Pat)', or., t. VII,. p. 117. Le pehlvi a pu se conserver en Asie centrale, comme l'ancien français s'est conservé au Canada; c'était sans doute la langue de la ville iVE'/ifins, au pays cVArgonu)}/, où Rubruk signale « des sarrasins parlant le persique ». Un siècle plus tard, le persan était encore une langue liturgique des nesloriens mongols, car la Bibliothèque Nationale de Paris possède un évangéliaire persan, avec les péricopes à lire aux fêtes de l'année nestorienne, écrit en 1374 en Crimée (1). Le scribe a mis les titres en lettres d'or, il utilise aussi l'encre rouge et l'encre bleu de ciel, il y a môme des mots où les caractères en bleu sombre sont entourés d'un filet rouge. Il est donc vraisemblable que de nombreuses pièces en ouigour et en pehlvi, à l'encre noire et à l'encre de couleur, découvertes récemment, sont l'œuvre de scribes nestoriens, car ils utili- saient ces langues jusque dans leurs offices religieux, ils avaient des écoles, des docteurs et des scholastiques (cf. iafra, p. 18, IV) et Rubruk nous apprend que les secrétaires des grands étaient partout des scribes nestoriens.
Les bouddhistes étaient très nombreux, d'autant qu'ils avaient sans doute absorbé beaucoup de mazdéens depuis la chute de l'empire perse, aussi tous avaient les théories dualistes, appelées manichéennes bien qu'elles soient beaucoup plus anciennes que Manès, qu'elles aient appartenu aussi à Barde- sane, à Marcion, aux Audiens, aux Mandéens, et qu'elles soient toujours restées l'apanage du mazdéisme et même du boud- dhisme chinois. D'ailleurs des ouvrages manichéens avaient
(1) M. Blochet nous a dit que la leçon. •< la ville de Qrym (capitale de la Crimée) » lui seAiblait préférable à la leçon • Samarkand >• qu'il a donnée, avec un point d'interrogation, dans son catalogue.
12 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
été traduits en cliinois (1) et le nom de Manès, sous la fornae Mani, entrait dans les sortilèges et les invocations des païens à côté de Sakia-Moimi et d'Hormuzd.
Les Mongols et surtout les Ou'igours (2) étaient intermédiaires entre les chrétiens et les païens, parce qu'ils croyaient en un seul Dieu, mais ils avaient cependant aussi des idoles (au moins sous forme d'images des ancêtres) et des devins. Il est possi- ble qu'ils aient puisé chez les chrétiens l'idée de l'unité de Dieu, comme Rubruquis l'écrit. Les récentes découvertes montrent qu'il y avait des manichéens chez les Ouïgours, comme Masoudi l'avait déjà écrit des Tagazgaz, mais on ne voit pas encore clai- rement s'ils y constituaient une église manichéenne, ou s'ils étaient plus simplement des dissidents bouddhistes, mazdéens ou même nestoriens, professant des théories manichéennes, car on trouvait tout cela chez les Ouïgours. En 965, ils envoyaient à l'empereur de Chine des dents de Fo-tho (Bouddha); il y avait dans leur capitale 50 temples bouddhiques, cf. d'Herbelot, Bibl. Or., Supplément, p. 137. Les Chinois écrivent qu'ils adorent tous le génie ou le Dieu du ciel (monothéisme), Ibid., p. 130; Plan Carpin écrit qu'ils sont nestoriens, et entin Edrisi nous apprend qu'il y a parmi les Turcs de Tagazgaz (que Masoudi disait manichéens) une peuplade professant le magisme et ado- rant le feu, Recueil de ta Société de Géogr., t. V, p. 491.
En tout cas, la magie et les sortilèges étaient la grande préoccupation des Turcs et des Mongols au temps de Rubru- quis : Au milieu de rochers escarpés, ses guides lui demandent de dire une prière pour chasser les démons; ils lui demandent ensuite de leur écrire pour cela un papier qu'ils porteraient sur leur tète, et il leur écrit le Credo et le Pater. M. Bonvalot a encore trouvé les mêmes superstitions non loin de là, à Tach- kent : « Ils attribuent une puissance surnaturelle à certaines prières, à certaines formules. Pour se les procurer ils s'adres-
(1) Cf. Journal. As., X'= série, t. XVIII, p. 499, Un traité manichéen retrouvé en Chine par M]\I. E. Chavannes et P. Pelliot.
(2) Au temps de Rubruk, les Ouïgours étaient voisins d'Argonum, comme nous l'avons marqué sur notre croquis, et, dans toutes leurs villes, il y avait des nestoriens et des sairasins. Ils proviennent des environs du Baïkal, et M. Kle- mentz a encore trouvé, près du lac Teri-nor, une peuplade qui parle le turc et qui se donne le nom Ouïgour, Bulletin de la Soc. de Géogr., 1" série, t. XX. 1899, p. 308 sqq.
LES PIERRES TOMBALES NESTORIENNES DU MUSÉE GULMET. 13
sent à un mollah écrivant d'une belle écriture et, en échange d'une pièce blanche, ils reçoivent un papier contenant, à l'encre noire et rouge, les paroles qui doivent assurer ce qu'on désire... Le rouge étant la couleur de bon augure, il importe que le talisman soit tracé à l'encre rouge à tel ou tel endroit de la page... on le porte souvent sur l'épaule cousu dans une po- chette triangulaire. » Rubruquis écrivait : « Pour pratiquer leurs sortilèges, les Tartares se servent beaucoup d'écrits et de carac- tères, ce qui fait que l'on voit beaucoup de lettres, suspendues aux murs de leurs temples. » On vient de retrouver dans les temples bouddhistes un bon nombre de ces lettres, au pays des Ouigours, voisin du pays Argonum. On a retrouvé les feuilles calligraphiées à l'encre rouge et à l'encre noire prêtes à être vendues aux Turcs superstitieux. Quelques rares feuillets por- tent même de l'encre bleue comme l'évangéliaire persan-nes- torien signalé plus haut, page 11; cf. infra, p. 16, note 1. On a retrouvé des fragments cosniologiques :
Le dieu Clu'ostag a ouvert sa porte au dieu Chormuzta et aux cinq dieux. Lorsque Chrostag et Padwachtag le dieu ont été portés par le dieu Chor- muzta de la profondeur jusqu'aux hauteurs, alors vinrent Wadziwantag le dieu et la mère sagesse en hâte... en onzième lieu, ils firent le zodiaque... Il a attaché ces trois démons à son zodiaque... Le souffle, le vent, la lumière, l'eau, le feu sont les cinq dieux qui ont été unis comme vêtements au dieu Azroua. Ces cinq dieux de lumière... Que le possesseur de cet écrit soit heureux... Cf. Abhandl., Berlin, 1911.
Au temps de Rubruk encore, les bouddhistes voulaient dis- cuter avec lui « sur l'origine du monde ou sur le devenir des âmes après la mort ». « Il voulait entamer ces thèses, continue Rubruk, parce qu'il les avait mieux étudiées; car ils sont tous de l'hérésie des manichéens, et croient qu'une moitié des choses est mauvaise et l'autre bonne, et qu'il y a au moins deux prin- cipes; et tous pensent que les âmes passent d'un corps dans un autre. »
Les « deux principes » ne sont pas particuliers aux mani- chéens, mais appartiennent aussi aux mazdéens et aux boud- dhistes : « Une idée domine toute la théologie de l'Avesta, c'est l'existence de deux principes ennemis. » Cf. R. P. Dhorme, dans Revue Biblique, t. X, 1913, p. 22. « Le vieux duel atmosphé- rique des ténèbres et du héros lumineux, écrit aussi M. E , Sénart,
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remplit les hymnes védiques et pénètre toutes les mythologies des langues indo-européennes. » Auîiales du Musée Guimet, Bibl. de vulg., t. XXV, p. 122. Cela nous explique du moins pourquoi certains temples bouddhiques ont pu s'ouvrir facile- ment à Manès dans lequel ils n'ont sans doute vu qu'un bouddha de plus. La transmigration des âmes, qui doivent se purifier en passant par des corps successifs d'hommes et d'animaux, est plus particulièrement bouddhique; cf. Marco Polo, cIi. clxviii, éd. Pauthier, p. 593-.")95.
Les mazdéens peuvent revendiquer tous les textes qui ren- ferment les noms du dieu suprême Azroua et des dieux Chor- muzta (le dieu bon) et Smnu ou Yak (Satan), car c'est la théo- gonie de Zoroastre. Théodore (de Mopsueste) lui reproche en effet de faire de Zapouâij. le principe de toutes choses et de raconter que c'est lorsqu'il voulait engendrer le seul 'OpiMaôa qu'il a engendré et Hormistha (Chormuzta) et Satan (Smnu). Photius, Bibl., cod. 8L Ces mazdéens, sectateurs de Zarouam ou Zerouan (Azrouan et Azroua, avec aspiration initiale), colo- nisaient au iv*" siècle la Cappadoce (S. Basile, ep. 258) et, avant le vu'', le Turkestan, car, dès 621, ils avaient des tem- ples jusqu'en Chine; les Chinois les nommaient J/oy/ï, Journal As., W série, t. L\, 1897, p. 58, 61, 62, 73, 74. Lorsque le plus grand nombre des mazdéens persans furent devenus nmsulmans, les Chinois transportèrent à ceux-ci le nom de Mont. Cf. Ibid., 11-79.
Les manichéens syriens avaient d'ailleurs, si Ton en croit Masoudi (1), la même hiérarchie que les nestoriens(2) : l'évêque ; le diacre (chmocho) ou mieux l'archidiacre (ta-mouche?) qui remplace l'évêque; et le prêtre (3). C'étaient des nestoriens
(1) Il écrit, Prairies d'or, t. I, p. 200, que le prôtre et le diacre chez les chré- tiens sont dus à l'influence des manichéens. C'est inexact, mais nous pouvons en conclure que ses manichéens avaient des prêtres et des diacres.
(2) Les nestoriens ont trois ordres : évêque, prêti'e, diacre, et cliacun d'eux est subdivisé en trois, cf. A. J. Mac Lean et W. H. Browne, The CaUioHcos of the Easl, Londres, 1892, p. 181. Cf. Journal /Is., X" série, t. XVIII (1911), p. 03- 04, et t. XIX (1912), p. 229-230.
(3) Les noms chinois sont de lecture et d'interprétation difficile. On trouve pour les noms de ces dignitaires : A-fou-yin-sa; Hou-lou-houan ; Ngo-houan- kien-sai-po-sai, Journal As., X° série, t. XVIII, 1911, p. 60. On trouve encore, d'après un document de même provenance, les lectures Tien-na-wou, Moucha, Fou-to-tan, qu'on rapproche de Dênâvar, Mozaq et Furstadan en attendant
LES PIERRES TOMBALES NESTORIENNES DU MUSÉE GUIMET. 15
plus OU moins éclectiques et hérétiques que les évêques décou- vraient parfois et poursuivaient aussitôt. C'est encore par ana- logie avec les nestoriens qu'on attribue aux manichéens un chef demeurant à Babylone (Bagdad).
On a retrou^'^é aussi à Tourfan des manuels de confession soi-disant manichéens, mais en réalité mazdéens, d'après leur théogonie, analogues aux manuels arméniens dont il a été question plus haut dans la lettre du patriarche jacobite Jean X, ROC, 1912, p. 192-193.
On lit par exemple :
a Si nous avons dit : Dieu (Azroua) vivifie celui que quelqu'un vivifie; Dieu tue celui que quelqu'un tue. Si nous avons dit : Le bien et le mal, Dieu a tout créé. Si nous avons dit : C'est lui (Dieu) qui a créé les dieux éternels. Si nous avons dit : Le dieu Chormuzta et le Smnu sont le plus âgé et le plus jeune frère. Mon Dieu, si nous sommes tombés sans le savoir dans de tels blasphèmes et dans ces péchés impardonnables, mon Dieu, maintenant, je m'en repens. » Cf. Chuanaslanift, ein Silndenbe- kentniss der Manichàischen auditores, par von Le Coq, dans Abhandl., phil. kl., Berlin, 1910, p. 10-11, et Journal of Ihc royal asiatic Socieli/, nouv. série, t. XLlll (1911), p. 1282.
Il semble donc bien que chez les Bouddhistes-Mazdéens comme chez les Arméniens « lorsqu'un homme veut confesser ses péchés, le prêtre s'assied et lui lit tout ce qui a été fait et tout ce qui n'a pas été fait par lui, et même des choses dont il n'a jamais entendu parler et qui ne se sont jamais présentées à son esprit ». Cf. ROC loc. cit. Les bouddhistes non mazdéens avaient d'ailleurs aussi ces manuels de cunfession, et le mani- chéisme turco-chinois s'expliquera peut-être par 3/lOd'influences bouddhiques et 7/10 d'influences syriennes et mazdéennes. C'est en additionnant des fractions hétérogènes, empruntées à la magie, au mazdéisme, au bouddhisme, au nestoriarisme, à des fantaisies syncrétistes, que l'on cherche à constituer une religion manichéenne dont l'existence indépendante est encore à démontrer.
Ce qu'on trouve en plus grande quantité, ce sont les prièi^es magiques et les amulettes :
mieux; Ibid., 569-570. — Burkhan. donné comme l'équivalent de Bouddha, Ibid., p. .572, est un mot mongol très usité chez nos Turcs qui signifie ■< dieu •■, -. divin », ou simplement « saint » et que Jlarco Polo (ch. clxvui) applique aussi à Cakia mouni, cf. éd. Pauthier. p. 588, note.
16 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
Il est écrit Sakia-mouni (titre). On doit faire souvent de telles prières; alors le grand roi découvrira et montrera son bienveillant et beau regard... Moi, Yapgoun, auditeur, qui crois aux deux palais de lumière, j'ai récité deux fois avec honneur ce moyen de guérison après le retour de Chine. Abhandl, Berlin, 1911... A cette époque, les magiciens, dans la ville de Babel, ont pris le trait et l'arc, ils ont tendu leur arc, ils ont frappé... Sitzungsb:, Berlin, Mars 1908 (1).
Beaucoup d'amulettes portent le nom de Manès (Mani), mais quelques-unes accumulent tous les noms qu'elles croient puis- sants: « Par le dieu Ormuzd; par Jésus; par les 22 combats de... par la parole de Paul; par la parole de Qensarii... » Mémoires, Saint-Pétersbourg, Se. Iiist., 1904. La passion du Christ avait aussi un pouvoir magique : on a fait lire à Rubruq, sur une princesse malade, la passion selon saint Jean, et il est remar- quable que les seuls fragments évangéliques édités jusqu'ici provenant de ïourfan, sont une adaptation, faite d'après les textes syriaques, de deux épisodes de la passion (le Christ devant Pilate et le Christ au tombeau). Abhandl., Berlin, 1904. Le feuillet rapporté par M. Pelliot, écrit en hébreu carré, et por- tant une prière formée d'extraits des psaumes et des prophètes, était sans doute aussi une amulette. Comptes rendus de VAc. des inscr., juil. 1910, p. 317. Un autre feuillet, Sitzungsb., Berlin, 1910, p. 302, expose les relations des pierres précieuses avec les planètes et leur pouvoir magique.
Certains princes mongols prétendaient d'ailleurs descendre
(1) Les deux premières lignes sont tirées d'un fragment manichéo-bouddhique de deux feuillets, sur papier, en écriture ouïgoure que M. von Le Coq date de 795. Une autre pièce au moins de la collection est du xni" siècle, Abhandl., Berlin, 1904, p. 113. Les lignes 3 et 4 sont tirées d'une amulette multicolore qui forme un tout complet pourvu que l'on commence sa lecture par le côté donné comme le verso. Elle a été écrite pour Yapgoun qui l'a récitée et elle a été suspendue aux murs du temple pour être récitée par d'autres, comme Rubruq nous dit en avoir vu. Un autre feuillet, Abhandl., Berlin, 1911, t. II, 159, n'est encore sans doute qu'une amulette dont il faut commencer la lecture par le verso : <■ (Par) la majesté du Bourkân, (par) le divin Mozak et par les deux élus, (par) les princesses sublimes... Aujourd'hui, dans le mois... que tout se passe sans danger, sans vexation, sans peine et sans sonci. Qu'il nous protège et nous garde... » Ce nom de Mozak est donné sept fois dans une seule pièce (Ibid., t. II, D. 177) à un certain Mar Amou, nommé ailleurs (Abh., 1904) disciple de Manès, et qui lutte ici avec un sorcier. Si l'épithète Mozak vient du persan, elle signifie « le maître », mais si elle est empruntée à l'araméen, comme les deux mots Mar et Amou, il faudrait la rattacher au paël (ou apliel inusité) de Mj et traduire « Mar Amou le victorieux ou qui donne la victoire >•.'
LES PIERRES TOMBALES NESTORIENNES DU MUSÉE GUIMET. 17
des rois mages, cf. Haython, cli. ii, et il n'est donc pas éton- nant que la légende des rois mages ait joui chez les Ouïgours d'une faveur particulière. On en a retrouvé une rédaction, Abhandl.y Berlin, 1908, qui est encore consignée dans Marco Polo, ch. XXX (1).
Dans ces pays neufs et accueillants, chacun apportait ses livres, authentiques ou apocryphes — les Bardesanites, d'après Je Fihrist, étaient répandus partout, avec leurs livres, dans le Khorassan et la Chine — de petites églises éphémères se for- maient, et trois ou quatre cents « élus » se réunissaient pour lire les livres de Mani (Joiirn. As., t. XVIII, 1911, p. 554), comme M. Bonvalot a encore vu, non loin de là, « un mollah mystique » réunir des Turcs qui se considéraient « comme une émanation plus ou moins parfaite de la divinité » {De Moscou en Bac- triane, Paris, 1884, p. 66-67).
La peinture était cultivée aussi bien que la sculpture. Parmi les peintures que M. von Le Coq a retrouvées dans la capitale des Ouïgours, signalons celles qu'il a relevées au centre de la ville sur un mur d'un bâtiment formé « de trois énormes pièces rectangulaires entourées d'appartements voûtés » et qui repré- sentaient d'après lui « un ecclésiastique manichéen, revêtu de ses robes sacerdotales et entouré de son clergé habillé de blanc » (2). S'il n'y a pas des inscriptions qui rendent cette interprétation indubitable, nous préférons voir là au centre de la ville le palais du roi dont les historiens chinois ont écrit : « Dans la salle d'audience du roi était peint Ghai-Koum, roi de Lou, interrogeant Kom-fucius, son sujet, sur le gouverne- ment », cf. Visdelou en app. à la Bibl. orientale de d'Herbelot, p. 138 (3). Des statues et des sculptures ont été signalées par MM. Ujfalvy et Chaffanjon.
(1) M. Pelliot, qui nous a fourni cette identification, nous a appris aussi qu'un autre texte soi-disant manichéen, Abh., 1911, est un fragment len turc) de Bar- laam et Josaphat.
{%) Annales du Musée Guimel, Bibl. de vulgarisalion, l. XXXV. Paris, 1910, p: 277-278.
(3) M. Griinwedel a reproduit aussi un certain nombre de dessins retrouvés par lui à Idikoutschari ; cf. Abhandl., Phil.-hist. Kl., Munich, t. XXIV, i, 1906. — MM. Griinwedel et von Le Coq posent trop facilement en principe que les vêtements blancs caractérisent les manichéens. En Mésopotamie, les Barde- sanites portaient des habits blancs (Préface arabe aux canons de. Nicée); en Occident, tous les prêtres chrétiens revêtent l'aube (atôfl) pour- les' offices, en
OKIENT CHRÉTIEN. 2
18 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
V. La communauté nestorienne. — Dans ces inscriptions, qui couvrent une centaine d'années, M. Cliwolson a édité en- viron 300 épitaphes d'hommes. Sur ce nombre, il y a neuf archidiacres, vingt -deux visiteurs, quarante -six scholasti- ques, trois exégètes, deux prédicateurs, huit docteurs, quinze qui ont quelque fonction ecclésiastique et un grand nombre de prêtres. La capitale de la province était sans doute Alma- liq (lii-Baliq), que l'on identifie avec l'ancienne Kouldja, sur rili, et le métropolitain était sans doute celui de Kachgar.
A côté de noms proprement turcs, on trouve les noms usuels de l'Ancien Testament : Moïse, Aaron, Abraham, Benjamin, Isaac, ÉUe, David, Isaïe, Jérémie, Ézéchiel, Israël, fils de Zacha- rie (III, II), 'Azarià, Sara; avec les noms du Nouveau : Marc, Luc, Jean, Pierre, Simon, Thomas, Paul, Titus, Etienne, Eli- sabeth, Marie, Marthe, Tabita; et les noms syriens usuels : Bar-Saba l'interprète, Cyriaque, Diodore, Georges, Michel, Nes- torius(II,8I; 111,34, 38), Malkâ, Nèsrâ, Pétion, Sergis, Julitta, Julia (II, 51). Ajoutons ^^jl. et ses composés : ^cul.;..:^ (II, 17; III, 39, 48), ^03. 1... (III, 39), ^Q«.->\.:>o (Jésus est roi? III, 50) et
(111, 4 7) v&ojL.. ;js uxi^^v».
Des noms abstraits deviennent des noms propres, comme p>-^j, la croix; (-ieci^, la paix (II, 83); iloj-, la joie (III, 48); p^, la tranquillité (II, 10); \i^^, la grâce (II, 60); i-..:^^, l'apôtre (II, 91; III, 39); ^-.^oj, le rayon (III, 50); iiow^, le docteur, \^^oi, Ho- sanna (II, 100, 103; III, 35, 39, 48); m:, Fépiphanie (II, 20, 34); [^j3, la Pâques (II, 41, 69), nom auquel on peut sans doute rat- tacher ;.jiâ (II, 76, 104 ; III, 18, 35, 39, 49); mais le nom le plus usité est ^^J, le jeûne (II, 26, 43, 47, 49, 58, 70, 94 etc.). M. Chwolson rapproche aussi J-l.^Jl<l^, Kôstans, nom très usité pour les femmes, de notre nom Constance. Il se trouve joint souvent à des noms syriens; Marie Kôstans; Rébecca Kôs- tans; Salibâ Kôstans etc. Plusieurs femmes portent le titre mon-
Afi'ique et en Orient tous les Arabes s'habillent de blanc. En Extrême-Orient, la stèle de Si-ngan-fou nous apprend que les nestoricns s'habillaient de blanc et Rubruq nous apprend que les idolâtres (manichéens?) s'habillaient de jaune au Turkestan et en Mongolie et de rouge au Cathaï (Chine du Nord). — Les habits blancs trouvés sur les peintures, ceux de certains Moni {Journ. As., IX" série, t. IX, 1897, p. 67) peuvent n'être que les burnous des musulmans. Ce sont encore des musulmans, en temps de Rhamadan, que ces Moni qui ne mangeaient que le soir et qui s'abstenaient de vin, /bid., p. 68-71,
LES PIERRES TOMBALES NESTORIENNES DU MUSÉE GUIMET. 19
gol de Kàtoun. On trouve quelquefois un nom syrien suivi d'un nom mongol, comme Jean Tàbgâs.
Un autre nom de femme très répandu, iva^i^ (III, 36, 39, 47), peut se déduire de «va/, fructus edidlt, genuit, et se rapprocher du titre \±.-ys>^. On le trouve souvent écrit avec un o, final, peut- être sous l'influence de l'arabe, pour souligner davantage le féminin, ^-^s^ (II, 26, 18, 56, 99; III, 10, 21, 39, 49). On trouve aussi orva.^ (II, 87).
Les noms géographiques ou ethniques sont peu nombreux :
Plusieurs personnes sont originaires « d'Al-Malig » (Chw., II, 31, 37, 38, 41, 42; III, 47). Le périodeute Sah-Malîq est fils de Georges « de Tous » (II, 21). Une femme se nomme Terim « la chinoise (iiwl.j) » (III, H)- On trouve mention de Benous, « prêtre ouïgour » (io^o/ ijl^ va>cu^) (III, 24) et de Jean, évêque « arménien » (en 1324), cette dernière inscription est en armé- nien avec résumé en syriaque. On trouve mention de o^o, j^i\sr> Sâzik Hindou qu'on pourrait peut-être traduire par Sâzîk « l'Indien » (III, 32; cf. III, 36). Le nom propre Tàrîm, qui est sans doute en relation avec le nom de la principale rivière du Turkestan chinois, figure plus de quinze fois dans nos inscrip- tions (I, 16; II, 60, 77, 79, 90; III, 34, 35, 36, 39, 40, 41, 48). On trouve mentionnée aussi (III, 39) ^^iia icoo^ qu'on devrait tra- duire Qîamtà « de Kaskar » mais, cette métropole de la Mésopo- tamie est tellement éloignée que M. Chwolson traduit, avec raison, Qîamtà « de Kasgar » (1). On lit (III, 17) : u-^o^o^ y,L p^û^dio Tata, le fidèle '< Mongol ».
Nous commençons par les sept pierres conservées au Musée Guimet de Paris et nous terminerons par les six qui ont été portées au Musée Guimet de Lyon, Nous les commenterons à l'aide de quelques emprunts aux travaux de M. Ciiwolson (2).
F. Nau.
(i) Marco Polo écrit aussi Cascar au lieu de Kasgar.
{'^ M. Blochet nous signale que le mot Smnu se trouve en mongol sous les ('orm«s Shimnou et Shimnous. Il désigne les démons et correspond donc bien au Satan des Mazdéens, supi'a, p. 14. Les Shimnous sont presque toujours asso- ciés aux Erliks qui sont une classe d'esprits infernaux.
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REVUE DE L ORIExNT CHRÉTIEN.
TEXTE, TRADUCTION ET COMMENTAIRE N° 16599 (I)
^•\ûi^ (3) rd-biiux* (2) Slr^ éujca (5) T^"\*UJ iui- (1) r^cicn i\Aè\
cninja cuoa
rdiTtTP (6) QOCl^
En l'année 1623 (1311) (8/, qui est l'année du porc, ceci est le tombeau de plerre (9), vieillard vénérable.
(1 ) Les pierres sont des espèces de cailloux de granit roulés par le Tchou ou les torrents du pays. La présente a 39 X 26 X H centimètres de plus grandes longueur, largeur et épaisseur. Traduite par D. Chwolson, 111, 18, u° 66. — (2) L'élif de ce mot vient à la fin du mot précédent. — (3) Les inscriptions ne donnent souvent qu'un seul élif à ce mot. — (4) Le oi est à peine visible. — (5) Ce mot est allongé sur la pierre (comme c'est l'usage dans les manuscrits) pour égaler cette ligne à la précédente. — (6) Le s est visible, I'» aussi, mais le i est étrange. — (7) Le c» est très visible; il. faut lire lejot. — (8) 1623 des Séleucides = 1" oct. 1311 au 30 sept. 1312 de notre ère, mais l'année du porc correspond à 1311. L'année turque ne commençait donc pas au l""" octobre comme l'année grecque. — (9) Ce nom a ici la forme grecque Pétrôs.
LES PIERRES TOMBALES NESTORIENNES DU MUSÉE GULMET. 21
Le nom de Pierre se retrouve dans Finscription suivante qui est l'une des plus étoffées : Chw., I, 14; II, 55.
*i-^ll Kj_a )ooi ,>».3l>. -^v^a-b^ jboKji ^âL^S Kxiu:» )1 ^ » •> ^ ) I n t qiv» ♦)....»^ il oi^slo qjoi .oqlS. K^jbîo^
^^kJ) v> « roKj )loi^/o )j).!l3 ^cLb^ )^^^-«oiJ oi.mo*^ ^\.mJ
En l'année Ï627 {1316), qui est Vannée du dragon, en turc Lôou. Ceci est le tombeau de Selihâ, exégète célèbre et professeur, et il a illuminé hms les monastères dans la lumière; fils {de) Pierre, exégète illustre de la sagesse. Sa voix résonne {est haute) comme la trompette. (Jue Noire-Seigneur associe son âme glorieuse aux justes et aux Pères; que toute délice {lui) soit attribuée.
N° 16600(1)
cn'\aj3 cucn
(1) Dimensions : 28 x 28 X 15 cm. ; éditée et traduite par Chwolson, III, 14, n»47.
(2) Un second élif, omis par M. Chwolson. 'Semble être croisé survie premier. v
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REVUE DE L ORIENT CHRETIEN.
(2) rdxja (1) ^\f)ti»r^ (4) T^évuiOa
l'^N l'année 1613 (1302); ceci est le tombeau d'Isaac, prê- tre, VIEILLARD béni; IL A BEAUCOUP TRAVAILLÉ POUR LA VILLE.
N" IGGOl (:))
(1) M. Chwolson a lu -ûjo^! « Ajunk », mais le x est plutôt un i., de plus, on voit un léger trait dans le vav qui autorise à lire ca-, car sur cotte ins- cription le trait du milieu des aa est très peu marqué comme on le voit aux deux lignes suivantes pour )^JuûD et pour -s^. 11 faut donc lire nvm.t pour n-m.i, — (2) Forme très fréquente dans ces inscriptions pour Muuu>. — (3) Lire M^, comme M. Chwolson Ta déjà fait. — (4) M. Chwolson a lu )i^^, mais iN^yio est certain. — Cette inscription n'est pas faite, comme d'autres, d'un beau trait continu, mais est formée d'une suite de trous faits avec une pointe.
(5) Dimensions : 38 X 29 X 7 cm.; éditée et traduite Chwolson, III, G, n- 3. Cf. Ibid., p. 54.
LES PIERRES TOMBALES NESTOIUENNES DU MUSÉE GUIMET. 23
(3) ^_r^^ (2) cnxoiir^ (i) ivum
(5) Oflu\^^ci\^ (1) cD-iadji cucn
(7) rdllTa rdnj^ (6) ^__cv^i^^r^
(9) rsfi^cd^ (8) j2nA. u\jto
En l'année 1575 (1264); le rat; ceci est le tombeau de Georges Arkigoun, vieillard accompli; il s'appliqua beau- coup A LA prière.
Au sujet de ces titres on lit. Cliw., III, 16. u" 52.
(1) Le j est visible, le schin a la forme -..
(2) M. Chwolson a lu yo^it (1564), mais la photographie qu'il donne, planche I, bien que moins lisible que la nôtre, ne l'indique pas; de plus M. Chwolson a déjà fait remarquer lui-même que 1564 ne corres- pondait pas à l'année du rat ; la lecture 1575 est donc certaine.
(3) C'est le nom turc du rat, en syriaque : iv^Lûcii.. On remarquera sur la photographie que le caf est un caf arabe ^.
(4) M. Chwolson a imprimé à tort o);^^ owo). L'inscription porte bien oi^jsoû, tandis que sur les autres pierres on lit oiv^û.
(5) Gourgis, pour la forme grecque >m.^>Q^s^.
(6) M. Chwolson a lu ^Q..^o/, mais le » est certain avec le point un peu à droite. La lettre suivante est plutôt s. que 'i>. Pour avoir un sens nous supposons que c'est un > (caf arabe), comme celui de la première ligne, qui est resté inachevé. On peut voir une légère entaille à droite reliée au i. par un petit trait qui justifie la lecture^. C'est donc sans doute le mot àpyriyoç qui est peut-ètre à rapprocher d'Arcaon.
(7) Par analogie avec les autres inscriptions il faut voir ici une épithète. II n'est pas possible d'y voir le mot ordinaire t-iio^opo réduit à la première et aux deux dernières lettres. Nous supposons donc que c'est un mot inusité, ou une simple abréviation comme on en trouve d'autres, et qui est imposée par l'impossibilité d'écrire le mot complet : j-.iottjoo.
(8) M. Chwolson a lu yaa, mais la première lettre est un aïn: on serait porté à lire ^os., mais le j^ diffère tellement de celui de la ligne précédente que nous avons préféré y voir une lettre double et lire ^«oaii> comme sur d'autres épitaphes, cf. Chw., II, 91 ; III, 34.
(9) Un trait marque le bas de la croix. Cette inscription e.st donc écrite, comme nous l'avons signalé, sur colonnes, la première colonne étant à gauche.
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REVUE DE l'orient CHRETIEN.
En l'année i616 {1305), qui est, en turc, Vannée du serpent. Ceci est le tombeau de Sahrisou' , archidiacre, vieillard béni, pontife accompli; il prit beaucoup de peine pour le soin de l'église.
On lit encore, Ibid., p. 22, n» 88.
Qjoi .{.âojo Kjljl )oO( .y^ ^Kù,l )..^Kjl «âù^ KjUO
•Jv^Q^ sxi^ '^:s> '^^cLS» ^"^"^^ .)9Q.aâ sm» ^o^^^ oi^-xo
En l'année 1631 {1320), qui est l'année du singe. Ceci est le tombeau de Georges, précepteur {Ir.kpor.oç). Il s'est donné beaucoup de jjeine pour la construction (v»i^ est un mot turc = pierre) du ?nonastére.
N» 16602 (1)
iu^i> (2) rdlTaivx,
(1) Dimensions : 34 X 23 X 12 cm. Traduite Chwolson, III, 16, n° 57.
(2) Un seul élif. Les i de cette inscription, surtout le i initial suivant.
LES PIERRES TOMBALES NESTORIENNES DU MUSÉE GULMET. 25
(1) cDiJja cucn nli^x.cQ>j^(i) rsik>j^nf
En l'année 1618 (1307), qui est l'année de la brebis. Ceci est le tombeau de Jérémie, fidèle.
N° 16606;(2)
(3) rC^Taivx- »alr£f iuxa
caractérisent l'écriture nestorienne comme de nombreux )t à la lin des mots. (1) Le point sur 1'» est visible sur la pierre. — (2) Dimensions : 33 X 26 X 10 cm. — (3) Les trois premiers mots ont été assez mal gravés. Un autre graveur a ensuite repris le tout. — (4) Le noun est visible sur la pierre.
20
REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
cD'injs (1) cuoa
CD-Xa Tli!V-i\^^ (3) rCiblal^. VÙLSI (2) TCnJC-CU
(4) ^rC\\jar^
En l'année 1600. En l'année 1635 (1324) qui est l'an- née DU RAT. Ceci est le tombeau de Iousmid, prêtre, jeune
IIOMMEJREMARQUABLE, FILS d'AqNIAN.
N« 16608 (5)
(7) rsinivx* (6j âirsf éuxa
(1) Ce mot est lisible sur la pierre. — (2) Un trou dans la pierre parait représenter le point du » final. D'ailleurs ce nom est fréquent. — (3) Le yod est visible sur la pierre. — (4) Ce nom n'est pas sur. Nous ne trouvons pas ailleurs de nom qui lui ressemble. — On trouve, Chw., II, 19 et 87 : ^»J> y^iOAa. « le prêtre lousmîd >; II, 39 : \.\nimi ^^ol&o^ * le scholastique (écolier) Iousmid »; II, 48 : )ift\v) ^^euta. « le docteur Iousmid ». — (5) Di- mensions : 37 X 28 X 14 cm. Traduite Chw., III, 34, a° 163. — (6) La boucle du ^ est visible sur la pierre. — (7) Le schin est indiqué par un .simple trait, comme le font souvent les scribes des manuscrits arabes.
LES PIERRES TOMBALES NESTORIENNES DU MUSEE GULMET. '2 1
(4) ^jgSTii^ (3) rCÎ^^a^ (2) Tdm\r^
cQ-uj} cucn
(6) «X>rd!L Cl^l!73 CDU
En l'année 1650 (1339), qui est l'année du lièvre, en
TURC TeBISKAN; CECI EST LE TOMBEAU DE Sa-DiKAM, CHEF d'k- GLISE, FILS DE MaNGOU-TaS, PRÊTRE.
On trouve aussi, II. 15; III, 19, « le fidèle ^^, n->.^iva ( Mangkou-Tâs) », nom turc : Mangkou =: Mankou = Mangou i— éternel ou divin, et Tâs z= pierre. Mangou peut aussi occuper la seconde place comme dans 0^4, oa^t^io « Tàis-Mingkou », II, 98, et aussi dans <ml,;50ou/ « Aî-Mangkou »,
II, 23, 78 et c^^s^o ^13 Pàg-Mangkou. II. 25. On lit, II, 81 :
En Vannée 16i9 {1338). Ceci est le tombeau du prêtre A'estorius, fils du fidèle Mangou-Tàs. Il mourut durant la peste.
Tàs de son côté peut aussi occuper la première place comme dans « la jeune ;^îi4, ^\.\> (Tàs-Târim) », II, 81.
Sa-Dikàm est à rapprocher de q^v» c»u Sah-Maliq, II, 21. II se retrouve
III. 39, où il désigne un prêtre (en 1341): cf. III, 50.
Le titre « chef d'église » caractérise l'église nestorienne, et signifie sans doute « économe », d'après Synod. orientale, Paris, 1902, p. 414, cf. Chw., II, 34, 6G. Il figure aussi dans linscription de Si-ngan-fou, aussi bien que le titre de Qankaîâ « sacristain » que l'on trouve encore sur nos pierres tombales.
(1) Le yod est visible sur la pierre.
(2) w3 est visible mais niai formé. Le point sur î est visible sur la pierrr.
(3) Pour I^^3»a4.
(4) Le A est bien marqué ; la moitié du *. est presque invisible.
(5) Le ; est visible sur la pierre.
(6) Le ^, a une forme particulière. Les deux branches dit * sont visibles sur la pierre.
28
REVUE DE L ORIENT CHRETIEN.
N° 16609 (1)
(2) rsfrC^Taiu:* Slr^ âvucn
r^oco (4) r^uoi>o (3) ^j^a^r^
r^acD (6) r^a^oj (5) iuxi
oo"\9 (8) èvix- (7) TSÎanci^
(1) Dimensions : 32 X 26 X 12 cm. Résumée Chw., III, 31, n^ 138.
(2) L'inscription porte 4 joint au ia. Le s de ass est une simple bbucle comme dans les documents nestoriens (manichéens) récemment décou- verts. — (3) Le point sur » et le yod sont visibles sur la pierre. — (4) Le ji est visible. — (5) Le schin est encore indiqué ici par un simple trait. — (6) La lettre io. est mal gravée. — (7) Pour is^i^joi comme précédemment. — (8) Le iL est mal fait (voir ligne 1).
LES PIERRES TOMBALES NESTORIENNES DU MUSEE GUIMET. 29
(3) r^iu^cl>s (-2) uarcf (i) w^cil^ci^
En l'année 1649 (1339), qui est l'année de la panthère, QUI est en turc l'année Férès; ceci est le tombeau de la
FIDÈLE KOUTLOUK-AWIZ.
Koutlouk, mot turc qui signifie lieureux, est très fréquent dans nos ins- criptions. Il s'applique aux hommes et aux femmes, comme chez nous Félix et Félicie, et se trouve déterminé par un autre nom. On lit sur une pierre du musée de l'Ermitage. Chw., I. p. 16 et II, p. 60 :
.(sic) j » I VI iO»^ youÊ,\.^ ^o^^od oi^slû s^oi
En l'année 1629 (1318); cesf l'année du cheval; ceci est le tombeau de la fidèle Koutlouk-Tirim.
Ibid., II, 88 et 71; III, 33, 42, une femme est nommée Koutlouk-Tàrîm (jou.i^t) et Terim. Les deux mots ne forment qu'un nom, comme Tour- Târîm, Ibid., II, 90 et Koutour-Tàrim, II, 79. On lit. pour un homme, II, 65 (cf. III, 16) :
Jioi Kjui (sic) )oooio .)^^Jl ^K^lo jjboKji ^âi!^ Ki» ^
.(sic) ) I v> »cn,.«.v> yJLco^ ^o^^oâ oiV-âLO ojoi
En Vajinée 1636 {1325) ; c'est Vannée du taureau; ceci est le tombeau du fidèle Koutlouk Arslàn (nom d'un prêtre, II, 18).
On trouve aussi Koutlouk seul (pour un homme), p. 89 et Tàrim seul (pour un jeune homme), p. 77. Dans les deux textes syriaques précé- dents le premier caf de ;.qH<" ^st encore, sur la pierre, un caf arabe.
(I) Le J est visible sur la pierre. De même «H- Le caf final est particu- lier. — (2) M. Chwolson lit Asi, mais la dernière lettre ne semble pas être un yod. C'est sans doute le nom >-.o; que nous allons retrouver au n° 16598; sinon il faudrait lire ).»(. — (3) Ce n'est peut-être pas le fémi- nin de i-t.aooao exorciste, mais une simple contraction de leuLaouopo fidèle, comme l'a traduit M. Chwolson.
30
REVUE DE L ORIENT CHRETIEN. N° 16598 (1)
^K«l
(2) rd^iiui- Slr^
(3) r^acD xii^Jiaè\ ^-Hxax
T^ij^cu^ eux»
cQ-inja cucn
rdzoxp (5) uar^ (4) ^j^aci!73
1 1) Cette inscription et les suivantes sont conservées au Musée Guimet (le Lyon. Traduite Clnv., III, 22, n» 82.
(2) Pour |^io^Jl.
(3) Le o) et le o sont unis.
(4) M. Chwolson a lu yP«ij. La pierre semble porter ia.
(5) L'élif est joint au mot précédent. M. Chwolson donne la lectui'o v^o/ =r 6z. M. Bouvat nous a appris quejUjt = Ouyaz signifie en turc
l.KS PIERRES TOMBALES NESTORIENNES DU MUSÉE GUIMF:T. :>1
En l'année 1629 (1318), qui est l'année du cheval; ceci
EST le tombeau DE MONAN AWIZ, PRÊTRE.
N" 16604
ahy\
lH^\j^'d
r^-injj (1) cuoa
T^àul^ (2) ^COJÛO
Ceci est le tombeau de Seboulan, jeune fille.
. taon y ou . cousin ». — On peut comparer ce mot à Chw., II, 64 où l'on trouve * la fidèle ^^^ \i^ (lîa-Qawîz) . où M. Cluv. propose aussi de lire Qôz. Cf. III, 43 où Uol peut aussi être mo/.
(1) Souvent les inscriptions portent ici le féminin quand la tombe est celle d'une femme.
(2) M. Chwolson, III, 49, n° 302, a lu j^o^; mais a. et j ne sont pas certains et le noun semble plutôt un lomad. Deux autres mscriptions de l'année 1627 (1316) portent ,*^^ j^<^^^ et ^^H j^«^--^ ■ Sibunz-Tigni et Sibunz-Tekin, Ibid., 111, 21, n- 80 et 81, mais il ny a pas de reproduction de ces inscriptions et nous ne pouvons contrôler leur lecture. De même, 11, 94, on lit j..^, sans qu'on puisse contrôler. Comparer s^o^^, III, 2o. ;v.^ n'est pas impossible. M. Bouvat nous a suggéré le mot turc ^ly-jî- qu'on peut prononcer siujlun, mglun, suylun et qui signifie faisan. 11 fau- drait lire C»"""'-
32
REVUE DE L ORIENT CHRETIEN.
N" 16605
(2) aJCQ rsLcLM (1) éuJL
(3) rc^iil^ coTjajj
(4)
^^
L'année du serpent; ceci est le tombeau de Saliba, jeune
FILLE.
(1) La pierre porte nj-.». Traduite Chw., III, 42, n<> 234.
(2) Il y a un point sous l'n qui a porté M. Chwolson à lire -.o,. C'est le démonstratif féminin ^o, ijc», parce qu'il s'agit du tombeau d'une femme.
(3) Nom syrien qui signifie croix, fréquent dans nos inscriptions, II, 83; III, 34. II peut aussi désigner un homme, II, 66 où il est écrit l<i-i>.j Saliwà. On a d'ailleurs d'autres exemples de la permutation, en cette région, de b avec w (ou v). — (4) Pour |n-H-
LES PIERRES TOMBALES NESTORIENNES DU MUSÉE GUIMET. 33
N° 16607
(2) j:\nr^ ^a ^^ J-»^
Ceci est le tombeau de Marie, jeune fille. Le nom de l'année était le bœuf.
1) Pour IB^-H comme précédemment. (2) M. Bouvat nous a traduit cette phrase turque : ^^j?)
,1 , c^l J'.'
par « année, son nom, bœuf était ».
Cette inscription et la précédente montrent encore qu'on écrivait verti- calement des deux côtés de la croix (plutôt qu'horizontalement).
ORIENT CHRÉTIEN. 3
34
REVUE DE L ORIENT CHRETIEN.
N° 16650 (1)
,...»jy,-i
/jjl=ic7\C3
(3) rdiTaivx- âirsf (2) iuia rdant^ eux* rsfa[cD] (i) ^-ucinjj
(5) ^r^i^n^ crainja cucn
En l'année 1650 (1339) qui est l'année du lièvre, en turc Tebiskan; ceci est le tombeau d'Abraham, jeune homme, fils DE Qiama(6).
(1) Traduite Chw., III, 36, n° 185.
(2) Le noun, d'abord incliné comme 'aïn, ;i été corrigé ensuite.
(3) Pour ikioNjt.
(4) La pierre porte ,jLiou..
(5) Le caf est encore, sur la pierre, un caf arabe.
(6) Qiamâ (au féminin Qiamtà), nom syrien qui signifie « la résurrection », est fréquent dans nos inscriptions et correspond à Anastase (et Anastasie), Chw., II, 31, 85 (Qîoumâ), 86; III, 36. II ne semble nulle part désigner un religieux séculier (t-ao^o v=) comme cela a eu lieu dans les premiers siècles où l'on devait traduire par « fils de l'alliance ou du pacte ».
LKS pie:hrks tombales xp:storiennes du musée GuiMKT. :3."> N" 16651 (1)
r^THOci.^ cavjai^rcr {■2} rsfèuxa
(4) rd^oAJ^ Qoct.â.AlAâ':^ co-inja (3) cuocn
rsf-HcvrLûï (.">) rc!i9l!73 \a
r^nci^ûo (6) rd^o.^ Ta
En l'année 1575 (1266); le rat; ceci est le tombeau de Philippe, visiteur, fils de Malfana, visiteur, fils de Toun- OA, visiteur.
(1) Traduite Chw., III, 7, n" 8.
(2) Toutes les autres pierres portent ^XJL^,
(3) Les autres pierres portent «uo).
(4) La fin du mot est gravée sur le côté de la pierre.
(5) Malfana signifie docteur: M. Chwolson a lu Malfia, mais il lit plus bas Tounga et non Touiga, d'ailleurs Malfia n'a pas de sens et ne se trouve pas ailleurs.
(6) Le noun n'est pas absolument sur; Tamgâ ne serait pas impossible; mais on trouve ailleurs « Arslan-Tounga », Chw., II, 44. C'est la seule f(jis que nous trouvons mention du père et du grand-père du défunt.
UNE HOMELIE DE SAINT GRÉGOIRE DE NYSSE
TRADUITE EN COPTE, ATTRIBUÉE A SAINT GREGOIRE DE NAZIANZE
(Fin) (1)
IJAe'f epOl A6 2tVIIUII^y ncon AlUaV HTAlICTOpiA
ecjJHOVT jjeii OV2IKCOII nm^yceiic ATcriie -fepuH (jpeTTexiiH nniïprpA<t)OG ta20 iiaii epATC heu ortoii?
GBOA. AHIItOT l'Ap TAAf; ICAAK G:X6II III II A nep^CDOVjyi
AqKtoAA" niieq<J)AT liApoq epeiic3q:xi:x coiie ei(t)Aeov Ouoq. AneqiajT Ae aahi e3:eii iJ6qfrAAAT2i: haox ?i- <J)A2ov nuoq AqALioiii rin(|U)i fiTeqAt^e Ufin Teqxia:
nXAO-H AqXOV^UT 63:611 1120 rilllAAOV 6(|IOp6U 62pHI
2Apoq j)6ii ovueT6BiHii epe+cnqi j>6ii T6qa:ix no- TiiJALi eopeqbeAbcuAq nuoc ATAp\H n-foHqi (t)oe 6TiyBcoiii ûniAAOT eep6q beAJîmAq • * — Fol, 197 V. —
Croyez-moi, nombre de fois j'ai vu cet épisode peint sur un tableau. Jamais je n'ai pu passer devant lui sans verser des larmes, tant l'art du dessinateur nous le fixe avec netteté. Abraham, en efTet, a placé sur l'autel Isaac. Celui-ci plie les genoux devant lui, les mains liées derrière le dos. Son père se tient debout derrière lui. 11 a saisi les cheveux de sa tête avec sa main gauche, il considère le visage de son enfant dont les yeux étonnés le regardent avec tristesse. Le glaive est dans sa main droite pour l'en frapper. La pointe a atteint la gorge de l'enfant pour l'immoler. — Fol. 197 V. — Mais à ce moment,
(1) Voy. ROC, 1912, p. 395.
UNE HOMÉLIE DE SAINT GRÉGOIRE DE NVSSE. 37
TOTe eA'fciiH ^ujm eapoq hsox eiTeii i^-f acepKCDMii
nf-RpAglC IIAHII AllirU\Tpic\p\HG XGK niOVA^CAeill HliOA
•leii Teqnpoeepeoic kaii beii nietoB ail
ATeTeiiccuT6u xe en ai tonAio'f Apieiii ,\o c^e epco- reii èueiipe <\)i' neovo HeiixAi ijib6m. ovo? nocoTeii eujTeii "friov 111^ H pi TAiiAi'KH cpcoTeii Te èctoTeu nCA lieTeillO'h ^A 6J)pMI è<|)IIOV iiamcta eovAecA2iii HCOT6II KATA c|)OVt0^y Q(|)+- AIIAV TAp XH OVAI^ flCIIOT
lie n-f^eBito riniBe\e eTAV3:oq fininATpiApxHC nej^Aq r-Ap :î^e eeBe A:e AKipi rinAicA:ïi ovoe oneK-fAco èneK- ,'yHpi ncKLieiipiT ctbht AicopK nuoi xa jieii ovcuov f^iiAcuov epoK 0V02 beii ova-^ai "hiiAepj: neKcnepuA A^Ai Oci)pnf" niliclov fiTe T(|)e.
ecejytoni Ae eepeiiAuoiii THpeii 11110+ ii6uiii,"jH* — Fol. 198 R. — pi èvcon nmcuov riieBOA?iTeii (!>+ •t)Ai eTepetoov iiiBeii epnpeni iiAq iieu neqiioiio- reiiHc n^ynpi ihc n\c iieu iiniiA eeovAB npetjTAiiho
une voix vient à lui de la part de Dieu, lui défendant cet acte (1). Néanmoins, le patriarche a accompli le commande- ment dans sa volonté, quoique non en fait.
Vous l'avez entendu, mes pères, sachez qu'il nous faut aimer Dieu plus que toute chose. Pour vous aussi, mes enfants, il est nécessaire que vous obéissiez à vos parents jusqu'à la mort, surtout lorsqu'ils vous commandent d'après la volonté de Dieu. Voyez, en effet, quelle fut, en échange, la récompense annoncée au patriarche : « Puisque tu as accompli cette parole, dit le Seigneur, et que tu n'as pas épargné ton fils chéri pour moi, j'en fais le serment, je te comblerai de bénédictions, je multi- plierai abondamment ta race, comme les étoiles du ciel » (2).
Qu'il arrive donc que nous obtenions tous ensemble, parents et enfants, la bénédiction de Dieu, à qui convient toute gloire, avec son fils unique Jésus-Christ et avec le Saint-Esprit vivi-
(1) Genèse, ii, II- le.
(2) Genèse, 2-2, 10-17.
38 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
-fiioT lieu èiJCHov IIIB6I1 lieu :ya euee nre iJKiuoe
TUpOT (VUHIJ.
ficateur, maintenant et toujours et dans les siècles de tous les siècles; ainsi soit-ilT
M. Chaîne.
TABLE DES MOTS GRECS
àyatÔév. 197 R.
àyàmi. 190 V, l9-;i R. 194, 196 V.
âytoç- 190 R.
A ru H = àK(jLri. 191 y.
ArCJUIJIÏ.ecOe = àvwvîreffôai. 196 V.
AKpHBlA = àxpcêeia. 190 V.
iXlâ. 190 V, 191, 192, 194, 195 Y, 196 R. àvdtpcïi. 197 V. ovâYvwfftç. 190 R.
AMTIAenil = àvTiXéYetv. 193 V ànôffToXo;. 190 R. içz^fi. 191 V.
apxeoC = àpxaîû?- 190 R
àpyiQ. 197 R.
pàffavo;. 196 V, 192 R. Pioç. 194 V.
yaiioç. 192 V, 194.
Ycxp. 192 V, 194 V, 196 R, 197.
Y£veà. 193 V.
ylvEdi;. 190 R.
YÉvo;. 195.
AIATHUA = ôiaffTTitia. 190 V.
AIHKIUA, AIHPIUA = èinywoi- 190 R, 192, 193 R, 194 V
AIK6U3C = 3ixatw;. 191.
AOKIU(XX,lll = SoxtfiàÇeiv. 190 V, 192 R.
8wpa. 191 R. Swpei. 193 V.
éôvo;. 190 V, 194.
euepriA = âvlpyeia. 191 R.
euepriU = àvEpyeîv. 190 V. êittffxoTto;. 190 R.
ÏMYpdtço;. 197 R.
40 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
esoXÔYOç. 190 R.
eeujpiu = ôewpeïv. 190 R.
OvffCa. 193 V.
IffTopia. 190 R, 191 R, 197 R. ITA = Eita. .196 y.
xà'v. 197 V. xopTtdç. 195 V. xàxa. 197 V.
KG = xat. 196 R.
KeA6TIII = XEXeûetv. 193 V.
Kenep = xa-Ttep. 194 V.
KAATOC = xXàoo;. 195 R.
xot-wv. 192 V, 194 V-
ep-KtOAiii = xwXÛEiv. 195 V, 197 V.
XajXTrâi;. 194 R. Xôyo!;. 190 R, XoiTidv. 191 V, 196 V.
(lâÔYina. 192 R. [lâXtaxa. 197 V.
LiereiieTOII = (xr) yévoiro. 194 R. ixovoyevriç, 6;. 192 V, 193, 194 V, 198 R. UTCTepiOll = -jiudTrjpiov. 194 V.
vôpioç. 191 R.
oùôé. 194 V, 196 R.
nAAIllOM = nâXiv OU- 196 R. TcâvTwç. 190 V, 192, 193 R, 195. TraTptapxnç. 199 R, 192, 196 V.
nipAl^lll = ueipàÇstv. 192.
nipACUOG= 7t£tpa(7ix6;. 192, 1%. TtXr.v. 191 R, 107 V.
nu A = 7:v£Û(ji,a. 198 R. Ttpà^tç. 197 V.
ep- ripe ni = «pÉueu 195 V, 198 R.
npOKOnTIII = itpoxértTEiv. 191 V.
npoTpeniM = TtpoTpsTtEtv. 190 R.
nçof-fiTTiz. 196 V.
npOZepeciC = npoaiptmz. 197 V.
ao<Di<x. 192 R.
TABLE DES MOTS GRECS. 41
<T7t£p(xa. 192 V, 197 V.
aTtXâyy.vov. 193, 194 R, 196. = cnAAriJON. 192, 197 R.
CTHreillA = ouvYEVcâ. 190 V.
CTMOrepoC = ouv^yopoç. 193 V.
CVHXtOpm = (TUYxwpEïv. li(4 R. ,
<Tw(jLa. 191, 195.
TpânsÇa. 194 V.
tpûaiî. 190 V, 191, 192 R, 193, 194, 196 V, 197 R.
X'piA ^= xP^ia. 191 R.
XOpirill = xopïlYEïv. 191 R. Xpovoî. 190 V.
^MX^. 191, 196. .
(U<t)6AIII = wcpeXeïv. 190 R.
eApa = dtpa. 193 R.
2eAniC = klTzii. 190, 191 R, 194 R.
2IKU3M = Eîxwv. 197 R.
2IAHKI<1 = ^Xixt'a. 195 R.
21 MA = ïva. 191 R. 192 V.
2ICTOpill = iatopeîv. 190 R.
20ACJOC = ÔXwî. 194 R.
eVAHKIA = ïiXixt'a. 190 V, 191, 192 R.
2TCOG = tffto;. 194 V.
2U)C = w;. 191 R.
ESSAI DE VUL&ÀRISÀTION DES HOMÉLIES MÉTRIQUES
DE JACQUES DE SAROUG, ÉVÊQUE DE BATNAN EN MÉSOPOTAMIE (451-521) (1)
Par Jacques Babakhan.
Et Sinaï trembla, transportant sur sa crête L'universel Géant, l'omnipotent Athlète! Fumée, ombre et brouillard la cime environnant, Prouvèrent qu'était là l'Être igné maintenant. Et le feu ravageur, en fondant chaque roche, Confirma flamboyant que la Flamme était proche ! A travers mille éclairs, la foudre, à chaque Hébreu, La Présence y clama tout entière de Dieu ! Et la nue, englobant Sinaï sous son ample Tenture, au Tout-Puissant servit d'éclatant Temple. Chaque nuage y vint, en bandeau, tour à tour Former enceinte close au Nuptial Séjour! En son honneur l'azur, pour lampe et luminaire, Satura de rayons le sein de l'atmosphère. Authentique en tous points se fit cet apparat, Pour que d'Abram la Fille en sa foi demeurât ! Et, tout en Le croyant descendu là pour elle, Elle se fit un veau, l'adultère rebelle ! Mais son vice, aujourd'hui, n'est point notre objectif Nous traiterons ailleurs de son instinct lascif. Mon discours entamé roulant sur la Descente Du Très-Haut sur Sina, marchons-y sans attente !
Quand le Redoutable eut, au haut du Mont, lui, Moïse alla l'Épouse amener prés de Lui.
(1) Voy. ROC, 1912, p. 410.
ESSAI DE VULGARISATION DES HOMÉLIES MÉTRIQUES. 13
Voulant alors sortir, elle se sentit lasse ! Essayant de marcher, elle resta sur placé ! Tremblante, épouvantée, en proie à la stupeur. Humble, craintive, lourde, et toute à sa torpeur, Apathique, éperdue, atterrée, immobile, Silencieuse, éteinte, amollie et débile. Elle se sentit prise et livrée au trépas, Sans même avoir encor tenté le premier pas ! Les clameurs, les éclairs, la foudre et le tonnerre. Tout l'épouvanta, tout augmenta sa misère! Pour elle en vain l'Epoux s'exprima saintement. Elle ne voulut point l'entendre aimablement :
« Parle-moi, doux Moïse! alors .soupira-t-elle,
« Car la voix du Seigneur m'est une voix mortelle ! »
Pour l'Epouse adultère, un aussi saint Époux
Ne pouvait avoir un ton suffisamment doux !
Pour les goûts dépravés de l'impure Promise,
La fureur orgiaque était bien plus exquise !
Et faisant fi de tout maintien chaste et tournant
Le dos au trop pudique Epoux des cieux venant,
La lâche supplia Moïse le prophète
D'être, auprès du Très-Haut, son unique interprète !
C'est qu'à Moïse tête elle savait tenir !
De Sina ne pouvant les orages souffrir.
Pour résister au feu, se sentant peu robuste,
A Moïse elle dit : « Parle-moi, toi, mon juste! »
Oh! c'est qu'elle savait que, même maltraité, Il serait endurant et bien moins redouté. Elle eut recours à lui pour mieux rester mutine, Rebelle et subversive en pleine indiscipline ! Voyant que de Sina la tonnante clameur Ne la tolérerait parjure ni d'humeur Massacrante, elle fit, en sa rage, à Moïse Appel intéressé pour que, dans sa traîtrise. Elle pût, au besoin, pour ne point lui céder, A sa suppression sans phrases procéder!
Le Lion rugissant l'ayant nettement mise
En déroute, elle en vint au doux agneau-Moïse !
Par l'aigle en échec mis, le faucon dépité
S'en prend à l'oisillon dans ses serres jeté !
A la Voix ébranlant les monts faisant la sourde.
De Moïse elle aima la langue presque lourde !
Le cor qui résonnait au sommet du zénith
44 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
L'émut trop et d'un Bègue amène elle s'éprit !
Non que Moïse fût chéri par la mégère :
Elle s'en servait pour à son Dieu se soustraire !
Entendant son Époux hautement l'engager
A rompre en visière avec tout étranger,
Elle en fut suffoquée et, pour fuir la Voix sainte,
Au Prophète elle dit, en sa sournoise feinte,
Déguisant mal l'instinct corrompu de son cœur :
« Doux Moïse, sois seul mon interlocuteur! »
Sans nul arrière-plan, pareille dépravée
Se fùt-elle devant son Epoux esquivée?
Elle ne se fût point dérobée à l'Époux
Si son front à l'autrui n'avait fait les yeux doux (1) ! !
Eût-elle mieux aimé, si peu qu'elle fût nette,
Son Maître dédaigner pour plaire à son Prophète ?
Eût-elle refusé d'admirer sa splendeur
Si son cœur n'eût battu pour quelque suborneur?
Chaste, elle eût rendu, certe, un éclatant hommage
A son seul Prétendant et goûté son langage!
Et si pure elle était, devant le Saint pourquoi
Se laissa-t-elle choir dans un honteux émoi?
Si donc elle en rougit et comparut étrange.
C'est qu'elle se vautrait à coup sûr dans la fange !
Oyant sonner l'heure où vite tout marié Sur le compte est de son épouse édifié, En faisant signe à son Tuteur et timorée, Elle lui confessa qu'elle était déflorée ! ! De la sorte agissant, elle gardait l'espoir D'étouffer sans grand bruit son adultère noir !
« Parle-moi, toi seul, ô modeste, lui dit-elle.
Que Dieu cesse ses voix, car j'en tremble et chancelle! »
Pour la calmer et la rassurer, son Tuteur Dit :
« Dieu t'éprouve, Enfant. Courage! Sois sans peur! Le temps de faire un pacte et vers sa sublime aire Dieu va voler et son tonnerre va se taire ! Viens voir l'Epoux que j'ai l'honneur de t'offrir, moi. Sa Présence en impose à la Terre en émoi ! Il est sans égal en gloire, comme en puissance. Ne te dérobe point à sa magnificence ! Contracte une absolue alliance avec Lui ! C'est pour un tel traité qu'il te vient aujourd'hui !
(1) Si elle ne lançait pas son œil sur les étrangers ."p-paj \vi icoi p»i p oyLl is\
ESSAI DE VULGARISATION DES HOMÉLIES MÉTRIQUES. 45
Que ne me fasse affront, Fille, ton attitude! Souviens-toi que toujours de ma sollicitude (Et je prends ta cruelle Egypte pour témoin) Te suivit pas à pas le plus paternel soin ! »
Le tremblement saisit toute la Synagogue Qu'encourage Moïse, inspiré pédagogue. Sina fume et son faite est tout incandescent, Le Très-Haut au sommet triomphe en Tout-Puissant! Le tumulte est à son comble, les phénomènes Emplissent l'horizon de surprenantes scènes : L'élément nébuleux qu'enfle le firmament, Tonne, gronde et crépite avec acharnement! Les troupes sont en rangs, les régiments en file: Chaque cohorte avec gloire, au ciel, se profile! Par milliers concentrés, leurs essaims cercle font Immense, tournoyant dans un ordre profond! Le Sanctus séraphique aux battements des ailes Des Chérubins joint ses notes sacramentelles ! Adore en frémissant l'entier État-Major Archangélique et chaque ange prend son essor ! Vision étonnante, image merveilleuse. Habitacle caché, cime mystérieuse ! Ombre en plan, mont en feu. vacarme en carillon, Étincelles au vol, flammes en tourbillon! Splendeur en apogée, ouragan en furie ! Époux altier, Parrain humble. Épouse flétrie!
L'asile nuptial irradie et, là-haut.
L'arc de triomphe éclate exempt de tout défaut!
Célestes invités et terrestres convives,
P'ils du suprême azur et gens des basses rives,
Les hôtes sont assis et l'extase et l'entrani
Gagnent les Univers, la Noce bat son plein —
Mais la « Tarée » aspire à déserter la fête ! !
Le Notaire est debout : plume en main, il s'apprête A signer le Contrat engageant Sabaoth A dormer l'Univers à l'Épouse pour dot! (0 cadeau nuptial, inespéré, sublime!) Mais la Fille d'Abram que le vice envenime Repousse cet Époux, son geste et ses cadeaux, Pour rester la compagne intime de ses veaux !
46 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN..
Banderoles de flamme, oriflammes ténues Flottent autour du Mont, qu'environnent les nues ! Voici, resplendissants, d'étincelles brodés, Les habits que l'Époux pour elle a commandés ! De trousseaux flamboyants s'emplit la nuptiale Chambre, où, toute de feu, la couchette s'étale, Inaccessible asile et qu'intangible clôt Vne tenture faite au métier du Très-Haut!
Du dehors le cuirasse un nébuleux système, Élément terne, épais, sans résistance extrême. Que balance le vent tout exprès, à dessein. Pour que puisse entrevoir la Synagogue enfin L'éclat amoncelé derrière cette trame ! Le fluide au dedans, sur la cime la flamme! Au dehors moins léger, l'air, en sa dense ampleur, L'environne, en planant au ciel en son honneur!
La Gloire siège au fond d'un enclos de nuage !
Telle quelle, invisible; ostensible en image.
Le nuage, en son sein, concentre la Splendeur,
N'en tamisant, pour l'œil, qu'une infime lueur!
De ses pans la Clarté bienheureuse s'échappe.
Par bonds intermittents, effet qui charme et frappe
Quand la Splendeur afflue et cherche à dévaler,
Le nuage a tôt fait de la dissimuler!
Sinaï fume et va fondre sa lourde masse,
Mais le bras Créateur l'affermit sur sa place !
Quand la Gloire tend à ruisseler sur le sol.
Le nuage aussitôt en arrête le vol !
Sur le point d'éclater, elle se dissimule.
Pour que le spectateur pour la voirencor brûle!
Et cette vision laconique en dit long
Sur la Sublimité qui se condense au fond!
Lorsque à travers la nue son reflet vagabonde,
Le peuple en effroi craint qu'il n'embrase le monde !
On la voit à travers le masque nébuleux
Et l'on constate son déclin miraculeux !
La chose au loin cachée est la chose enviée : La Gloire au sommet prend pour voile une nuée ! La vapeur emplit l'air, y signalant le Feu: Pour tempérer la Flamme, entre la Nue en jeu. L'explosion des bruits retentit en trompette : Le Mont trébuche et sent qu'on lui force la crête !
ESSAI DE VULGARISATION DES HOMELIES METRIQUES. 17
Le brouillard, qui contient la Hamme, s'élargit Foyer du Feu Vivant, Sina craque et rugit!
Tous les célestes chœurs, dans un élan mystique, Clamèrent : « Le Très-Haut est là, c'est authentique ! » Chaque être, que ce fait imposant consterna, Proclama : « Certes, Dieu plane dessus Sina ! » Démuselé, dans un choc extraordinaire, Pour cette circonstance, au sommet, le tonnerre Parut à l'Univers gronder : « Oui, quant à moi,
« J'afBrme qu'ici règne en personne ton Roi! »
Les accents du clairon, là-haut, avec emphase Retentirent, jetant leur appel vers la base, Pour que la Terre, oyant leur hjTnne à l'unisson, Accourût adorer son Maître avec frisson ! L'angélique concert vibra tout dans la nue, La Gloire étant au fond du brouillard contenue. Et lorsqu'une étincelle allait en émerger, Elle refluait, pour ne point tout submerger! Lorsque la flamme allait tout Sinaï détruire. Le nuage était là, pour son champ circonscrire ! Quand, en haut du brasier, s'élevait promptement Une vague brûlante, immédiatement L'air tendre, en sa fraîcheur, en absorbait la lame! La nue au dehors, à l'intérieur la flamme. Afin que le froid pût tempérer la chaleur! Flamboyant sur le Mont, l'imposante Splendeur Se voilait, s'éclipsait, de peur que, trop visible, Son masque n'éclatât immensément terrible ! Dans le pan de la nue, ample et volumineux. Était pris, enclavé, figé, le lumineux Centre de la clarté, de peur que, de son aire. Son flot ne débordât pour envahir la Terre !
Des anges la clameur partait de ce Buisson, Comme un bruit d'Océan, vaste sous l'horizon! Au fond de la brume, où se tenait leur phalange, Faisait le tour du Mont leur symphonie étrange ! lis jubilaient à l'ombre et proches et distants. Voilés aux yeux mais pour l'oreille palpitants ! Bien que trop nain, Sina se chargea du Colosse!
48 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
S'il eût pu fuir, comme il se fût montré véloce ! ! 11 tremblait et ses rocs, en leur convulsion, Alimentaient la flamme en sa combustion.
Les anges, en extase autour de son pinacle, Voyaient évoluer le Très-Haut, ô miracle! Tandis qu'il n'avait point des cieux quitté le sein ! Et d'allégresse empli, d'enthousiasme plein. Leur groupe reconnut pour privilège insigne L'honneur d'avoir été désigné comme digne D'escorter Dieu vers les « terrestres » se rendant!
Les chœurs restés en haut n'étaient pas, cependant,
En tant que familiers de la céleste cime,
Moins superbes que ceux descendus vers l'abîme :
Ceux-ci croyaient présent en son ciel l'Infini,
Ceux-là le supposaient sur le mont Sinaï!
Les uns guettaient son Char, pour contempler l'Immense,
Les autres sur Sina recherchaient sa Présence!
Se dérobant à leur double division,
L'Invisible échappait à l'observation
De ceux de l'Empyrée et de ceux de l'Espace !
Ceux-ci voyaient du Mont se consumer la masse.
Ceux-là fixaient son Char auréolé d'éclat!
Sa présence n'éclate, en son abscons état.
Nulle part, en dehors de son propre Mystère,
A moins que ce ne soit, par image, à la Terre.
Il ne se rend visible indubitablement :
Pour Lui point de voyage! aucun déplacement!
De quel point vers quel point faut-il qu'il se transfère,
Lui l'Espace en lequel tout tient, tout s'agglomère?
11 est sur la Montagne, au ciel, en tous milieux.
Sur le Char et dedans le Buisson radieux!
Sur la cime apparut sa flamboyante Image,
Lorsque, ô prodigieux et suprême apanage!
Il vint proposer au terrestre genre humain
D'être son allié, par un sublime hymen!
Ce fut donc pour l'Enfant d'Abram le patriarche Que, mettant sur Sina ses prodiges en marche, L'ombre du Tout-Puissant splendide célébra Sa noce, en épousant la Fille de Sara! Son bras soutint Sina, son porteur symbolique, Tel le porte en triomphe un élan séraphique ! Tout ce que l'Univers encercle en ses confins
ESSAI DE VULGARISATION DES HOMÉLIES MÉTRIQUES. 49
Dépendant du pouvoir de ses sublimes mains ! Ce fut donc pour le bien qu'accourut sa clémence Entourer Sinaï de sa magnificence. Son masque fulgurant sur la montagne luit, Pour qu'en le voyant tel, l'Épouse le suivît. Mais, lorsqu'elle apparut devant Lui, l'impudique S'en détourna, fuyant toute sa dogmatique.
Moïse, l'invitant au calme, enfin lui dit :
« D'un court instant encore. Enfant, fais-moi crédit!
Laisse qu'un Traité soit fait à ton avantage !
Puis l'Kpoux reprendra son vol vers son rivage! «
L'habitacle brûlait merveilleux sur le Mont. Quand le Seigneur somma Moïse au noble front D'y venir, d'avancer jusques en sa Présence.
La Voix sainte, jouant, alerte en l'occurrence,
Rôle de satellite, explosa, pour frayer,
A travers le nuage, au Prophète un sentier.
Afin que, sans entrave et sans trop gauche allure,
11 entrât son Traité compléter et conclure.
Moïse, dans la nue, avançant vers son Dieu,
La Voix vint le guider, à travers flamme et feu,
Otant de devant lui bandeau, flamme, accessoire.
Pour que, dans son lieu même et dans toute sa gloire.
11 entrât contempler, tel quel, l'Époux divin!
L'Ordre sortit lui faire, en la nue, un chemin.
Afin que la splendeur sublime, auguste, unique
Ne le jetât du haut du Mont en la panique.
Moïse pénétra jusques dans le Salon
Du Royal Fiancé pour L'entendre et, selon
Ses ordres, Lui mener l'Épouse en sa Présence.
II entra consulter Dieu, puis de l'audience
Il sortit, apportant ce Message formel :
L'Epouse était admise au seuil de l'Éternel, Afin d'entendre, avec esprit de discipline. De la Maison de Dieu l'intégrale doctrine.
Comme impure elle était, le cérémonial Ne l'admit point au sein du Séjour Nuptial ! Elle vint du dehors écouter avec crainte La leçon de l'Époux et sa volonté sainte. Et du nuage alors l'Oracle retentit. Annonçant qu'un Traité devait, sans contredit,
ORIENT CHRÉTIEN.
50 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
Au culte du Très-Haut lier la Synagogue.
Et préludant de suite aux traits du Décalogue.
L'Onicle se fit net, juste, clair, véhément!
De nul rude statut, d'aucun dur règlement
Ne voulant l'accabler, 11 lui donna, pour guide,
Des lois d'une observance aisée et non rigide.
Les idoles II lui défendit de servir,
Pour que rien ne la put à son culte ravir.
11 l'avertit aussi, par sa parole franche.
Qu'étant le Dieu jaloux. Dieu vengeur, sa revanche
Se ferait — fût-ce après des siècles à venir —
Contre ses offenseurs terriblement sentir !
11 lui posa sur la route de la justice Dix étapes, au bout desquelles l'exercice Devait droit la mener au Royaume des cieux ! Il fixa sur son front un flambeau radieux Et mit devant ses pas, d'un geste très amène, De ses commandements l'intégrale dizaine, Afin que de sa Loi la splendide clarté Sa marche illuminât dans la pure équité !
Peine inutile! arguant, pour elle, trop austère Ce code et s'avouant inapte à s'y parfaire, La démente brava tout l'impressionnant Spectacle déployé sur Sinaï tonnant !
Dieu parle et la Montagne en frémit d'épouvante ; La pompe sur son front se dévoile géante ! Et du Seigneur la Voix articule des sons Tels, que le peuple en a des transes, des frissons ! Le tonnerre rugit, l'éclair vole et serpente ; Et sa moindre lueur brasier immense enfante Flamboyant et marqué de prodiges, le son De l'Oracle leur fait redoutable leçon ! Par l'organe du feu, majestueuse bouche Dont le verbe scandé n'admet nulle retouche, Il martèle l'accent de ses commandements! Dans une langue dont les moindres éléments Ont de la foudre la dévorante étincelle, 11 dicte sa Parole authentique, éternelle!
Le brasiei", sur la cime, un son de fifre émet :
ESSAI DE VULGARISATION DES HOMELIES .METRIQUES.
Le feu crépite et chante au-dessus du sommet !
De l'immense âtre explose un orchestre, où la flamme
Ronfle un air d'ouragan, monte une monstre gamme!
Solennel est l'instant : Dieu promulgue sa Loi !
Le Devoir est dicté; mais l'Epouse, en émoi.
Rebelle au frein moral, en l'ultime minute.
Se refuse à l'Époux, sou Pacte elle réfute!
Que me saisit, ici, dans sa naïveté.
Que me subjugue, ici, dans sa simplicité.
Le rôle de l'Église à l'innocente allure
Et force ma voix à rompre sa boursouflure !
Encor qu'inachevé, qu'aujourd'hui prenne fin
Ce thème, où l'ordre veut prendre un autre chemin !
Trop vaste étant Sina, l'intellect le relâche
Pour, après un repos, y reprendre sa tâche!
Pour le cours abréger de mon verbe étendu,
Sur ma bouclie un index s'applique suspendu.
Des faits mystérieux clôturons le chapitre :
Nul mortel n'en étant le juge ni l'arbitre!
Je vois que, loin d'avoir mon sujet épuisé,
Ma muse a, sur Sina, ses deux ailes brisé!
Le thème étant ardu, la raison y chancelle :
Qu'elle reprenne haleine, afin qu'elle s'attelle
Au labeur d'un discours moins rude, moins scabreux!
Les comparer l'une à l'autre, serait-ce heureux? J'entends : l'Église à cette ingrate Israélite ! Non, le récit de ses faits et gestes m'invite A n'y plus insister, or je termine ainsi :
Celle-là, pour son Dieu, n'eut pas un seul merci : En pleine apothéose, elle resta parjure ! En sa misère, sut celle-ci, chaste et pure. Suivre le Fils et Lui fidèle demeurer !
Sans L'avoir jamais vu d'archanges s'entourer,
Sans L'avoir contemplé sur une cime en fête,
Sans jubilation céleste, sans trompette,
Elle a su recevoir le Christ à bras ouverts !
Sans lui clamer, des cieux, ses préceptes divers
Du tréfond d'un nuage embrasant l'atmosphère,
Sans mettre en mouvement foudre, éclair, feu, tonnerre.
Sans l'abîme ébranler, sans troubler l'horizon,
Sans habitacle igné, sans fumante maison,
52 REVUE DE l'orient CHRETIEN.
Sans gîte éblouissant hissé sur un cratère, Le Fils du Tout-Puissant est descendu sur Terre. Et, dans des langes mis, en pleine humilité. Il a ravi l'Église et notre Humanité !
Il eut faim, soif, sommeil. Il fut dans l'indigence!
Il fut sujet à plus d'une rude souffrance :
Éprouvé par Satan, au sauvage désert,
Nommé « Chef des démons ». de sarcasmes couvert!
De toutes parts, pris pour un sujet de scandale.
Du blâme subissant l'aveuglante rafale !
Honni d'avoir pris part au repas des pécheurs,
Pris pour vil publicain, in.sulté par ailleurs !
Sommé d'offrir tribut au roi, comme une dette,
Privé du moindre coin pour y poser sa tête !
N'ayant pour triomphal coursier qu'un simple ânon,
Avec sa nudité pour tout caparaçon !
A l'instar d'un valet, prenant un linge et, preste,
Lavant les pieds pétris d'argile par son Geste !
Vendu par ceux qu'il mit en son intimité,
Renié par les siens, malgré leur loyauté !
Comme un vrai meurtrier, traîné dans le prétoire,
Contraint de subir un long interrogatoire !
A la colonne, comme au pilori, cloué!
Sous dérisoire habit, de force coups roué !
Présentant son front à la couronne d'épine !
Souffleté, puis oyant : « Qui t'a frappé? Devine! »
Trébuchant et tombant sous sa pesante Croix,
Tendant aux clous ses mains et ses pieds à la fois !
Voyant ses vêtements tomber, par un tirage
Au sort, entre des mains avides de pillage !
Sur une éponge, humant le vinaigre et le fiel,
Pour calmer de sa soif le supplice cruel!
Oifrant son côté, pour y tailler large brèche.
Aux assauts d'une lance à la pointe revêche !
De baume et d'un linceul et d'un tombeau mun-i.
Et pourhntt, panni nous, à tout jamais béni!
Tel II est apparu le Christ à son Église! N'importe ! elle a vu juste, en sa sagesse exquise Et, pour Lui, repoussant idoles et faux dieux, Elle reste l'Épouse au nimbe radieux !
(i4 suivre.)
LÀ VERSION SYRIAQUE DE L'HISTOIRE DE JEAN LE PETIT
(Suite) (1)
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(1) Voy. ROC, 1912, p. 347.
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54 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
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56 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
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58 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
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60 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
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LA VERSION SYRIAQUE DE L HISTOIRE DE JEAN LE PETIT. 61
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G2 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
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LA VEHSIUX SYRIAQUE DE L HISTOIRE DE JEAN LE PETIT. G3
TRADUCTION
G. Mort de son maître. — Maintenant, mes bien-ainiés, si nous parlions tout le temps et toute la durée de notre vie sur les belles actions de ces saints hommes, pour les terminer, je ne pense pas que nous y arriverions mais nous avons raconté en peu de mots, selon notre force, ce qui a été possible. Parlons maintenant de la mort du pur vieillard, saint abba Ba- mouyah, maître du saint abba Jean. On raconte que le saint vieillard fut malade pendant douze ans dans les infirmités et les souffrances, pour être éprouvé et purifié (1).
Le bienheureux Jean servait devant lui durant tout ce temps et il arrivait que le vieillard était irrité contre lui, à cause de la souffrance (2), et était chagrin contre lui, mais le saint abba Jean n'en était pas affecté, ne s'irritait pas contre lui et ne répondait pas au vieillard, mais il termina son combat avec une volonté bonne et suave. Ils disaient de ce vieillard qu'il était très remarquable en son aspect, plus que le plus grand nombre des Pères, il l'appela donc certain jour et lui dit : « Mon fils Jean, lorsque j'aurai quitté cette vie temporelle, va demeurer dans l'endroit où tu as planté l'arbre, parce que c'est un symbole. Ce bois sec qui a vécu et qui a porté des fruits figure les sacrifices, les offrandes agréables et les choses mémorables qui auront lieu en cet endroit à ja- mais. Cet endroit sera un port (Xi;j.r;v) pour des âmes nombreuses et pour quiconque cherche le salut de son âme. » Lorsque la mort du vieillard approcha, il appela Jean tandis que les Pères étaient réunis autour de lui. Quand il approcha de lui, il prit ses mains, les embrassa et les approcha de ses yeux et il le bénit comme Isaac (avait béni) Jacob, et dit trois fois : « Je l'ai dit en vérité, tu es le serviteur bon et fidèle de Dieu, laisse-moi et prie pour moi. d Ensuite il fit la recommandation aux Pères qui étaient réunis là et il leur dit : « Adorez tous cet ange du Seigneur qui est apparu sur la terre, ce n'est pas un homme (3). » Quand il eut terminé ces pa- roles, il ouvrit la bouche et il rendit son àme à Dieu et il mourut en paix.
7. Il fonde un Monastère. — Le saint abba Jean alla à l'endroit de cet arbre, selon l'ordre de son maître, et il s'y fit une cellule dans une caverne pour ajouter à ses luttes et à son travail. 11 se prépara encore dans cette caverne une crypte dans laquelle il descendait constamment pour ne pas être vu des hommes et il y passa toute une semaine sans pain et sans eau, nourri qu'il était par la grâce de Dieu. Il se fit' encore un habit de fibres
(1) Sic Aaimoé, grec, 240, où Jean est appelé •• Jean, le petit, le Thébain ».
(2) II y a ici dans le copte une lacune de quelques lignes, p. 350, ligne 1.
(3) Ceci figure avec des diflërences assez nombreuses, grec, 240, et dans les VUae Palrum, III, n» 155; V, eh. xvi, n* 4; VII, eh. xix, n» 2; P. L., t. LXXIII, col. 792, 970, I04I ; et ces rédactions ont été commentées par saint Jean Cli- maque, Scala par., grad. IV, P. G., t. LXXXVIII, col. 717. D'après Jean Cli- maque. Annnoé a été malade durant dix-huit ans.
64 REVLE DE l'orient CHRETIEN'.
de palmier qu'il revêtait; lorsqu'il montait, les frères voyaient comme une colonne de feu lumineuse. Sa renommée était portée en tout pays et de tous côtés, au point que beaucoup d'hommes se réunirent et demeurèrent près de lui, et ainsi, peu à peu, ils se réunissaient et venaient près de lui sans crainte de tous côtés; ils prenaient une grande consolation à le voir et ils imitaient ses actions admirables et divines. Ainsi ceux qui entendaient parler de lui prenaient courage, se réjouissaient et désiraient sa vue divine ; il était une cause de salut pour les éloignés et pour le.s proches, une co- lonne, un refuge et une source de toutes les perfections, au point que les déserts arides leur devenaient des villes habitées; ils étaient remplis en abondance des serviteurs de Dieu. La terre déserte (et) sans fruits deve- nait habitée et portait des fruits, un (rapportait) trente, et soixante et cent; gloire et honneur à la Trinité adorable !
Lorsque les moines furent nombreux près du saint abba Jean, il fut né- cessaire de leur creuser un puits, parce que les eaux étaient loin d'eux (1) ; il réunit tous les frères et ils creusèrent pendant cinq jours (2) ; ensuite le saint abba Jean descendit dans le puits et il y passa toute la nuit en prières jusqu'au matin et, au matin, les eaux sortirent douces et agréa- bles; ainsi tout ce qu'il demandait à Dieu lui était accordé à cause de son excellence et de sa suavité.
8. — Le frère du saint Abba Jean, comme nous l'avons dit plus haut, était moine. Ce saint Abba Jean l'instruisait et l'exhortait à posséder l'humilité plus que tout, afin d'arriver par elle à tout ce qui fait bien, il lui rappelait aussi leur manière de vivre (lorsqu'ils étaient) dans le monde et leur pauvreté, et il disait : « Mon frère, souviens-toi comment nous étions dans le monde indigents et pauvres et méprisés, tandis que maintenant nous sommes comptés avec les hommes bons et excellents. Il nous con- vient donc de rendre à Dieu des myriades d'actions de grâce et de louanges, afin qu'il ait miséricorde et pitié envers nous et qu'il nous console; voici que nous sommes honorés de l'honneur de ses serviteurs. » Il lui disait ces choses et d'autres semblables, au point qu'il progressa et qu'il devint un moine excellent, saint et puissant dans tout le travail de la perfection.
Saint Abba Jean gémissait à toute heure et disait : « Je suis très rempli de crainte, mon frère, au sujet des trois choses suivantes : du moment du départ de l'âme du corps, de la rencontre avec Dieu et du jour de la ré- surrection. » Chaque fois qu'il se souvenait d'une des trois choses que nous venons de mentionner, il fuyait et allait dans le désert intérieur; son frère se fatiguait à le chercher partout et, quand il le trouvait, il lui disait : « Pourquoi te fatigues-tu ainsi, ô notre frère? Ne crois-tu pas que si tu'
(1) Les eaux des marais sont salées et déposent par évaporation le natron (sel marin, muriate de soude, sulfate de soude).
(2) Les couvents de Scété •< dans le voisinage des lacs, ont des puits creusés de treize mètres, où il y a à peu près un mètre d'eau douce que l'on élève au moyen de roues à pots ». Mémoires scienltfiques des savants composanl V Institut d'Éyypte, 8°, Paris, an VIII, t. I, p. 25-2.
LA VERSION SYRIAQUE DE l'hISTOIRE DE JEAN LE PETIT. 65
demeurais dans ta cellule, le Seigneur t'exaucerait et aurait pitié de toi? » Celui-ci dit : « Oui, mon frère, je sais que Dieu n'est pas fixé en un lieu et qu'il exauce partout où il est invoqué, mais je veux mon âme dans cette souffrance, afin que Dieu m'épargne, qu'il ait pitié de moi et qu'il me sauve au temps de l'affliction, lorsqu'il voit la lutte (atyiiv) que je soutiens. » Ce bienheureux avait l'esprit fervent, et demandait à être comme un ange. 11 dit certain jour à son frère, dans un zèle véi'itable et divin : « Je veux persévérer près de Dieu et être sans souci comme les anges, qui ne cessent pas de le louer. » Et, quand il eut terminé ces paroles, il dépouilla ses vêtements et entra au désert. Il y demeura une semaine sans manger et sans boire, et, parla providence du Seigneur, il retourna, afin d'être pour beaucoup une cause de salut. Lorsque, muni d'un bon viatique, il vint frapper à la porte de la cellule de son frère, il ne voulut pas lui ouvrir, car il lui dit « Qui es-tu? » 11 répondit : « Je suis Jean, » et son frère lui dit : « Tu n'es pas Jean, car il est devenu un ange et il n'habite plus parmi les hommes, » et il le laissa ainsi toute la nuit sur la porte. Lorsque le matin vint, il lui ouvrit et lui dit : « Mon frère Jean, sache que tu es un homme; tant que tu es dans ce corps, tu as besoin de travailler avec lui, afin que tu vives avec lui; parce que le tra- vail que tu fais maintenant appartient aux êtres spirituels et à ceux qui n'ont pas de corps. » Le saint Abba Jean lui dit : « Pardonne-moi » ; et il lui donna la bénédiction et il entra dans sa cellule (1).
On racontait que certain jour, comme il était assis dans la cellule, des liommes vinrent, entrèrent près de lui, ramassèrent tout ce qui était dans la cellule et en firent un faix, tandis qu'il se taisait et ne parlait pas avec eux. Quand ils eurent terminé, ils lui dirent : « Lève-toi, et charge-nous notre fardeau. » Le saint se leva et le leur chargea; illes salua encore et ils s'en allèrent. Lorsque son frère vint et vit que la ceikde était vide, il lui dit (2) : « Que sont (devenues) les affaires de la cellule? » 11 dit : « Je ne sais pas. » Son frère lui dit : « Je te dis : Où. sont les affaires? et tu me dis que tu ne le sais pas ! » Jean lui demanda pardon et dit : « Pardonne-moi, mon frère, seulement je te demande que tu mettes ceci dans toi»! cœur et que tu dises- que tu m'as mis depuis trois ans au tombeau. »
9. Enseignements et conduite. — Saint Abba Jean disait : « Trois choses combattent avec l'homme : la fornication, le scandale des frères et l'éloi- gnement de Dieu. Si un homme est capable de se retirer de son prochain au point de n'avoir pas de sujet de scandale de près de lui, alors il se délivre de tout le reste. Si un homme a l'intention d'accomplir ce qui le regarde et d'abandonner son frère, en quelque sujet qno ce soit, quand
(1) Grec, 204, 2 ; au x« siècle, cet incident a été mis en vers latins par Fulbert, évêque de Chartres, cf. Patr. lat., t. LXXIII, col. 812, note IL — Cf. Ibid., col. 768, n" 56 et 916, n" 27.
(2) Copte : « Ceux-là lui dirent : Lève-toi, porte-les nous. Abba Jean so leva, illes porta. Et lorsqu'il les eut conduits au dehors, il s'assit. Et lorsque son frère entra, il dit. - P. 355.
ORIENT CHRÉTIEN. 5
66 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
il est dans l'angoisse, toutes les épreuves sont réunies contre lui et en- tourent son âme comme des voleurs et ils dominent sur elle au point de la troubler etc., pour la désespérer. »
Il disait encore : « Sachez, mes frères, que notre frère est le commen- cement de toute notre construction. Si nous conservons le fondement, nous élèverons nécessairement sur lui une construction saine jusqu'à ce que nous l'ayons terminée. » Le saint abba Jean se réjouissait de n'avoir fâché personne de sa vie. S'il arrivait qu'un homme le fâchait ou l'inju- riait, le saint accourait près de lui le visage tout joyeux; il l'embrassait et disait : < Celui qui supporte son prochain avec connaissance, est pur. Cours après la véritable perfection, par laquelle l'âme peut voir Dieu. Garde-toi de la gloire et de la louange de ce monde, parce qu'elles sont de nul prix pour le travail de la perfection. » Ainsi celui qui avait mal agi envers lui se repentait et changeait rapidement.
On racontait du saint abba Jean qu'il ne levait jamais la vue et ne regardait et ne considérait le visage de personne, à cause de sa grande humilité et soumission. On racontait encore du saint abba Jean que lorsqu'un homme tombait une fois ou en parole ou en autre chose, il ne racontait jamais rien sur lui, mais lorsqu'il apprenait qu'un homme avait péché ou était tombé dans une faute, il pleurait sur lui, il gémissait et il était affligé à cause de lui. Il disait : « Cela arrive à lui aujourd'hui et à moi demain. » Et il offrait pour lui une prière à Dieu avec larmes et gémissements lamentables pour qu'il fût délivré. Ils disaient qu'il faisait ainsi tous les jours de sa vie.
Des frères interrogèrent abba Jean en disant : « Nous est-il utile de chanter beaucoup de psaumes? » Il répondit : « 11 nous est utile avant tout que nos offrandes soient faites avec humilité et cœur contrit. Ensuite nous aurons soin d'observer ce que nous dirons et nous attacherons notre esprit en Dieu pour que ce que nous dirons soit gardé près de nous, que ce soit peu ou que ce soit beaucoup. »
, On racontait qu'il alla lui jour en Egypte vendre des corbeilles, car c'était son art. Comme il les portait sur son épaule et qu'il marchait pour y aller, un chamelier le rencontra qui le- vit, en eut pitié et lui conseilla de charger les (corbeilles) sur son chameau. Le saint agréa son offre et lui donna ces corbeilles. Comme ils suivaient leur chemin, le chamelier commença à proférer des paroles mauvaises et honteuses et il émettait des chants du monde. A ce moment, saint Jean se retourna et vit les cohortes et les troupeaux des démons qui entouraient de tous côtés ce chamelier. Lorsque le saint abba Jean vit cela, il abandonna les corbeilles et retourna à sa cellule (1) en portant dans son esprit et en méditant la parole de Notre- Seigneur dans l'Évangile, qui dit : « Que servira à l'homme s'il gagne tout le monde et s'il perd son âme ? »
On raconte qu'une autre fois il alla en Egypte. Comme il était sur la place publique pour vendre ses corbeilles et des frères (étaient) avec. lui, il vit que beaucoup avaient avec eux des travaux de divers genres et
(1) Grec, 205, 5.
LA VERSION SYRIAQUE DE l'hISTOIRE DE JEAN LE PETIT. 67
les vendaient. Il porta donc aussi son ouvrage et il se tenait parmi eux. Certains passèrent [)rès de lui et lui dirent : « Dis-nous combien tu veux ([ue nous te donnions pour ces corbeilles? » Mais le saint abba Jean fut dans le ravissement durant une grande heure et ses yeux regardaient le ciel. Lorsque les frères le virent, ils lui dirent : « Fais-nous connaitre le prix de ces corbeilles (1). » Il leur dit : « 0 mes frères, je vous demande de me dire quel est (le plus) grand et (le plus) honoré près de Dieu, parmi tous les ordres (xâyiJ-a) célestes :les Chérubins ou les Séraphins? » Ils furent dans Fétonnement et dans l'admiration, et ils dirent : « Où est ta pensée ô père? » Celui-ci leur dit : « Mes frères, une loi nous est proposée dans les Livres divins : de chercher constamment les choses d'en haut et de penser constamment aux choses d'en haut, là où est le Christ; .sans nous tourner (pour) regarder celles qui rampent sur la terre. » Lorsqu'ils entendirent ces choses, ils confessèrent et louèrent Dieu. Ils disaient (lu'il tressait certaine fois des nattes et il se proposa d'en former deux (2). Tandis qu'il tressait, il fut rempli de stupeur au sujet de la divinité, et il pensa à la Jérusalem d'en haut, et à l'habitation dont a parlé Paul l'apôtre, à la nôtre qui est dans le ciel, d'où notre Sauveur doit (nous) recevoir dans la gloire, lui qui doit exalter l'humiliation de notre race et la former à l'imitation de son corps saint en tout, dans la résurrection glorieuse de chez les morts. Tandis qu'il était dans une pensée si agréable, il se trompa et il tressa les deux nattes en une et il ne s'en aperçut pas avant de les avoir terminées (3).
Un honmie vint ensuite certaine fois à sa cellule pour lui acheter des corbeilles ; il frappa à la porte et, après un long espace de temps — car il était en prières — Jean sortit près de lui et lui dit : « Que demandes- tu? » Celui-ci dit : « Acheter des corbeilles. » Le père Jean entra dans sa cellule et, parce que son occupation était en Dieu, il oublia, et ce frère continua à frapper à la porte. Abba Jean sortit au-devant de lui pour la seconde fois et il dit : « Que demandes-tu ?» Le frère lui dit : « Je t'ai déjà dit une fois, Abba, que je demande des corbeilles. » Il répondit « oui », rentra et ensuite oublia la chose, parce que son esprit était fixé ot confirmé dans les choses d'en haut, et le frère frappait (toujours) (4). Enfin le vieillard sortit près de lui et, lorsque le frère l'eut fait souvenir, il le prit, le fit entrer dans sa cellule et dit : « Voici les corbeilles; si tu m as besoin, prends : je n'en ai pas besoin (5). »
Le désir du saint abba Jean et son attente (étaient) de ce que l'oeil n'a ])as vu. Il méditait ce cantique du prophète David et disait : .Pai demandé
(1) Cf. grec, 213, 30.
(2) Cf. grec, 208, U.
(3) Le grec ajoute qu'il ne s'aperçut de sa distraction « qu'en touchant la muraille >•. La natte était sans doute fixée à un bout et il avait tressé en recu- lant sans s'occuper de la longueur de la natte, jusqu'à ce qu'il se vît arrêté par l'autre mur.
(4) Copte : « Et le frère continuait de prier -, p. 360. (b) Cf. grec, 213, 31.
68 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
une chose au Seigneur et celle que je demande est d'habiter dans la maison du Seigneur tous les jours de ma vie, de voir la suavité du Sei- gneur et de visiter son saint temple qui n'est pas construit de main d'homme, qui est dans te ciel (1). Au temps de la moisson, le saint sortait avec les frères. Ceux-ci l'avaient mis de force à leur tête, parce qu'ils savaient qu'il leur donnait repos en tout. Ils racontaient du saint abba Jean, qu'au moment du repos, au temps de la chaleur, avant de redresser son dos et de se mettre debout tandis que tous les frères étaient courbés et moissonnaient, il frappait des mains comme un signe; les frères comprenaient et se reposaient d'abord; pour lui, il redressait son dos à la fin en disant : « Le Livre nous ordonne de traiter notre frère comme nous-même; c'est surtout par l'honneur et le repos de mon frère que Dieu a satisfaction. »
Certain jour, il appelait un frère pour qu'il fit une chose, comme pour les frères, tandis qu'ils étaient à la moisson ; or ce frère pleura devant lui et lui dit étant affligé : « Toi, maintenant, qu'as-tu? » Le saint lui dit : « Pardonne-moi, mon frère » ; et il posa à terre la faux qu'il avait en main, et il s'inclina devant lui en disant : « J'ai péché; pardonne-moi »; et il retourna au désert et il passa toute cette année à jeûner de trois en trois jours, sans manger autre chose que du pain et du sel ; il priait, il se prosternait et il pleurait avec douleur de cœur et il disait : « Dieu, aie pitié de moi, parce que j'ai péché et j'ai affligé ta créature (2). d
{A suivre.)
F. Nau.
(1) Ps. XXVI, 4-5.
(2) Cf. grec, 205, 6.
LITTÉRATURE ÉTHIOPIENNE PSEUDO-CLÉMENTINE
III. — TRADUCTION DU QALÊMENTOS
{Suite) (1)
CHAPITRE IX
La chrétienté.
L'Intervention de Dieu en faveur des chrétiens persécutés. — 2. Le Paraclet envoyé aux Apôtres. — 3. La récompense du martyre. — 4. La dispersion des. chrétiens. — 5. Les hérésies. — 6. Les signes de la fm des temps. — 7. Les chrétiens doivent rester fermes dans l'orthodoxie. — 8. Les fléaux qui survien- dront. — 9. Le roi de Têmàn. — 10. Les vices et l'iniquité de cette époque-là. — 11. La paix apportée par le roi de Têmàn. — 12. La terreur dans le monde. — 13. Perdition du roi de Têmàn. — 14. Ruine de l'Egypte. — 15. Nouvelles ca- lamités. — 16. Les conquêtes du roi de l'Orient. — 17. La miséricorde de Dieu envers les fidèles. — 18. Un lionceau s'élèvera contre les rois. — 19. Les héré- sies [suite). — 20. Les rois impies et persécuteurs. — 21. Le roi Constantin. — 22. Autres rois : impies ou pieux. — 23. Le roi Héraclius. — 24. Le châtiment du Seigneur. — 25. L'iniquité et la barbarie. — 26. Le roi libérateur. — 27. Les rois fidèles. — 28. Les divers royaumes du monde.
1. Intervention de Dieu en faveur des chrétiens persécutés. — (F. 58 v° a, suite) 0 Pierre, voici qu'il viendra sur mon peuple après mon Ascen- sion dans le ciel l'affliction et la persécution : ils seront cliassés jusqu'aux extrémités du monde : on coupera leurs membres ; on les brûlera dans le feu ; on les fera .sortir de leurs maisons.
Mais pour moi. je ne les (2) abandonnerai pas, et je montrerai ma puis- sance et mes prodiges envers eux. Comprends, ô Pierre, que voici que subsiste l'empire (F. 58 v° b) dix diable. Vingt semaines après que les se- maines (de la persécution) se seront écoulées, de nouveau je montrerai mes prodiges et ma grâce envers les fidèles qui croient en moi. Un (seul) d'entre eux chassera dix mille, et deux chasseront des milliers, en sorte
(1) Cf. ROC. 1911 et 1912.
(2) M. à m. : vous.
70 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
que les peuples s'étonneront de mes miracles, de mes prodiges et de la majesté de ma sainteté et de ma lumière.
2. Le Paraclet envoyé aux Apôtres. — Sache, ô Pierre, que, lorsque je serai monté vers mon Père, et que je serai assis dans ma gloire, dont je ne suis pas privé, j'enverrai de lui vers toi et vers tous mes disciples le Pa- raclet, l'Esprit-Saint, (qui) sera avec vous, et ne vous abandonnera pas. Je ferai demeurer ma clémence et ma miséricorde (F. 59 r« a) sur vous jus- qu'aux siècles des siècles.
3. La récompense du martyre. — Ne t'attriste pas, ô Pierre, mais garde tout ce que je te dirai, et mets-(le) dans ton cœur. Sache et comprends que tu me retrouveras dans le royaume des cieux, alors qiie tu auras été cru- cifié, que Jacques sera tué, et que Jean sera mort par la gueule des lions. Tous les disciples qui auront été tués par la main de leurs ennemis, me- retrouveront.
4. La dispersion des chrétiens. — Remarque, ô Pierre, que tous les fidè- les, qui croiront en moi, deviendront dispersés dans les peuples. Com- prends donc, ô Pierre, que la foi de ceux qui croiront en moi, (F. 59 r" b) et s'en iront (loin) les uns des autres, ne sera pas divisée.
5. Les hérésies. — Le premier qui luttera contre toi, ô Pierre, c'est un magicien, appelé Simon, qui est des partisans du diable, (et) qui a divul- gué l'usage appelé simoniaque. Voici que moi-même je le perdrai, parce qu'il aura lutté avec toi. Le 2'"'= qui luttera avec ma loi et mon testament, c'est un homme appelé Ydsdwèn; le S'"^ ^Atoulem; le 4me Nâbàdân; le ô^e Balqokàn; le 6'"<= 'Atsàn; le T™*' Qartiyàn ; le 8™'' Fermnà ; le 9™" Badri- non; le 10™« ''Anânâs; le 11'"'= la secte qui s'appelle 'El-Bânyou; (F. 59 v° a) le 12™« la secte qui s'appelle Macédoniens; le IS'"^ la secte, qui s'ap- pelle Waytelniens ; le I4™<' la secte des Marqelsiens ; le 15™" la secte des Qatiens; le 16"^^ la secte des Henâniens; le 17'"^ la secte des Soninoniens ; le 18"« la secte des Loufàniens; le 19'"" la secte des Qardonietis; le 20™« la secte des Lounâniens ; le 21n'« la secte des Nâriens; le 22'"'^ la secte des Barhàtiens; le 23°^« la secte des Batbàniens; le 24™e la secte des Lê'aniens; le 25'n« la secte des Qatyâniens ; le 26™" la secte des Mesel- mâniens; le 27™" la secte des 'Arngâniens; le 28™*^ la secte des Berdhi- tiens; le 29™" la secte des Manbarniens , des Fentàniens, des Fatsiliqâ- niens, (F. 59 v» b) des 'Argânyàsiens; le 30™*' la secte des 'El-Fàniens; le 31™" la secte des Demyâniens; le 32™° la secte des Semesiens; le 33™<' la secte des Barqataniens (1).
6. Les signes de la fin des temps. — Dans ces jours-là, la famine sera supérieure à l'abondance, et sera grande dans toute la terre. 0 Pierre, lorsque le petit du lion reviendra, et retournera dans un même lieu, sache
njCàT"^; >iTTft; >.An'ïg; <n.*^Tr^; ffl.cTA'V.e; «wc^A'i; +i*^; Aw^; iù.T'if; A-4.'V^; 4'C^Tr^; A-TTr^; Tc; ncn-r; nTOTr/; A.h'V^, •j^p^'V^; /"fiATV^; >iC'V;ï'V^; ncKAu'v^; ao-^nc/y; v^/m-^y; <c}\.ft.^Tr^; ho-v.en;
LITXÉRATURE ÉTHIOPIENNE PSEUDO-CLÉMENTINE. 71
que l'époque de la fin approche. Dès que tu auras vu (cela), la mort et la famine seront grandes entre (les hommes). Deux rois d'une même famille et d'un même pays s'entre-tueront.
Comprends donc, afin que la terre entende. Des songes effrayants seront nombreux ; (F. 60 r° a) les signes du ciel apparaîtront sur la terre. Alors, surviendront le massacre et la captivité. Je livrerai les hommes au glaive. Pour moi, je n'écouterai pas leur prière, et je n'agréerai pas leur demande. Dans les jours de ces sectes hérétiques il surviendra de leur part une grande persécution et un (grand) tourment contre mon peuple de fidèles, qui croient (en moi). Quant à eux, ils prieront, et ils m'imploreront dans de grands gémissements et dans de fortes demandes, comme il (n'y) en a (pas) eu depuis l'origine dans le monde. Si Adam avait prié et avait sup- plié (dans) une pareille (F. 60 r« b) demande, il ne serait pas sorti du pa- radis; ou, (si une telle prière avait été faite) dans les jours de Noë, le déluge ne serait pas venu sur la terre, et le feu du ciel non plus ne serait pas descendu sur les gens de Sodome (1).
7. Les chrétiens doivent rester fermes dans l'orthodoxie. — 0 Pierre, recommande à mon peuple de ne pas suivre la voie de ce peuple pervers, et enseigne-leur qu'ils deviennent fermes dans la foi droite. Celui qui se sera tenu dans cette foi vivra à jamais, et héritera, dans la richesse de ma grâce, de ce que Vœil n'a pas vu, de ce que VoreiUe n'a pas entendu (2) et aussi de ce que n'ont pas vu les Anges ni les Vertus.
8. Les fléaux qui surviendront. — 0 Pierre, malheur à celles (jui seront enceintes et (F. 60 v° a) nourriront dans les jours de ce peuple. Ceux qui croiront en moi seront tués, la plupart par le glaive. Les pierres de l'église crieront; les eaux manqueront; les fleuves ne couleront plus ; les jours passeront ; les temps et les années seront changés ; le cours du soleil, de la lune et des étoiles sera arrêté; les ténèbres surviendront pen- dant trois jours dans les territoires qui entourent Jérusalem; Tinimitié et la colère seront grandes sur la terre ; le bien disparaîtra des hommes. Dès que le royaume (F. 60 v° b) de ce peuple sera devenu grand, leur ma- lice augmentera et leurs péchés deviendront nombreux. Les fruits des ar- bres des champs manqueront; les démons habiteront dans les hommes; (le faux prophètes surgiront; les bêtes sauvages mangeront la chair des hommes. A la fin de leurs jours ils se partageront la terre à prix (d'ar- gent), et les hommes habiteront auprès des déserts (situés) sur la face de la terre.
9. Le roi de Tèman. — Ensuite, sortira la verge du salut et de la vie de Têmàn (3). Puis, ces peuples seront brisés dans les montagnes. Voici que viendra le roi de l'Orient, comme s'il s'éveillait (F. 61 r° a) du sommeil. 11 rendra nombreuses les lances jusqu'aux extrémités de la terre, et il rendra fort le massacre. Les cadavres deviendront comme des collines, et les âmes des hommes périront comme (celles) des brebis et des boucs.
(1) HfS".
(2) I Cor., H, 9.
(3) -t-^Tr.
72 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
10. Les vices et l'iniquité de cette époque-la. — L'iniquité sera grande. (Les homme.s) découvriront leurs pudenda aux vierges. Le fils reniera son père, le père son fils, et le serviteur son maître. La fille reniera sa mère, et la mère sa fille. Les serviteurs s'élèveront contre leurs maîtres. La (femme) libre moudra comme la servante, et la servante sera comme la (femme) libre. Les jeunes gens s'assoiront au-dessus des vieillards, {¥. 61 r" b) et, en outre, les jeunes gens mangeront et boiront dans les festins avant les vieillards, et les vieillards seront après (eux). Le serviteur jugera contre son maître, et (le) citera au tribunal. C'est pourquoi je les livre- rai au tranchant du glaive, et ils deviendront la nourriture des chiens.
IL La l'ALX APPORTÉE PAR LE ROI DE TÈMAN. — Lcs vertus dcs cîeux se- ront ébranlées. Les rois de la terre se tueront entre eux. Tous les rois de la terre s'enfuiront de devant la face du roi de Têmnn. Quant à lui, il lut- tera avec les angles du monde ; il jugera les rois ; il détruira les temples des idoles. Dans ses jours (F. Gl v^ a) surviendra la paix. 11 écartera le meurtre. L'affliction et le supplice s'éloigneront de dessus les hommes. Il surviendra le salut et la paix. L'abondance sera grande sur la terre. La méchanceté disparaîtra pendant peu de jours, et les hommes croiront que le châtiment ne viendra plus à nouveau sur la terre.
12. La terreur dans le monde. ^- (Mais) voici qu'ensuite viendront une peur et une épouvante comme il n"y en a pas eu depuis l'origine. Par suite de l'intensité de la peur les âmes s'agiteront, le meurtre s'élèvera, et le sang sera répandu. Les bêtes sauvages et les oiseaux du ciel se rassasie- ront des cadavres de ceux qui auront été tués. Personne (F. 61 v° b) ne sera sauvé sauf peu d'hommes. Ceux qui resteront diront ainsi à leur semblable : « De quel pays es-tu? » Une femme dira à sa semblable : « De quelle famille es-tu? » Le père ne verra pas son fils, (ni) le fils son père ; ils ne se reconnaîtront pas entre eux. Un homme tuera son pro- chain, et ne reconnaîtra pas son semblable. Ensuite, on arrêtera les fidè- les; on attachera leurs mains aux cheveux de leur tête; (on entourera) leur cou de chaînes; on les jettera dans les fleuves, et on les empêchera de boire de l'eau. De nouveau, il surviendra une grande peur, et (F. 62 r" a) la terre tremblera le même jour trois fois.
13. Perdition du roi de Tèman. — Alors, se lèvera pour la seconde fois le roi de Têmàn, qui ressemble au bœuf qui rumine, (et) qui a à sa tête trois cornes. Lui-même donc perdra toutes les créatures dans le châtiment de sa colère. 11 parviendra à la ville appelée Baalbàko{\), afin de consonà- mer en elle la malice de leur désir. Là il sera perdu ; il ne retournera pas à son pays, car lui-même s'est exalté, a abandonné la glorification de son Créateur, s'est glorifié, et s'est loué dans sa grande gloire, a médité toute (espèce) de mal, et a dit : « Moi-même, par la force de ma puissance je me suis emparé (F. 62 r" b) de la terre. » Voilà pourquoi aura lieu la perdi- tion par l'intermédiaire du roi de l'Orient. Voici que je le perdrai, et que je l'établirai dérision dans toute la terre.
14. Ruine de l'Egypte. — Ensuite, ô Pierre, je susciterai le massacre;
(1) nhAOTi.
LITTÉRATURE ÉTHIOPIENNE PSEUDO-CLÉMENTINE. 73
je saccagerai le pays d'Egypte: je démolirai ses murailles, et j'efTacerai la beauté de sa grâce.-
15. Nouvelles calamités. — Après que le pays d'Egypte aura été sac- (•agé pendant une semaine et une demi-semaine, il apparaîtra des mira- cles dans les îles, une peur dans la mer, et un grand massacre dans les villes du littoral de la mer. Un peuple impur entrera du côté de la mer dans mon temple; (F. 62 v» a) il ruinera mes églises, les incendiera par le feu, foulera de ses pieds le signe de ma croix, poursuivra mes fidèles dans le sanctuaire, et les tuera. Quant à eux, ils seront dispersés dans toute la terre, comme ils l'ont été dans les jours de jadis. Les mauvais songes se- ront nombreux. 11 surviendra une grande peur dans tous les pays; (cela) augmentera la haine contre les fidèles. Pour moi, je ne les abandonnerai pas dans la main de leurs ennemis. En ces jours-là le soleil et la lune s'obscurciront; quant aux étoiles, (F. 62 v b) elles tomberont du ciel.
16. Les conquêtes du roi de l'Orient. — Alors, sortira le roi de l'Orient, afin de combattre avec le roi de l'Occident; la bataille sera grande entre eux. Les vents souffleront sur la terre. Les hommes de VÉgypte mourront par la famine et par la peste. Je ferai venir la mort sur les générations de Cham. Je ferai voir dans le ciel des miracles. Ensuite, le roi de l'Orient ira au pays d'Egypte, et tuera ceux qui sont restés là. En outre, il tuera les hommes de l'Occident. Il régnera sur toute la terre, et tous (F. 63 r° a) les pays lui obéiront, A cause de la multitude de ses armées il s'emparera de grandes régions ; il jugera depuis les extrémités jusqu'aux extrémités (de la terre). Le bruit de ses armées sera comme (celui de) roues. A cause de la terreur (qu'il répandra), les collines crieront, les montagnes pleu- reront, et les puissances du ciel seront ébranlées. 11 surviendra une grande peur depuis l'orient jusqu'à l'occident et depuis le nord jusqu'au sud.
17. La miséricorde de Dieu envers les fidèles. — Ensuite, j'enverrai ma clémence et ma miséricorde sur tous ceux qui croiront en moi sur toute la terre, (et) j'écouterai la prière démon peuple, qui me suppliera. Quant à ceux qui (F. 63 r^ b) lutteront contre moi, j'élèverai contre eux la verge de mon châtiment; je les tuerai : je les ferai disparaître; j'opérerai le salut manifestement sur la terre, et je montrerai ma gloire sur ceux qui croi- ront en moi. Mon peuple reviendra comme auparavant. Tout ce qui aura été caché sera révélé. Je mettrai sur la terre ma bienveillance.
18. Un lionceau s'élèvera contre les rois. — Je susciterai un lionceau : il chassera tous les rois, et les brisera, car je lui donnerai la puissance. Telle sera la levée de (ce) lionceau : (ce sera) comme s'il s'éveillait du som- meil. Voici qu'un ennemi s'emparera d'une (F. 63 v° a) région du côté de l'occident, qui (fait partie) de son royaume. C'est pourquoi entreront en lui la jalousie, l'indignation et la colère. Alors, il enverra... (I).
19. Les hérésies [suite). — Le 35""' (ennemi) la secte des Bel kdâ /'métis , le 36™« la secte des Berditsûniens : le 37™° la secte des Nitàniens; le 38""^ la secte des Besenniens; le 39""" la secte des Berestiens : le 40™" la secte des
(1) Il y a ici une brusque solution de continuité dans le texte. Il est fait men- tion de la suite des hérésies, dont le comniencoment se trouve plus haut.
71 REVUE DE l'orient CHRÉTIExW
Gilâniens; le 4\"^<' la secte des Barqàté'êiens; le 42'»'^ la secte des SanàlA- niens; le 43™" les \Argénieiis: le 44"^« la secte des Younâniens ; le 45""^ la secte des Gahânâniens ; le 46™" la secte des Selyoniens; le 47™« la secte des 'Areqtiens; le 48™" la secte des Talfâniens; le 49™"= la secte des (F. 63 v° b) 'Arâniens; le 50™" la secte des ''Ourâniens; le 51™" la secte des Barmâtêtiens ; le 52™" la secte des Marqtiens; le 53™^ la secte des Mardoimiens; le 54™" la secte des Peyàniens et (celle) des (partisans) de Keronyos; le 55™*^ la secte des Lounâniens ; le 56""^ la secte des Marqtiens; le 57™" la secte des Tounâniens; le 58^" la secte des Desonpiens; le59™e la secte des ""Antiens; le 60™" la secte des Wawdâniens ; le 61™*' la secte des Maslâlniens ; le 62™« la secte des Marwâniens ; le 63™" la secte des Tersi- tiens; le 64™" la secte des Martouliens: le 65™" la secte des Memtâniens; le 66™" la secte des Qnrmdtiens ; le 67™" la secte des Nestàriens ; le 68™" la secte des Sisâtnens; le 69™" (F. 04 r" a) la secte des ^Aryosirns; le 70™" la secte des Banifiens; le 71™" la secte des (partisans) de "" lyolinàryos (1).
20. Les rois impies et persécuteurs. — Comprends donc, ô Pierre, que voici qu'il y aura, après mon Ascension dans le ciel, des rois (qui) renie- ront mon nom, tueront tous les fidèles qui croiront en moi, et haïront tous ceux qui te suivront. Le diable, lui, suscitera ces rois, et fortifiera leur cœur. Le premier qui se lèvera parmi ces rois sera le roi-chef appelé 'E. C'est lui qui tuera Jacques, mon disciple, qui est appelé mon frère. Après (F. 64 r» b) lui, se lèvera le roi-chef appelé Na. Voici que lui-même te tuera, ô Pierre. Après lui, se lèvera le roi-chef appelé Ta, qui tuera les Juifs et arrachera leurs nerfs. Après lui, régnera le roi-chef appelé Na. Après lui, régnera le roi-chef appelé Ta. Après lui, régnera le roi-chef appelé Qa. Après lui, régnera le roi-chef appelé 'E. Après lui, régnera le roi-chef appelé 'E. Après lui, régnera le roi-chef appelé ""A. Après lui, (F. 64 V» a) régnera le roi-chef appelé '.4. Après lui, régnera le roi-chef appelé '.4. Après lui, régnera le roi-chef appelé Ma. Après lui, régnera le roi-chef appelé 'E. Après lui, régnera le roi-chef appelé Qa. Après lui, régnera le roi-chef appelé Qa.
21. Le roi Constantin. — Après lui, régnera le roi-chef, appelé Qa (2). C'est lui qui manifestera la foi droite, et révélera le signe de ma croix. Toutes les générations depuis l'Orient jusqu'à l'Occident se souviendront de son nom, et (F. 64 \° b) tous les rois seront bénis par lui. Il jugera avec justice et avec droiture, et il haïra l'iniquité. Dans ses jours mes miracles apparaîtront dans le ciel et sur la terre, et ma croix apparaîtra pour toutes les créatures. Pour moi, je serai avec lui, et je lui donnerai la puis- sance et la victoire. Les fidèles seront nombreux.
(1) -nAVï^çTr;* ; ■ncs.^'V^; XrtïTr^; -flft-w^; -ncfiT^*; lAV; nc.*m.>».^; A
nC'^m.T^; oDC4'T,p; odc^Tt^; T^Tr^; YlC"Vffl; AYV.p: aoc^m.^ ] IrT-V^, ,çfrT^; hTrm.jp; a»flH.STr^; «n.fi'\A'V^; <n>C'P'V^; ^Crt.;^; «n>r.m-A^; r'r'f\'^
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LITTÉRATURE ÉTHIOPIENNE PSEUDO-CLÉMENTINE. 75
22. Autres rois : impies ou pieux. — (Ensuite), seront vainqueurs leurs ennemis, les deiix rois' appelés Kar'a^. Après eux, régnera le roi (appelé) Sa, de leur famille, qui tuera les rois (et) qui luttera contre les fidèles. Dans ses jours il surviendra la persécution et le tourment. (F. 65 v° a) Après lui, régnera le roi, qui croira en moi, appelé Wa. Après lui, régnera le roi-chef appelé Ya. Après lui, régnera le roi-chef appelé Ya. Ce roi sera élu (et) orthodoxe. Dans ses jours je manifesterai (1) beaucoup do miracles pour ceux qui croiront à ma résurrection. Après lui, régnera le roi-chef appelé Ma. Lui aussi sera béni dans (son) orthodoxie. Il juger.i avec droiture. Pour moi, je serai avec (F. 65 r° b) lui. Après lui, régnera le roi-chef appelé La. Il sera béni et pur comme ceux qui étaient avant lui. Après lui, régnera le roi-chef appelé Ra. Quant à lui, il sera héré- tique et rebelle à (mon) ordre, lui qui abolira la loi et les règles qui ont été établies sur Alexandrie. Après lui, régnera le roi-chef appelé lYas; (il sera) hérétique. Après lui, régnera le roi- chef appelé Tàha (2).
23. Le roi Héraclius. — Après lui, régnera le roi-chef appelé lia, c'est-à- dire HéracUun (3). Il sera le dernier des rois qui (F. 65 v° a) régnera (4) avant ma colère. Il (ne) sera (pas) ferme dans l'ortliodoxie, et dans ses jours apparaîtra une autre règle (de foi) (5), qui n'est pas exacte, (mais est) comme la voie du diable.
24. Le CHATIMENT DU SEIGNEUR. — A causc de ce roi hérétique j'enverrai ma colère contre mon peuple, et je les frapperai avec la verge de ma royauté. Je ferai périr les bêtes sauvages, qui ont des griffes comme les aigles ; les enfants des hérétiques et des schismatiques ; la race des vipè- res; les peuples iniques; les mangeurs de chair; les hommes cruels: les générations qui versent le sang ; (les hommes) appliqués à tout mal ; (ceux qui) sont impurs; (F. 65 v° b) les amis du manger, du boire et de la jactance ; ceux qui haïssent la justice; les amis des démons; les moqueurs de mon nom et de tous ceux qui croient en moi ; les amis de l'iniquité ; les ennemis et les blasphémateurs de la droiture; les insensés; (ceux qui) parlent avec leur bouche, et mentent dans leur cœur; les familiers du temple des idoles ; ceux qui sont de la souche (des gens) de Sodome et de la race (des gens) de Gomorrhe (6) ; les juges iniques , faisant acception des hommes; ceux qui s'exaltent eux-mêmes.
25. L'iniquité et la barbarie. — 0 Pierre, ce peuple ne pourrait pas faire cela, si (cela) n'était pas (prédit) par un prophète. 0 Pierre, ce peuple a contraint (F. 66 r° a) les hommes par le glaive à retourner dans leur loi, malgré leur volonté. Dans les jours de ce peuple il surviendra ime grande, agitation et (une grande) épouvante. Ce peuple mettra la haine de la guerre
(1) M. à 111. : on manif estera.
(2) ft; ïiOiîi; fl»; v, ?, ao; a; <:; htiM-ij^cy , irft; «i^.
(3) /h ; M^'ipA.
(4) M. à m. : .sera.
(5) Le monothélisme.
(6) fl^y"; TpiJ..
76 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
chez tous les peuples. Ils se raseront la tête, se ceindront les reins, se transformeront en d'autres créatures, s'orneront le corps, et se pareront comme des démons.
Moi-même, je ferai sortir ce peuple du pays dans lequel il est né. Je les enverrai dans tous les endroits depuis l'orient jusqu'à l'occident et de- puis le nord (F. 66 r° b) jusqu'au sud. Ils saccageront de nombreuses ré- gions. Leur royaume parviendra jusqu'au pays des adorateurs d'idoles. Ilâ- détruiront les palais des rois. Les jeunes gens et les enfants de ce peuple feront le meurtre partout; ils outrageront et ils injurieront les vieillards qui croient en moi, sans honte; en effet, ils n'auront pas de miséricorde. Le fils voudra tuer son père; le père, lui, aimera mieux tuer son fils sans peur.
Ce peuple pillera les églises; il prendra (leurs) biens, or et argent, et (F. 66 V" a) il détruira leurs fondements, qui ont été édifiés en mon nom. Quant à ceux qui croient, on leur coupera le nez et les oreilles ; on leur crèvera les yeux, et on leur coupera les mains et les pieds. Beaucoup d'âmes périront sans miséricorde. Ils dévasteront les territoires (où) ils entreront (1). Dans ces jours-là se lèveront peuples contre peuples, rois contre rois, armées contre armées. (Cela) écartera la charité (loin) d'eux. A cette époque-là les fidèles élèveront leur âme, et crieront vers moi, mais moi je n'écouterai pas leur prière à cause de (F. 66 vo b) la malice de leurs œuvres.
(Ce) peuple fouillera les tombeaux ; on exhumera les os des morts qui ont été enterrés dans les jours de Noé. Voici ce qui aura lieu dans les jours (de ce peuple). On transpercera avec des lances le cœur des hommes. 11 y aura dans leurs jours des os d'homme dispersés sur la terre comme les graines des champs. Toutes les villes qui sont situées sur le littoral de la mer auront peur d'eux, et par suite de la peur (qu'on aura d'eux), les navires seront coulés dans la mer. Les hommes fouleront les. hommes de leurs pieds. Ils mangeront des dattes (2) (comme nourriture). Personne ne pourra empêcher leur caprice. Ils reconstruiront ce qui a été démoli, et (F. 67 v° a) ils démoliront ce qui a été construit ; ils établiront le cours d'un chemin dans le désert. Tout leur orgueil (consistera) à se raser la tête, à embellir le manteau (qui recouvre leurs) vêtements, et à se parer dans (la manière) de ceindre leurs reins.
26. Le RDI LIBÉRATEUR. — Dans (ces) jours-là (surgira un roi, dont) les armées entoureront cette région et s'empareront de tous les territoires de l'occident. De plus, il enverra ses armées vers l'orient; il régnera depuis l'orient jusqu'à l'occident; il s'emparera de tous les royaumes de la terre, et il (les) réunira dans sa main. Ensuite, il ira à Jérusalem ; il reconstruira ce qui a été détruit; il élèvera ses murailles, et il rénovera (F. 67 r" b) ses frontières. 0 Pierre, tous les fidèles qui croient en moi, se réjouiront alors. Voici qu'on brûlera Damas (3), et qu'on détruira ses fondements à
(1) M. à m. : de leur entrée.
(2) Texte : j&flAO* s t<n»Ct.
(3) jÇ'^ft*.
LITTPÎRATURE ÉTHIOPIENNE PSEUDO-CLIÔMENTINE. 77
cause de la malice de ceux qui demeurent en elle. Puis (ce roi) retournera à la capitale de son royaume dans une grande joie et (une grande} allé- gresse, et il siégera sur le trône de sa royauté pendant de nombreuses années, car lui-même accomplira mon commandement.
27. Les rois fidèles. — Le règne des (rois) fidèles, qui croient en moi, subsistera pendant soixante-dix semaines. Le roi, lui, sera le salut des fi- dèles (placés) sous sa domination. Le premier (roi) s'appellera M (l). (F. 67 v" a) Voici qu'il prendra le peuple impie, dont nous avons parlé na- guère, (et) qu'il le punira quarante fois, en échange du mal qu'il a fait contre les fidèles. Toutes les créatures s'étonneront (de voir) les lionceaux (au milieu des hommes). En effet, elles diront : « La mort ne viendra pas vers nous. » Désormais les enfants des impies porteront les armes, et les villes qui avaient été démolies seront rebâties. Les fidèles qui croient on moi se réjouiront d'une joie qui ne finira pas. Comprends donc, o Pierre, que tout cela surviendra avant ma venue dans le monde. (Pendant) soixante-douze semaines et demie (F. 67 v» b) (il y aura) de grands (évé- nements), et pendant soixante-dix semaines (il y en aura) de petits.
28. Les divers royaumes du monde. — 0 Pierre, voici que je t'ai révélé tout ce qui surviendra dans les derniers jours. J'ai établi les royaumes du monde sous la forme de quatre aspects (différents). Un (roi a) la face de l'aigle; un (autre) la face du serpent; (un autre) la face du tigre; un (autre) la face du lionceau, qui est le plus fort de tous les animaux. Le pre- mier, celui qui ressemble à la face de l'aigle, c'est le roi de Babylone. Le deuxième, celui qui ressemble à la face du serpent, c'est le roi des enfants de ""Eldiyon. Le troisième, celui qui ressemble à la face du tigre, c'est le roi des Grecs. Le quatrième, celui qui ressemble à la face du lionceau, c'est le roî de Borne (2), qui est le plus grand et le plus glorieux de tous (F. 68 r" a) les rois.
Voici que le roi de Babylone régnera cinq cents (ans). Le roi des enfants de ''Eldiyon régnera peu d'années, en comparaison (des autres). Le roi des Grecs régnera cinq fois autant que la moitié du règne des enfants de 'Eldiyon. Le roi de Borne, lui, siégera jusqu'à ma seconde venue.
Du roi de "Eldiyon il sortira douze rois, qui jugeront (avec) droiture et justice. Après eux, il sortira neuf petits rois, (dont) les jours seront peu nombreux. Deux (d'entre eux) périront au milieu de la terre. (F. 68 r" b) Le royaume de l'im d'entre eux sera fort.
Il restera trois rois d'une même famille. Le premier de ces trois rois, on le tuera dans son lit. Le deuxième régnera un an et demi. Le troisième roi sera orgueilleux; il ira selon son propre désir, et ne recevra pas le conseil des hommes; il se préparera de lui-môme à la guerre; il par- viendra entre les deux fleuves (3) avec ses armées ; de là il passera, et entrera en Syrie; il parcourra le désert; il tuera beaucoup de gens; en-
(l)>i.
(2) naft-T-; h.AKVi\ (var. Î,A.S.VV); fTW; trîT.
(3) Le Tigre ot l'Euphrate.
78 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
suite, il s'en ira à la recherche du pays de Phrygie (1); on le tuera entre (F. 68 v° a) deux montagnes.
Le premier qui régnera de ces douze rois, s'appellera lia. Dans ses jours les peuples suivront derrière lui, iront dans ses voies, et pratique- ront ses lois et ses règles. Après lui, régnera un homme appelé 'E. Il s'emparera des villes par l'art de la diplomatie; il aimera les fidèles qui croient en moi, et il observera (mon) testament avec eux. Après lui, régnera un homme-chef appelé... (2), qui s'emparera du pays de Darbigân. Au commencement de son règne il imitera celui qui juge (F. 68 v» b) avec jus- tice et avec droiture, mais intérieurement il sera plein d'iniquité et de rapine. Après lui, régnera un homme-chef appelé Ma (3), qui moissonnera ce qu'il n'a pas semé, et récoltera ce qui n'est pas à lui.
{A suivre.) Bézancourt, par Gouraay-en-Bray, le 2 janvier 1913.
Sylvain Grébaut.
(1) j»c^; <^c^y.
(2) Le nom du roi n'est pas mentionné.
(3) ,h; ft; jçcn.;»Tr; «».
UNE HOMÉLIE INÉDITE DE THÉOPHILE D'ALEXANDRIE
Le manuscrit syriaque du Vatican, inscrit au catalogue sous le n° 142, renferme les Homélies LXXIII-C de Sévère, pa- triarche d'Antioche, d'après la version de Paul de Callinice. Il contient aussi, après le colophon et l'acte de vente, une homélie de Théophile, évêque d'Alexandrie (385-417). La même homélie se retrouve également à Londres dans plusieurs ma- nuscrits du British Muséum, à savoir dans les mss. Add. 14520 (viiiMx" s.), fol. 113 v"; 14582 (daté de 816), fol. 173 r'»; 14612 (vi^'-vii^ s.), fol. 98 v°: 14614 (x« s.), fol. 68 r°; 14728 (xiii« s.), fol. 177 r^ 17132 (xiiVxiii" s.), fol. 14 r°; 17207 (viii^-ix" s.), fol. 25 r".
Nous éditons le texte syriaque de cette homélie d'après le manuscrit du Vatican; mais, comme plusieurs mots étaient illisibles, nous avons demandé à lAI. E.-W. Brooksde collation- ner le texte sur l'un des manuscrits du BritisJi Muséum. M. Brooks a choisi le plus ancien de la liste précédente, le ms. Add. 14612, que Wright attribue au vi' ou vu" siècle, et nous le remercions vivement pour l'empressement qu'il a mis à nous rendre ce service.
D'après M^" Batiffol, Litt. gr., 2*^ éd., p. 312, nous n'avons de Théophile d'Alexandrie que « des fragments épistolaires, notam- ment de lettres pascales, et quelques rescrits de droit cano- nique », qui se trouvent dans P. G., t. LXV, p. 33. Budge a signalé une traduction copte d'une homélie du même auteur sur la pénitence. Nous donnons ci-dessous le texte syriaque avec la traduction française d'une autre homélie sur le juge- ment particulier. Il n'en reste pas moins vrai que l'œuvre de
80 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
Théophile d'Alexandrie n'occupe pas une place considérable dans la littérature ecclésiastique.
Maurice Brière.
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• .)L»a!ji9 ôi^K^/) 001 y/o ,f.s\.^ )LjlL»9 ^^^ ^^n>o ) f>nr>«^
(1) Add. 14GI2, Uîo._ (2) Ms., oî^. — (3) Add. 14612, v'*-
UNE HOMÉLIE INÉDITE DE THÉOPHILE d'ALEXANDRIE. 81
(J) )^)l3 Kat^t-w. ^01 JLo iV-a.2^ 1»^^.^^ ♦ JlQJUw^Oi.^Q-5
.)Lij^o/j )boa^ J)^'? ).ioa- ôi-^ ^^^ ^t-.oi (f. 124 v° b)
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^/jj (f. 124 v° c) .wJ^o )oî!S5v K^w--^^o )ju»'fLo Jjtâooi^
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(1) Avec Add. 14612 nous ajoutons : l^l^^-
ORIENT CHRETIEN.
82 REVUE DE l'orient CHRETIEN.
(fol. 124, r" C) HOMÉLIE CATÉCHÉTIQUE DE SAINT THÉOPHILE, ÉVÊQUE d'aLEXANDRIE.
Vous n'ignorez pas, mes frères, quelle crainte, quelle frayeur et quelle nécessité (àvxv/.Y;) s'offrent à nos yeux, au moment où l'âme est séparée du corps. En effet, les armées et les milices ennemies, ainsi que les princes des ténèbres qui gouvernent le monde mauvais : autorités, dominations et esprits du mal (1), se réunissent près de nous et ils retiennent dans une sorte de frayeur l'âme, que conduisent tous les péchés qu'elle a commis sciemment et inconsciemment depuis son enfance jusqu'à l'âge où elle a été prise. Toutes ses actions donc se dressent pour l'accuser. Et concevez-vous dès lors dans quel tremblement l'âme se trouve à cette heure, jusqu'à ce que vienne la sentence et que sonne sa délivrance? C'est pour elle l'heure de l'angoisse, jusqu'à ce qu'elle voie ce qui va lui arriver.
De leur côté, les armées de Dieu se tiennent en (fol. 124, v° a) face (TupiffoiTTcv) de ces ennemis, et les bonnes actions aussi sont là près de l'âme. Et, elle qui se trouve entre (ces deux camps), elle se demande quelle crainte et quel effroi il va y avoir, jus- qu'à ce que son jugement reçoive une sentence du juste juge.
Si elle le mérite, ces princes la prennent et Tentraînent, et désormais elle demeure sans inquiétude, selon qu'il est écrit : En toi se réjouiront tous tes habitants (2). C'est alors que s'accomplit ce qui est écrit : Les douleurs, les peines et les gémissements ont fui (3). En cet instant, (aussitôt) après sa délivrance, elle part pour (jouir) de la joie au-dessus de toute louange et de toute parole qu'elle a acquise.
Mais, si elle se lève dans la négligence, elle entend la parole très douloureuse : Que rimpie soit enlevé, afin qu'il ne voie point la gloire du Seigneur (4). (fol. 124, v" b) C'est alors qu'elle est atteinte par le jour de la colère, le jour de l'angoisse et de la nécessité (œ^i-rAT,), le jour des ténèbres et de l'obscurité. Car elle est livrée aux ténèbres extérieures et au feu éternel, et elle est condamnée à être jugée dans le siècle sans fin. A ce moment-là où est la vanité du siècle? Où la vaine gloire? Où le
(1) Cf. Éph., VI, 11'. — (-2) Cf. Isaïe, ix, 'J. — (3) Cf. Isaïe, xxxv. 10; li, 11. — (4) Cf. Isaïe, xxvi, 10.
UNE HOMÉLIE INÉDITE MH TUKOI'IIILE d'ALEXANDRIK. <S3
plaisir? Où l'attrait des divertissements? Où Timagi nation (^av- -oLaioL) des plaisirs? Où l'orgueil? Où l'abondance des biens? Où la famille (yévoç)? Où le père, la mère et les frères? Parmi (tout) cela, qui peut l'arracher au feu ardent et aux tourments cruels qui la retiennent?
Et, s'il en est ainsi, comme nous devons être dans une sainte manière de vivre et comme nous devons nous conduire heu- reusement dans la crainte de Dieu! (fol. 124, v" c) Quelle cha- rité nous devons posséder! Quelle vie, quelle conduite, quelle carrière, quel modèle accompli et quelle vigilance (nous devons présenter)! Aussi, si nous désirons posséder de tels (biens), mettons tous nos soins à paraître sans blessure et sans tache à la fin (de notre vie), et à être dignes d'entendre la parole de celui qui a dit : Venez, les bénis de mon Père, possédez le royaume qui vous a été préparé depuis la fondation du monde (1). (Qu'il en soit ainsi) par la grâce et la miséricorde de Dieu, à qui (sied) la louange dans les siècles des siècles! Ainsi soit-il!
(1) Matth., XXV, 34.
CATALOGUE SOMMAIRE DES MANUSCRITS COPTES
DE LA BIBLIOTHÈQUE NATIONALE
{Suite) (I)
142
Fragments des livres historiques et sapientiaux {safn- dique). — 1" partie.
Feuillets 1-2 (voir feuillet 105).
Feuillet 3 (verso, recto). — Psaumes iv, 3-7; v, 7-10. — Partie médiane du bas d'un feuillet; 15 lignes, 1 seule colonne.
Feuillet 4 (verso, recto). — Psaumes vu, 11-18; ix, 1-6. — Partie médiane du bas d'un feuillet; 11 lignes, 1 seule colonne.
Feuillets 5 (ï-h), 10 (i^-ih, début du cahier b), 12 (aa-ab), 31 (fin du cahier a), 5l (ne-q, fin du cahier H). — Psaumes vu, 10-ix, 9; XVII, 9-15 (?), 23-32; xxviii, 3-xxx, 11; xlviii, 16-49; Lxxvii, 20-54. — 36 lignes, 1 seule colonne. Titres des psaumes entre deux doubles traits noirs et rouges; lettres allongées et rehaussées de rouge à la première ligne, oiseaux et ornements en couleurs à la marge et au bas de la page. Texte : 25,5 x 19,5.
Feuillets 6 (fin du cahier a), 13 (fin du cahier a), 44 (début du cahier -i), 65(piie-pg, fin du cahier i), 91 (fin du cahier ia; verso, recto), 88-89 (caa-caa). — Psaumes x, 8-xiii, 1; xxxix, 10-XL, 9; Lxi, 10-Lxni, 5; xciii, 2-22; cm, 22-27; 33-civ, 3; cxL, 4-cxLiii, 10. — Probablement du même manuscrit que
• (1) Voy. ROC, 1912, p. 390.
CATALOGUE SOMMAIRE DES MANUSCRITS COPTES. 85
les fragments « Borgia XX »; cf. Hebbelyiick, op. cit. (1), page 39.
Feuillets 7-8 : 8-7 ([i7]-i"^), 23-30 (^-n), 48 (m-rTv), 59-60 (l>Kï.-pA)' ^5 (pgi-pgA). — Psaumes xii, 2-xv, 14; xlvii, 2lviii, 17; Lx, 9-Lxii, 9; lxxxvii, 16-lxxxviii, 48; cv, 37-cvi, 12. — 31 lignes, 1 seule colonne. Titres des psaumes en rouge; ini- tiale haute de trois lignes, surmontée d'un ornement en cou- leurs. Texte : 25 x 18,5.
Feuillets 9 (verso, recto), 41. — Psaumes xiii, 3-7; xiv, 3-xv, 4; Lix, I3-LX, 6, 9-Lxi, 5. — Fragments; 21 lignes au bas d'un feuillet et 19 lignes au haut d'un autre feuillet.
Feuillet 10 (voir feuillet 5).
Feuillet 11. — Psaumes xix, 4-9; xx, 3-8. — 20 lignes in- complètes, au milieu du feuillet ; 1 seule colonne.
Feuillets 12 (voir feuillet 5), 13 (voir feuillet 6).
Feuillets 14 (uo-g), 15 (go-[o])- — Psaumes xxxvi, 15-34; XL, 9-xLi, 11. — 35 lignes, l seule colonne. Titres des psaumes en noir; initiale accompagnée d'un ornement noir. Texte : 24 X 17. "
Feuillets 16-20 : 18-20 et 16-17 (rûv-q). — Psaumes xl,3-xliv, 13. — 29 lignes, 1 seule colonne. Titres des psaumes en noir; initiale accompagnée d'un ornement rouge. Texte : 23,5 x 19.
Feuillets 21-22, 57, 71-74 ([pKïJ-[^]), 76 (verso, recto). — Psaumes xlii, 2-xliii, 4, 9-17, 26-xliv, 6, 11-17; lxxxiii, 10- Lxxxv, 11; cm, 10-cvi, 2; cxiv, 10-cxvii, 3. — 36 lignes, 1 seule colonne. Titres des psaumes en noir; initiale accompagnée d'un ornement en couleurs. Tiges de lettres allongées au bas de la page. Texte : 22,5 x 19.
Feuillets 23-30 (voir feuillet 7), 31 (voir feuillet 5).
Feuillet 32 ((^-Jë). — Psaumes l, 13-lii, 1. — Cf. Hebbe- lynck, op. cit., « Borgia XXI ».
Feuillet 33 (voir feuillet 105).
Feuillets 34-36 ([gr-J-fgn]). — Psaumes liv, 20-lx, l. — 33- 39 lignes, 1 seule colonne. Titres des psaumes en. noir; initiale majuscule accompagnée d'un ornement en couleurs. Texte : 20,5 X 18.
(I) Voy. ROC, 1912, page 390, note 2.
86 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
Feuillet 37 (voir feuillet 93).
Feuillets 38 (pia-pm), 39 (pie-pife')^ 49 (pue-pii), 94 (verso, recto), 54 (pgï.-pgH), 85 et 84 (cgï-cgn), 92, 90, 83 (coï-
coii). — Psaumes lv, 1-lvi, 2; lvii, 9-lviii, 13; lxxiii, 3-17; Lxxvii, 51-71; Lxxviii, 12-lxxix, 17; civ, 2-7, 13-18; cxix, 1-cxxiv, 2; cxxx, 1-cxxxi, 1, 6-11; cxxxiv, 3-21. — 29 lignes; 1 seule colonne. Titres en noir accompagnés d'un ornement à la marge. Texte : 23 x 18.
Feuillets 40 (verso, recto), 46 (gA-ge), 56, 58 (verso, recto). — Psaumes liv, 20-lv, 5, 13-lvi, 7; lxvii, 16-lxviii, 14; lxxx, r2-Lxxxii, 2, 6-Lxxxiii, 3; lxxxv, 1 J-lxxxvi, 4, ?-15. — 1 seule colonne. Titres entre deux doubles traits noirs et rouges; ini- tiales hautes de deux lignes et bordées de rouge.
Feuillets 41 (voir feuillet 9), 42-43 (voir feuillet 93), 44 (voir feuillet 6), 45 fvoir feuillet 93), 46 (voir feuillet 40), 17 (voir feuillet 93), 48 (voir feuillet 7), 49 (voir feuillet 38).
Feuillets 50, 53. — Psaumes lxxvi, 17-lxxvii, 2, 6-13, 58- 64, 70-Lxxviii, 3. — 1 seule colonne. Numéros d'ordre des psaumes en noir; titres en rouge; grandes initiales.
Feuillets 51 (voir feuillet 5), 52 (voir feuillet 93),' 53 (voir feuillet 50), 54 (voir feuillet 38), 55 (voir feuillet 93), 56 (voir feuillet 40), 57 (voir feuillet 21), 58 (voir feuillet 40), 59-60 (voir feuillet 7).
Feuillet 61 (verso, recto). — Psaume lxxxviii, 25-32, 44-51. — Même main qu'au feuillet 5.
Feuillets 62 {[^]-^), 63 {[^]-^), 64, 69, 70, 86, 87
(cia-cib). — Psaumes lxxxviii, 38-lxxxix, 7; xc, U-xcii, 1; xcix, 4- ci, 10; cm, 34-civ, 27; cv, 35-cvi, 10; cxxiv, 5-cxxv, 4; cxxvii, 1-3; cxxxiv, 16-cxxxv, 23. — Même manuscrit que les fragments « BorgiaXVII ».
Feuillets 65 (voir feuillet 6), 66-67 (voir feuillet 93).
Feuillet 68 (oa-ob). — Psaumes lxx, 1-lxxi, 6. — 31 lignes, 1 seule colonne. Titres en rouge; initiales hautes de 4 lignes, en couleur. Texte : 24,5 x 20. •
'Feuillets 69-70 (voir feuillet 62), 71-74 (voir feuillet 21), 75 (voir feuillet 7), 76 (voir feuillet 21).
Feuillets 77-82 (cie-cA). — Psaumes cxviii, 15-cxix, 2. —
CATALOGUE SOMMAIHK DIvS MANUSCRITS COPTES. 87
34 lignes, 1 seule colonne. Titres en noir; initiales majuscules accompagnées d'un ornement. Texte : 24, .5 x 19.
Feuillets 83-85 (voir feuillet 38), 80-87 (voir feuillet 62), 88- 89 (voir feuillet 6), 90 (voir feuillet 38), 91 (voir feuillet 6), 92 (voir feuillet 38).
Feuillets 93 (verso, recto), 37 (puB-pii), 42 (verso, recto), 43 (pse-ps^""), 45, 47 (verso, recto), 52 (cii-cia), 55 (ckchkh), 66-67. — Psaumes xxxvi, 37-xxxviii, 10; liv, 6-18; eviii, 4-16; Lxi, 8-LXii, 2; Lxvii, 2-11, 32-lxviii, 7; lxxvii, 6-17; lxxviii, 13-LXxix, 12; xciv, 5-xcv, 12. — 23-21 lignes, 1 seule colonne. Titres en noir; grandes initiales. Texte : 17 x 12.
Feuillet 91 (voir feuillet 38).
Feuillet 95. — Psaume xxxiv, 1-18. — 35 lignes, 1 seule colonne. Texte : 23, 5 x ...
Feuillet 96. — Psaumes lx, 4-lxi, 9 au recto; verso effacé. — 34 lignes, 1 seule colonne. Titres en noir.
Feuillet 97. — Psaumes cxxxviii, 15-21 ; cxxxix, 4-8. — Partie supérieure, 19 lignes, 1 seule colonne.
Feuillet 98 (voir feuillet 105).
Feuillet 99. — Psaumes cxlii, .5-11; cxlih, 2-8. — 25 lignes au bas d'un feuillet, 1 seule colonne.
Feuillet 100. — Psaumes xlv, 3-9; xlvi, 5-10. — Partie supé- rieure, 22 lignes, 1 seule colonne.
Feuillet 101. — Cinq lignes incomplètes au bas d'un feuillet; 1 seule colonne.
Feuillet 102. — Psaumes liv, 20-24; lv, 13-56. — Partie supérieure, 11 lignes, 1 seule colonne. Titres noirs entre deux lignes rouges.
Feuillet 103. — Psaumes cxvii, 26 (1); cxxl\, 1-4; cxxxi, 4-8. — 12 lignes, 1 seule colonne. Titres en rouge.
Feuillet 104. — Leclionnaire (papier . — ?. Psaumes uv, 3; cii, 18. Marc i, 17-20. — Fragment d'une colonne; 20 lignes.
Feuillets 105-112, 1-2, 33, 98 : 105 ([i^]-[p77î^']), 'S3 (fiTr.-
piiti), 111 + 107 (piiA-piiB), 106, 108, 110 (verso, recto), 109 (verso, recto), 2 -h 1 -t- 98, 112. — Psaumes bilingues xllx, 21-L, 21 (copte); l, 9-li, 10 (grec) ; ll\, 6-lx, 3 (copte); lx, 3-lxi,
(1) Le changement de II Ml en npAll dans le texte donnerait Ps. cxxviii, 8.
88 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
5 (grec); lxi, 5-lxii, 2 (copte); lxii, 2-lxiii, 2 (grec); lxxxviii, 51-Lxxxix, 9 (copte); lxxxix, il-xc, 1 (grec); civ, 27-38 (copte); civ, 41-cv, 3 (grec) ; cv, 46-cvi, 7 (copte); cvi, 9-16 (grec); cxviii, 50-63 (copte); cxvni, 63-74 (grec); cxviii, 97-99 (copte); cxviii, 109-112 (grec). — 34 lignes, 1 seule colonne. Titres en noir, grandes initiales. Texte : 24,5 x 17,5.
Invent. : copte 129'^.
143
Fragments des livres prophétiques et sapientiaux {sahi- dique). — 2" partie.
Feuillets 113, 121 (|^-p^). — Job ix, 10-16, 23-29. Pro- verbes XI, 23-xii, 11. — Même manuscrit que « BorgiaXXV ». — Le feuillet 113 publié par L. Dieu, Nouveaux frag^nenls préhexaplaires du livre de Job en copte sahidique, dans le Muséon, 1912, page 179.
Feuillet 114. — Job vit, 3-12, suivi sans intervalle de vi, 5-16. — Publié par L. Dieu, op. cit., page 177.
Feuillets 115-117 : 117 (i7.-m), 116 et 115. — Jobxli, 10-fm, suivi d'une page et demie de notes. — Même manuscrit que « Borgia XXIV ». — Job publié par L. Dieu, op. cit., page 180.
Feuillets 118, 119-120 (cib-ckb), 122 (Jkb-ck^). — Pro- verbes I, 6-21; X, 28-xi, 29; xii, 15-20, 23-28. — Même manuscrit que « Borgia XXII ». — Publiés, 119-120 seulement, par Maspero, Fragments (1), page 192.
Feuillets 121 (voir feuillet 113), 122 (voir feuillet 118).
Feuillets 123-130, 138 : 129 (cahier À; verso, recto), 123-128 (ija-Ëb), 130, 138. — Proverbes xiv, 4-6, 9-10, 13-15, 18-19, 21-xvii, 11 ; xxvi, 22-xxvii, 11 ; non identifié (138). — 31 lignes, 2 colonnes. Grandes majuscules noires reliaussées de rouge. Paragraphe. Texte : 24 X 19,5.
Feuillets 131 (Ji^]-^)-132, 133, 134 ((^-(^), 135-136 (c-cr)-137. — Proverbes xxvii, 22-xxix, 12. Ecclésiaste vu.
(Ij Voy. HOC, 1912, page 390, note 3.
CATALOGUE SOMMAIRE DES MANUSCRITS COPTES-. 89
23-viii, 9; XII, 12-1 1. Cantique i, 1-6; iv, e-viii, 7. —Publiés, sauf 132 (premier fragment de rEcclésiaste), par Maspero, Fragments, pages 194, 197 et 199 n" 2.
Feuillet 138 (voir feuillet 123).
Feuillet 139. — Deux lignes, au bas d'une page écrite sur une seule colonne.
Feuillets 140-141 (piA-pib). — Cantique m, 8-v, 7. — Publiés par Maspero, Fragments, page 199 n" 1.
Feuillets 142, 145(Kë-.\), 148 (l76-ijH), 157-1(31 (|^-(m7). — IsAÏE III, 10-18, 23-24; iv, 1-2, 5; xi, 14-xii, 13;xxi, 1-xxii, 2; Lv, 9-LX, 8. — Même manuscrit que « Borgia XXVI ». — Publiés, 145 et 148 seulement, par Maspero, Fragments, pages 211 et 214.
Feuillets 143-144 (kï.-a)' 1^^ (ur-ûÂ, fin du caiiier r), 149- 151 (^t-oa). — IsAïE X, 6-xi, 5; xvi, 10-xvii, 10; xxvi, 6-xxx, 5. — Publiés, sauf 143, par Maspero, Fragments, pages 209, 212, 215.
Feuillet 145 (voir feuillet 142).
Feuillet 146 (verso, recto). — Isaïe xiii, 18-21; xiv, 1-3. — 23 lignes incomplètes de la seconde et de la troisième colonnes, quelques lettres seulement des deux autres.
Feuillets 1 17 (voir feuillet 143), 148 (voir feuillet 112), 149- 154 (voir feuillet 143).
Feuillet 155 H- 156 (le verso de 156 se raccorde au recto de 155). — Isaïe xliv, 13-26. —Le recto de 1.56 (xliv, 20-21, 23-24), publié par Maspero, Fragments, page 223.
Feuillets 157-161 (voir feuillet 142).
Feuillet 162 (verso, recto). — Isaïe i, 4-6, 8-9. — Bas de feuillet, 15 lignes incomplètes, de la seconde colonne.
Feuillets 163 (iT), 168 (Â), 164-167 (i^-kTT). — Jérémie ii, 31-35; m, 17-21. Lamentations ii, 17-iii, 25. — Palimpseste; feuillets d'un évangéliaire (d'après Maspero) écrit sur deux colonnes, divisés par le milieu. — Publiés par Maspero, Frag- ments, pages 226, 227 et 245.
Feuillets 169, 173 -+- 174, 175 (i"iÂ-iTb), 176 (hï.-nh). — Jérémie vi, 19-22; vu, 6-9; xvi, 9-xvii, 5; xviii, 14-xix, 5; xxi, 4-xxii, 4. — Publiés, sauf 169 et 173, par Maspero, Fragments, pages 232, 233 et 234.
90 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
Feuillets 170 (début du cahier r, ap-aa), 172(uï-[uh], fin du cahier r), 180 (nX-riB), 181 (qr-qA, fin du cahier 0, l'^Qet
182 (pï.-pi), 184-185 (piir-pw^), 186 (pqA-pqB). — Jérémie IX, 23-x, 18; XV, 3-19; xxvii, 4-17; xxviii, 59-xxix, 4; xxxii, 37-xxxiv, 4; l, 6-li, 25. Lamentations v, 9-22. Épître i, 1-7. — De la même main que « Borgia XXVI » (voir feuillet 142). — Publiés, sauf 180 et 182, par Maspero, Fragments, pages 228, 230, 238, 239, 241, 248 n" 1; les feuillets 179 et 182 par Dei- ber, Fragments coptes inédits de Jérémie, dans la Revue biblique, 1908, page 560.
Feuillet 171. — Jérémie xiii, 6-11, suivi d'un ornement et d'une prière.
Feuillets 172 (voir feuillet 170), 173-176 (voir feuillet 169).
Feuillets 177, 178 (ah-ao). — Jérémie xxiv, 2-xxv, 3; xxvi, 8-19. — Publiés par Maspero, Fragments, pages 236 et 237.
Feuillets 179-182 (voir feuillet 170).
Feuillet 183. — Jérémie xxxix, 1-2, 14-16. — 18 premières lignes, incomplètes, de la première colonne d'un feuillet à 2 colonnes.
Feuillets 184-186 (voir feuillet 170).
Feuillet 187 (verso, recto). — Lamentations iv. — 2 co- lonnes, 12 lignes, dans la partie médiane du feuillet; il ne reste guère que les versets 12 et 16.
Feuillets 188-189 (pie-pin)- — Lamentations v, 19-22. Zacharie II, 10-iv, 9. — Publiés par Maspero, Fragments, pages 248 n» 2 et 281.
Feuillets 190, 191-192. — Ézéciiiel i, 1-10.; m, 23-iv, 14. — Même manuscrit que « Borgia XXVIII ». — Publiés par Mas- pero, Fragments, pages 251 et 252.
Feuillets 193-198 (uï.-ijh). — Ézéchiel xi, I7-xiii, 17. — Publiés par Maspero, Fragments, page 254.
Feuillets 199 (A^ë-Âë), 200-203 (A'ë-Lig'). — Ézéchiel xiii, 22-xiv, 2, 4, 6-11; xv, 6-xvi, 63. — Même manuscrit que « Borgia XXIX ». — Publiés, sauf 199, par Maspero, Frag- ments, page 258.
Feuillet 204. — Ézéchiel xvi, 55-62, au recto. Partie supé- rieure, 2 colonnes, 22 et 24 lignes.
CATALOGUE SOMMAIlîK DES MANUSCRITS COPTES. 91
Feuillets 205 (ga-gB), 206 (oe-oîs). — Ézéchiel xxvii, 6-15; xxix, 8-16. — Publiés par Maspero, Fragments, pages 263 et 264.
Feuillet 207. — Ézéchiel xliii (d'après Amélineau). — Bas de feuillet, 2 colonnes, 21 lignes.
Feuillets 208-209 (voir codex 1 11, feuillet 109).
Feuillet 210. — Sermon ('?) sur la chaste Suzanne. — 20 lignes incomplètes, au bas de la première colonne.
F^euillet 211. — Daniel m, 36-38, 40-43, 45-49, 51-52. — Publié par Maspero, Fragments, page 269.
Feuillet 212 (voir codex 141, feuillet ln9).
Feuillet 213. — Ézéchiel xxxii, 30-32, à la première colonne du recto. — Partie supérieure, 18 lignes, 2 colonnes.
Feuillet 214. — Daniel i, 7-22. — Publié par Maspero, Frag- ments, page 266 n" 2.
Feuillets 215-216 (ah-ub). — Amos ii, 11-iv, 9. — Même manuscrit que « Borgia XXX ». — Publiés par Maspero, Frag- ments, page 273.
Feuillets 217-220 (na-riH). — Joël ii, 19-fin. Michée i, 1-15. — Publiés par Maspero, Fragments, page 270.
Feuillet 221 (oi-oa). — Joël m, 18-fm. Michée i, 1-7. — 30 lignes, 2 colonnes. Texte : 18,5 x 13.
Feuillet 222. — Nahum m, 17-fin. Habacuc i, 1-2, au recto; verso en partie effacé. — Partie supérieure d'un feuillet à 2 colonnes; 29 et 18 lignes.
Feuillet 223. — Apocryphe (?). Mention des habitants de l'Arabie. — Partie inférieure d'une colonne, 13 lignes.
Feuillet 224 (na-nB). — Sophonie m, 9-15. — Partie supé- rieure de la colonne de droite, 30 lignes. Quelques lettres de la première colonne.
Inv. : Copte 129^.
[A suivre.)
L. Delaporte.
CHRONOLO&IE DES PATRIARCHES D^ALEXANDRIE
d'après le nis. éthiopien n° 3 de M. E. DELORME
[Fin) (1)
Fol. 28 r° {suite) gtoè : ^[p-]n*(rft •• (2) I -"^- Diyosqoros siégea pen--
Fol. 28 V"
(laut 7 (7/?s f/ 6 mois. Il mou- rut le 7 Maskaram,.
26. Timotëwos siégea pen- dant 24 a/zs. // mourut le 7 N a hase.
•11. Pétros siégea pendant
(1) Cf. ROC, 1912, p. 302.
(2) Au bas du fol. 28 r" se trouve la mention : og : «j%'^<n»^ : foao'^^^ i 436 ans et demi . ^• (de "itn*H') t^st en surcharge.
(3) Au bas de la marge gauche du fol. 28 r" se trouve la note suivante, qui se rapporte au patriarche Dioscore : flin"/,tf"'|; : ïi> ; T-n*^ : ^•fllr.ft ■■ flïi.A'fe^Tr > Pendant sa charge eut Heu le 4"" concile à t'halccduinc.
CHRONOLOGIE DES PATRIARCHES d'aLEXANDRIE.
93
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ft : '^ .• r^^wi- : (Dhàùé. ■• K<w> î l(D% î AT^'Î'"^ I (2)
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rnflïô r A.TCTft •• '^ : ë^<w» ^ •■ (Dhàdd, i hoo : KflJè : A
(OX : Artîl 1
20 ans. Il mourut le 2 Hedar.
28. ^Atiiàtêwos siégea pen- dant 7 a«s. // mourut le 8 Maskaram.
29. Yohannès siégea pen- dant 9 a/?s. // mourut le V Genbot.
30. Yohannès, le prison- nier, siégea pendant 11 ^^/is. // mourut le 27 Genbot.
31. Diyosqoros, le nouveau, siégea pendant 3 â^y?s. // »?om- >'w^ le \1 Teqemt.
32. Timotéwos siégea pen- dant 17 a/?s. // mourut le 13 Yakâtit.
33. Têwodosyos siégea pen- dant 32 a»s. // mourut le 28 ^Sanê.
34. Pêtros siégea pendant 2 r/;i.>>'. // mourut le 25 Sanè.
3.J, Demyânos siégea pen- dant 36 «y^s. // mourut le 18 ^"m?^.
36. 'Endrâniqos siégea pen-
(1) A partir du nombre 27 l'ordre de la présente Chronologie diffère de celui de la Liste des Patriarches cV Alexandrie, où les patriarches sont rangés connne suit : 27. Tawdosyos ; 28. Pêtros; 29. 'Alndlêivos; 30. Yohannès ; 31. Yohannès, le prisonnier; 32. Diyosqoros, le nouveau; 33. Timotéwos; 54. Têtvodosyos; 35. Pêtros; 36. Demyânos; .37. 'Entonyos; 38. ^Endrdniqos; 39. 'Êirostatêwos; •iO. Benyâmin; ^i. \âqûlou;i2. ^ Agàton; i3. Yohannès;ii. Yeshaq ; 43. Sem'on ; 46. 'Ela-'Eskendt^os; 47. Qasmâ ; 4S. Qozmos; 49. Têyodros;50. 'Abbâ Mikâ'êl: Gi. Minas; 52. Yohannès; 53. Mnrqos ; .5i. Yà'qob; 55. Sem'on: 56. Yosèf; 57. Mikâ'êl. Cf. ROC, 1912, p. 212.
(2) Ms. : AT^*/"?"^. — (3) Le mot ",a»-\- : se trouve à la marge droite: un signe de renvoi accompagne le nombre ma»'é. — (4) Le nomlire m(0% se trouve à la marge gauche du fol. 28 v". — (.5) Tr est en surcharge.
94
REVUE DE L OR[ENT CHRETIEN.
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dant 7 ans. // mourut le 8 Ter.
37. 'Èwostàtêwos siégea pendant 12 ans. 7/ mourut le 12 Tâhschàsch.
38. 'Abbd Benyâm siégea pendant 39 a?is. // mourut le
8 ff^'- ^^^' ^t's ,/oi<rs c/e Beuydm coimnença l'ère des Califes en 338 de l'an des Mar- tyrs.
39. 'Agâton siégea pendant 19 ans. Il mourut le 7 Te- qemt.
40. Yohannès siégea pen- dant 9 ans. Il mourut le \" Tâhschàsch.
41. Yeshaq siégea pendant 3 ans et demi. Il mourut le
9 Hedâr.
42. Sem'on siégea pendant 6 ans. // mourut le 24 Hamlé. Alors le siège demeura va- cant pendant 3 ans.
43. 'Eskendros siégea jjen- dant 21 ans et 7 n^o^s. // nzoz/- rut le 7 Yakâtit.
44. Qasmâ siégea pendant 1 an e/ 3 mo/s. // mourut le 30 .S'a/ié".
(1) M. à m. : /es années.
(2) Le ai copulatif est accompagné d'un signe de renvoi à la note suivante, qui se trouve à la marge gauche du fol. 28 v° : (O^n. ; o»'H7fl s Vj6'^9"^ ' h
Trésor de la Foi dit : En Van 333 de Dioclétien la royauté passa aux Califes.
(3) tOffo'^i,^ : est en surcharge.
CHRONOLOGIE DP:S PATRIARCHES D ALEXANDRIE.
95
'i\ih •■ Afh-t^ !
ao^ i (Dhàé,^, ' htm t m '• ti
ATC r
•h : (Dhà^,^ ' hoo : Rfllë : A
''Î.Wli^ Ml)
45. Têwodros siégea pen- dant 14 «ns. // mourut le 7 Yakâtit.
46. '^66â Mikaêl siégea pendant 23 a/is e^ 6 mozs. // mourut le IG Magàbit.
47. Minas siégea pendant 9 (/>^s. // mourut le 30 Té?/-.
48. Yoliannès siégea pen- dant 23 (/ns. // mourut le 16 rer.
49. Màrqos siégea pendant 20ans. Il mourut le22 Miydz- yâ.
Fol. 29 r° (2)
OixatC'/f •' (DhÙéHéL • hoo : ï (Dà i Afh-t'T- !
OD s r s AT^»!»"^ !
50. Yâ'qob siégea pendant
10 ans et 8 /«o/s. // mourut le 14 Yakàlit.
51. Sein' on siégea pendant 5 ///o«s 6"^ 17 Jours. Il mourut le o Teqemt.
52. Yosàb siégea pendant 18 rt>?s p/ 11 w,o/6\ // mourut le 23 Teqemt.
5,3. Mikà'él siégea pendant
11 «?is e^ 5 7710/6'. // mourut le-2iMiyàzyà. Dans ses Jours,
(1) Au bas du loL 28 v° se trouve la mention : ëÏ = «[: •' "i"»^ « fliïioc'î I 323 ans et 10 viols. Ms. : HixatC^ i, qui est une faute évidente de copiste.
(•2) Au haut du foL 29 r se trouve la note suivante : afh9°ll « >fl<J^ ' <"»'>(! C s dC4*t •■ Ç."iOot •• Alors le siège demeura vacant pendant 3 ans.
(3) Le premier y est en surcharge.
96
REVUE DE L ORIENT CHRETIEN.
\Abbâ T akla- H âymânot des- cendit à Jérusalem la même année 3 fois.
Bézancourt, par Gournay-en-Bray, le 12 mars 1913.
Sylvain Grébaut.
(1) Au milieu du fol. 29 r" se trouve la mention : jÇ-tn^-C •■ 3« ' «^o»^ : Total 94 ans. Ce total ne correspond qu'au loi. 29 r".
MÉLANGES
I
LES JOURS FASTES ET NÉFASTES d'après le ms. éthiopien n" 3 de M. E. DELORME.
Il est fait mention dans la liste suivante des jours fastes et néfastes pour chaque mois de l'année (1). L'opuscule grec analogue, attribué au prophète Esdras, a été analysé par M. Nau dans la Revue de l'Orient Chrétien (2).
TEXTE
Fol. 162 V" a {Scriptio continua dans le ms.)
(1) Cf. Dillmaii, Le.c. aelh., col. l-.^91 : •■ Libelkis quidam superstitiosus ^l'i'll i nîiT'l" s J^'T-ô^ « fflWVJt'V^ I (de {irmo et caduru, i.e. itliU et inutili] inscriptus exstat sub finein Codicis M. F. [Matsliafa Faus], et in Cod. Abbad. CLXXXVl. ■• — Cf. M. Chaîne, Catalogue des Manuscrits éthiopiens de la collection Antoine d'Abbadie, p. 112 : « (Ms. n" 186. Mélanges religieux) 3. — Fol. 38 v". Coniput du fort et du faible : fh'ifl s J^Trô^ « at^'^K'^^' " Ouvrage de magie. »
(2) Cf. t. XII (1907), p. 14-15.
OUIENT CHRÉTIEN. 7
98 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
TRADUCTION
COMPUT DES (jours) NÉFASTES ET FASTES.
1. En Maskaram jusqu'au 15 fastes, et ensuite néfastes.
2. En Te(jemt jusqu'au 23 fastes, et ensuite néfastes.
3. En IJeddr jusqu'au 9 fastes, et ensuite néfastes.
4. E7i Tâhschâsch jusqu'au 20 fastes, et ensuite néfastes.
5. En Ter jusqu'au 27 néfastes, et ensuite fastes.
6. En Y akâtit jusqu'au 5 fastes, et ensuite néfastes.
I. En M agâbit jusqu'au 20 néfastes, et ensuite fastes.
8. En M iyàzy à jusqu'au Y2 fastes, et ensuite néfastes.
9. En Genbot jusqu'au 24 néfastes, et ensuite fastes.
10. En Sané jusqu'au 27 néfastes, et ensuite fastes.
II. En Ilandé jusqu'au 21 fastes, et ensuite néfastes. 12. En Na](asé jusqu'au 23 fastes, et ensuite néfastes.
Sylvain Grébaut.
II
LA SAISON DES PLUIES
d'après le même ms.
Un procédé est indiqué dans la présente note, pour faire
MÉLANGES. 99
connaître ce que sera la saison des pluies {keramt) selon les diverses années (1).
TEXTE
Fol. 159 v° b («/< medio) {Scriptio continua dans le ms.)
aïA?i<w : 'ïc<<. •• ë?i/^^ I A?»<w» : "i-Cd, • vm 1
A?ir/D : .^C<^. : Sg I tOxOO : .(.C<(. ï i^V î (D^hao : ./.(;^ : ^^ s flJAK^wi : 'f-C<(. •• %G i
n^a)itflî7;i?"A-d :
TRADUCTION
(méthode:) par laquelle -tu connaîtras la supputation
DE la saison des PLUIES.
Tu additionneras le {jour) initial des [pluies), le ."3 Pàyue- mên et le jour mobile (2), et tu diviseras par 7.
(1) Nous avons traduit le mot W^f"^ par l'expression saison des pluies. CT. HOC, t. XII (190?), p. 15-lG.
(2) Cf. Dillmann, Lex. aeUi., col. Kl'.l : ■• 9"C.y s subst., ut videtur virissiludu . (si numerum dieruui anni CCCLXY uunioi-o VII diviscris. rcllipuis (>rit dies unus, qui appellatur) ùl\t •• 9^C.y •• uyfnat'V-^ -. iyao'Pbn •• "itfo,-i-V .■ atyOat'^:'/ ■. >i/** Tl : m-fl-MI : (sive : qui eflicit, ut singulis anuis dies a loco. (iiii'iii iutei- lieb- douiadis lerias obtineut, nioveantnr l't in feriaui sequeuteai protriulaatun .M. M. [Matsbafa Mistîr] f. i65. ■■
100 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
S'il reste 1, {il y aura) 10 averses de pluie.
S'il reste 2, {il y en aura) 20.
S'il reste 3, {il y en aura) 30.
S'il reste 4, {il y en aura) 40.
S'il reste 5, {il y en aura) 50.
S'il reste Q, {il y en aura) 60.
S'il reste 7, {il y en aura) 70.
Pour 1 et 2, c'est minime.
Pour 3 et 4, c'est moyen.
Pour 5, 6 etl, c'est abondant.
Ce sont les averses de la saison des pluies.
Sylvain Grébaut.
III
A PROPOS DE L'ANAPHORE DE SAINT ATHANASE
d'après le même ms.
La courte note suivante, inst^rée en petits caractères au bas d'un feuillet^ se rapporte à VAnaphore de Saint Athanase (1).
Fol. 160 v° b {in fine) {Scriptio continua dans le ms.)
athanase dit dans son anaphore : L'homme, alors (juil était honoré, ne {le) reconnut pas,
(1) Cf. M. Chaîne, Catalogue des Manuscrits éthiopiens de la collection .Antoine d'Abbadie, p. 7 et p. 48.
MÉLANGES. 101
(mais) il deviné comme les animaux sans intelligence, et se fit sernblahle à eux (1).
U homme, alors qu'il était roi, ne {le) reconnut pas, {mais) if s'avilit lui-même de son gré; il devint esclave, {et) ceux qui furent maitres le dominèrent.
L'homme, alors qu'il était j'iche, ne {le) reconnut pas, {mais) il s'appauvrit lui-même par son désir; il affama son ventre, et il assoiffa son âme.
Bézancourt, par Gournay-cn-Bray, le 7 janvier 1913.
Sylvain Grébaut.
IV
HISTOIRE DE L'APOSTASIE DU DIACRE LÉONCE ET DE LA MORT DU JUIF ISAAC
Les arguments de la controverse judéo-chrétienne du Sargis d'Aberga éthiopien ou de la Didascalie de Jacob grecque consistent uniquement, ou presque, en citations de l'Écriture. Les récits ou faits sont extrêmement rares.
Aussi, V Histoire de l" apostasie du diacre Léonce et de la mort du Juif Isaac, racontée par le néophyte /?^s/?/s, dans le l)ut de confirmer la divinité du Christ, nous a paru devoir inté- resser les lecteurs de la Revue de l'Orient chrétien, en atten- dant Tédition de la fin de l'ouvrage précité dans la Patrologia Oriental is Graffin-Nau (2).
TEXTE
(F. 64 r a suùe) Vlh ■• M'^/.Tna^' •■ M '- dO-n : h'\^, •■ Hli V ! hin •' ifii^Xï- • (\oh ■ une • h^n* • y.aJàh^ • ùnh •• iCtl •
(1) Ps. XLVIll, 13(21).
(2) Sargis d\4berf/a l'oriuo h) fascicule 4 du tome III de \s. Pair. Or. L'ori- ginal grec a été publié en entier par M. N. Bonuetsch, sous le titre : Doctrina Jacobi niiper baptizati, 4", xvni-Oti pages, Berlin, 1910. 5L F. Nau a donné ensuite une édition avec une introduction tout à fait remarquable de la pre- mière assemblée de ce même ouvrage, sous la désignation : La Didascalie de Jacub. (Cf. Pair. Or., t. Vlll, f. 5.)
102 REVUE DE l'orient CHRETIEN.
F. 64 1° b) Hfttf»- ï A.îP^-fcF'ft • mll/n : <wifii';ïj^A * n/hl
'^ : "ïvnc ■ Tif ■■ flJhî^-H • tM^ • hi-nh ■- (o-nu^^ :•: j?,n, A" : h^;"e ' /AhWi' • H.e.n. • Miuv ■ Oïd^ia ■ Hhu^î: •
(Dù'tP ' n'i'l' • f^ll?^ •• flJ-liA'iP : JP/wiftT • (F. 64 v° a) A(^A ■ 'T^'r • ^^V. ■ «;iC : ai'l'(D/.œ -. AA.y- ■ (D-ti'l' • n
(Dhrii • chf • n/hAîT» : ô-nhA. • hruv^-f-o^ .• A^^.l^ jt : An-0 î AjPAe ! An.^- : ïicMin -■ ?»^'^ * hio-h^.'P • a h^i>-.e/ : h'iii : ^'ivhVK- -• nfljc^» ■ fljnnrïiC/?. ■• A'jt^ ' inn-c •
flï^nCiîi •■ ÎTW : 0^j& M: fllînrf-/..n«n>-A : iih^.O-^ : '^rtT
OlfJA" ! nOÏl ■ oie • -nîiA. • hUhf{t^ : <i.^'^ : h'^H.h'fl rh.C • HAtf»- ■ J&Arh* • flJ/?.^n<lVh : (F. 64 V b) n* : ^^.l^ .Ç- •:: flïA'^./' ! AA'W : Wd^^t^» : m-h-f: : UlM ' J?.Û, ' 'H'} i: : AAr • HjL'.hfll-^ : '>A1-f <">• : A^i^.ll-.^' : hlxao : hCA-f
A : n^hr^h • o-fï ! încA'fc^'î • i-hra^ « fl>-h'|ï • AhA^^A :
(1) Ms. : 7^'V,Ç-.R.
(2) iMs. : Ht^*-»!.
MÉLANGES. 103
TRADUCTION
(F. 64 r" a suite) Voici que je {vais) vous raconter moi- même un fait surprenant, qui s'est passé pendant que je me trouvais dans la ville de \Akà (Acca), lorsque les Perses par- taient pour tuer le peuple des chrétiens.
Alors, les Juifs se sont soulevés, ont incendié Véglise, et ont tué beaucoup de gens. Il y avait parmi {tes chrétiens) un (F. 61 r" b) diacre, appelé Léœontéwos [Léonce], sage ascète de la loi du Christ. Voici que les Juifs Carrelèrent, afin de le tuer; ils le firent souffrir, le maltraitèrent, et le flagellèrent. Par suite de la grandeur des tourments et des supplices qui lui {furent infligés), il aposlasia, et devint Juif.
De longs jours après, il rencontra un vieillard assis à la porte de la synagogue des Juifs. Il lui dit : « Pourquoi es-tu assis ici? » Alors, les Icumes et les pleurs le suffoquèrent. Le vieillard lui dit : « As-tu oublié ce qua dit Notre -Seigneur dans l'Évangile : Celui qui m'aura renié devant les hommes, je le renierai moi aussi devant mon Père, qui est dans les deux {2)? Or, voici que toi-même tu as apostasie, et es devenu Juif. Mais il me semblait que tu étais zélé toi-même dans la loi du Christ, car personne n était comme toi parmi tes chré- tiens. »
Ayant entendu cela, {Léonce) fut épouvanté, et chercha à s'enfuir iF. 61 Va) de la main des Juifs; [mais) il ne {le) put
{D iMs. : A,6'irh4'.
(•2) Mat th. X, 33.
104 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
pas. Alors, il monta sur la haute muraille des remparts de la ville, se jeta de lui-même dans la mer, et mourut.
Ayant vu cela, les Juifs s'attristèrent extrêmement, car il était pour eux {un sujet) d'orgueil, parce qu'il avait apos- tasie, et qu'il était devenu comme eux Juif.
Alors, un homme d'entre les prêtres des Juifs vit en songe pendant sept nuits l'église que les Juifs avaient incendiée. Voici qu'elle était reconstruite en or, en gemmes {et en) pierres précieuses, et qu'elle brillait comme le soleil; mais la synagogue des Juifs était y^enversée (1) à terre, et était tombée (2) sur de puants excréments.
Il y avait dans la ville d'Acca un Juif (3), craignant le Seigneur, appelé Isaac; (F. 64 v" b) les Juifs lui demandaient sa bénédiction. Ayant appris le songe" que le prêtre avait fait (4), il dit : « Ce songe {signifie) la ruine des Juifs, qui surviendra, car le Christ, en qui croient les chrétiens, est le roi d'Israël. »
Alors, cinq hommes se levèrent, résistèrent à Isaac, discu- tèrent eidre eux, et dirent : « Dès que cette parole sera enten- due, tous les Juifs aposiasicront, et deviendront chrétiens. » Puis, ils décidèrent entre eux de le tuer. .
Le soir étant venu, ils entrèrent da^is sa maison, et le trou- vèrent assis seul; ils le saisirent, et le tuèrent. L'histoire {de ce Juif) ne fut pas apprise; mais seulement ils mentirent, et dirent : « // est mort subitement. »
Bézancourt, par Gournay-en-Bray, le 18 janvier lîUo.
Sylvain Grébaut.
(1) M. à m. : était engloutie.
(2) M. à m. : était descendue.
(3) M. à m. : un homme Juif.
(4) M. à m. : avait sonyé.
BIBLIOGRA.PHIE
(). Tafrali, Topographie de Thessalonique, S", xii-220 pages, avec 14 fi- gures dans le texte, 32 planches et 2 plans, Paris, Geuthner, 1913. — 20 fr.
0. Tafrali, Thessalonique au quatorzième siècle, 8", x.\vi-312 pages, Paris, Geuthner, 1013. — 15 fr.
Au moment où l'ancienne Thessaloniciue. devenue Salonique, allait se moderniser, ce qui début» toujours par abattre de vieux remparts et de vieux monuments, M. Tafrali, docteur es-lettres de la faculté de Paris, an- cien secrétaire au musée des antiquités de Bucarest, ancien chargé de cours à Técole des langues orientales vivantes de Paris, s'est proposé de nous en décrire les remparts et les monuments et d'en retracer toute l'histoire, en s'arrètant longuement à la période la plus mouvementée, au xiv^ siècle. M. Diehl a tenu à présenter au pui)lic les ouvrages de l'un de ses élèves préférés, en donnant une préface à chai-un de ces deux vo- lumes.
Dans le premier volume, après un cliapitre consacré à la fondation, au port et à la situation de Thessaloni([ue, M. T. fait l'histoire de la construc- tion des divers remparts et décrit ceux qui subsistent encore. 11 fait con- naître l'intérieur de la ville entant qu'il se rattache à la période ancienne ou à la. période byzantine, avec les canalisations d'eau. 11 indique enfin les monuments (églises et monastères) disparus ou conservés. Les nombreu- ses photographies complètent très heureusement cet ouvrage, résultat de nombreuses années de recherches. L'auteur puise dans sa vaste érudition tous les détails f(ui peuvent éclairer son sujet et le mettre en relief; c'est ainsi qu'il nous expose d'abord les principes de fortification ancienne et byzantine pour nous faire mieux comprendre ensuite l'agencement des remparts de Thessalonique.
Dans le second volume, après rex])osé des nombreuses sources, éditées ou inédites, consultées par lui. l'auteur résume l'histoire de Salonique jus- qu'au xiv siècle; il s'attache ensuite à cette époque et nous fait connaître les habitants de la ville et des environs au xiv« siècle (citoyens libres; parèques et douloparèques: esclaves: éléments hétérogènes): les adminis- trations impériale et municipale; le pouvoir ecclésiastique; l'état .social, scientifique, littéraire et religieux; les événements politiques qui gravitent autour de la révolution des zélotes (1342-1349). La querelle des hésychastes est un des épisodes de la lutte de la mystique et de l'érudition. Les uns
106 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
déclaraient que pour la rechcrclie de la vérité et de Dieu, la raison est impuissante, et l'étude des sages de l'antiquité est inutile. La prétendue sagesse des anciens est imbue d'ignorance; leurs raisonnements sont remplis d'absurdités et d'infamies; 'ils conduisent à l'athéisme, et ils com- muniquent à la foi chrétienne, si pure, la mytliologie grecque et l'idolâtrie. Il n'y a qu'un seul moyen de s'élever jusqu'à la connaissance de Dieu : c'est la voie mystique de l'ascétisme qui, purifiant le cœur, l'élève jusqu'à la lumière divine, principe et source de toute vérité (p. 184-185). Cette lutte qui a été menée contre les gnostiques et plus tard, mais sans succès, contre Aristote et les études profanes, est exposée ici de manière complète et objective. Nous en dirons autant de la révolution des zélotes, soulève- ment populaire causé par une crise économique résultant des guerres et des ravages des Turcs et des Serbes. On y trouve le massacre des nobles et des riches, avec la confiscation de leurs biens et des revenus des biens ecclésiastiques, et il a suffi de quelques années pour montrer qu'en somme les affaires allaient encore plus mal qu'avant la révolution. Thessalonique tomba enfin au pouvoir des Turcs (1380 et 1387), présage du sort qui attendait Constantinople.
Ces derniers événements vont jusqu'à rendre cette monographie pas- sionnante; elle est d'ailleurs toujours intéressante, bien documentée et bien conduite, et elle restera un modèle.
F. Nau.
Jdii. B. AuKiiAusEK, Konslanlins Kreuzeavision in aiisyeivàhUcn Textcn, 8^ 26 pages, Bonn, Marcus et Weber, 1912. — 0 M. 60.
L'auteur s'est proposé de réunir les textes les plus importants relatifs à la vision de Constantin qui a précédé sa victoire sur Maxence (28 octobre 312). Ces textes sont : le chapitre 44 du De mortihus jjersecutonim, écrit à Nicomédie vers 314; le cliapitre 9 du livre IX de V Histoire ecclésiasliqui' d'Eusèbe, écrite vers 324, avec la traduction latine de Rufin, la traduction de la version syriaque et les variantes des manuscrits grecs et de l'armé- nien; neuf chapitres du livre premier de la Vie de Cons/antin, écrite par Eusèbe en 337; enfin la légende grecque postérieure, et la légende occi- dentale telle qu'elle a été consignée par Jacques de Voragine.
Il y a donc là une intéressante collection de textes qui éclairent ce tour- nant de riiistoire où le christianisme est devenu religion d'état.
F. Nau.
Augustin Goetiials, Mélaiif/es d'histoire du christianisme. Troisième partie. Jésus à Jérusalem, 8^', 82 pages, Paris, Fischbacher, 1012. — 3 fr.
Le travail de M. Goetiials, Jésus à Jérusalem, où l'on remarque les qua- lités d'un critique perspicace et averti, mais implacable, complète les deux opuscules ju-écédents : Première partie. Josèphe témoin de Jésus. — Deuxième partie. Jean Précurseur de Jésus. 11 se divise en sept chapitres :
BIBLIOGRAPHIE. 107
I. Le collège des Douze. II. Jésus roi d'Israël. III. La première réunion du Sanhédrin. IV. L'échauffourée de Jérusalem. V. Ponce-Pilate dans la légende et dans l'histoire. Addendum : l'épisode de Barabbas. VI. La Cène. VII. Jésus devant le Sanhédrin, lesquels sont suivis de six courts appendices : A. Les listes des Douze. B. Luc et l'Apocalypse. C. Le terme Fils d'homme. D. Anne ou Caïphe. E. La légende de Judas. F. Encore l'inscription du temple.
Tout ce qui a trait à l'histoire du christianisme primitif offre le plus grand intérêt. Il appartient, à la critique de rechercher les sources. Mais, si elle a des droits incontestables, elle ne saurait les outrepasser sans dommage pour la vérité historifiue. Trop de sévérité mène à l'arbitraire. Xo'ûk le reproche que nous faisons à l'étude de M. Goethals. Les rai.sons alléguées ne nous ont pas toujours paru convaincantes Aussi, nous avons trouvé la méthode d'une rigueur excessive, et nous tenons plusieurs conclusions pour inexactes.
Prenons comme exemple l'interrogatoire de Jésus par Caïphe devant le sanhédrin (Marc xiv, GO sqq.). « D'après Marc suivi par Matthieu et en général par Luc, écrit l'auteur, une question à brùle-pourpoint du grand prêtre amenant Jésus à confesser sa dignité de Messie et une scène d'in- dignation réelle ou feinte par lui jouée à ce propos auraient amené le dé- nouement. Mais ce récit soulève de grosses difficultés. Dans Marc .\iv, 62 a. à la question du grand prêtre : « Es-tu le Messie lils de Dieu? » Jésus répond par une affirmation positive : âyw zI^li ; ceci ne semble pas histori- que. C'est la réponse donnée par le l"^ évangile au sTna; qui appartient certainement sinon à l'histoire du moins au fonds primitif du récit, vu que les deux textes parallèles la présupposent également. Marc — pro- bablement le dernier rédacteur — l'aura faussement interprétée comme mie affirmation, elle constituait en réalité non tant une négation qu'une formule polie pour décliner toute réponse à une question inconvenante ou indiscrète. Luc {x\u, 70) parait avoir interprété la réponse en ce sens : C'est vous qui dites que je le suis. En d'autres termes : je ne l'ai pas dit moi-même. Pour le surplus Matthieu n'a fait que suivre Marc en accentuant le caractère dramatique du récit : au lieu d'interroger simple-, ment laccusé, le grand prêtre lui défère une sorte de serment (xxvi, Gii)... Nous inclinons à croire que le récit de Marc a inspiré ici à Luc des scru- pules critiques comme à propos du banquet d'Antipas, mais il ne pouvait guère supprimer totalement ce récit comme il avait fait de l'autre. Il s'est donc borné à élaguer ce qu'il jugeait suspect, à atténuer et édul- corer ce qu'il laissait subsister... En somme à force de vouloir purger le récit de Marc de toute invraisemblance Luc n'en a laissé subsister qu'une sorte de caput mortitum vide de toute signification... Avec l'authenticité de Marc xiv, 02 tombe aussi l'épisode suivant : l'exclamation du grand prêtre, 63, 64 a. Le Messie au point de vue juif n'étant qu'un homme, avBpwTiov iÇ àv6pw-'ov (Justin, Dial. Tryp/i. 48, 9j, ce n'était pas usurper sur la prérogative divine que de se donner pour tel, Supposé donc que l'expres- sion uibç Tou Oeou ou toîj £ÙXoy»itou fût, pour le grand prêtre comme pour Jésus, synonyme de Messie, cette expression qui vient de l'A. T. n'avait encore
108 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
rien qui pût choquer le monothéisme le phis ombrageux, elle n'impli- quait notamment pas la notion de préexistence. Dans le cas où Jésus se serait appliqué cette désignation— Marc (xiv, 61, 02) est seul à l'affirmer — ce n'était pas là insulter ou maudire le nom de Dieu IHVH ; or tel était l'élément constitutif du (//H'rfdoM/" ou blasphème punissable de lapi- dation. Quelque malveillance qu'on prête donc au grand prêtre à l'égard de l'accusé, le déchirement des vêtements, l'accusation de bla.sphème sont de tous points invraisemblables » (passim, pp. 56-b2).
Cet exemple montre que les arguments invoqués par l'auteur sont loin d'être décisifs, et caractérise l'intransigeance de sa critique.
Sylvain Grébaut.
Turkish alrocities. The Young Turks and Ihe Triilh aboul Ihe Holocnusf al Adana in Asia Minor, during April 1909, by the Author of Turkcrj and the Tiirk, 8", vin-216 pages, 1913, sans nom d'éditeur.
Voici un opuscule de brûlante actualité. 11 ne consiste pas en un ré- quisitoire sonore contre les Jeunes-Turcs; il n'est pas non plus un pam- phlet, mais il se présente sous une forme toute différente : il apparaît bourré de faits, de chiffres, de dates, de noms. Ce que l'auteur se pro- pose, c'est de retracer fidèlement les atrocités commises et de démasquer les coupables. «... 1 decidedto search outthe guiltyand responsible pcrsons. I did so, and now that I know ail, I accuse the Government and the Young Turk Committee... » (p. 2). La documentation abondante, l'information sûre, l'exposition nette des événements, la précision du détail, l'impor- tance donnée aux statistiques (cf. p. 80 à p. 100) font de ce petit livre un ouvrage de valeur, et lui donnent un caractère vraiment scientificpie. Le plan est simple : /. Thf Adana Jlolocansl. II. The Loss and iJamage doue. III. Justice. IV. Those who are He.sponsi/jle.
Les préparatifs immédiats du massacre des Arméniens, seuls visés (« The massacres were organised only against the Armenians. On the lirst day however, by mistake, some Greek, Syrian and Chaldean Christians were killed also » (p. 35), les précautions prises : signes indicateurs appo- sés sur les maisons (« The Turks had written with chalk on every shop, to avoid any mistake, " Christian's Shop ", " Moslem's Shop " ») (p. 26), l'excitation de la populace par des sermons enflammés de fanatisme (« 0 Allah! make widows the wives of the ghiaours, their children orphans, and let us possess ail their belongings ») (p. 20), les encouragements des notabilités, les violents articles du journal Iltidal, l'active coopération des troupes (« Le second massacre du 25 Avril fut opéré par les troupes mêmes, envoyées de Dedeagatch pour réprimer les désordres. » Extrait du Journal Of/icie(, 18 Mai 1909, Paris) (p. 32), la complicité des autorités civiles... rien n'est omis.
Viennent alors les scènes d'horreur, dont ciuelques-unes sont relatées. « The indescribable tortures and cruelties committed were so ferocious that many eye-witnesses admitted would cause the envy of Nero himself
BIBLIOGRAPHIE. 109
and of the luquisitors of Spain » (p. 35). L'auteur passe ensuite en revue, sandjak par sandjak, les divers bourgs et villages, à propos desquels il résume succinctement les faits, tels qu'ils se sont passés dans chaque loca- lité (cf. p. 4'2 à p. 79). Le calme rétabli, les survivants ne peuvent même pas s'éloigner du lieu du carnage. Le Gouvernement prescrit aux Com- pagnies de chemins de fer de ne pas délivrer de billets aux Arméniens ; des ordres semblables sont donnés aux autorités des ports. « The boatmen of Mersin publicly said to Armenians, " We bave received orders not to carry you, else we shall be imprisoned or bave to pay heavy damage ^ » (p. 94). Quant aux pertes, elles sont énormes : « The sum total of the Adana Tragedy. is^therefore the following : Loss of life : 30.000: Material loss, between L T 5.000.000 and L T 6.000.000: surviving Sufferers : 100,000 » (p. 93).
Ce livre, on le voit, traite d'un sujet grave; l'impression qui se dégage, en le lisant, est profondément attristante. Puisse-t-il alarmer la conscience publique, et contribuer, dans la mesure où son rôle d'informateur le per- met, à empêcher le retour de pareilles atrocités !
Sylvain Grébaut.
P. Angelo d.\ ROiNCiGLioNE. missionario cappucino dell' Eritrea, Manuale Amo rico-Italiano-Francene , Roma, 1912.
P. Angelo da Roncigliûne, Manuale Tigray-Italiano-Francese, Roma, 1912.
Déjà, depuis longtemps, nous po.ssédions des manuels de conversation pour la langue amharique. Tels sont ceux de C. Mondon Vidailhet, Afe- work, G. Raad. Rien n'avait été encore publié, en ce genre, pour le tigré. Nous en étions réduits, pour ce dernier, aux quelques textes de J. Schrei- ber. parus il y a vingt ans dans son excellente grammaire. Néanmoins, quoi qu"il en soit de cette différence d'intérêt, que peuvent présenter ces deux manuels, tous deux seront précieux et les bienvenus pour les voya- geurs, missionnaires ou commerçants et ceux qui s"adonnent aux études éthiopiennes.
Ces deux manuels sont conçus d'après un plan uniforme, et rédigés suivant un formulaire identique. Ils présentent, tous deux, les mêmes listes de mots, les mêmes narrations; ils ne se distinguent que par la langue étudiée. Cette méthode, hàtons-nous de le dire, e.st des plus heu- reuses. Elle facilite Tusage de ces manuels. Quiconque connaît l'un d'entre eux, se retrouve aussitôt dans lautre. C'est un innnense avantage pra- tique. A cela, il faut ajouter que la division du travail du Père Angelo da Ronciglione est une des plus claires et aussi des plus logiques. L'esprit méthodique, qui a présidé à la répartition des matières, permet de trouver sans tâtonnement la partie dont on veut se servir; la tâche est rendue facile à celui qui doit les feuilleter. Ce sont d'abord, i)lacées au début, des listes de mots se rapportant aux choses ou aux actions communes de la vie ordinaire, réunis par groupes, sous des titres bien différenciés. Puis
110 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
viennent des exemples concernant la construction du verbe et de la proposition, enfin des questions, des dialogues et de nombreux modèles de lettres.
Dans ces différentes sections de son travail, l'auteur a évité d'introduire son lecteur dans un monde factice comme le font beaucoup trop de ma- nuels de ce genre et ce n"est point, certes, un mérite commun. Le Père Angelo da Ronciglione est demeuré dans le monde abyssin dont il veut seulement s'occuper. 11 s'en est tenu aux affaires dont les populations du Tigré et de l'Amhara s'occupent, et à la manière de parler qu'elles em- ploient. Il a maintenu partout la couleur vraiment locale et conservé au langage son goût de terroir. De ce fait, celui qui se trouve sur les lieux et doit entrer en relation avec l'indigène, celui-là est assuré d'être bien compris et de bien s'exprimer. L'orientaliste aussi qui étudie à distance y trouve grand profit; la langue en effet s'y trouve prise exactement sur le vif; son génie, sa psychologie y sont saisis plus au net. Certaines notions absolument nécessaires, étant d'origine européenne et presque in- connues des Abyssins, l'auteur a dû introduire parfois des expressions et des termes nouveaux, soit en tigré soit en amharique. Un grand usage de ces deux langues peut seul permettre d'apprécier ces sortes d'innovations , mais nous ne doutons pas qu'après les longues années passées par le P. Angelo da Ronciglione en Erythrée et les études qu'attestent ses nom- breux travaux, il n'y ait réussi pleinement.
Comme le titre des deux manuels l'indique, l'auteur a donné dans tout le cours de son travail la traduction française après la traduction italienne. C'est un nouvel avantage. L'intérêt de l'ouvrage s'accroît d'autant qu'il s'adresse à un plus grand nombre et, de plus, français et italiens peuvent encore, grâce à ce procédé, trouver entre eux un moyen de communica- tion. A propos du texte français, ce nous est un plaisir de le noter : sa correction est d'une impeccabilité qu'on n'est pas accoutumé de trouver dans nombre de travaux écrits en cette langue émanant d'étrangers. Cette sûreté chez l'auteur en ce point, nous dit celle que nous pouvons avoir nous-mêmes dans la pureté et la correction de l'amharique et du tigré qu'il donne.
Toutes ces qualités, qui recommandent ce travail, n'ont pas échappé, du reste, aux autorités les plus compétentes. Le savant professeur de l'Institut Oriental de Naples, M. Gallina, en a chaudement encouragé la publication, et le bureau des Colonies du Ministère des Affaires étrangères du gouvernement italien l'a fait apparaître sous ses auspices.
Si, tout en conservant leur format et en réduisant le corps employé pour l'impression, de façon à ne pas augmenter leur volume, les deux manuels portaient à leur fin un lexique des mots abyssins et un lexique des mots italiens et français employés, ils seraient, croyons-nous, on ne peut plus complets et ne laisseraient plus rien à souhaiter. Mais c'est là sans doute une addition dont l'exécution matérielle a seule arrêté l'au- teur, et peut-être pouvons-nous espérer que dans une seconde édition, qui sera, nous aimons à l'espérer, très prochaine, le P. Angelo da Ronciglione satisfera à ce desideratum. Ce n'est là, toutefois, qu'une vue purement
BIBLIOGRAPHIE. 111
personnelle; tels qu'ils sont, les deux manuels dont nous venons de par- ler répondent à ce qu'on attend d'eux, et le P. Angelo da Ronciglione peut s'accorder le témoignage d'avoir bien servi, en les faisant, son pays et la science.
M. Chaîne.
Léon Dieu, Nouveaux fragments préhexa/daires: du Livre de Job. — Extrait du Museon, 1912, p. 147-185.
M. Dieu prépare une édition du livre de Job en copte sahidique; il en publie quatre fragments et les fait précéder d'une intéressante discussion pour établir que, dans presque tous les manuscrits, cet ouvrage « repré- sente un texte très probablement préorigénien ». Un des cudices a été re- constitué, sauf un feuillet, par M?'' Hebbelynck , avec des fragments con- servés à Rome, à Londres et à Paris : ceux de Rome, Borgia XXIV, ont été publiés par Ciasca; celui de Londres, par Schleifer; ceux de Paris (ci-dessus, p. 188, codex 143, feuillets 115-117) étaient inédits et sont transcrits par l'auteur avec deux autres fragments {ibid., feuillets 113 et 114) qui avaient également échappé aux recherches de Maspero et sont maintenant réunis dans la même reliure. Il y joint Job i, l-iii, 20; iv, 11-v, 15 d'après un papyrus Anastasi, classé sous le n° 939 dans le catalo- gue des manuscrits coptes du Musée Britannique publié par Crum.
L. Delaporte.
Khristiansky Vostok {L'Orient chrétien), « publication destinée à l'étude de la civilisation chrétienne chez les peuples d'Asie et d'Afrique ». Tome K'"', fascicule I, 1912, Saint-Pétersbourg, Imprimerie de TAcadémie Impériale des Sciences.
Cette publication est officielle. Elle est entreprise par la Section histo- rico-philologique de l'Académie Impériale de Russie, section qui corres- pond à peu près à notre Académie des Inscriptions et Belles-Lettres. Ce ne sera pas trop, en effet, des ressources du budget pour faire face aux frais d'une entreprise qui s'annonce grandiose, avec reproduction de monu- ments tigurés et publication in-extenso de textes en toutes langues, et en toute sorte de caractères. Par ailleurs, les noms de MM. Marr et Tou- raiev nous sont un sur garant de la valeur scientifique de l'ensemble.
Voici le contenu du premier fascicule :
Programme de la rédaction.
I. A. Djavakov. Matériaux pour l'histoire de la littérature patristique en langue géorgienne.
G. Ter-Mkrtitchian. Mchap et Ouchap dans une note d'un manuscrit arménien du xiv siècle.
Archimandrite G. Ter-Ovsepian. Un voyage scientifi(iue à Jérusalem en 1911 [pour l'étude de la miniature arménienne].
N. Marr. Une trace de l'agape chez les Arméniens [au xiir' siècle].
112 REVUE DE l'orient CHRÉTIEN.
N. L. Okounev. Un manuscrit grec et géorgien avec miniatures.
B. A. Touraiev. Inscriptions sur des objets de la collection de N. P. Likhatchetv.
B. A. Touraiev. Menus textes éthiopiens : 1° Extrait d'une version de la légende de Barlaam et Josaphat [traduction russe]; — 2° Miracles du Christ; — 3° Vers en l'honneur de S. Lalibala.
V. N. Benechevitch. Une représentation du roi géorgien David le Cons- tructeur sur une icône du monastère du Sinaï.
V. N. Benechevitch. Sur une ancienne copie hiérosolymitaine des Me- nées géorgiens.
V. V. Bartold. Charlemagne et Haroun al-Rachid [enquête à résultats négatifs sur les rapports diplomatiques de ces deux princes].
Chronique. — Recensions. — Bibliographie.
Ce fascicule est de bon augure pour l'avenir du Khristiansky Vostok, qui s'annonce comme devant paraître « autant que possible » trois fois par an, en fascicules de 6 ou 8 feuilles d'impression. Le prix du fascicule est de 3 mark ou 1 rouble 35. Les abonnés ne seront peut-être pas très nom- breux en France où l'on n'est pas encore assez convaincu de la nécessité, pour tous ceux qui s'intéressent à l'Orient chrétien, de la connaissance du russe.
A. Malvv.
Le Directeur-Gérant F. Charmetant.
Tome IV, 728 pages. Prix net : 45 fr.
I. Les Homélies de Sévère d'Antioche (syriaque et français), fasc. 1, par R. DuvAL,5fr. 70. — II.Les plus anciens monuments du Christianisme écrits sur papyrus (textes grecs avec traduction et commentaires, planches), par le D"" C. Wessely,7 fr. 90. — III. Histoire nestorienne inédite (clu^onique de Séert) (arabe et français), par iMs"" Addaï Sciier. avec le concours de J. Périer, fasc. 1, 6 fr. 20. — IV. La cause de la fondation des écoles, par M.\R Barhadbsabba 'Arbaya, évêque deHalwan (syriaque et français), par M^'"" Addaï Scher, 5fr. 50. — ^^ Histoire de S. Pacôme et de S. Jean-Baptiste et Miracle de S. Michel à Colosses, texte grec avec une traduction française ou latine, traduction française de la Vie syriaque de S. Pacômei analyse' des trois manuscrits palimpsestes, deux planches, par F. Nau avec le concours de J. Bousquet, 10 fr. 25. — VI. The Life of Severus, patriarch of Antioch, by Athanasius (éthiopien et anglais), par E.-J. Goodspeeo with the remains of the coptic version by W. E. Crum, 9 fr. 50.
Ce. volume a coûté 28 fr. 30 (port en sus) aux souscripteurs.
ToMS V, 808 pages. Prix net : 48 fr.
I. History of the Patriarchs of the Coptic Church of Alexandria (arabe et anglais) fAgatlion toMichael I), par B. Evetts, 12 fr. 8j. — II. Histoire Nes- torienne, 1,2 (arabe et français), par A. Scher et P. DiB, 7 fr. 60. — III. Le Synaxaire arménien de Ter Israël. I. Le mois de Navasard (arménien et français), par G. Bayan, 12fr.60. — IV. Chronique de Mahboub ('Ayantoç), I, i larabe et français), par A. Vasiliev,8 fr. 10. — V. Les Légendes syria- ques d'Aaron de Saroug, de Maxime et Domèce, d'Abraham, maître de Barsoma, et de l'empereur Maurice (syriaque et français), par F. Nau ; les Miracles de saint Ptolémée (arabe et français), par L. Leroy, 6 fr. 90.
Ce volume a coûté 30 fr. 30 (port en sus) aux souscripteurs.
Tome VI, 710 pages. Prix net : 42 fr.
1. — The Hymns of Severus of Antioch and others in the syriac version of Paul of Edessa as revised by James of Edessa (syriaque et anglais), par E.-W. Brooks. Prix : 10 fr. 70. — II. Le Synaxaire arménien de Ter Israël. II. Mois de Hori (^arménien et français), par le D'" G. Bayan. Prix : 10 fr. 45. — III. Le Livre des mystères du ciel et de la terre (/m) (éthiopien et français), par S. Grébaut. Prix : 6 fr. 45. — IV. L'Histoire des conciles de Sévère ibn al-Moqaffa' (arabe, éthiopien et français), par L. Leroy et S. Grébaut. Prix : 10 fr. 45. — V. Vie d'Alexandre l'Àcèmète (grec et latin), par E. de Stoop. Prix : 3 fr. 95.
Ce volume a coûté 26 fr. 55 (port en sus) aux souscripteurs.
Tome VII, 804 pages. Prix net : 47 fr. 85.
I. Traités d'Isaï le Docteur et de Hnana d'Adiabène sur les martyrs, le vendredi d'or et les rogations, et confession de foi à réciter par les évêques avant l'ordination (syriaque et français), par M^"^ Addaï Scher. Prix : 5 fr. 50. — II. Histoire Nestorienne, H. 1 (arabe et français), par M»'" AnDAÏ Scher. Prix : 6 fr. 65. — III. Le Synaxaire éthiopien. II. Le mois de Hamlé (éthiopien et français), par I. Gumi. Prix : 15 fr. — IV. Histoire universelle de Mahboub ('Ayt^Tiioç) le Grec, fils de Constantin, évêque de Menbidj (.\® siècle), texte arabe, traduction française par A. -A. ^'AS1L1EV, professeur à l'Université de Dorpat (IOpbGBi>). Seconde partie (1). Prix : 8 fr. 10. — V. The Hymns of Severus of Antioch (/m) (syriaque et an- glais), par E.-\V. Brooks. Prix : 12 fr. 60.
Ce volume a coûté 30 fr. 15 (port en sus) aux souscripteurs.
Tome VIII, 782 pages. Prix net : 46 fr. G5.
I, Jean Rufus, évêque de Maïouma, Plérophories (syriaque, grec et fran- çais), par F. Nau. Prix : 12 fr. 35. — II. Les Homélies de Sévère d'An- tioche, Homélies LVIII à LXIX (syriaque et français), par M. Brière. Prix : 11 fr. 20. — III. Histoire universelle de Mahboub (arabe et français), II, 2, par A. Vasiliev. Prix : 9 fr. 30. — IV. La version arabe des 127 canons apostoliques (arabe et français), par J. Pékier et A. Périer. Prix : 9 fr. 50. — V. La Didascalie de Jacob, première assemblée (grec), par F. Nau. Prix : 4 f r.. 30.
Tome IX. — Fasc. 1. — Le Livre d'Esther, version éthiopienne éditée et tra- duite en français par E. Pereira. Prix : 3 fr. 35 {franco, 3 fr. 55) ; pour les souscripteurs* : 2 fr. 10 {franco, 2 fr. 30).
Fasc. 2. — Les Apocryphes coptes. — II. Les Acta Pilati, par E. Re- viLLOUT. Prix : 5 fr. ; franco, 5 fr. 40.
Fasc. 3. — Le Testament en Galilée de Notre-Seigneur Jésus-Christ, texte éthiopien, édité et traduit en