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COLLECTION LINGUISTIQUE
PUBLIEE PAR
LA SOCIÉTÉ DE LINGUISTIQUE DE PARIS — II
Précédemment paru : Tome I^^
A. MEILLET
LES DIALECTES INDO-EUKOPÉENS ln-8^ 4 fr. 50
Sous presse : Tome III
A. ERNOUT
LES ÉLÉMENTS i)L\LEGTAUX DU VOCABLLAIIIE LATIN
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LA SOCIKTK DE LINGUISTIQUE DE PAUIS
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PARIS LIBRAIRIE ANCIENNE HONORÉ CHAMPION, ÉDITEUR
Libraire de la Société de Linguistique de Paris
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riBLIEE PAR
LA SOCIETE DE LINGUISTIQUE DE PARIS — II
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f
512 H4-
Les quelques années où M. Ferdinand de Saussure a été, sur linitiative de M. Bréal et auprès de lui. secrétaire adjoint de notre Société (1883-1891) et maître de conférences à l'École des Hautes Etudes ,1881-1891 . ont été décisives pour le développement de la linguistique en France. Depuis, rentré dans la ville à laquelle sa famille a fait tant d'honneur. M. F. de Saussure a continué son bel enseignement. Quelques-uns de ses anciens élèves et de ceux qui. sans l'avoir entendu direc- tement, à Paris ou à Genève, ont subi son influence à travers l'enseignement de ses disciples, ont tenu, par ce recueil, à lui marquer leur reconnaissance. La Société de linguistique de Paris est heureuse de pouvoir lui dédier l'un des premiers volumes de sa nouvelle collection. Elle remercie les éminents linguistes, com- patriotes de M. F. de Saussure, qui ont bien vouhi joindre leur hommage à celui des anciens élèves de l'auteur du Mémoire sur le système primitif des voyelles indo-européennes .
ACCENT GREC, ACCENT VEDIQUE, ACCENT INDO-EUROPÉEN
PAR
Ch. BALLY
ACCENT GREC, ACCENT VEDIQUE, ACCENT INDO-EUROPÉEN '
Par Ch. BALLY
M. Hirt a formulé dans son Handbuch p. 191 et repris avec plus de détails IF 16, 71 ss. ^ une loi d'après laquelle, lorsque Faccent primitif se trouvait sur Tavant-dernière more dun mot, le grec l'aurait déplacé d'ime more vers l'intérieur. Par cette loi l'auteur croit pouvoir expliquer une hypothèse tendant à prouver que le grec aurait développé son accent secondaire sur la more pénultième et non sur l'antépénultième, quand l'accent primitif se trouvait sur la quatrième more à partir de la fin du mot : ainsi * ç£p:;xîvs; (scr. hhàrainâuah] serait devenu d'abord * :,izz'j.vizz (en application de la loi d'enclise qui interdit l'accentuation de deux mores consécutives), et seulement alors, en vertu de la loi énoncée plus haut, ziz'z\j.i- wzz. M. Hirt n'attache aucune importance à la manière dont les mores sont réparties en syllabes ; il met sur le même pied les types --/- (B^;x5<;), -/-- (-izoLizurA et -/-/- (O'JYaTpa). C'est là, selon nous, un des points de la théorie les plus contraires aux principes de l'accentuation grecque. Nous y reviendrons.
ME. Hermann (KZ 40, 12G ss.) a déjà montré que les lois
1. Je sais qu'il vaudrait mieux dire u ton », puisqu'il s'agit, dans les trois cas, dun accent de hauteur; on m'excusera sans doute de n'avoir pas voulu renoncer au terme traditionnel.
2. C^est à cet article que le lecteur sera renvoyé toutes les fois qu'une indication de page ne sera accompagnée d aucune référence i)lus précise à un autre ouvraue de M. Hirt.
cil. BALLY
de reiiclise, telle que le grec la pratique historiquement, n'en- gagent pas le règlement d'un ordre de faits dont les Grecs ne se rendaient plus compte ; nous auions à revenir sur ce détail un peu plus bas (p. 13). M. Hirt croit (p. 85 s.) retrouver la paroxytonaison primitive dans des faits d'accentuation dorienne (tj7:tc|jl£vc^ i/ojav etc.), que nous jugerons tout autrement (voir p. 14 s.) ; nous nous proposons du reste de reprendre les uns après les autres, les faits allégués par Fauteur en faveur de ses deux hypothèses ; seulement notre ordre ne sera pas le sien : la première partie de cette étude cherchera à réfuter les preuves empruntées au grec envisagé en lui-même, la seconde s'attachera à critiquer les arguments que M. Hirt croit tirer de l'accentuation védique comparée avec celle du grec. Notre objectif n'est pas tant de combattre les théories de l'auteur que de rappeler quelques principes et deux ou trois points de méthode essentiels, selon nous, pour l'appréciation de l'accent grec.
Une chose frappante et qui semble donner raison à M. Hirt, c'est que V accent de péniiltiênie, très fréquent en grec historique, qu'il s'agisse de paroxytonaison ou de propérisponiénaison, ne remonte nulle part d'une façon certaine à un état primitif; nous aurons peut-être l'occasion de revenir sur ce sujet dans un travail spécial ; ici il suffira de dire que, lorsqu'on a fait le départ des accents de la pénultième dus 1° à la contraction, 2^ à la proclise et à Tenclise, 3^ à la loi dite de Wheeler [Der griech. Nominalacc. p. 60 ss.), 4*^ à la loi de limitation dans les composés nominaux, étudiée également par M. Wheeler (ibidem p. o4 s.), o^ et surtout à l'analogie (particulièrement à l'analogie flexionnelle), il ne reste pour ainsi dire plus rien, et l'on est amené à croire qu'en général l'accent de pénultième est toujours un fait postérieur au grec primitif. Nous identi- fions ici, j^ar un petit nombre d'exemples, chacune des caté- gories énumérées.
1^ £t:o'.£îts etc. ; les adjectifs du type -olioç, -£fcç, -wj; qui
ACCENT GHEC, ACCENT VÉDIQUE, ACCENT INDO-EURDPÉEN 5
remontent à des formes ouvertes -i'iz;, -r,iz;, -iôïzç i Brug-mann Gr. Gr. p. 181 : Bally MSL 13, 19 ss.).
2^ Les participes en -[jAvzz pour * -x-îvôç : les composés du type Tra-pcy.TCv:; (cf. 'yjy^zr.z[j-6ç}.
3^ Pour la proclise oùxéii, pour Fenclise £vO:zos.
4^ èttitî;, T.\'i\vb, ca(9psv (vocatif).
o^ Les adjectifs féminins du type '.y.yilx (d'après Tayjçl, les infinitifs d'après les participes (p. ex. AsAuxÉvai sur a£a*j7.(Ôç etc. ; voir plus bas, p. 2o) ; toute la flexion nominale, sauf les monosyllabes de la troisième. Ici on constate ou bien la cer- titude d'un accent de finale (ysiy.wvc;, yi\\jZrr. sur ys'.[j,u)v), tan- tôt la certitude d'un accent régressif, qui lui-même suppose n'importe quelle place de l'accent primitif à part les deux der- nières syllabes (r^Sioiv, r^oîov:;, mais î^ciov), tantôt enfin la pos- sibilité de cet accent régressif, qui alors doit être prouvé par des arguments d'une autre nature ; c'est là, comme on le com- prend, la partie de cette étude qui ne peut être abordée ici, mais à laquelle les explications qui suivent apporteront une petite contribution. Voici en tout cas ce que je veux dire : dans le paradigme de zoa-tt^ç les formes zz'/j-t., r.z'/.iixi sont évidemment analogiques sur les formes paroxytones (ttcaCtcj, T.z'/.iiociç) ; mais celles-ci à leur tour sont analogiques sur le nominatif, comme c'est presque toujours le cas dans la décli- naison grecque, et celui-ci enfin peut n'avoir que la paroxyto- naison obligée d après la loi de limitation ; en sorte que si une raison quelconque nous faisait désirer pour r.z\i-r,z un proto- type ^-ÔAi-â-, l'accent historique ne s'y opposerait pas. C'est ainsi que, très probablement, cz.77:zTr,; remonte à * dêspotâ- (cf, scr. dànipatih et la loi d'accent de composition formulée plus bas, p. 22).
Bref, un accent de pénultième, qu'il soit l'aigu ou le circon- flexe, peu importe (voir p. 7), fait toujours conclure soit à un accent de finale, soit au contraire à la réalité ou la possibi- lité d'un accent remontant aussi haut que possible ; et, pour formuler brièvement une idée qui sera reprise plus bas, p. 19, on peut dire que si l'on est amené à croire, en dehors de l'étude
6 <:il. lUM.Y
(le l'accent grec, que l'indo-européen faisait sauter le ton de l'initiale à la finale et vice-versa, le grec ne soulèverait aucune objection avec son accent ; que Thypothèse en recevrait au contraire un appui efficace, et que, par contre-coup, on serait amené à accorder à Taccent grec un caractère plus archaïque qu'à l'accent sanscrit sur ce point important. C'est là du reste ce que la critique des idées de M. Hirt pourra peut-être nous induire à conclure.
M. Hirt limite l'action de sa loi à Fionien-attique et peut- être au seul attique (p. 8.')) ; retenons cette affirmation, dont nous aurons à peser la valeur plus bas, p. 27. Bornons-nous pour le moment à examiner les finales trochaïques qui occupent dans cette question, quoi qu'en dise l'auteur, une position à part (cas de Qf,[j.zz. r.oLizrjzv etc.) ; il est certain que rien ne fait supposer que les dialectes autres que l'attique aient connu cette alTection particulière à la pénultième longue ; le doricn ignore le circonflexe à cette place du mot ; il prononce alvsç, £v6cic7a (Alcman) et ainsi de suite ; seulement il faut se garder d'expliquer de la même manière dor. àvOcco-ci, comme le fait M. Hirt p. 86 (voyez plus bas, p. 14 s.). L'ionien ancien des poèmes homériques ne paraît pas connaître l'intonation de pénultième; on peut rappeler le fait signalé par M. Vendryes, le cas de cuxu au livre IX de l'Odyssée [Mélanges Bninot p. 7 ss.).
Mais quand M. Hirt met sur le même pied le cas de zf^[J.zz et celui de ÔÙYaip (selon lui pour * G-jv'^-'p^)^ i^ passe sous silence un fait capital : le passage de zr^\xzq à Gy;;j.c; s'opère automatiquement, en dépit de l'analogie flexionnelle qui domine pourtant toute l'accentuation grecque ; en effet on trouve régu- lièrement au participe T.y.izi\iz^i en regard de T.y.izvju)v etc., et en dépit de l'accent aigu de tout le paradigme ; mais on ne constate nulle part que le participe £to'.;j.:^uOv devienne * ïzzi- [^.aecv, ce qu'exigerait cependant le parallélisme des deux faits, tel qu'il est postulé par M. Hirt : de même on a 0cv$p-^£v en
ACCENT GREC, ACCENT VÉDIQtE, ACCENT INDO-EUROPÉEN 7
face de c£vBpr,£'.; etc., maison ne voit pas que a'.;j,aT:£v devienne * a';j.aTO£v : (Fattique yiy.v^ s'explique par sa fonction d'adverbe qui le détachait du paradigme;. Dans les deux cas (zaïosUcv, ï-:z\\jÀZz^i) ^ il y a eu, à un moment donné, dans des conditions identiques, présence d'un accent sur Tavant-dernière more, et Ton constate que, dans le premier type {rSi.z=\)Z'i) ^ le glissement accentuel vers la gauche s'est etfectué comme le fait attendre l'hypothèse de M. Hirt, tandis que dans le second Taccent est resté immobile, et c'est ici qu'on peut opposer un fait que cette théorie n'explique pas : d après elle, comme on le verra plus bas. le type Yvjpac est pour * 7'/]p:z;, parce que le génitif '^ -;r^^y.zz aurait passé à * ^;r,poiz;, ce qui aurait déterminé * ^;r,ziq à devenir * \'r,p2; ; mais alors pourquoi cette dernière forme, au lieu d'en rester là, a-t-elle fait passer son accent à la more précédente? De même, en admettant que * y.aTto.^AÉ-:; soit devenu pour la même raison *7.aT0)^A£::c;, pourquoi voit-on par surcroît -/aTo^frAs-i/ passer à y.aTwgAî'V? Ainsi même si l'hypo- thèse a quelque fondement, il n'y a pas une loi et une époque, mais en tout cas deux choses très différentes pour la nature et le temps.
Il y a donc une erreur de principe à mettre sur le même pied le phénomène constant représenté par r,y.izi-jzv et l'hypo- thèse d'un passage de l'accent dune syllal:)e à une autre voi- sine. Si l'analogie flexionnelle qui repousse la dualité ÉTc-.y.a- ^Twv : * £T:i;j.a!^ov, s'accommode fort bien de la coexistence de Tra'.sîJiov et de -xizz'Jzy, cela tient à ce que les longues et diph- tmgues pénuîtiétnes n'équivalent pas, comme on l'enseigne géné- ralement, à deux brèves ou à deux mores ; il ne semble pas que, en dehors de l'enseignement élémentaire, qui peut s'en accommoder, on ait le droit de poser que zf,[j.zç = zi-[j.zz ; en réalité la longue ou diphtongue pénultième est une unité, et seule cette vue peut explicpier le fait d analogie rappelé plus haut. En définitive, il semble bien qu'il faille considérer l'accent propérispomène comme une simj)le « alfection » propre à la pénultième, considérée elle-même a)/;//;/(' //;; /()/// ; U^s gnim- mairions ;»vaient raison de l'îqopeler une -.izizr.y.z'.z v.xrr^vx'yAuz-
8 eu. IIALLY
'^Avr, et de l'opposer au tsvc; z'jgi'azc de dor. al'vsç etc. ; le mieux est de revenir à l'ancienne théorie et de compter par syllabes et non par mores dès (ju'on quitte l'examen de la finale; je m'étonne toujours de voir, après l'explication du fait par M. Meillet (P^ro/t' 1900 n° I), un mot comme iraiBwv dissé- qué, au point de vue accentuel, en un schéma -6/--. Cette conception rend illusoire toute explication de la loi de limita- tion pour le cas des polysyllabes à finale trochaïque (type avOpo)- TTGç) ; on ne peut s'en tirer avec une forme rythmique --/-^/^ ; tout devient clair au contraire si Ton pose que, au moment où l'accent secondaire se substituait à l'accent primitif, seule la finale pouvait, si elle était de deux mores, empêcher l'accent de se porter jusqu'à Tantépénultième, les autres syllabes res- tant indifférentes. Il n'y a donc rien à tirer, comme le croit M. Hirt p. 75^ du cas de ÏGxonzq en regard de èaiacTOç. L'exemple ne serait valable que si l'on possédait * sjtxotoç, ce qui n'est pas. Au moment de la contraction, l'accent était bien sur l'c, comme le prouve le neutre éjtwç (à côté de ï'j-bq) ; Ton connaît assez la rigueur de l'analogie flexionnelle pour ne pas admettre un seul instant à une même époque la présence simultanée de è^Tai; et de * k7-iz-zz. Il est donc clair que c'est la forme contractée * ég-wto; qui a subi l'affection dialectale propre à la pénultième dans les terminaisons trochaïques, et l'on ne peut pas dire que ïg-m-zc, suppose * ïi-xz^zz^ comme on peut dire que vcO; remonte à v'zzz.
Le cas de of^\j.zq mis à part, examinons, autant que cela peut se faire sans sortir du grec, les cas où M. Hirt suppose un saut d'accent régressif de la more pénultième à la more antépénul- tième ; on prendra comme exemples Ojvatpa et Traiowv (selon M. Hirt pour *0u7aTpa, -raicàv) ; là, de nouveau, l'auteur ne fait pas de distinction dans la répartition des mores en syl- labes ; il met sur le même pied deux schémas -/-/- et -/--, qui sont probablement des choses très différentes. Quoi qu'il
ACCENT GREC, ACCENT VÉDIQUE, ACCENT INDO-EUROPÉEN 9
en soit, M. Hirt prétend que Oj^^'p^ ^^^ pour un plus ancien *0j7âTpa; mais la forme O^YaTpa s'explique très simplement, soit comme un reste du saut d'accent de l'initiale à la finale dans rintérieur de la flexion (ôuvaxpa : b'j^(7,zpôq), soit par l'ana- logie des noms dits de parenté, qui eux-mêmes se conforment à l'accent des radicaux monosyllabiques de la troisième décli- naison (râTsp. TzoLxpôq, 7:y.Tpi, -aTptov); ou pour mieux dire, le t^^pe T.zùq TToBôcj et le type T.7.-r^p r.oL-pbz sont deux vestiges du saut d'accent de l'initiale à la finale (voir plus bas) ; l'analogie est particulièrement remarquable dans la comparaison avec àv/;p ; l'inspection des deux paradigmes suffit pour le faire comprendre :
(OuYa-Y;p) k^r^p
%^(OLiip Ôi^zp
GuYaiépoç, -xpbq xwépoq, àvcps;
G-j^aiip'., -zpi àvspi, àvopt^
6uY^'^P^5 Ojy^'P^- àvipoi, avcpa.
GuvaTlpsç, Gùy^cirps; àvipic, àvcps;
ôuY3CT£po)v, -xpcov àv£p(i)v, àv^pwv
^'j^^û^-zipsu^ji, -xpiiji (avGpsaai), àvBp3C!7i
Guv^cTEpaç, GÙY^ipaç. àvipaç, avcpac.
Ainsi on peut établir la proportion :
GuyaTpa : ^^^(OL'ipx = avcpa : àvipa.
M. Hirt s'appuie ensuite sur quelques formes nominales de la troisième déclinaison qui, bien qu'ayant des radicaux mono- syllabiques, ne se conforment pas complètement c\ l'accentua- tion propre à leur paradigme (p. ex. r.oùç, t.ôool, ttcoôc, r.zzi ; TTÔBîç, TccSwv, -cjî ; T.z^z, -jTcBofv), mais s^en séparent aux génitifs pluriel et duel par un accent radical (p. ex. ctxwç, 5[j.a)5;;, â[xw(, ^[j.Mzç, oiJ.wji, mais o;x(i')wv, o[jm)ziv). M. Hirt cherche dans cette particularité la confirmation de sa loi, et suppose qu'il y a eu un passage rythmique de la more pénultième à la more antépénultième : ©[iwwv -> â[j.(oojv = --/^^->^^/--. Mais d'abord
0
en. MATJ^V
ces mots représentent deux: tA^pes très différents, comme on le voit par la répartition suivante :
1. 7:atç, Bac, xpâç, cuq, ç'oç, fWç :
2. Q[ul)ç, Tpw;, 7y;;, 0(.')ç, Ilav, rSç.
Les six premiers n'ont qu'en apparence des radicaux mono- syllabiques, puisque ces radicaux sont contractés ; ce qu'il faut donc expliquer, ce n'est pas pourquoi il y a eu déplacement de l'accent, mais plutôt pourquoi l'accent est resté à sa place normale malg^ré l'analogie du type t.oùç. En elfet les génitifs de ces mots remontent à des formes plus anciennes, mais his- tori(jues : Traicojv , oa'!c(ov, cpoviocov , xp^aioiv , cja-wv ; quant à çci')TO)v, on ne peut en donner la forme ouverte d'une façon cer- taine, mais il est hors de doute que le nominatif çwc cache l'homérique oio;, et très probablement les formes ouvertes exis- taient encore lorsque le paradig-me modifia le radical par l'ad- jonction d'un élément -t-. Ce qu'il faut expliquer, ce n'est pas raiGOJv etc., mais xa-cri et en général les formes oxy- tones ; elles ont subi l'analogie du type r.oùq tzzooq ; et c'est là un fait g'énéral, que des paradigmes de la troisième qui sont devenus par contraction assimilables au type monosyllabique, ont adopté Taccent de ce type. Ainsi cïq, zïzç, olia: etc., sont représentés en attique par olç, zliç, olai ; de 9péap on possède opr-.ôz à côté de cfpi^-oq ; de aT£ap(o-i*?;p) arr^TOç à côté de ŒiiaTvÇ ; par contre lap a l'accent fixe et radical dans toutes ses formes (-^poç aussi bien que ïy.pzç) parce que la présence de p dans tout le paradigme rendait plus grande l'homogénéité du système et par conséquent augmentait l'action analogique du nominatif : r.pMv r,pu)vzç et y,^p y.yjpoç s'expliquent de la même manière.
Pour le second groupe de cette série (B|j-to; etc.), outre que la tradition n'est j^as très bien établie (on lisait Oo)o)v et Oc.'xov dans Homère), le soupçon d'analogie est difficile à écarter : ces mots, qui étaient dès l'origine monosyllabiques dans leurs radicaux, pouvaient moins que le type r.oLiq etc., 'ésister à
ACCENT (iRKC, ACCENT VÉDinLE. ACCENT INDO-ELROPÉEN l l
1 action conservatrice du modèle -ziz -zzzz\ mais que ce groupe de mots, en minorité en face des formes nominales à accent lîxe 'A'.;j.r,v. A'.y.évc; . ait été entamé partiellement par ce dernier type, cela n'a rien qui puisse nous étonner, et l'on com- prend aussi que cette action ait infecté d'abord le pluriel et le duel, car ce groupe de formes z\jZ)Iz, z'jM)y.:. c;;.f.')wv : ziz.;. ziy.;, ziio'^ présentait un radical plus cohérent que le singulier, où le nominatif avait une forme diilerente dans sa finale et le nombre des syllabes ; zjmz;, zizz etc. pouvaient plus facile- ment conserver leur indépendance vis-à-vis de oy.wç, rr,;. que * cy.{.Kov. * 7£(ov vis-à-vis de z-j.unz. ziiz \ seul z\j.b)z{ restait en dehors de l'intluence analogique, parce que son radical con- sonantique l'éloignait de z\U')iz '. Pour z-j.lûz, rpf'>; ^t peut- être zL,)z « lumière » et fJo)ç i il est possible, comme on l'a dit, que l'accent radical ait été amené aussi par le souci de sépa- rer ces formes de leurs homonvmes cv,o)(ov (F. . Tcwwv (F.) ç;(OTwv (M.), et Qiotov (de fï^iir^). Le datif r.o.z'. a été évidemment entraîné par l'analogie du féminin raTa r,7.zy.\ etc. Je crois enfin qu'il faut faire entrer en ligne de compte l'emploi prédomi- nant du pluriel dans les mots Tc(ôç , sy/o;. zr^z et la qualité d'adjectif de -3cr.
On ne peut donc rien tirer de l'accent de ces douze mots pour prouver la loi rythmique de M. Hirt '.
1. Jexpliqiie de la même manière ydvj yojvo'ç, mais y'^^-'Vï -'//m'y^ \ oopu oojpoç, mais ooupa oojp'ov. Il semble donc (juil y ail eu une tendance à propaj^-er l'accent du nominatif, même clans les monosyllabes, aux cas obli({ues où la syllabe radicale est identique à la 1"'' syllabe tout euticrc du nominatif, l'hiatus étant considéré comme un élément de cette iden- tité : o;a(o- £:. our-i- 'ov maiso;jL'.)- t. sans hiatus), xfjçj y.^p-"o;, mais o;jL<.i;]
2. M. Meillet a ]nc\\ voulu me l'aire part d'une hvjiothèse (pii explique- rait en partie la loi de M. Ilirt : d'après lui, cette loi se vérifierait dans le type -it-'-r/. autrement dit dans le cas où une finale j^rimitivement alTectée du circontlexe est précédée d'une lon^'-ue ou d'une diphtongue, c'est-à-dire d'une syllibe intonable en atticpie pour ce dernier point, voir plus bas. p. IT. F.e fait est que le dorien, qui ne connaît pas l'in- tonation de la pénultième, a -avTfov, Cette hypothèse expli({uerait égale- ment le double accent de quelques thèmes en -o-. comme jtoouOo; :
12 cil, 15ALLY
M. Ilirt ne cite pas le type -;zyzj (impérat. aoriste second moyen) qui est contraire à sa loi ; le cas est d'autant plus remarquable que cette infraction à la loi de recul dans une forme personnelle du verbe grec dénote un archaïsme très important.
TTpojûoç, OÙ M. Meillet, comme M. Illrt, voit un passage du ton aux cas obli(jues la-pouOoj -> aTcoûOo'j\ d'où répartition analogifpie (d'une part aToouOoç, de l'autre aTco-jOdc). Cette explication est très séduisante ; on peut remarquer cependant qu'elle ne s'applique qu'à un petit noml^re de faits vraiment contrôlables ; en outre on peut faire les ol)jections sui- vantes :
a) Le dorien -avTwv, s'il n'offre pas la conservation pure et simple de l'état, primitif, comme -oowv, comporte une autre explication; on sait que, pour une raison d'ailleurs inconnue et dans des limites que l'on ne peut déterminer, le dorien a l'accent de finale dans des g-énitifs en -wv et dans des adverbes en -(o:, -a, -t:, alors que les adjectifs dont ils dépendent sont barytons : ainsi -avToiv peut s'expliquer comme dor. àÀXwv ^de aXÀoc', Tr,v(ov etc., -avToi: comme àÀÀoJ:, -avTa comme iXXà", et ainsi de suite; tant que àXÀtov etc. n'est pas expliqué, on ne peut pas, semble-t-il, s'appuyer sur -avtwv pour justifier l'hypothèse du glisse- ment d'accent sur la pénultième ; en effet on aurait le droit de dire au contraire que c'est -avT'ov qui est devenu -avToïv en dorien.
b) Le cas de a-rpouôo; : aT^ouOd; est imparfaitement appuyé par la tra- dition, qui est assez fluctuante voir Wheeler Noniùialacc, p. 117) ; il faut remarquer en outre que certains de ces substantifs en -oç à double accent offrent des différences de sens justifiant la différence d'accen- tuation (p. ex. Y'^^^''-^^ • yXo-oç comme ~6>xo; : Toad; ; plusieurs autres ne trouvent pas d'explication dans l'hypothèse de M. Meillet par le fait qu'ils présentent un saut d'accent et non un g-lissement : c'est le cas pour [i-ôy- 8r,G0ç : uL0-/6r,pd;, 7:6'/r^oo; : -0'n^p6c, (sÔiÀupo; : |î8£À-jpd;, a/upo; : oL'/yo6;. Enfin est-on certain que l'indo-européen n'a pas connu de saut d'accent dans la flexion des thèmes en-o-? Le lituanien la connaît [hérnas,hérno ; bernai., hernû) ; le russe également r.^y6^l>. ayoa : ayoÔB'b, ayoâx'b î cf. Meillet et Boyer MSL VIIL 177 s.); on peut se demander si l'opposition d'accent à valeur sémanticjue telle c^u'elle se montre dans le type grec -ô'xo; : -0[x6; ne remonte pas en dernière analyse à un mouvement dans l'inté- rieur du paradigme ; le grec, dont l'accent est si archaïque dans des faits remarquables, pourrait avoir conservé quelques vestiges de cette mobilité. Du reste on sait qu'autrefois on contestait tout mouvement accentuel pour le type des noms en -es- -os- (ysvoç, yiytoz\ tout à fait parallèle aux thèmes en-o-; et maintenant cette mobilité est assez géné- ralement reconnue (voyez plus bas, p. 19 s. Cf. X. van WijkD^r iiomin. Gen. Sing., p. 43 s,;. Citons encore les types a;j.a/o: : à;j.a-/£'', io^Àço'; voc. aOcAcî.
ACCENT GREC, ACCENT VÉDIQUE, ACCENT INDO-EUROPÉEN 13
Comme nous l'avons dit p. 3, M. Hirt, déterminé par le traitement des enclitiques, admet que l'accent secondaire n'al- lait pas au delà de la more pénultième lorsque Taccent primi- tif se trouvait sur la quatrième more avarft la fin ; autrement dit qu'on a eu successivement *9£pc;j.£voç, * ozpo[JÂ'^zq et enfin, par application de la loi du glissement d'accent étudiée ici, ospz- [j.ivzz, parce que les enclitiques provoquent un accent secon- daire séparé de l'accent principal par une more au moins : àvGpw- 7:6; ziq et non *avGpG)7:oç tlç. M. Hermann a montré que le trai- tement des enclitiques n'engageait nullement celui de l'accent secondaire (voir plus haut p. 3) ; on peut dire en effet qu'un accent qui, comme celui de l'enclise, coexiste historiquement avec l'accent orthotonique, ne peut en aucune manière être assimilé à un accent qui s'est substitué k un autre à une époque antérieure. M. Hirt s'appuie sur le dorien pour dire que le grec, tel qu'il est reflété par ce dialecte plus conservateur, a connu l'accent secondaire sur la more pénultième ; mais les arguments alléguésparaissent critiquables. Sans doute il esta peu près certain que le dorien na pas connu l'intonation de pénul- tième, c'est-à-dire le glissement d'accent sur la surface de la pénultième longue {lr^\).zz -> zf,\xoq) : des formes comme ai^cç, zTwy.aç , t^olIzol (Alcman), opa;j.siTaf. , svOoiaa (Alcman), YuvaLy.sç etc. le donnent à penser. ITaBa et zpoL\j.ii'y.i sont par- ticulièrement instructifs ; les pénultièmes recouvrent des hia- tus [lpoL\jÀz-y.i, Tcâioa) et auraient en attique deux raisons au lieu d'une d'être périspomènes. C'est même cette particularité qui me fait expliquer les nominatifs doriens du type 'AA/.;/iv = 'Aa/.;jJo)v autrement que ne le font MM. Hirt (p. 87) et H. Meis- ter (Z//r^r. Dialekîologiep. 4) ; selon moi, les cas obliques étant régulièrement 'AXxixâvoç etc., le nominatif * 'AXy.[j.av a suivi le mouvement et s'est oxvtoné. Si le dorien -acç n'était pas inventé de toutes pièces par Meister /. r. I s., on pourrait l'ex- pliquer de même. D'autre part les génitifs comme Yj;j.£pav sont assez bien établis par la tradition pour qu'on puisse dire que
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CH. BALLY
cet aigu est propre à la pénultième. Mais pour en revenir à la question qui nous occupe, le cas de dorien aï^iç n'est pas de même nature que le déplacement supposé par M. Hirt; si son hypothèse était fondée, il faudrait qu'on trou- vât en attique *Yjvai7.c; et non Y'jvafxîc en regard de dorien Yjva{7,3;. Les accents TjTTT^j.ivc, etc. seraient sans doute un meilleur argument s'ils ne pouvaient s'expliquer que de cette manière ; mais il est plus vraisemblable que dans la flexion nominale le dorien assimilait les finales -z\ -a-, à -v. et aux longues, c'est-à-dire qu'il avait généralisé l'intonation à deux mores des diphtongues finales, tandis que lattique avait géné- ralisé la même intonation pour les longues (xwpa Oîi, cf. litua- nien niefgà, comme yoipxz Osicç, lit. inergôs). Ainsi les pluriels doriens du type Tj-T:;xiv:i ne tirent j^as leur origine de la loi de M. llirt, mais doivent leur accent à l'intonation de leur finale ; dans la flexion du verbe on pourrait citer la forme èpâ- rj.a- du parthénée d'Alcman (III, 25) si cette forme était très claire (voir Blass Hernies 13, 2o) ; [jrjcp-jpi-^'. (Alcman II, 8) serait contradictoire ; il est plus probable que le caractère enclitique du verbe avait réduit -a-, et -zi à une more. On peut croire aussi que l'accent paroxyton répandu dans toutes les formes du pluriel et du duel a contribué à le maintenir au nominatif pluriel. Tpy.T,iZ2i s'explique très simplement de la même manière, sans qu'on soit obligé d'y voir avec M. Hirt p. 86 un reflet d'une accentuation particulière aux composés védiques à premier élément numéral ; nous verrons plus bas la valeur à attribuer à ces comparaisons ; d'ailleurs le san- scrit veut bien qu'on accentue dvipàd- et tripâd-, mais il admet précisément l'accentuation de càtuspad- comme normale (Whit- ney § 1300). Si * T'j-Tc;jiv:; n'est pas attesté, c'est, selon M. Hirt, un pur hasard; on pourrait croire au contraire que les grammairiens, intéressés seulement par les formes aber- rantes du dorien, n'ont pas relevé le singulier t'j7:t6;j.svc; pré- cisément parce que son accent ne s'écartait pas de la forme de la koiné. Enfin M. Hirt explique aussi par son accent secon- daire sur pénultième les formes doriennes àvÔpw:::', 'ApTTDU'.,
ACGEM GKEC, ACCE>T VÉDIOUE, ACCENT INDO-EUROPÉEN 15
i:;xjva'., soépcv ; mais ce sont des trissyllabes, et on atten- drait i:vOpo)7:c'. etc., puisque l'enclise historique, point de départ de la théorie, offre à'vOptozôç -'.;. 'Eoépzv, èX-Jcjav, iç'.AaOîv, etc. sont pour Fauteur (p. 87) des faits d enclise ; mais une fois de plus on ne voit pas comment l'enclise peut se satis- faire de cette place de Taccent ; ces formes-sont probablement, comme on Fa dit plus d'une fois, analogiques sur le reste du pluriel ; il est admissible aussi que è^iXaOîv est un souvenir de la finale troisième pluriel -r,v qu'on surprend dans certains par- 1ers doriens (cf. p. ex. crétois ouXi7y;v) ; on sait en effet que le dorien aime à appliquer aux finales abrégées l'accent des formes k finales longues (voyez les infinitifs comme èoijoîv, les présents indicatifs comme Tjpi^ziç , les accusatifs pluriels comme x[j-i\z: . Selon une hypothèse ingénieuse que mon ami M. Niedermann veut bien me communiquer, les formes thessaliennes comme ivE^av.jjcsv, i-araiv (3^ plur.) devraient leurs bizarres finales au besoin de mettre en accord la paroxy- tonaison avec l'accentuation régressive du verbe.
Une grande partie des arguments avancés par M. llirt reposent sur la comparaison de l'accent grec avec Faccent védique ; mais cette comparaison, délicate en elle-même, veut être guidée par des principes de recherche qui me paraissent absents de l'exposition de Fauteur. Il semble que trois choses devraient être prises en considération :
I. On n'a pas le droit de comparer des faits isolés dans le système accentuel de deux langues différentes lorsque le rap- prochement des faits eux-mêmes est douteux, ou bien lorsque quehjue différence de forme peut expliquer la différence d'ac- cent.
II. On ne peut non plus comparer les accents de formes empruntées à des langues différentes, lorsque l'un des termes est isolé, tandis que l'autre fait partie d'un système cohérent,
16 CH. BALLY
OU bien lorsque tous les deux font partie de systèmes inconci- liables ; seuls les systèmes ont de la valeur, non les termes isolés.
III. Enfin etsurtouton n'a pas le droit déposer en principe et de sous-en tendre sans le prouver que tel fait d'accent observé en védique doit être la norme pour juger le fait grec corres- pondant, cela au nom d'un autre principe contestable, que Taccent védique se rapproche davantage de l'accent indo- européen que ne le fait le grec ; c'est là un point qui exigerait une étude spéciale ; remarquons seulement que cette priorité attribuée au védique est surtout contestable dans les cas nom- breux où l'accent est en conflit avec Tablant.
Ces trois points de vue apparaîtront mieux par la critique des faits allégués par M. Hirt ; c'est donc sous trois chefs que seront ordonnés les exemples ; mais on ne s'étonnera pas de voir un quelconque de ces principes intervenir hors de son ressort pour prêter aux autres un nouvel appui.
I) P. 77, M. Hirt compare Oéaj'j.vcv àscr. dharûuam pour oppo- ser leurs accents au profit de sa loi ; mais le rapprochement des deux mots n'est rien moins que certain, et puis pourquoi un accent reposant sur une syllabe faible serait-il plus ancien que celui qui frappe une syllabe au degré *t'? Xap'.Tîç, comparé à haritah, porte les mêmes caractères à un plus haut degré.
TsŒaaps;; et catvarah sont confrontés pour montrer que le grec aurait eu autrefois l'accent sur la pénultième ; mais on est tout de suite frappé de la belle concordance qui existe entre l'accent et Tablant soit dans la forme sanscrite soit dans la forme grecque ; elles paraissent refléter deux états i. e. du thème pour « quatre », états différenciés par des mouvements d'accent dans l'intérieur de la flexion ; le grec a généralisé Tablant -e- de l'initiale accentuée, le sanscrit, au moins au M. N., l'accent de seconde syllabe [catvarah, catiïrah etc. ; cf. catûh « quatre fois ») ; il n'y a donc pas lieu de supposer un passage d'accent de Tune à l'autre de ces formes.
ACCENT GREC, ACCENT VÉDIQUE, ACCENT TNDO-EUROPÉEN 17
Vidhàvah et r,'Mizz sont-ils parents ? Je n'en suis pas sûr ; si c'est le cas, l'exemple est mince ; en outre le mot sanscrit a été conçu comme composé par étymolog-ie populaire, comme le montre le subst. dhavàh « époux », créé par décomposition, et cela a pu amener un changement dans la place de l'accent (cf. vidhàrahy prauàvah, aksâra-, ajâra-, adabha- etc.), qui ne sont pas il est vrai eux-mêmes très réguliers (cf. Wackerna- ge\ Aind. Gr. 11,214).
II) On peut faire des objections plus graves au procédé con- sistant à extraire des mots isolés d'une langue pour les compa- rer avec d'autres qui. dans la langue parente, font partie d un système.
Ainsi M. Hirt dit que V^zz\j.zz est pour *É,3ci;j.c;: pourtant tous les ordinaux de 1 à 10 ont en o-rec l'accent réo-ressif et sont au contraire oxytons en sanscrit, pour autant qu'il s'agit des suffixes -thà- et -luà-. Un seul ordinal saptàtha- (à côté de saptauià- qui est le pendant de V^lz'^j.zz) sort du système ; l'on ne peut donc s'appuyer sur lui pour établir la paroxytonaison de V^zz\j.zz. Si une comparaison s'impose, c est celle de ï';,zz- [j.zz et saptamà-. dont les accents soulèvent une question dun tout autre caractère (voir plus bas, p. 19).
Le russe cetvërtxj et le lituanien ketviftas font dire à M. Hirt que -ÉTpaToç est pour *TSTpaTc;, mais Tablaut s'y oppose; d'ailleurs on ne trouve pas une seule exception au système rigoureusement fixe des superlatifs et des ordinaux en -^tcç. Il faudrait plutôt comparer -A-zx-.zz et catiirthàb, mais cette opposition, qui s'expli({ue fort bien d'une autre manière, est incompatible avec le principe initial de la théorie de M. Hirt.
C'est le même procédé qui induit l'auteur de la loi rythmique à extraire è'ps.So; et z^z-j.x de deux systèmes inflexibles pour les comparer, timidement il est vrai, au sanscrit rajah et iiaiiia : si jamais *£p£,3c; et *ivô;j,a ont existé, qui croira cpi'il y ait eu besoin d'une loi rvthmi([ae pour les plier à la loi accentuelle Méhi nrj en Su ussu re 2
18 cil. BALLY
des tvpes ^ivcr, ocliyzç, '0.=\'yzq d une part, et â;j,;j.a, -v£!5;j.a, vS/.j\x[j.jc d'autre part?
On ne peut non plus supposer qu'il y a eu des formes accen- tuelles comme * kypioq, * vr/icç, * yùJ.z'. etc.. en disant que ces mots correspondent à scr. ajryà-, nâvyà-. sahasryà- [yJXizi ne pourrait être du reste comparé qu'avec une forme * /M5r)W-, v. plus haut p. 15, principe 1). On sait que le sanscrit connaît pour la grande classe des formes en -ia -ya trois accents et non un seul [àçvya-. satyâ-. viçyà- , ce dernier type étant, je l'avoue, dominant. Mais le grec, lui. ne possède que l'op- position ^<.zz : -l'zz. tous les paroxytons s'expliquant par la loi de Wheeler. et cette opposition place la question sur un tout autre terrain, du moins pour ceux qui ne jurent pas que svir le sanscrit.
Avcpô;j.£oç est un exemple unique et très peu certain do la survivance en gr.'C d'un suftixe abondant en sanscrit, -màya-\ mais si la comparaison est valable, il n'est pas admissible que cette forme isolée ait pu résister à la poussée analogique qui faisait des adjectifs grecs des régressifs ou des oxytons.
Le scr. aniha- est une exception rare k la règle des jDosses- sifs du type cvianlà- ; le grec 7.\j.''^pz-zzz est conforme à la règle de régression des composés, et c'est au nom de anifta- qu'on veut établir que y.\jS^pz-zz a été paroxyton? Que l'on compare plutôt à;j.tipc:c; à ananlà- et de nouveau apparaîtra cette oppo- sition accentuelle entre l'initiale et la finale qu'on a surpris pkisieurs fois déjà.
L'exemple le plus frappant est celui des composés scr. en puni-, en regard de ceux en zcaj-. Puni- comme premier membre de composé a une action sur l'accent, nous ne savons pour quelle raison, et il forme deux ])etits systèmes repré- sentés par les types purupriyà- et piinidàiiia- (Wackernagel Ai. Gr. II p. 239 et 297); pour le grec rien de semblable ; z:aj- est sans action ; l'accent de -zK-j^pz[j.zz est le même que celui de f)'jixooOzpoz, T.o'/.u{!i\r,z a celui de I^suttay,;, -z^ù'i^piz celui de T.Tj7z^zz et T.z\'jyizy.r,z celui de tjoL'^^)r,z. Nous reviendrons sur ce dernier terme lorsqu'il sera question des composés (voir p. 2i).
ACCENT GREC, ACCENT VÉDIQUE, ACCENT INDO-EUROPÉEN 19
III) Le caractère archaïque de raccentuation sanscrite a été certainement surfait; c'est sans doute une survivance de cette idée, toute puissante jadis, que le sanscrit a le pas sur toutes les autres langues i. e. dans la comparaison des faits linguis- tiques. Au point de vue de Taccent les travaux de M. Meillet et d'autres savants ont battu en brèche cette crovance ; au point de vue spécialement grec il y aurait à faire une étude d'ensemble que je voudrais aborder un jour ; il faut se bor- ner ici à montrer que l'accent védique n'engage pas en prin- cipe l'accent grec dans la question des mouvements d'accent, notamment dans l'intérieur des paradigmes ; les remarques qui suivent voudraient surtout apporter une contribution à cette idée que Je grec, offrant des traces d'un mouvement d'accent entre F initiale et la finale, est plus rapproché de rétal i. e. que le sans- crit avec son mouvement d^accent de la prédêsinentielle à la désinen- tielle (voir sur ce sujet particulièrement Meillet et Boyer MSL VIII 172 ss., et en dernier lieu Meillet Introd. p. 210 et 280 ss.). Dans d'autres cas, quand le grec ne s'explique pas par le védique, nous revendiquerons simplement son indépendance sans prétendre lui donner la priorité. Là encore nous retrou- verons des faits montrant que le grec conserve mieux que le sanscrit la concordance entre l'accent et Tablant, et dans ces cas-là, il n'y aura pas de raison non plus p^n* Linféoder au sanscrit. Gela est tout de suite évident avec le tvpe y.cÉac.
M. Flirt croit que dans ce paradigme l'accent a été autre- fois sur l'a, représentant un i.-e. *o, parce que " toute la classe des sul)st;intifs sanscrits en -is- est oxytone ». Mais il s'agit de douze mots dont neuf sont oxytons et trois paroxy- tons. Ce n'est pas tout : pour postuler une accentuation *y.:£âç M. Hirt est oblige de renier ses j)ropres théories, si remar- quables, sur Tablant des bases indo-européennes et sur le rap- port à établir entre cet ablaut et les mouvements du ton. i^n réalité c est y.piaç qui représente le mieux Tétat indo-européen de ce type ; il est plus ai'chaï([ue (pie l;i llexion lixe ^iv^ç.
20 rn. HAUT
jànah qui en est soi'tie (voir en dernier lieu N. van Wijk Der iioiiiiiialc Geii. Sirig. p. 13, 21 et passim). Ablaut et accent sont en parfait accord dans y.pia;, tandis qu'en sanscrit, si l'on réunit les restes de l'état ancien, on attendrait soit * kràvih^ soit *çirâh ; au lieu de cela les accents sont intervertis : on trouve kravih et çirah\ seuls les infinitifs du type tujàse repro- duisent et Tablant et l'accent.
Les neutres sanscrits en -tram accentuent dans la majorité des cas, comme le <:;rec. la racine ; mais ceux en -itrani ont l'accent de pénultième; or cet / représente *d\ c'est la finale régulière des racines dissyllabiques lorsque celles-ci ont l'ac- cent sur la première syllabe ; après avoir lu le Mémoire de M. de Saussure on ne peut plus attribuer à cet / la faculté de recevoir l'accent ; donc on ne peut partir de hhauitraiii etc. pour dire, comme M. Ilirt p 79, que des foruies * oLp'z-zpz^f^ * -izi-:ozv ont précédé aocTocv, -ioi-zzv. M. Ilirt relève pour- tant les contradictions de l'accent et de Tablant lorsqu'elles gênent son système, p. ex. p. 84 à propos de -çàt^ suffixe sanscrit des dixaines et qui remonte à -kmi. C'est qu'ici il s'agit de mettre en harmonie dv.zzi ^l viuiçalL et que pour cela il faudrait un accent de pénultième (nullement nécessaire selon nous pour accorder les deux formes ; voir plus bas p. 28 s. j.
M. Ilirt se fonde sui* la comparaison des composés sanscrits et des composés grecs; mais ces deux systèmes ne peuvent être confrontés sans qu'on tienne compte des remaniements et des généralisations que le sanscrit offre en abondance et qui sont naturels dans une langue où la composition joue un si grand rôle. Le grec, lui non plus, n'est pas resté stationnaire ; mais on a l'impression (jue les tendances auxquelles il obéit sont souvent opposées à celles du sanscrit. Que ion pense seulement à la tendance très marquée du sanscrit à oxytoner les composés, et celle du grec à reculer l'accent le plus pos- sible. Les grammairiens hindous ont pu dire que Toxytonai-
ACCENT GREC, ACCENT VÉDIQUE, ACCENT INDO-EUROPÉEN 21
son est la rè^le pour les composés sanscrits, on peut dire tout aussi justement que l'accent régressif est le trait caractéris- tique des composés g-recs. Ceci demanderait une étude spéciale qui ne peut être abordée ici ; mais il est certain que partout où un type de composés g-recs permet la comparaison avec un autre type du sanscrit, ou bien il y a coïKîordance dans l'ac- cent, ou bien il y a opposition entre l'accent de finale et l'ac- cent extrême g-auche que nous avons constaté plusieurs fois déjà ; ainsi le type ozz-o-r^ç correspond d'une part au type dàmpatih, d'autre part au type indrasenà ( Wackernagel Ai. Gr. II p. 263 et 267).
Le fait capital sur lequel s'appuie M. Hirt est le traitement des composés dont le second élément est formé par un mot racine (scr. sahajà- et dvijA-, g-r. ^ouizK-qz^ mais cxù^i»;). En san- scrit les composés de cette classe ont toujours Taccent sur le second membre, tandis qu'en grec on trouve tantôt l'accent du dernier membre, tantôt celui du premier. Si l'on pouvait prou- ver que l'indo-européen accentuait comme le sanscrit, la théo- rie de M. Hirt recevrait de ce fait un appui considérable ; il veut ^n etfet que le génitif * cju^ùvoç (de * cî'jZùz) soit devenu aii^jv-; par déplacement d'une more et ait entraîné par analo- gie le changement aij^j; au nominatif, tandis que }»o'j7:'/.r,-(zq (de ,So'j7:Xr,;) serait devenu simplement i^loj-AyJYcç, d'où conserva- tion de l'accent de [icj-X-<^; ; on voit, entre parenthèses, que M. Hirt applique inconsciemment la théorie syllabique sur la valeur de la pénultième, ce qui est contraire à son principe rythmique (v. plus haut p. 7 s.). Du reste cette explication des composés dont il s'ag-it ici n'est pas valable ; on pourrait d'abord alléguer que la distribution des accents dans ce type n'est pas aussi régulière que semble le croire ^I. Hirt : on a p. e. d'une part Kjvjjô'I et £a(/.(i)6, d'autre part r.\vj()z^^y.'l : mais surtout une solution générale et satisfaisante a été donnée par M. Streitberg (IF 3, 325 et 3i0); il a montré qu'en grec la distribution des accents est conforme à l'état di^ l;i racine ; le retrait d'accent accomj)agne l'état faible (s-j^'j;; et dans le cas de racine allongée (^cuttay;;) l'accent est sur la racine : la
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loni^^ue, dans ces oxytons, est la '< Dehnung- » propre aux syl- labes devenues finales par perte d'une syllabe suivante sous l'action du ton ; on pourrait peut-être supposer que. à l'époque indo-européenne, et conformément à une tendance générale, le composé avait l'accent en retrait quand son sens était médio- passif (p. e. jj^j;) et l'accent de finale quand ce sens était actif (p. e. ^o'j'TzXTtz] \ mais cela importe peu ici; l'essen- tiel est que le grec montre, dans ce cas comme dans beaucoup de faits concernant les mouvements accentuels, un caractère plus archaïque que le sanscrit et, une fois de plus, ce mou- vement d'accent semble se caractériser par une opposition entre l'initiale et la finale, et se ramène probablement à des ditïérences dans l'intérieur d'un même paradigme.
Abstraction faite de ce cas, l'auteur ne tient pas compte de la répartition des composés en systèmes ; or la grande distinc- tion à faire dans toute l'étude des composés de dépendance, et qui remonte à l'indo-européen, est déterminée par le second composant, selon qu'il a un sens verbal ou un sens nominal (types ^z-j-\r,z, •b'jyz-ziJ-o;, d'une part ; '.TTzicpcy.oç, y.'/.pz-z\'.;, d'autre part). On n'a qu'à feuilleter le second volume de la grammaire sanscrite de M. Wackernagel pour voir à quel point cette vue domine et éclaire l'examen des composés i.-e.
1. Les composés nominaux, y compris les formations employées en fonction de bahuvrîhis, portaient l'accent sur le déterminant, c'est-à-dire sur le premier membre (cf. [-r.zzpz- •j.zz, y.vzzz'j.zz^zz].M. Hirtl'a reconnulm-même {Handhiich 198 s.). Le védique a troublé l'état indo-européen par l'influence du type verbal [indrasena d'après haviradà-, piitrakrtâ-).
Comment le grec et le sanscrit se comportent-ils dans cet ordre de composés? Le grec accentue très fidèlement le pre- mier membre ; ainsi à grhàpatih, dàmpatih (réguliers) il répond par '.--zlpz\xzq, cb/.o'jpa, et k drupadâm, brahmapiitràh (irrégu- liers) également par zir.izz'^ etc. De même pour les seconds membres adjectifs : à niadéraghii-, taniiçiibhra- correspondent Osé- o'j.zz etc. De même encore pour les bahuvrihis : hlpz\j.zpzzq comme anyân'ipa-, x[j.zpozz malgré anantâ- etc. Du reste, et
ACCENT GREC, ACCENT VÉDIQUE. ACCENT INDO-EUROPÉEN 23
c'est là ce qui importe, nulle part les difPérences d'accent d'une langue à l'autre ne révèlent, comme le voudrait M. Hirt, un passag-e de l'accent d'une syllabe à une autre voisine, mais toujours un saut par-dessus une syllabe au moins. On pour- rait en dire autant des copulatifs et des composés adverbiaux (vyyOr^y.spov contre ahorâtrâiii, ajOr,;x£p:^v contre yathâkàmâm].
2. Les composés à second membre verbal étaient tantôt oxytons tantôt accentués sur le premier membre; le grec montre qu'une ditlerence de sens était attachée à cette ditl'é- rence d'accent. Cette opposition est parfaitement observée par le grec, qui a côte à côte viziz'aoz et -Vj/cttcx-:;. Le sanscrit a troublé cet ordre en généralisant l'oxytonaison ; c'est ce que nous avons constaté à propos des composés du type dvijà- (plus haut p. 21). De plus, dans les composés à second membre formé avec suffixe [soinapâvan- etc.), il accentue généralement la racine du second élément, par influence évidente des simples (p. e. keçavârdhana- comme vàrdhana- etc. ; cf. Wackernagel Ai. Gr. II 222 s.).
Ainsi là encore le grec apparaît plus archaïque et offre dans ses divergences avec le sanscrit non pas des glissements, mais des sauts d'accent; haviradà- concorde avec d^jyc7:c;j-sç, paricarà- s'oppose à -izir.zXzz. samgamàh à jJaacy:;, pravasa- thâ-, mâmsabhiksà concordent de nouveau avec tj\).ozç)7. ; com- parez encore âchoktih et ohr,z'j7iz, apihita- avec èttiOîtoç.
On voit dès lors clairement comment juger les rapproche- ments utilisés par M. Hirt p. 79 s. D'abord il n'envisage pas la distinction qui nous a guidés et qui nous montre com- ment se groupent les mots qu'il cite : à part llavayai:(, proba- blement refait sur 'Ayaici. tous les oxytons sont du type ver- bal et des noms d'agent; ils devaient être oxytons même si plusieurs d'entre eux sont des formations postérieures, à cause de la tendance du grec à oxytoner les noms d'agent ; et l'on ne peut opposer des mots comme Traxpcçïovsj; ou ïzzz\):c^ à des mots comme /.uvi[j.j'.a ou ky,p'z-z\\z ; il y avait entre eux dès Ti.-e. une dilférence radicale, et ils obéissaient à deux lois d'accent distinctes qui nous permettent d'affirmer (jue v.jvrj.j'.a
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et àxoÔTCo/aç n'ont jamais été paroxytons et que la preuve invo- quée tombe de ce l'ait.
On a vu plus haut p. 18 ce qu'il faut penser des com- posés avec izz^'j' ; on pourrait en dire autant de ceux avec sj- et sjç- : en sanscrit (probablement par un règlement postérieur à l'indo-européen), su- et ^//^-- jouent un rôle dans la distribu- tion de l'accent : en grec ils n'en jouent aucun ; en scr. dustâra- connaît l'action de dus-\ en grec ^jasopoç se règle uni- quement sur l'élément -çcpc; ; ou encore, à iproipofi de stiçràvas- on doit tenir compte de su-, à propos de £>/.A£y;ç le système des adjectifs en -r^z est seul en cause : on peut ajouter un mot ici sur ce sujet.
Dans cette classe le grec a probablement innové, mais de manière à renforcer une tendance indo-européenne. En effet les adjectifs de cet ordre étaient bien des bahuvrîhis à l'origine, mais il leur est arrivé d'être peu à peu compris comme des composés verbaux, et cette tendance a été encouragée par l'opposition indo-européenne 'i^sUosç : 'bz'jor^ç . scr. yâças- : yaçâs- : si bien que les Grecs ne concevaient plus iliOLv^r^z et ojjaXvY;- comme signifiant « qui a de belles fleurs », « qui a de pénibles douleurs )), mais avec le sens « qui fleurit bien » et « qui souffre péniblement ». Cela est si vrai que pour beaucoup de ces adjectifs on ne trouve qu'un verbe et non un substantif derrière la composition : p. e. pour àtpi^rjÇ, 7.\xt[j- 9Y;r etc. Quelques formations attestent encore l'origine de cette classe, celles en -(oor^ç, -rfir^z etc. (îjcoor,; = i'jzz\).zz) ; l'analo- gie verbale subie par ces adjectifs est assez visible par l'accent d'une forme comme -aXaTTEvOr^; (en regard de taï;6j;xoç) où l'idée verbale a passé du premier terme au second ; TaXa- a perdu tout sens verbal, s'est abaissé à une sorte de préfixe intensif, et la valeur verbale a passé à -7:£vOriç qui ne la pos- sédait pas à l'origine (ttévOsç).
Sous ce rapport les composés en -r,; sont comparables à ceux en -///- du sanscrit ; ce dernier suffixe forme de nombreux déno- minatifs ; mais, seconds membres de composés, les mots en -in- (p. ex. -arkhi-, -rokîu-, -vâdîn-) ont un sens nettement verbal.
ACCE.NT GREC. ACCENT VEDIQUE. ACCEM LNDO-ELROPEEN 2o
Il faut dire encore un mot des intinitifs grecs et védicjues et du parti que M. Hirt tire de leur comparaison pour établir sa loi. Pag-e 79 il est dit que ccjva-, ^= sôfsva'., lequel est pour * zzfv^T.:. à cause de scr. dâvâue. et que fiz'j.v/^'. est pour* f'.z'j.i'^Ti'. fscr. vîdmàne : p. 83 on voit que ca?;va', remonte à car.va-.. que \z-y^/y.'. devait passer à * Iz-xit.'. et en a été retenu par l'analo- gie de ca-?;va'.. que :pvj;j.sv est pour * icvjy.Év et doit son recul d'accent à la loi de Wheeler. Tout cela parait assez compli- qué, et devient suspect quand on pense que linlinitif forme en o-rec un système parfaitement organisé : sa comparaison avec le sanscrit donne lieu à deux constatations :
l'' L'infinitif grec est irrévocablement enrégimenté dans le svstème des formes nominales du verbe, et dans ce système, est sons la dépendance du participe, alors que jamais le participe n'est influencé par lintinitif.
2*' L'infinitif védique non seulement n'a rien à faire avec le participe, mais ne dépend pas même du verbe en général : bien plus, il ne forme pas un système, étant donné que les formations qui concourent à représenter la notion d'infinitif sont trop diverses pour permettre cette supposition ; on voit donc la ditTérence considérable qui sépare ce type de celui de l'infinitif classique en -tnni et des infinitifs grecs.
Si la seconde constatation est banale, la première est tout aussi évidente : seulement il ne semble pas qu'on en tire les conclusions qu'elle appelle. Il est naturel que l'énorme emploi que le grec fait du participe et la multiplicité de ses formes, du reste parfaitement concordantes entre elles, ait mis l'intini- tif dans la dépendance du participe ; à cela venaient s'ajouter des faits de syntaxe grecque qui cimentaient plus solidement l'union entre les deux formations. L'accent reflète cet état de choses et le prouve. On peut prendre n'importe quelle forme du participe et en déduire automatiquement l'accent de son infi- nitif : /,J:vT-, 'kj='.'^ : AJ-avT-, '/.'j7x: : a£Aj/.:t-. '/S/.jy.v/x'. : X'.-c/t-, /.•-££/ "a'.-£':vL Le cas des infinitifs parfaits passifs est instruc-
2H CH. BALLY
tif : que devait être lintinitif de a£Aj;j.£vo; [peu importe qu'on place l'action analog-ique du participe avant ou après l'action de la loi de Wheeler, c'est-à-dire qu'on parte de asa'j;j.£voç ou de * A£Aj;j.£vôç)?Dans l'une et l'autre alternative le résultat est le même : AsAj^Oai ne peut pas être accentué sur sa finale, car c'est la seule partie de la forme qui n'appartienne qu'à elle et lui donne son caractère propre d'infinitif; d'autre part elle ne peut accentuer autre chose que la prédésinentielle^ car sans cela le contact avec le participe serait complètement perdu ; l'infinitif prend donc une sorte de moyenne et accentue la syl- labe qui précède -jOa', ; de même -=-\x[xvj (qui du reste s'explique encore d'une autre façon, voir plus bas), en regard de * Ts-AaoT- (t£ta-^ôt-), ne pouvait porter l'accent que sur -tAa-. C'est de la même manière que '{•/£va', s'explique en regard de -iv-:- et de Uva',, ï\j.[j.v/y.'. et thxi à côté de 5vt-, èivT- (cf. encore les inf. dor. en -£v, £X£v. r,zz-Ù7zz'^, Théocr. V, 7) ; et c'est par le con- cours de toutes ces circonstanoes que l'infinitif n'est jamais accentué sur sa finale ; c'est ainsi encore qu'une forme comme cdTavau opposée à ïj-ajSai peut indirectement et par son par- ticipe prouver un saut d'accent entre l'initiale et la finale entre diverses formes du verbe i.-e. (cf. Meillet MSL 13, 110 ss.). Les infinitifs paroxytons sont enfin un exemple capi- tal du fait que la paroxytonaison n'est pas primitive en grec (voir plus haut, p. 4 s.)
Il suffit donc de faire subir l'épreuve ci-dessus aux formes citées par M. Hirt pour comprendre qu'elles s'expliquent par le système et non par la comparaison du sanscrit : TJsOYjva'. s'explique par TjsOivT-, Tpa-v;va', par -pyiT.vn-, r.z'.f,7y.<. par r,z</r,- 7avT-. '.7Tâva'. par [j-x^n-, c'.5:vai par o'.cÔvt-, £'.7:£^v (= £'.7:££v) par £'7:ôvT-. Ici il nous faut faire une restriction : il semble à pre- mière vue que ;j.£6i£;j.£v tienne de [j.£6i£vt-, opvJ;j.£v de opyj^j-:-, £i7:£;j.£v de v.r.z^n-, l'o;j.£v de * i^ot- (cf. icjra) : mais que faire de o£p£;j.£v en regard de çipov--? On s'aperçoit aussitôt que -;j.£v est lui-même sous la dépendance de -;j.£vai. et le rapport des deux formes était si vivant que ^£C£;j.£va'. a entraîné s£p£;j.£v (cf. aussi T£T/.7;j.£v ) : ainsi il ne faut pas opérer sur ipvj;j.£v, ni
ACCENT GREC, ACCENT VÉDIQUE, ACCENT INDO-EUROPÉEN 27
l'expliquer par la loi de Wheeler, mais partir de cpvù;j.3va'. et le rang-er sous Taction de ipvJvT-, pour ensuite faire un retour sur la forme en -;a£v.
Quand on sait que "{$;j.£vai fait partie d'un système, on ne peut plus dire qu'il est pour *'.c;jiva'. et que son accent est celui de vidniâne; il v a cinq formes attestées en -niane, et sur ces cinq quatre ont l'accent radical ; seul vidniàm accentue le suffixe. Quand on sait que ocjvai est en système, omie peut plus dire qu'il est pour * ccf iva'. à cause de dâvàne qui, entre parenthèses, est la seule forme en -vane qui soit attestée ; M. Hirt ajoute: « Sôfsva', so im kyprischen belegt » ; en elFet, la table d'Edalion (1. 5) nous otfre $6f£va'., mais sans accent ; si bien que M. Solmsen (Inscr. graec.) accentue csfévai, à tort d'ailleurs selon nous ; il semble du reste quil faille renoncer une bonne fois, et pour toutes sortes de raisons, à accentuer les textes épig-raphiques.
Reste enfin le cas de SÔTsipa (p. 81); c'est avec celui de ŒJLjç, la pierre de touche de la théorie; M. Hirt dit que BitSLpa est pour * ccTiipa, d'après ccTïip : mais il faut, si l'accent glisse de more en more comme le veut l'auteur, que * ccTs-pa soit devenu d'abord * zz'iIool ; alors pourquoi ne s'est-il pas arrêté là, puisque p:j7:Av;:ç 'voir p. 21) s'est arrêté à ''^z-jTit.f- Yc; et a empêché par là, toujours selon M. Hirt, le nominatif de passer à * ,3:0- at,; ? Ou bien si l'on part de l'état * BoTspja et qu'on le fasse passer à * zz-iz'p. avant l'épenthèse palatale, alors la loi rythmique devient panhellène, ce que M. Hirt ne veut pas (p. 85), et avec raison, car le dorien s"y opposerait. M. Hirt était sur la bonne voie lorsqu'il comparait zz'v.zx à scr, dâtn\ mais la manière dont il règle laccent indo-européen de ces formations n'est pas claire, et quand il affirme que le correspondant accentuel de dâtn n'existe pas en grec, il oublie que -tri est représenté par les féminins --ziz gén. --.zizzz. ([ui font pendant à ceux en -^-p'.a, p. ex., ajAY;Tpû : xji.r-zix: corn-
28 CH. HALLY
parez Ospa-viç : ÔEpa^ra'.va. y).y.viz : yXoLl^oL etc. (Hirt Handbiich p. 2.*]() ss.). (]f. encore -ziv.Ty.ivx el scr. taksm. Seulement il est entemlu que -Tpi; et -^zpix sont tous deux des formes faibles du suffixe et que --piz, comme le scr. -trîne devrait pas être accen- tué. Or ces oppositions donnent tout de suite l'impression de ce saut d'accent de Tinitiale à la finale que le sanscrit a perdu, mais que l'étude des langues slaves et du lituanien nous fait retrouver et nous habitue à considérer comme hérité de l'indo- européen. C'est une des preuves d'archaïsme du grec que de refléter au moins dans certaines formations cet état au moyen de son accent ; inutile de rappeler les faits démontrant cette survivance; nous renvoyons à larticlede MM. Boyer et Meil- let MSL 8, 171 ss. et à la caractéristique du phénomène donnée par ce dernier savant MSL 13, 114 s. (voyez du reste plus haut p. 19). Citons seulement, pour l'iilentifier , les exemples : ipyj-a gén. ion. cpY'jivjç, en dehors de la flexion les couples ojacv : ^jat,, 'i/3j§oç : ^suc-/;; etc., et en dehors du grec lit. vûsarà HCC. vàsara. russe dérevo : pi. derevà etc.
On peut enfin appliquer le même principe du saut d'accent aux formations comme àj^aAsia en regard de à(7çaAr,ç, qui paraissent être dans la même opposition tonique avec le type sanscrit çravasya, svapasya que plus haut oi-sipa avec dâtru à cette diflerence près que l'accent du couple àaçaAi'.a : svapasya est en règle avec Tablaut. Svapasya est à àpas- comme euxAcia est à y.AÉsç, et l'accent régressif du grec s'oppose à l'oxytonaison sanscrite de la même façon que tous les couples examinés jus([u ici à ce point de vue.
En définitive une explication semblable paraît naturelle aussi dans les cas comme les doublets aipcOOcw : 7T0C'j6ic etc. dont il a été question p. 11^ (Hirt p. 7fi) ; ils s'expliquent comme on a souvent expliqué k£A£7.'jç en face de paraçi'ih, TTYjyjç en face de bâhûh, c'est-à-dire par le saut d'accent dans l'intérieur de la flexion. C'est par ces derniers exemples qu'on peut se rendre compte de la différence de trois conceptions de ces divergences d'accent : celle de M. Wheeler, celle de M. Hirt et la nôtre. Le premier suppose dans tous ces cas
ACCENT GRP:C, ACCENT VÉDIOLE, ACCENT INDO-EUROPÉEN 29
action de l'accent secondaire (cf. notamment NomhwJacc. 106 ss.); le second admet passade de l'accent primitif d'une more à la more voisine ; ces deux théories ont ceci de com- mun qu'elles présentent le grec comme? troublant Tordre indo-européen ; nous avons cherché, soit en montrant que les comparaisons établiè^s ne sont pas admissibles, soit en expli- quant celles qui sont valables par l'hypothèse du saut d'accent, à prouver que le grec représente un état plus conservateur que le sanscrit.
En résumé deux principes, qu'il serait difficile de concilier avec la loi de M. Hirt, se trouvent confirmés si cette loi ne se vérifie pas :
1 . Le g-rec primitif évitait d'accentuer la pénultième ;
2. Cette tendance est en accord avec le mouvement de l'accent indo-européen entre l'initiale et la finale, et ce mou- vement explique à son tour la tendance grecque dans toute une série de cas. prouvant par là le caractère archaïque de l'accent grec.
Cii. Bally.
DIE SPRACHE DER LIEBE
IN DER
MAKASSARISCHEN LIRYK
Eine sprachpsychologisahe Lntersuçhung auf sprachvergleichender Grundlage
VON
Prof. D^ RENWAKD BRANSTETTER
DIE SPRACIIE DER "LIEBE
IN DER
MAKASSARISCHEX LYRIK
Eine sprachpsychologische Untersuchung auf sprachvergleicheiider Griindlage.
VON
Prof. D-^ RENWARD BRANDSTETTER
Die Avichtig^steii Erzeugnisse der makassarischen Poésie sind die Kelong's und die Sinrili's. Das ^^ovikelon fîndet sich in vielen indonesischen Sprachen : Altjavanisch hidiin « Gesang » ; neujavanisch kidun « Lied, Liedchen » ; malayisch kidiin « Liedchen, um jemand in Schlaf zu sing-en » ; mad- uresisch kedjhiuï « Lied, BaUade » ; davakisch kelon « Schiffer- lied ». Das Wort sinrili lautet in den meisten indonesischen Idiomen sindir. Im Davakischen bedeutet es « verbliimt spotten » , im Minankabauischen « anspielen », im Batakischen « singend anspielen », im Javanischen endlich, welches das Wort nur in jenerSprachspharekennt, diemanKawi — nichtzuverAvechseln mit Altjavanisch — heisst, « singen ». — Das makassarische sinrili hat urspriini^lich auch sindir gelautet, und es hat sich aus dieser Urforni entwickelt j^erade w'ie kniiruli'i « (riirke » ans gemein-indonesischem kiiiidiir , das wir u. a. im Mahiyischen treiïen.
Sinrilisund KeU)ni>- s unterscheiden sich Avenij;er diirch den Inhalt als durch mehr iiusserliche Merkmale : Die Sinrih's Mélanges Saussure. 3
34 D'" UKNWAUD HllANDSTETTER
sind umfanj^reich, die Kelong's kurz, einstrophig ; das Metrum der Sinrili ' s ist lockerer, es ist der Parallelismus, bei den Kelong's herrscht Silbenzahlung-. Was nun den Inhalt anbe- laiii^t, so k()niien die Sinrih' 'sepischer oder lyrischer Art sein, die Keloni^ ' s allerding"s sind ausschliesslich Lyrik.
Das IlaiipUhema der makassarischer Lyrik, in Sinrih's und in den Kelong-'s, ist die Liebe, und einen breiten Raum unter den Liebesliedern ninimt die Liebesklage ein.
Die Basis fiïr die Geniûtsbewegungen, also auch fiir die Liebesregungen , die Seele, hat ini Makassarischen zAvei Benennungen : njaiua und paniai. — Das ^^'ort njawa ist in Indonésien weit verbreitet, in der Bedeutung- « Seele, Geist, Gemût, etc. ». Im Makassarischen bezeichnet es die Seele als Lebensprinzip, daher konimt es in der Lyrik nicht haufig vor. Der andere Ausdruck^ pauiai, ist abgeleitet vom Verbum ai « atmen », und dièses zerlegt sich wieder in a -f- /. Dieser Wortkern /ist identisch mit tagalischem /;//^ u atmen », g-erade Avie makassarisch pà « Meissel » identisch ist mit anderwei- tig-em, Z. B. malayischem pahat. Der Abfall der Tenuis, p^ resp. / hat jene Fiirbung des Vokals hinterlassen, die man mit dem Akut anzudeuten pflegt ; /; ist geschwunden, und die Vokale sind kontrahiert ; pâmai bedeutet also « Atem », dann aber (( Seele, Gemût, Stimmung-, Gesinnung » ; daher kommt es in der Lvrik auch haufioer vor.
Das Makassarische besitzt nun zAvei Ausdrûcke fur « lie- ben » : erô und nai. erâ, in dem naheverAvandten Bugischen elô^ hat einen grossen Umfang, neben (( lieben » heisst es auch « wollen, wûnschen, vorziehen » ; ;/^// deckt sich dagegen genau mit « lieben » ; und das Substantiv « Liebe » lautet panai, und tii-ninai ist « der oder die Geliebte », bestehend aus tu (( Mensch » und dem Passiv niùai. — So heisst es in einem Sinrilî : aiïin màmiri, kanakanafii i-ta-làhiisiï hii-fiai « Siiuseln- der Wind, rede du mit ihr, die ich nie aufhoren werde zu lieben ».
Das Wort pârisi, welches etymologisch « Schmerz » bedeu- tet, und (las die makassarische Lvrik oft auch fur <( Liebes-
DIK SPRACHE DER LIEBE IN UER 3IAKASSAR1SCHE> LYRIK 35
schmerz )> braucht, wird mehrere Maie auch im Sinn von « lieben » schlechthin angewendet, so in folgendem Kelong : « Ich will schAvoren auf Eisen und Stahl, dass du die einzige bist auf der Welt, die ich liebe (ku-hapàrisan). »
Der BegritF v e ri i e b l wird mit pofiorô ^viedergeg'eben. Dièses Wori bedeutet auch « von Sinnen » und ist verwandt mil bisajisch poïiot, welches die spanischen Lexikographen mit (( frenetico » ûbersetzen. Ein anderer Ausdruck fur « verliebt » ist hûfw, Avelches gleichlautend ebenfalls im Bisayischen Avie- derkehrt. So lautet ein Kelong : (( Mein Traum, du musst dich nun daran gewohnen, meine Sehnsucht, meine Verliebt- heit {pâmai hano) hinzutragen zu der Geliebten. »
Der Reiz der Geliebten wird in reichen Bildern geschil- dert, die von der Natur, besonders aber, da die Makassaren ein seefahrendes Volk sind, von Wasser, Meer und SchifTahrt hergenommen sind : « Du bist so frisch wie ein junger Pan- danussprossling » ; « du bist wie der Mond, den keine Wolken verhiillen » ; « du schwebst dahin, wie ein Ueis, das auf den Wellen treibt. »
Dieser Reiz der Geliebten l()st nun in der Seele des Lieben- den das Verlangen aus, sie zu besitzen. Das Verlangen Avird durch die beiden Verben nakh'i und ennin bezeichnet. In den Dichtungen, Avelche den Parallelismus haben, gehen dièse beiden Worter immer parallel, sie mûssen also eine sehr nahe verwandte Bedeutung haben ; ein solcher Parallelismus lau- tet : « màdjai-monne nakkû, màlowe- momie eriruù » gross ist mein n., stark ist mein e. Die Sprachvergleichung dûrfte es jedoch Avahrscheinlich machen, dass ennin einen etAvas dunklern Timbre hat als nakhï ; denn enrun hiingt zusammen mit ander- AA^eitigem ëndun, and un, das in andern Sprachen « einen Toten beklagen », «. einen Verstorbenen Acrmissen » bedeutet, uakhï enthiilt dagegen den gleichen Wortkern Avie das silayarische — Silayarisch ist ein Dialekt des Makassarischen — ehi « Seele, Gemût, Lust nachetwas». — Ein anderer Ausdruck des Verlangens ist niiïiasa, bestehend aus dem Grundwort nasa, unlosl^ar verbunden mit einem im Makassarischen sonst
36 D'" REiNWARD BRANDSïETÏER
verschwundeneii Formativ mi. Das Grundwort jiasa lebt im Tai'alischen, und da es hier eiiie sehr intensive Bedeutuno" hat, es wird von den spanischen Lexicographen mit « codi- ciar » iibersetzt, und verbindet sich besonders mit den Objekten (( Weib » oder « Gold », so dûrfte es auch im Makassarischen eine heftig-ere Reg^uni^ angeben. — Etwas seltener sagt die makassarische Lyrik fiir (( Verlang-en » auch kiirin, welches gleichlautend im Balinesischen \v iederkehrt, mit der Bedeut- ung- <( g-eneig't sein ». Der intensivste Ausdruck fur das « Ver- langen » ist aber djinà, Avas sich besonders durch die Paral- lelsiitze beweist. So geht einmal parallel tu-nadjinà mit tu- nahoyon-boyon nakki'i « ein Mensch, dessen Verlangen in der ersten frischen Kraft steht ». Oder es \yird djinâ mit niâba- tara «beten » in Parallèle gesetzt. — Und endlich wird das Verlangen auch ausgedrûckt durch schone Gleichnisse, deren Basis die Natur, so z. B. die Welt der Blumen ist : (< Wenn ich eine Jasminblume wiire, so Avollt'ich nicht blùhen auf der Erde, auf ihrem Haupte wollte ich blùhen, mich schmie- gend an ihre Haarflechte. »
Die Aufre^ung und Unruhe, welche das Ringen um die Liebe mit sich fûhrt, hat die Bezeichnung rumesa. In diesem Wort haben ^vir ein erstarrtes Infîx, -iim-^ ^velches in andern Idiomen noch lebendig funktioniert. Die Grundform ist also resa^ und dièse kehrt wieder in malayisch Usai) « nervos zap- peln », im bisayischen Usa, im Spanischen durch « error » Aviedergegeben, und im Bugischen als nlesa « unruhig ». Ein anderer Ausdruck fur den Kummer, den die Ungewissheit mit sich bringt, ist kallassà, das im Bugischen 'dlskèllé, im Bat. als halos « Kummer» wiederkehrt. Derharrende Liebhaber klag-t : tungalà dalle nu-pakallassà ate-nhi '<■ jeden Tag bekûmmerst du mein Herz ». Oder, die Aufregung- malt sich in Bildern wie : « Ich zittere, als ob der ganze Dampf eines in Nebel gehiillten Berges sich ûber mich lagerte ». Und das Harren und Hoffen spricht sich so aus : <( Erst, wenn ich tôt bin, wenn ich den Erdboden als Decke ûber mich habe, dann werde ich sagen, jetzt Aveiss ich, dass sie mir nicht g-ehort. »
DIE SPRACHE DER LIEBE ]>' DER MAKASSARISCIIEN LYRIK 37
Das errungene Liebe.sg-lûck ^vird durch die drei Ausdrûcke sufigu, tmuû, leban bezeichnet, die allerdings ûberhaupt <i Gliick » bezeichnen, sufimi bedeutet in auderii indonesischen Idiomen (( Sicherheit », tinua oder tiiiuah « Erfolg », und Hban heisst im Tag-alischen « Verg-nûgen ». Xun hat aber das Makassarische noch ein spezielles Wort fur Liebesglûck : téne, Avortlich « das Susse », inan vergleiche unten <( das Fade » als Gegensatz dazu. Und endlich reden die makassarischen Dichter auch ganz wortlich voni « Hafen » des Gliickes und der Ehe, gerade wie ihre europiiischen Kollegen ; man erinnere sich an das, was oben ùber die Makassaren als Seefahrer gesagt wurde. Ein Kelong lautet : « Segel, reisse nicht, Ankertau^ brich nicht, bis wir froh Landen im Hafen (turiinan) des Glûckes î »
Die Treue malt die makassarische Lvrik in Bildern ans, die -vvieder von der SchilTahrt hergenommen sind : « Wir wollen zusammen sein wie das Boot und die Matte darauf^ bis in den Himmel hinein. »
Aber hiiufiger noch als der Glûckesjubel erklingt in der makassarischen Lyrikdie Stimme des Liebesschmerzes. Der allgemeinste Ausdruck hiefùr ist pârisi oder dann garrin, wort- lich (( Krankheit, Schmerz » ; im Davakischen ist pères « krank », im Mal. gërin « Krankheit ». So klagt der Liebha- ber, der den Angehorigen der Geliebten nicht recht ist : « Ich wollte meinen Liebestraum zu dir fliegen lassen, da waren aber dichte Biiume im Wege, nun sitze ich einsam da mit meinem Liebesschmerz [pàrisî).
Gleichgùltigkeit, Sprôdigkeit, Abweisung wird mit dem Ausdruck Jàha bezeichnet. làha heisst wortlich « das Fade », man vergleiche oben « das Siisse ».
Es kehrt wieder im Bugischen als lèhha und im Atjeh als Uhii\ in gleicher Bedeutung (( fad ». Der unermûdliche Werber versichert : « Wenn mir auch Gleichgùltigkeit {làha) zu Teil wird, ich nehme es an fur Gluck. »
Die Flatterhaftigkeit Avird mit dem gleichen Bild bezeichnet wie im Deutschen, eben mit dem Verbum hinayo (( flattern », das man sonst vom Flattern der Insekten, beson-
M8 I)'" IlKNWAHl) lîUANDSri-yiTKU
ders der Libellen hraucht. « Da tlattert er wieder umlior, er, (1er Freund der Libellen, er tiinzelt dahin und dorthin, und sitztauf jeden Grashalm. »
Die Treulosigkeit findet ihren Ausdruck in verschieden- arti^en Bildern. Ein Kelong* lautet : « Es drohe Regen, sagt er, drum konne er nicht kommen, die Wolken machen ihm Bedenken, sagt er; aber es ist ja g'utes Wetter ; dariini sind das nur Worte der Falschheit. »
Die Yonallen Gemiedene klagt liber die Verschniiihung in jener svmbolischen Ausdrucksweise , die ^vir in mehreren indonesischen Idiomen treffen : « Mein Landungsplatz ist Mandjalling-, mein Wohnort ist Karuwisi. » Karuwisi ist Name einer Ortschaft, und bedeutet zugleich « Ilass ». Mandjalling ist ebenfalls eine Ortschaft, klingt aber iihnlich wie jiiàdjallin^ ^vofii^ das Worterbuch « spahen » ang-iebt. Da aber das damit identische maLayische djcliù « ûber die Schulter ansehen » heisst, so Avird dièse Bedeutung auch ini Makassarischen vor- liegen, wenigstens passt sie trelTend fur die angefùhrte Stelle.
Die Hoffnungslosigkeit hat die beiden Bezeichnungen sayi'ivinà sayafi^ ersteres ini Malagasy wiederkehrend als sa:io'lm « grundloser Anspruch » ; die Ableitung ha-sayiik-i steht dem Malagasy noch niiher, da sie das auslautende k bewahrt ; lezteres im Tagalischen als sayauj das mit « laslima » glossiert wird.
Die Qualen der Verzweiflung haben einmal das adjekti- vische Epitheton iiiàparnhisaû << Herz zernagend » von rutusû (( ein Wurm, der ein Bootzernagt », identisch mit dayakisch rolns « verschlissen « und maduresisch rotos » Wurm ». Oder sie spre- chen sich mit dem Verbum rati aus, das jedenfalls lautmalend ist : mâraii-rau-niobalunisoron-boko-nii « Eswehklagt die Witwe, die du zurûckgelassen ». Makassarisches rau ist identisch mit Bolaano^ mu, bellen, indem das Bolaano- a- fur r setzt, wie in hibig (( Lippe » fur anderweitiges hibir. Oder dieselben iiussern sich in treffenden Bildern : « Pleine Seele ist wie ein Wasser, das auf die Erde gegossen ist, wer kann es wieder aufschop- fen. » Oder : (( Wollte ich mein Elendtragen in das ]\Ieer von
DIE SPRACyiK DI:R LIEHK l.N DKIl MAKASSARISCHEN LVRIK 39
Surabava, das Meer wûrde davon austrocknen ; Avollte ich es tragen auf den Berg* von Bantaeng-, der Berg Aviïrde davon zusammenstûrzen. » Oder : Mein Schmerz ist e:edruno:en bis ins Mark meines Gebeins ; meine Eingeweide sind verfaul^; mein Gewand klebt an meinem Leib. »
MINUTIAE LATINAE
PAR
MAX NIEDERMANN
UNE LOI RYTHMIQUE PROETHMQUE
EN LATIN '
La répartition des suffixes -/- et -f- dans les verbes primaires latins en -jo est assurément un des problèmes les plus délicats qui aient jamais occupé les ling-uistes. Deux théories cherchant à rendre compte de la complexité des données historiques sont en présence : celle de M. Thurneysen, reprise par M. Berne- ker et complétée par M. Meillet, et celle de M. Skutsch, mais ni l'une ni l'autre ne semble pouvoir tenir devant un examen critique approfondi.
M. Thurneysen dans sa thèse (( Uber Herkunft iind Bildung dcr lateinischen Verha auf -io der dritten und vierten Konjugation und ûber ihr gegenseitiges Verhàltnis » (Leipzig-, 1879), p. 47, a rappro- ché l'alternance latine du type capïs et du type sàgîs de l'alter-
l. L'exposé qu'on va lire a fait l'objet d'une conférence au Congrès des philologues allemands ([ui s'est tenu à Bàle au mois de septembre de Tannée dernière (cf. Verhandlungen dcr 4^. Vcrsaiumhuig deutscher Pbi- loloi^eii iiiid, Schuhiniuiicr, p. 146 et suiv.). Malheureusement, je ne con- naissais pas encore, à ce moment, l'article de M. Meillet dans les M. L. S., XI, p, 322 et suiv. qui manque aussi dans la bibliographie de la (jueslion donnée par M. Brugmann, Kiir:;^e vergl. Grawniatik der iiidog. Sprachen, p. r)2o. Cet article, notamment le parallèle ([ui y est établi entre got. tiiik/leid, riqiieip et la t. amiclre, reperlre a modifié ma conception l)remière en ce sens ([ue la loi que j'ai crue d'abord j)arliculière au latin me parait maintenant, avec une formulation légèrement ditTérente, pouvoir être revendiquée comme proethniqne.
Dans les /. F., tome XX, Anzeiger, p. 112, je trouve mentionné une étude de M. Exon intitulée « Latin verhs in -io with infinitifs in -crc >>, parue dans la revue Hcrniatbena, dont il ma été impossible d'obtenir comniu- nicalion. Le titre n'élant pas suffisamment ex|)Iic'ile, j'ignore si l'au- teur traite le même sujet que moi.
44 MAX MEDERMA^'N
nance gotique du type nasjis et du type sôkeis. Il s'ensuivrait que, dès l'époque indo-européenne, on aurait eu -7- après syl- labe longue et -/- après syllabe brève. Mais les nombreuses exceptions qu'il désespérait de pouvoir écarter — il cite lui- même ventre^ saJtre, sarîre, fenre, aperîre, operîre, rngirc — ont décidé l'auteur de cette hypothèse à l'abandonner aussitôt formulée. Dès lors, elle fut complètement oubliée jusqu'au jour, où M. Berneker l'émit à nouveau, d'abord sommairement dans le livre de M. Hirt, Der indogermanische Ak:;tnt (Strasbourg, 189o), p. 196, puis, encouragé sans doute par l'approbation de M. Streitberg, /. F., VI, p. 152 et suiv., d'une façon plus explicite dans les Indogerman. Forschungeti , vol. Vlll, p. 197 et suiv. Voici un résumé de ce dernier article :
Après une syllabe radicale longue, on a toujours le suffixe -7- : aiidlre, hornre^ dormîre, farclre, fulcïre, gânîre (mieux ganntre), glôcîre, haurîre, nancïre^ ordîri, pnlrïre, sancïri (verbe dénominatif ?), sarc'ire, sôpire, vincïre et les onomatopées hûtirCy crôcîre, muttîre, garrîre, gingrïre, glattlre, glicare, griindire, hinnîrey hirrîre, miccîre, etc. ^ La grande majorité des verbes à élément radical bref revêt le suffixe -ï- : apio [dsins coepio) , capio, cupio, fodio, fuglo, gradior, jacio, icio, lacio, morior, orior, pario, patior, qiiatio, rapio, sapio, specio. Toutefois, Ton doit reconnaître que, dans un certain nombre d'exemples, une syllabe radicale brève est suivie du suffixe -t- ; ce sont rugio, inugio, salio, sario aperio etc., reperio etc., venîo, ferio, sepelio, amicio. A 4o cas envi- ron, où la loi se vérifie, s'opposent donc 10 exceptions. La proportion est telle que, lors même qu'on ne parviendrait à éliminer aucune des exceptions, la loi devrait être tenue pour démontrée. L'identité de la première personne du singulier et de la troisième personne du pluriel du présent de l'indicatif et celle du présent du subjonctif dans les verbes de la troisième et de la quatrième conjugaison suffirait à elle seule à expliquer le passage d'un type à l'autre ; c'est à elle qu'il faut attribuer
1. Pourquoi M. Berneker ne range-t-il pas horrtre, gamme ^ gîôcl 7e parmi les verbes formés par harmonie imita tive ou onomatopées?
UNE LOI RYTHMIQUE PROETHNIQUE EN LATIN 45
notamment l'hésitation entre viontiir et inorîtur. le contraste de orltKr et adorîtur et celui de graditur. progredltiir et adgredî- tiir. Mais il existe d'autres possibilités d'explication, rugire et niugire ont été entraînés par la masse des onomatopées à syl- labe radicale longue rapportées plus haut : salio et snrio pro- cèdent de *slio et "^srio. et rentrent ainsi dans Ici loi. pario de *pfiL\ qui semble faire difficulté, puisque la deuxième personne est pans, doit être de formation récente et analogique. La forme phonétique panre a été employée par Ennius, Pomponius et Plante; elle a subsisté dans tous les composés lesquels?). aperio et operio doivent leur -/"- au fait qu'on y voyait des com- posés de pario. Pour vetiio. 1 on peut admettre qu'il a subi l'in- fluence analogique de ïrc et de ses composés : *i'enis, *venumi5. *i'cmtis^ venîs, veuîmiis. venïtis d'après Is, Jnius, Jtis. rcdîs. rcdl- mus. redîtis. Ainsi, la théorie du nivellement, dont il a été parlé ci-dessus, nivellement qui aurait eu pour point de départ la première personne du singulier et la troisième personne du pluriel du présent de l'indicatif et le présent du subjonctif, n'aurait à entrer en jeu que pour l'explication de la flexion de fcrio et éventuellement de celle de ûDiicio. si ce dernier est un composé de jacio, ce qui n'est pas sûr. scpelio entîn est si obscur qu il n y a rien à en tirer: s'il est vraiment apparenté au sans- crit saparyàti. ce serait un verbe dénominatif: or la loi en ques- tion ne vise que les verbes primaires.
Autant d'aftirmations autant d'inexactitudes ou peu s'en faut. Et d'abord, la statistique de M. Berneker est incomplète et défectueuse. Laissons de côté les onomatopées, dont il n'a pas voulu donner la liste complète puisqu il en clôt 1 énuméra- tion par -< etc. », mais pourquoi ne cite-t-il pas parmi les verbes rentrant dans le cadre de la loi sâgJre, sentirc, faccrc, et parmi ceux qui font exception pàvïre et pkdlrc''! D'autre part, il faut retrancher de la liste des exemples confirmant la loi icère et de celle des exceptions niiigJre, rugire et probablement aussi sarîrc. La quantité de la syllabe radicale du présent de ir^r^est douteuse; au surplus, il existe, à côté de irio, un dou- blet ico, dont le rapport chronologique avec icio est impossible
46 MAX MEDEIOIANN
à déterminer. Il convient donc de ne tenir aucun compte de cet exemple. Dans innglrc, la syllal)e radicale est longue; cf. Properce, III, 24, 17 :
lo versa caput primos niiigiverat annos.
Quant à riigîre, il ne se rencontre qu'une fois dans un texte métrique, à savoir dans le Carmen de Philomela[Anlhol. lat.^ éd. Ricse, no 762), v. 49 :
Tigrides indomita' raccant rugiuntquc leones
où son // vaut brève. Mais, comme Ta fait remarquer très justement M. Hruska, I:^slèd(yvanija /^ ohlasti latinskago slovoo- bra:^ovanija (Moscou, 1900/, p. 78, la valeur de ce témoignage est réduite à néant par le fait que, dans ce même poème, 1'^ de vàgîre compte pour une brève ; on lit en effet au vers 60 :
Glattitat et catulus ac lepores vagiimt.
D'ailleurs, l'ancien français niir repose sur un prototype rûgïre (cf. Mever-Lùbke, Wiener Stiuiien, XVI, p. 323). En ce qui concerne enfin sar'irc^ je tiens pour hautement probable que sarrïre, quoique moins bien attesté que sarîre, est la forme primitive, car en partant de sarîre, on ne voit aucune possibi- lité d'expliquer sarrire, tandis que, si Ton attribue la priorité à ce dernier, il devait y avoir réduction de la géminée rr à r en vertu de la loi de maniilla^ dans sarrî?nus, sarrîtis, sarrJrein^ sarrîvi, sarrire ; le paradigme aurait donc comporté des formes avec r simple et d'autres avec r double, d'où, par suite d une généralisation bilatérale, deux paradigmes parallèles, sarrio et sario. On doit s'inscrire en faux aussi contre l'affirmation de M. Berneker que saJio remonte à *sUo et ne serait pas, dès lors, complètement identique au grec àXAcij.a'., issu, lui, de ^sU-.
1. Celte loi doit être formulée comme suit : « Une consonne double se simplifie devant une syllabe longue non finale », cf. Meillel, M. S. L.,
XI, p. 180, et Niedermann, Coiitribiitioiis à la critique et à r explication îles glo- ses latines (Neuchàtel, 190.")!, p. 30.
LNE LOI RYTHMIQUE PKOETHNIQUE EN LATIN 47
C'est un expédient, auquel M. Berneker a recouru uniquement pour les besoins de sa cause et sans aucune raison valable ; cf., à ce sujet, Sommer, Handh. der lat. Laul-n. Foi menJehre, p. oo, et Brug-mann, Kiu\e vergl. Granimatik der indog. Sprachen, p. 135. La même remarque s'applique naturel- lement à ce qu'il dit de paria que personne ne tirera plus aujourd'hui de *pfio Ce ne serait donc pas parère, mais parîre qui aurait besoin d'être expliqué. La supposition que aperîre et operîre aient été pris, à un moment donné, pour des compo- sés de paria est également gratuite et ne rencontrera pas plus de créance que la prétendue action analog-ique exercée par ïre et ses composés sur un ancien paradigme venio, \'enls, *ventlj %enimus, *venïtis, veniunt. Personne non plus ne contestera, sans idées préconçues, que aniicia se rattache à jacio, et M. Berneker lui-même ne fournit aucune espèce de preuve à l'appui du doute qu'il a émis à cet égard. Enfin, il ne prouve rien en faisant ressortir, pour sepeJia, la possibilité d'une ori- gine dénominative', puisque, dans un dénominatif aussi authen- tique que patiar, des formes à suffixe-/- sont attestées en grand nombre (notamment patJtur, qui est beaucoup plus fréquent, dans les textes métriques, que patitur, cf. Neue-Wagener, For- menkhre der lat. Sprache, S'' éd., III, p. 255 et suiv.). Il ne suffi- sait donc pas qu'un verbe fût dénominatif pour qu'il eût tou- jours le suffixe -/-, il fallait encore qu'il fût senti comme tel et ce n'était certes pas le cas de sepelio.
M. Meillet, Bulletin de la Société de linguistique de Paris, n« 45, p. Lxxvii, et M. S. L., XI, p. 322 et suiv., partant du fait que la formule de MM. Thurneysen et Berneker (-/- après syl- labe brève, -l- après syllabe longue) ne justifie pas l'opposi- tion de jacére et amicïre, ni celle de parère et reperire. et cons- tatant que amicîre et reperïre sont exactement comparables à got. mikileid [XEvaAJvî'. Luc I, 46, et r/f//:(t'/^ axîT'.crO-rjo-îTai Marc
1. Il n'esl [)liis possil)le, aujourd'luii, de doutor do rélymolo<;ie lat. sepelio: muiHcv. saparydli ; cf. Scliulzo. K. /., XLI, [). M35 [Note de cor- reelionl.
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XIII, 2ï, en infère que le nombre de syllabes devait jouer un certain rôle dans la répartition des suffixes -ï- et -î-, remarque qui, d'ailleurs, avait été faite auparavant déjà par M. Lorentz, /. F., VIII, p. 108, d'après lequel la répartition des deux suf- fixes -/- et -î- en latin et dans les dialectes g-ermaniques était réglée de telle sorte que Ton avait -?- après syllabe radicale brève, -î- après syllabe radicale longue et « dans les mots de plusieurs syllabes* ». M. Meillet estime donc que les pré- fixes verbaux devaient entraîner le choix du sufTixe -l- dans les composés qui échappaient, pour une raison ou une autre, à 1 influence analogique du verbe simple comme p. ex. amicîre que la mutilation phonétique du préfixe et la spécialisation du sens avaient entièrement séparé de jacere. Ensuite, il s'at- tache à montrer que la nature de la consonne qui précédait le suffixe n'était pas non plus indifférente pour le choix de -î- ou de -î- en latin ; après une occlusive, la brève était à peu près de règle, après les sonantes r, /, n, v, au contraire, la longue était plus ordinaire. Mais pourquoi, dans les cas, où les deux causes déterminantes qui viennent d'être signalées entraient en conflit, était-ce tantôt l'une et tantôt l'autre qui l'empor- tait, en d'autres termes, pourquoi a-t-on aniicîre, mais porri- cére et non pas amicîre et *porrîcJre ou *amicére et porricère ? Et pourquoi disait-on, selon le témoig-nage exprès de Charisius et de Diomède, dêsipëre, mais resiptre'-^ pourquoi dêpuvère (Paul Diacre, p. 49, 20 Th.) et non dêpnvJre'-^'l Pourquoi, enfin, la
1. <( Dans les mots de plusieurs syllabes » est évidemment une expres- sion impropre, mais dont on ne peut douter qu'elle ne vise des cas comme got. fnikileid, riqi'icip et lai. amicîre, reperlre.
2. Charisius, G. L, I, p. 236, 12 et suiv. K. : sapio sapere ; adjecta enim praepositione facit resipio resipire (cod. N resipere) et fit (P. et Leid. erit) quarti (X et L tertii) ordinis, sed âesip'w (P et L dissipio) desipere (N desipere avec i en surcharge au-dessus de Ye de l'avant-dernière syllabe; P dissipire, L dissipere) facit, non desipire (N disepere, P disepere, L dissipere). Diomède, G. L. I, p. 378, 18 et suiv. K. : sapio sapere^ adjecta praeposi- tione resipio resipire (leçon donnée par A b, resipere B M; et fit producti ordinis, sed desipio desipere (B M; desipire A) facit, non desipire (A b, desi- pere B, les trois derniers mots manquent dans M).
3. M. Thurneysen, 1. c. p. 39 et avec lui M. Solmsen, Studien ^ur lat.
UNE LOI RYTHMIQUE PROETHNIQUE EN LATIN . 49
flexion de orior est-elle partagée entre la troisième et la qua- trième conjug-aison et pourquoi surtout, dans morior et dans pario, le suffixe -/- a-t-il prévalu sur -ï- en dépit de Ir précé- dent ? Voilà quelques difficultés que la modification apportée par M. Meillet à la théorie de MM. Thurneysen et Berneker est impuissante à résoudre. Il n'en demeure pas moins vrai qu'elle a fait faire un grand pas à la question, et je n'oublie pas que la solution que je proposerai moi-même plus loin y est contenue in niice. L'explication des exceptions telles que venlre, ferîre, saUre, polîre, pav'ire par la nature de la consonne précédant le suffixe est une idée éminemment heureuse ; il faut regnîtter seulement que son auteur ne lait pas assez approfondie pour en pénétrer la véritable portée. Le rappro- chement de lat. aniicîre, reperîre et de got. iiiikileid, riqi:{ei'^ sur- tout eût pu devenir très fécond, si AL Meillet n'en avait pas, par une généralisation indue, tiré la conclusion que l'accrois- sement du nombre des syllabes déterminait normalement la forme -[- du suffixe.
Reste Lhypothèse défendue par M. Skutsch dans YArchiv jiïriat. Lexikographie, XII, p. 210 et suiv. M. Skutsch admet, sinon explicitement, du moins de fait que litalique avait entiè- rement abandonné le type en -/- au profit de celui en -z-, comme p. ex. le vieux slave (cf. v. si. înïnimû en regard délit, fiiininie, V. si. smrîdimu en regard de lit. smirdime etc.), et il voit dans l'abrègement de cet -t- dans des cas tels que c^p/^, cupls, facïs^ fiigïs, jacîs un effet de la loi des mots iambiques. càpis, càplt, càpè, issus de *càpîs, *câpït, *capï, et capimi'is qiiidem, capltis lamcn procédant de *captmûs qiiideni, *capîtis tanien etc. auraient été le point de départ de la flexion à suffixe bref. Dans satire, Jerîre^ venlre etc., le nivellement se serait produit en sens inverse.
Cette hypothèse, tout d'abord, pèche par la base, car l'osque oiïre factîid « facito » à côté de fakiiad et l'ombrien herter
Lautgesch., p. 127, note 2, suspectent tout à fait gratuitement rauthon- ticité de Finfinitif ilêpuvere, en proclamant dcpnire. donné par le ThiSciiirns noms latinitatis [Aiict. chus., VIII, p. 17r>, éd. Mail la forme primitive. Méliinges Saussure. 4
OO MAX MÊDEIOIANN
« oportet » à coté de herili (( oportuerit » ; la brève que M. Skutsch cherche à expliquer en invoquant une loi phoné- tique particulière au latin se rencontre donc déjà dans la lang-ue italique commune. On demandera aussi à M. Skutsch, pour quelle raison l'action analogique aurait suivi une marche dia- métralement opposée dans des verbes de structure exactement identique comme capio et venio, ciipio et salio et tant qu'il n'aura pas trouvé de réponse satisfaisante à cette question, salîre, poIïre,fenre^ ve?jïre, pavîre continueront à faire difficulté. M. Som- mer qui, dans son Handhuch der. lai. Lauf- ii. Fornienlehre, § 333,. p. o49 et suiv., s'est rangé à l'avis de ^I. Skutsch, n'a pas été sans s'en apercevoir, mais la manière, dont, à son tour, il a essayé de sortir d'embarras, n'est g-uère plus heureuse. D'après lui, vcnire aurait été refait sur les nombreux compo- sés où -/- devait persister à cause de la place de l'accent {véiih, mais àdveiiis, ahivenîs, evenJs, ôhvenîs etc. j. A cela on objec- tera que l'explication de la loi des mots iambiques par l'accent est contestée (cf. à ce sujet Vendryes, Recherches sur T histoire et les effets de T intensité initiale en latin ^ p. 139 et suiv. et que, à supposer qu'elle fût universellement admise, la formule don- née par M. Skutsch, Forschiingen :^nr lat. Grammatik iind Metrik, 1, p. G, s'appliquerait parfaitement à des cas comme advenl- mûs quoque, ohvenlmûs tamen. Il convient de rappeler aussi que feî'Jre. sur lequel M. Sommer ne se prononce pas, n a pas de composés.
Je passe sur quelques objections de détail qu'on pourrait soulever encore, les arguments produits plus haut me parais- sant suffisants pour intîrmer la théorie de M. Skutsch, et j'aborde l'exposé dune théorie nouvelle qui, je 1 espère, s'ac- commodera mieux aux faits historiques,
^I. de Saussure dans les Mélanges Graux, p. "37 et suiv., et M. Meillet dans le Journar asiatique, série IX, tome X, p. 294 et suiv., nous ont révélé l'existence, en grec et en sanscrit, d'une loi rythmique, en vertu de laquelle la suite de trois syl- labes brèves était évitée, et ils ont mis en évidence par là l'importance que le sentiment de l'opposition quantitative peut
UNE LOI RYTHMIQUE PROETHNIQUE EX LATIN 51
revêtir, à l'occasion, dans l'évolution phonétique des langues. Or c'est une cause du même g-enre, c'est-à-dire la recherche d'un balancement régulier de syllabes longues et brèves, qui me paraît avoir originairement défini, en latin et en gotique, l'alternance des suffixes -/- et -[-. On avait -/- ou -/"-, suivant que le groupe formé par l'un et l'autre avec la partie présuf- fîxale du verbe choquait ou non le sentiment rA thmique, pré- férence étant donnée aux séries v.^, — ^v^, , ^^ — , et la
succession o.^»^, étant rigoureusement proscrite. Voici donc la formulation que je proposerais de cette loi rythmique com- mune au latin et au gotique :
La forme -z- du suffixe était de règle après une syllabe brève initiale du mot ou précédée d'une syllabe longue, et la forme -/- après une syllabe longue ou après deux syllabes brèves fournissant 1 a m o n n a i e d ' u n e 1 o n g u e .
Exemples :
Suffixe -/- : a) Type ^^ :
latin : càpls, cïipls, fàcîs, jàcis, ràpls, sàpls ; gotique : far (j')is, lag{j)is. sat{j)is, ivas{j)is^.
h) Type — v.v. : latin : cônspkis, dëpfivls, dêsïpls, illkîs, porrïcis~]
1. /, dans ces mots, a été emprunté postérieurement aux formes Ihé- muliqucs farja, faijani, farjand, zuasja, wasjaiu, iL'asjaiid ; cf. Meillet, M. S. L., XI, p. 306, XIII, p. 374.
'1. Les verbes simples correspondant à côiisplch et ill'ins, à savoir spe- ds et Icïch, étaient à peu près inusités; le suffixe -î- des composés ne peut donc s'expliquer par Fanalogie. Quant k porrîccre^ s'il faut y voir un composé de jâcère (cf. Walde, Lat. etymol. Wôrterhnch, p. 482), il échappait à l'action du simple pour les mêmes raisons que (unklre, et s'il n"a rien à voir avec j'acio comme l'admet M. Meillet, M. S. L., XI, p. :^22, avec raison, à ce que je crois), il rentre dans la même catégorie que dvispïc'is et illlils. (i'ësjpïs enfin pourrait, en principe, être refait suv sàph, mais cette hypothèse doit être écartée en raison de l'existence de rcsipls (cf. ci-des- sus p. 48, note 2). L'alternance sàpls sâpëre : rcs'ipls resip'ire : dcslp'is dës'ipcre est particulièrement caractéristique et l'importance de cet arg-ument en faveur de ma théorie n'écha[)pera à personne.
52 MAX medp:rmann
gotique : pas d'exemples prol^aiits '.
Suftixe -/- : a) Type :
latin : audïs, dormis, fiilcîs, gldcJs, prûrîs, sôpîs, vincîs\ goticjue : dragkeis. sagkeis, sôkeis, tandeis, waurkeis.
b) Type ^^r — :
latin : ànûcïs, âperïs, mhiûris -, rèpens, rëslpls, sëpélïs ; gotique : mikileis, riqi:^eis.
Etant donné la nature complexe de cette loi rythmique, il faut renoncer d'emblée à vouloir l'expliquer par un dévelop- pement dialectal identique, et on doit donc admettre qu'elle repose sur une identité proethnique. La question se pose alors de savoir, si l'on est en présence dune innovation commune de l'italique et du germanique ou s'il s'agit de la persistance, dans ces deux idiomes, d'une loi ayant appartenu à la période indo-européenne commune. Cette alternative sera tranchée en faveur de l'origine indo-européenne pour la raison qu'aucun indice, jusqu'ici, ne nous permet de supposer qu'avant de s'i- soler le latin ait eu des rapports dialectaux particuliers avec le germanique •^. Dans cet conditions, il y a lieu de se demander
1. L'état fragmentaire de la conservation du golif[ue n'autorise pas la conclusion que les verbes simples correspondants aux composés de ce type n'existaient pas quand ils ne sont pas attestés, et, dans les cas, où le verbe simple et les composés paraissent côte à côte, leurs rapports de forme et de sens sont tels que la possibilité d'une influence analo- gique ne peut être contestée.
2. Ce minîinre « gazouiller » est identique avec muitrlre « chicoter » (cri de la souris) qui en est la forme syncopée, vnnûrio > *miniio > *mindrio (cf. lat. oen[e)nini > {v. gendre) >> ////;//r/o. C'est un exemple à ajou- ter à la liste, sur laquelle M. Thurneysen a fondé sa loi du passage de ira tr en latin (cf. K. Z., XXXII, p. 562). L'étymologie donnée par M. Vendryes, Recherches sur Vhistoire et les effets de Vintensitê initiale en latin, p. 206, qui voudrait ramener viintrio à ^ïninutrio^ doit être repoussée, car on ne voit pas ce que serait -trio.
3. I/existence d'abstraits en -tûtii)- dans les seuls dialectes italiques, celtiques et germaniques (lat. jitvcniûs, thème -tùt[i - ; vieil irl. cï////, thème -tût- ; got, ganiaindûps, thème -tûti- ; cf. Kretschmer, Einleitung in
UNE LOI RYTiniIOUE PROETHMQL'E EN LATIN o3
encore, si la loi qui nous occupe ne serait pas connexe à celle, dont MM. de Saussure et Meillet ont signalé les effets en grec et en sanscrit. Instinctivement je suis porté à répondre par raffirmative, mais je ne saurais, sans sortir des limites que je me suis tracées, aborder la justification de cette opinion, le but de ce petit travail étant non de remonter au passé indo- européen de notre loi, mais au contraire d'en suivre les desti- nées pendant des périodes plus rapprochées de nous, la période italique et la période latine.
Dans la période italique, on constate une tendance nette- ment marquée du suffixe -/"- à se propager hors de son domaine légitime, tendance qui a abouti en osque et en ombrien à Téli- mination presque complète du type en -/- (cf. Buck, Elemen- iarbuch der oskisch-umbrischen DiaJehe^% 186). En latin, le type en -î- s'est d'abord généralisé dans les verbes dénominatifs : sitîre.fulgurîre, impedîre ^ , scripturîre; seule, la flexion de potio?'^ dont le caractère dénominatif n'était pas très accentué, a c;)n- servé partiellement le suffixe -î- (voir plus haut p. 47). Ensuite, la force expansive du suffixe -/'- se manifeste dans des scansions telles que aipïs, facîs, percipît chez Plante (cf. Lind- say. Die lut. Sprache, p. o46, et Skutsch, /. c, p. 212), mais ici, l'empiétement n'a été que temporaire et a disparu, dès que le latin archaïque flottant et dialectal eut fait place à la langue classique fondée sur le parler de la capitale et rigoureusement uniforme ~. Par contre, -/' a définitivement délogé -?- dans
die Geschichte der ariech. Sprachc, p. 117) esl évidemment un argument trop mince pour qu'il soit possible d'en tirer une conclusion valnhie, étant donné surtout que, à côté du suffixe -tïiti)-. l'italique connaît aussi -tât'i)- qu'il partage avec le grec et Tindo-iranien (lat. civitàt[i)-, grec ôXoTâT-, zend haurvatàt-, védique sarvdtàt- ei sdrvaUlti- \ cf. Meillet. De quelques innovations de la déclinaison latine, j). 39).
1. L'/ de impedltant chez Stace, Tbêbaide, II, 599 n'est pas ancien. Ilruska, De quontndani verboruni lalinorum in -itarc excuntiuni forniaiione, dans Filo- logiceskoje oho-rènije, XIV, p. 16G, le croit analogi([ue de suppedltare, mais cette hypothèse est superllue. Il suffit de faire remarquer que inipe- d'itant n'entrait pas dans un vers hexamétriciue.
2. Sur rinstal)ilité linguistique du latin archaïque, voir les remar((ues
04 MAX NIEDKRMANN
les verbes primaires, dont la voyelle radicale était suivie d'une sonante : venïre, ferîre, sarîre (voir plus haut p. 48), salîre, poltre, pavlre. Or, il est impossible de ne pas rapprocher de ce dernier phénomène le résultat des expériences faites par M. Ernest A. Me ver sur la durée des voyelles en anglais moderne (voir son livre Englische Lautdaiicr^^ Upsal et Leipzig, 1903), expériences, dont il ressort que, toutes choses égales d'ailleurs, une voyelle anglaise est en moyenne de 40 ^/o plus longue devant une sonante que devant une occlusive sourde. On admettra donc que, Va de salio étant plus long que celui de capio^ toute la catégorie des verbes renfermant une sonante formait un type intermédiaire qui participait à la fois du type càpio et du type sôpio et où, par conséquent, les deux suf- fixes -i- et -î- se trouvaient en compétition. Naturellement, la tendance de -l- à prendre partout rolfensive ne tarda pas alors à faire pencher la balance en sa faveur, parère^ qui, dans le latin classique^ a remjjlacé /)^n/'^ attesté chez Ennius, Pompo- nius et Plante (cf. Neue-Wagener, op. cit., III, p. 243), est dû à l'analogie ; cecidi, cecini, pepuli : cadere, canere, peUere = peperi : x~. Dans les verbes déponents morior et orior. l'action allon- geante exercée par la sonante r sur la syllabe radicale était contrebalancée par le fait que, dans la voix déponente, l'élé- ment désinentiel comportait souvent une syllabe de plus que dans la voix active (p. ex. morèris en regard deferîs, orunini en regard de ferîtis), d'où élimination complète des formes de la quatrième conjugaison au profit de celles de la troisième dans le cas de morior et hésitation du paradigme de orior entre la flexion à suffixe long et celle à suffixe bref. La phonétique
instructives de M. Meiilet dans le premier chapitre de son étude sur Quelques innovations de la déclinaison latine^ Paris, 1906), p. 2 et suiv.
1. On trouvera un résumé de cet ouvrage chez Jespersen, Lehrhuclo der Phoiietik, § 187 b.
2. Ce qui me paraît indiquer que cest bien d'après cette formule de proportion que la transformation de parlre en parère s'est opérée, c'est que reperïre, dont le parfait repperi ne laissait plus voir le redoublement, n'est jamais devenu *reperère.
UNE LOI RYTHMIQUE PROETHNIQLE EN LATIN o5
expérimentale a démontré en effet que la durée d une voyelle s'abrège dans la mesure, où le groupe, auquel elle appartient devient plus long. Ainsi, 1'^ de fr. habituellement ne représente plus que le quart de Va isolé (cf. Rousselot et Laclotte, Pré- cis de prononciation française, p. 90). M. Vietor, Elemenle der Pho- nelik des Deutschen Englischen iind Franxosischm , 4^ éd., p. 271, a trouvé la proportion 1,9 : 1 pour la durée respective de la voyelledansTanglais o-o^et^(?JJ^5^etl,7 : 1 pour le couple o^^wJ : gaudy. Consulter aussi, à ce sujet, Grégoire, Variations de durée de la syllabe française à2ins La Parole, 1899, n««3, 4 et 6, Meillet, M. S. Z., XIII, p. 26 et suiv., Jespersen, Lehrbuch der Pho- netik, § 183.
Le cas de fodîri, exfodîri attestés le premier chez Caton, le second chez Plante (cf. Neue-Wagener, op. cit., III, p. 243 et suiv.) est ambigu. D'après les données statistiques de M. Meyer relatives à la durée des voyelles anglaises, les occlusives sonores allongent la voyelle précédente autant que les sonantes. En admettant qu'en latin elles se comportaient de façon essen- tiellement analogue, fodîri, exfodîri rentreraient donc dans le type venîre, salïre et c'est la formé classique fodêre qu'il faudrait expliquer. L'explication serait la même que celle que nous avons donnée plus haut de parère, fodëre serait une création analogique, pour laquelle le modèle aurait été fourni parfugére. fiigî : fugère = fôdi : x. Dans fugère, en effet, en appliquant toujours au latin les résultats des expériences de M. Meyer, qui a démontré aussi qu'une voyelle anglaise est d'autant plus brève qu'elle est plus fermée, la syllabe radicale n'aurait pas dépassé une more malgré l'allongement produit par l'occlusive sonore g, parce que le temps nécessaire pour l'émission de Vu eût été sensiblement inférieur à la durée moyenne des voyelles dans cette position, d' on fugère et non *fiigîre. Mais il est possible aussi, et j'ajouterais, pour ma part, probable, que fodîri, exfodîri et aussi adgredîri, congredîri, ègredïri. et prô- gredîri attestés uniquement chez Plante (cf. Neue-Wagener, op. cit., III, p. 2i7 et suiv.) doivent être assimilés aux scan- sions Plautiniennes capîs, cnpJs, percipîs, c'est-à-dire qu'il faille
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y voir les traces d'un débordement sporadique (et peut-être dialectal) du suffixe -/- sur le domaine du suffixe -ï-K
La loi, dont je viens de donner la démonstration, n'est pas sans analogie en latin. M. Lindsay, Die lat. Sprache, p. 397 et suiv., a fait remarquer que les suffixes nominaux -ws et -là alternaient primitivement suivant que la syllabe précédente était brève ou longue, ce qui trahit la même préférence pour les séries v^v^-, -^,^ et la même répugnance pour la série v.^^ qui ont présidé à la répartition des suffixes -ï- et -/- dans les verbes en -io. On avait ainsi :
fàcïês, glàcïés, ràbîês, spècïès, hixûnès^ matènès^ paupèrUs, mais grâtlà, ignâvlà, incûnà, lascïvià, paenflrîà.
Au génitif, au datif, à l'accusatif et à Tablatif du singulier, où -lèi, -lëm, -ïè d'une part et me, -tâni, -m de fautre produi- saient rythmiquement le même effet, on recourait plus volon- tiers à la flexion d'aj^rès la première déclinaison qui finit natu- rellement par se propager aussi dans le nominatif, d'où les nombreux doublets en -'lës et -là. Il demeure cependant très caractéristique que la formation en -ia ne s'est généralisée dans une partie de l'Empire romain (cf. Meyer-Liibke, Grund- rissdeGrôber, 2^ éd., I, p. 482, Grs.ndge.nt, An introduction to Viilgar Latin, § 355) qu'à partir du moment, où les dilTérences quan- titatives des voyelles ont sombré. Une exception, à propre-
1. Je crois qu'il faut renoncer à vouloir établir un lien quelconque entre /oc/ /;•/ chez Caton etfodire attesté dans la latinité de la basse époque, p. ex. chez Ammien Marcellin, XXIV, 6, 1 et qui se retrouve dans le français yo/^/r, de même qu'entre /;/o/7>/ de Plauteet morire qui est à la base de français wo?<r/r, italien morire etc. Ces formes tardives doiventleurexis- tence au fait que, par suite de refîacement de la différence quantitative des voyelles dans les premiers siècles de Tempire, les verbes en -io de la troisième et de la quatrième conjugaison se confondaient de plus en plus; cî.prurere. riigej'e (Meyev-hûhke, Grundriss de Grl'her, 2'^ éd., I, p. 477), sentere (Meyer-Liibke, Grammaire des langues romanes^ II, § 125) et inverse- ment cupire (sarde kuhire, rétorom. cuvir), fugire [h. fuir, ital. fuggire etc.; cf. Rônsch, Itala und Vulgata, 2^ éd., p. 285, Collect. philoL, p. 226. Grand- gent, An introduction to Vulgar Latin, ^^06) et même gemire, linire,petire sinire, (cf. Uônsch et Grandgent, //. ce, et Chabert, De latinitate Marcetli ui libre de medicamentis , p. 70j.
UNE LOI RYTHMIQUE PROETHMnUE EN LATIN 57
ment parler, ne serait formée que par iniperfnndiê, qui aurait été employé par Lucilius iLindsay. op. cit., p. 398) et qui sup- poserait un nominatif imper] iindiês. Mais tel quil nous a été transmis par Xonius p. J2o, 3i, le vers qui contient cette forme est faux, et pour rétablir le mètre, Guyet a proposé de lire iniperfuudifie, conjecture approuvée par- le dernier éditeur des frag-ments de Lucilius, M. Marx C. Liicilii carminuvi reli- ^///cT, tome I. Leipzig", 1904. v. 600. et tome IL Leipzig-, 1903, p. 223 et suiv. et qui fait rentrer le mot dans le cadre de la loi. 11 est bien entendu que la répartition de -ics et -là signa- lée par M. Lindsay ne saurait remonter au-delà de la période latine, puisque 1 abrègement de la finale dans les nominatifs féminins en -à n'appartient même pas à la lang-ue italique commune, mais elle atteste la conservation fidèle, en latin, de principes euphonicjues qui ont déjà agi sur l'indo-euro- péen.
L al3us que les dilettantes de tous les temps ont fait de l'eu- phonie a fini par jeter un tel discrédit sur ce principe d expli- cation que. par réaction, la science linguistique l'a délaissé plus que de raison. 11 est permis d'espérer que l'avenir y ramè- nera l'attention, et je souhaite personnellement que les pages qui précèdent réussissent à contribuer pour une modeste part à ce retour.
\JS^ote de correction. Consulter aussi les ouvrages suivants parus pendant l'impression de cet article : A. Meillet. Les dialectes indo-européens Paris, 1908 i, dont le chapitre xvi est consacré à l'étude du suffixe du présent -ye-, et J. van Ginneken, Principes de linguistique psychologique (Paris, Leipzig. Amsterdam. 1907). où 1 on trouve d importants développements sur la loi du rythme que 1 auteur formule comme suit (p. 2o2/o3) : « Quand un certain nombre d'actes psychiques plus ou moins égaux se combinent en une unité supérieure, on remarque dans ces actes multiples une tendance à se différencier de façon à se grouper ensemble autour d'un des termes comme centre de gravité " voir l'index, p. ")i8 au mot rythme)].
DEUX CONSEQUENCES
DE
L'INSUFFISANCE DE L'ALPHABET LATIN
Linsuflîsance de tout alphabet historique pour la notation des nuances délicates des sons a été maintes fois signalée par les ling-uistes, et Ton sait que, dès le xvi^ siècle, il y a eu de nombreuses tentatives pour créer un système graphique sus- ceptible de donner une image fidèle du langage parlé (cf. Rousselot, Principes de phonétique expérimentale y p. 323 et suiv., Jespersen, Laut und Schrift, dans Phonetische Griindfragen, Leip- zig et Berlin, 1904, p. 1 et suiv.). Mais si le désaccord de l'é- criture et de la prononciation n'est plus, depuis longtemps, une source d'erreurs j^our la phonétique descriptive des langues vivantes, il n'en est pas de même pour la phonétique histo- rique qui, plus ou moins inconsciemment, est toujours portée à tenir les rapports entre l'une et l'autre pour plus étroits et plus simples qu'ils ne le sont en réalité. C'est ce que j'espère prouver par deux exemples empruntés à la phonétique histo- rique du latin.
Victor Henry, Précis de grammaire comparée du grec et du latin ^ 5^ éd., p. 39, M. Solmsen, Studien ^ur lat. Lautgeschichte, p. 37, M. Sommer, Lat. Laut-u. FormenL.p. 81 ,114 et 137, et M. Brug- mann, Kur^e vergl. Grammatik der indog. Sprachen, p. 209 et 214, se basant sur des graphies telles que volgus, avonculus, vîvo^, fruontur, mortuos attestées jusqu'à la fin de l'ère républicaine à l'exclusion de vulgus, avunculus, vïvus, frumttur, mortuus, enseignent que, après u voyelle ou consonne, le pas-
DEUX CONSÉQUENCES DE l'iNSUFFISANCE DE l'alPHABET LATIN a9
sage de o à « a été retardé de deux siècles au moins (l'on a venustus, funguntur, cârus, médius dès la seconde moitié du III'' siècle av. J.-C, pulvis, stultus depuis une époque plus ancienne encore). M. Brugmann attribue ce fait à une action dissimi- latrice exercée par ti et jj, sur Vo subséquent en se prévalant d'analog-ies comme socieias, abjecio, conjecio et autres composés en -jecio rencontrés fréquemment dans les inscriptions (cf. Mather, jacio-compounds in the present-systeiii luith prefix ending in a consonant dans les Harvard Studies, VI, p. 83 et suiv.), où le passage de ^ à f aurait été empêché par Tinfluence dissimila- trice d'un / ou d'un /précédents. A cela, j'objecterai tout de suite que le cas de societas {abietis, hietare etc.) n'est pas exac- tement comparable à celui de fruontury niortnos, Ve de societas, abietis, hietare ayant persisté toujours, tandis que \o de fruon- ttir, mortuos paraît remplacé par ii dès les premiers temps de l'empire; quant aux composés en -jecio^ nous verrons plus loin que leur interprétation comme faits de dissimilation, pro- posée déjà par M. Vendrjes, Recherches sur l'histoire et les effets de V intensité initiale en latin, p. 268 et 298, et par IVI. Sommer, Handbiich der lat. Laiit-u. Fonnenlehre, p.» 322, soulève de telles difficultés qu'il semble impossible de la maintenir. Au sur- plus, nous possédons des témoignages de grammairiens, dont il ressort avec évidence que wo n'était qu'un artifice graphique. C'est à M. Lindsay que revient le mérite d'avoir mis en lumière ces textes intéressants (cf. Lindsay, Die lat. Sprache, p. 227 et 271). Le premier en date est un fragment du IIP livre du De lingna latina de Varron (cf. Wilmanns, De M. Terentii Var- ronis libris granimaticis, Berlin, 1864, p. 148), où cet auteur cite comme exemples de v initial devant les cinq voyelles a^ e, /, 0, // les mots vafer, vêliini, vïnnni, voinis, vulnus, ce cpii prouve qu'en dépit de l'orthographe volnus^ les contemporains de Varron prononçaient vidnns. Dans le même sens doivent être interprétés deux passages tirés l'un de Quintilien, l autre de Vélius Longus, à savoir Ouintilien, Lis lit. oral., I, 7, 26 : nostri praecep tores servant cervumque u et o litteris scripserunt, quia subjecta sibi vocalis in unum sonum coalescere et con-
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fundi nequiret ; nunc u g^emina scribuntur ea ratione quani recUlitli; neutro sane modo vox quain sentimiis efficitur, nec inutiliter Glaudius Aeolicam illam ad hos usus litteram adje- cerat. et Vélius Longiis. G. L., VII, p. ."^iS, 4 et suiv. K. : a pK'ris(|iie superiorum priuiitiviis et adopliviis et nominativtis per // et 0 scripta suiit. quia sciebant, vocales inter se coiifundi non posse, ut unam syllabam laciant, apparetque, eos hoc j^enus nominum aliter scripsisse, aliter enuntiasse. ' D'après ces deux derniers témoig-nages, le maintien de la graphie no jusqu'à la fin de la République s'expliquerait par l'aversion de l'orthographe républicaine pour la succession immédiate de deux //. aversion, dont la Sententia Minuciorum de l'an \ 17 av. J.-G. (C. /. L., I, 199) nous fournit quelques exemples bien curieux. On y relève en effet des formes comme susoiior- suiii sursiiorsiim, floîiius, confloiiont qui sont manifestement des échappatoires trouvées pour éviter la répétition du signe ii. Il faut en dire autant des graphies iuenîiis, iiienta qu'on n'a remplacées par iuuentus, iuiienta qu'à partir des premiers temps de l'empire. La justification de cette particularité orthogra- phique rapportée par Vélius Longus et par Quintilien est évidemment fausse; car si l'on s'était réellement figuré que iiu ne pouvait comporter qu'un épel dissyllabique, c'était une raison pour proscrire les graphies du type de sériais, tiultis^ mais non celles du type friiautui\ niorlniis, où il s'agissait pré- cisément de deux // voyelles répartis sur deux syllabes. Le véritable motif n'était pas que //// n'eût pu être lu ////, mais bien au contraire qu'il n'admettait pas seulement les deux interprétations un et iju mais encore deux autres, à savoir un et // ; en d'autres termes, on écrivait iioru. lieu de uu pour parer
l. Par contre, rargument que M. Lindsay, Archiv f. lai. Lexikog rapine^ XII, p. .^92 et suiv., veut tirer de siiJtis, « s'il vous plaît » n'est pas pro- bant. Il estime que, si la graphie voltis correspondait vraiment à la pro- nonciation, on aurait *soltis et non sultis, mais il oublie que, d'après ceux qui achiiettent que, dans voltis., o a persisté dans la prononciation, cette persistance était motivée par linfluence dissimilatrice du ii précédent et que, cet agent de difTérenciation étant éliminé dans *soltis, celui-ci l)assait forcément à sultis.
DEUX CONSÉQUENCES DE l'iNSUFFISANCE DE l'aLPHABET LATIN Gl
aux inconvénients résultant du manque d'un signe spécial pour Vu consonne et de l'absence d'une notation fixe et uni- forme de la quantité longue des voyelles. Mais comment se fait-il, demandera-t-on, que cette répugnance pour le redou- blement de u dans l'écriture ait été vaincue au début de l'époque impériale ? La réponse à cette question est donnée par Donat dans son commentaire sur l'Andria de Térence I, 2, 2, où on lit : et D'auus non recte scribitur, Dauos scriben- dum, quod nulla littera vocalis geminata unam syllabam facit, sed quia ambiguitas A'itanda est nominativi singularis et accu- sativi pluralis, necessarie pro hac régula digamma utimur et dicimus Daj:tis, serfus, avyiis. On renonça donc à la graphie iio parce que, dans des cas comme cervos, corvos, serves, elle créait une confusion, pour l'œil, entre le nominatif du singulier et l'accusatif du pluriel et que, uo ayant été supplanté par nu dans les mots de ce type, il eût été oiseux de le conserver ailleurs.
Des embarras tout à fait analogues à ceux dont il vient d'être parlé devaient s'ensuivre du redoublement graphique de i qui, dès lors, a été également évité avec grand soin. C'est ainsi qu'Accius, lorsqu'il proposa de figurer la quantité longue des voyelles en répétant les signes vocaliques suivant la coutume osque, exceptait î en le représentant non pas par //, mais par ei. C'est pour cette raison aussi que l'orthographe phonétique de Cicéron qui écrivait â^nb, Aiiax, Maiia (cf. Ouin- tilien, Instit. orat., I, 4, 11, et Vélius Longus, G. L., VII, p. "ii, 1() et suiv. K) ne s'est jamais généralisée. Enfin, conjicere, iuji- cere, objicere, attestés par les scansions des poètes lyriques et épiques de la période classique, chez qui la première syllabe de ces verbes compte pour une longue, sont toujours écrits coui- cere, inicere, ohicere, jamais coniicere^ iniicere, ohiicere. Cela étant, je n'hésite pas à placer les composés en -jerio, sur la même ligne que vol g t{ s, servos etc., c'est-à-dire à les interpréter comme des expédients graphiques masquant la prononciation -j'iiio. On aunut transcrit -jicio par jecio, parce ({ue le redoublement du signe / olïVait les mêmes inconvénients que celui du signe //
62 MAX MEDERMANN
et que, par conséquent, on prenait le même soin à éviter Tun et l'autre. Les explications que MM. Vendrves et Sommer ont données des composés en -jecio doivent être écartées en rai- son des ditFicultés considérables, auxquelles elles se heurtent. D'après M. Vendrves, Recherches sur Thistoire et les effets de Fin- tensilé initiale en latin, p. 267 et suiv., le groupe -ja- dans -jacio serait devenu régulièrement -/- par absorption; puis, le com- posé aurait été refait comme par ex. porgere en porrigere. et on aurait appliqué la loi d'apophonie, d'où -jecio, dont IV, en regard de 1/ de -ficio. serait dû à IV précédent ; enfin, -jecio aurait été remplacé par -jicio par analogie du tvpe -Jicio, -cipio etc. M. Sommer, Handhuch der lat. Laiit- u. Formenl., p. 522, suppose que -icio. issu régulièrement de -jacio, aurait été refait partiellement en -jacio et que ce -jacio refait aurait subi Tapo- plîonie, à où jecio (lï précédent ayant empêché e de devenir /). On aurait eu de ce fait deux doublets, -icio et -jecio, dont le second aurait fini par sortir de lusage, tandis que le premier serait devenu -jicio, j ayant été réintroduit depuis le parfait -jêci et le verbe simple jacio, où il avait phonétiquement per- sisté. Mais d'abord, toute recomposition analogique procédant dun besoin de clarté étymologique, il est à priori absolument invraisemblable que l'on eût refait -icio en -jacio [)our laisser se substituer ensuite à celui-ci un -jecio apophonique, dont la structure n'était guère plus transparente que celle de -icio. L'analogie àe. porrigere, sur laquelle s'est appuyé M. Vendrves, est illusoire, car ce serait une erreur que de s'imaginer que porgere ait été refait en *porregere et que celui-ci ait abouti ensuite à porrigere par apophonie. porrigere a été refait d'après le par- fait porrexi suivant la formule de proportion correxi, direxi : corrigere, dirigere = porrexi : x. Sur cette objection principale se greffent des difficultés chronologiques. La supposition qu'un -jacio refait se soit converti en -jecio par apophonie implique- rait que l'absorption eût cessé d'agir avant l'apophonie ce qui est, de toute façon, indémontrable ; les deux phénomènes étant les effets d'une même cause — l'intensité initiale — , il est probable, au contraire, que la disparition de cette cause com-
DEUX CONSÉQUENCES DE l'lNSUFFISANCE DE L ALPHABET LATIN 63
mune les a supprimés simultanément. De plus, comme nous Favons vu plus haut, les poètes lyriques et épiques de Y âge classique comptent toujours le préverbe des composés en -icio pour une syllabe longue et. chez Plante même, plusieurs exemples sont favorables k la scansion longue du préverbe. La graphie -icio, dans ces cas, doit représenter la prononcia- tion -jicio et non -jecio, car on ne verrait pas ce qui se serait opposé à la notation phonétique de ce dernier. M. Vendrves serait ainsi forcé d'admettre que déjà du temps de Plante -jecio eût été supplanté par -jicio. ce qui serait en contra- diction avec le fait que. d'après les statistiques de AI. Mather, -jecio paraît encore dix-sept fois sur les inscriptions de l'époque impériale, et de l'hypothèse de M. Sommer, il résulterait que l'on eût employé, à un moment donné, les trois formes -icio. -jecio. et -jicio les unes à côté des autres, ce qui serait, croyons- nous, sans analogie, et contraire à tout ce que nous pouvons observer ailleurs en pareil cas ^
Combien, par contre, toutes choses se simplifîent-elles du moment où nous n'attribuons plus à -jecio que la valeur d'une graphie pure qui aurait servi, concuremment avec -icio. à figurer la prononciation -jicio. Les deux graphies -icio et -jecio seraient rigoureusement analogues à confiiiont et conflovont.fliiiiis et floviiis, transcrivant les prononciations confluvont et fluvius dans laSententia Minuciorum iC. I. L.. 1, 199). 11 ne resterait qu'à expliquer le triomphe final de -icio sur -jecio ce qui ne saurait faire aucune difficulté. De même que la graphie -iio a été abandonnée parce que, dans les mots en -nos, -vos. elle créait une confusion entre le nominatif du singulier et l'accu-
1. Du fait que Sénèque, Lucain et Martial comptent toujours la pre- mière syllabe des composés en -icio pour une brève, M. Vendrves, L c. p. 267, voudrait conclure que la prononciation archaïque -/V/o s'était con- servée en Espagne, mais cette conclusion ne s'impose en aucune façon, la scansion brève des auteurs précités pouvant très bien reposer sur une prononciation livresque de la gra})liie -/c/f, représentant -//V/o du langage parlé. Une telle réaction de Torthographe n'aurait rien (jue de très natu- rel dans un idionu' (pii, comme le latin littéraire» du [)remii'r siècle de notre ère. avait plulùl une tradition écrite qu'orale.
64 MAX MEDERMANiX
satif du pluriel, de même on aura renoncé à -jecio parce que, dans le cas de -jecit, -jechnus, le présent et le parfait de l'indi- catif se confondaient. En outre, si Ton est autorisé à supposer pour la période impériale une prononciation livresque -icio (cf. ci-dessous note), il est évident que celle-ci aussi devait être pour beaucoup dans l'élimination de -jecio.
Qu'on me permette de joindre aux considérations qui pré- cèdent une courte remarque touchant l'orthographe de nos livres de classe latins. On sait que les dictionnaires, les gram- maires et les éditions d auteurs à l'usage des écoles qui sont publiés en Allemagne utilisent Tune des deux lettres (( ramistes », le t', mais proscrivent l'autre, le;. Par suite de cette inconsé- quence, on y trouve orthographiés comme dans les manuscrits inicere, obicere^ maior, pe'wr, etc. au lieu de injicere, objicere, maj- jor, pejjor(ou maijor, peijor, i comme second élément d'une diph- tongue étant communément transcrit par /), usage qui est sans grande importance dans les textes de prosateurs, mais qui otfre un fâcheux inconvénient dans les textes métriques. En elfet, Télève qui lira des vers comme
Inicere anguipedum captivo brachia coUo
(Ovide, Métamorphoses^ \, 184)
Obicit et noto nares contingit odore
(Virgile, Enéide, VII, 480)
Resque fide maior, coepere virescere telae
(Ovide, Métamorphoses, IV, 394)
ne manquera pas de tirer la conclusion que dans inicere, obi- cere, maior, la voyelle de la syllabe initiale était longue par nature, et il est permis de penser que le maître ne le préser- vera que rarement de tomber dans cette erreur lorsqu'on voit que la voyelle radicale de maior, peior, eius etc. est marquée du signe de la longue, non seulement dans toutes les publications scolaires, mais même dans des ouvrages scientifiques tels que le Dictionnaire étymologique du latin de M. Walde. Dans les livres de classe français, on imprime avec plus de logique v
DEUX CONSÉQUENCES DE l'iNSUFFISANCE DE l" ALPHABET LATIN 6o
et y et, partant, iujicere, objicere, mais ici encore, on s'en tient toujours à l'orthographe traditionnelle major, pejor, ejiis, ce qui, pour la raison pédag-og-ique que je viens d'indiquer, demande réforme. Enfin, les composés de -jacio revêtant les préfixes co- et re-, en cas de scansion long^ue de la première syllabe, doivent être orthographiés fo/y/f/o, rejjicio ou coijicio.^reijicio. Toutefois, cette orthographe phonétique altérant passablement la phy- sionomie habituelle des mots de ce type, il serait peut-être prudent de n'introduire tout d'abord les g-raphies majjor, pej- jor, ejjiis, cojjicîo, rejjicio, [maijor, peijor, eijtis, coijicio, reijicio) que dans les textes métriques où l'on en découvrirait immédiate- ment la justification. Mais, dans ces derniers, je le répète, elles s'imposent pour tous ceux qui estiment que l'enseigne- ment usuel des langues classiques ne doit, sur aucun point, être en contradiction avec les doctrines de la linguistique scien- tifique '.
1. Mon cher maître, M. Meillet, que je tiens à remercier ici une fois de pkis du bienveillant intérêt que, depuis dix ans, il n'a jamais cessé de porter à mes travaux, objecte contre l'hypothèse exposée plus haut, le cas de Jlliolus qui lui parait être exactement parallèle à celui de fruotitur. Mais je crains bien que ce parallélisme ne soit qu'apparent. En etTet, si Jlh'olus et fruotitur étaient de même nature, on s'attendrait à avoir aussi durant toute la période républicaine ^//o5 comme niortuos. Or, on sait que tel nest pas le cas et c'est ce qui doit écarter les scrupules de M. Meil- let. Au surplus, ce qui a été dit au début de cet article contre l'argument que M. Brugmann pensait pouvoir tirer de societas s'applique également a Jlliolus : à aucun moment on n'a eu *sociitds et *fïliulus comme fruutUur.
Mélanges Saussure
UN CAS SPECIAL DE DISSIMILATION EN LATIN VULGAIRE
Dissimilation entre un v intervocaliqiie et un v combiné . appartenant à deux tranches syllabiqnes consécutives .
La forme vulgaire menetris pour nieretrix, contre laquelle Tap- pendix Probii47, éd. Heraeus, met en garde, est généralement prise pour une étymologie populaire due à l'influence de nianere qui, dans la basse latinité, était un des termes euphé- mistiques désignant l'acte de l'accouplement (cf. Schuchardt, Der Vokalismus des Vulgàrlateins , I, p. 241, Lindsay, Die lat. Sprache,p. 109, Heraeus, Archivj.lat. Lexikographie, XI. p. 322, d'après Nonius. p. 423, 11 : nienetrices sl manendo dictae). C'est une erreur. 11 s'agit en réalité d un fait de dissimilation, et ce n'est qu'après coup que menetris a été rapproché de nianere ^ La preuve nous en est fournie par tenebra, doublet vulgaire de terebra^ attesté plusieurs fois dans les gloses [C. G. L. III 79, 49 ; IV 79, 37 ; 240, 30 ; V 202, 11 ; 204, 3 etc., cf. Thésaurus glossarum emendatarum, éd. Goetz, ss. YY.terebraeifurfuraculum). Mais comment faut-il concilier avec menetris et tenebra meletrix
1. L'5 final de menetris procède d'une évolution phonétique et il est parfaitement oiseux de croire avec M. Heraeus, /. c, à une imitation de noms grecs du type cCki-olç, ; cf. opsetris iVppendix Probi 166, éd. Heraeus, cacatris C. L L., IV, 2125 add., felatris C. I. L. IV 1388, 2292, conjus. C. L L. VIII 3617, XII 4248 et les graphies et prononciations inverses ariex, locuplex, miïex, praegnax, poplex, dont j'ai cité de nombreux exemples dans mes Contributions à la critique et à l'explication des gloses latines (Xeuchàtel, 1005), p. 44 etsuiv.
UN CAS SPÉCIAL DE DISSIMILATION EN LATIN VULGAIRE 67
Didasc. Apost., ^I. 11 (en ancien vénitien meltris: cf. Meyer- Lûbke, Zeitschr. f. d.ôstcrr. Gymnasietu 1891, p. 111 ) et telebra, Appendix Probi 123, éd. Heraeus. qui sont eux aussi d'ordre dissimilatoire ? Car pour quiconque est persuadé que la dis- similation est subordonnée à des lois pouvant varier suivant les langues et suivant les époques, mais rig-olireusenient cons- tantes à l'intérieur d'une langue donnée prise à une époque déterminée, et ne différant donc en rien des autres lois pho- nétiques, il est inadmissible que les mêmes phonèmes placés dans des conditions identiques se dissimilent tantôt d'une façon et tantôt d'une autre.
Pour venir à bout de la difficulté signalée, passons en revue les cas du même type qu'offre le latin vulgaire. ^ oici les exemples que j'ai pu réunir d'une dissiniilation survenue dans deux tranches syllabiques consécutives entre un r intervoca- lique et un r faisant partie d'un groupe combiné ^ occlusive -\~ r.
a.) Le groupe combiné suit :
cUibrarius [C. G. L. III 201, oo y.:r/,'.vc-c'.6ç : cilibrarius] de * ciribrarius. forme épenthétique de cribrarius [cï. ciribriim Pla- cidus. C. G. L. V 10, 6) •^.
1. C'est-à-dire non disjoint par la coupe syllabique, d'après la termi- nologie de M. Grammont, La dissimiJation coiisonantique, ^. 17.
2. Le phénomène de l'épenthèse dans le latin vulgaire de l'empire n'a pas encore fait l'objet dune étude d'ensemble. On trouvera des listes d'exemples chez Schuchardt, Der Vokalisiniis des VuJgdrlateins^ II, p. 400 et suiv., Seelmann, Die Aussprache des Lateins, p. 251, Vendryes, Recherches sur Vhistoire et les effets de V intensité initiale en latin, p. 217 et 347, Pirson, La langue des inscriptions latines de la Gaule, p. 59. Cette insertion vocalique semble s'être produite de préférence dans le voisinage d'un /'. La voyelle épenthéti(jue prenait le timbre de la voyelle suivante lorsque le groupe consonnantique qu'elle venait disjoindre était initial du mot, et le timbre de la voyelle précédente lorsque ré})enthèse avait lieu à l'intérieur du mot. 11 faut réserver, toutefois, le cas où la voyelle qui déterminait nor- malement le timbre de la voyelle épenthétique, était un a ; ce dernier cas n'a pas encore été tire au clair. Exemples : cirihrum voir ci-dessus\ cicinus C G. L. III 208, 30; IV 31S, IGiital. cecino etc.; cf. Koerting, LU.- ronian. IVôrterhuch '^'^ éd'ii., n"" ■2[i'fi\finibiriaeC.G. L. III 21, 40, requisicit Le Hlant, Inscription^ chrétiennes de la Gaule 6o0 : .s-//i;r/7//-\- AudoUenl, Defîxionuni
68 MAX Mi:r3F:R.MANN
celebrosiis (C. G. L. II ÎH), lo celehrosiis zz\jyz\zz\ C. G. L., II 572, HT ccJehrosiis : J//r//5 ; à comparer aussi sarde iselemhrare) (le cerebrosiis.
pelegriniis (C. /. L. III 4222, De Rossi, Inscriptiones Christia- nae urhis Roinae I 14-i;itaL pellegrino, fr. pèler'w^ v. h. a. ^//Z- grim) de peregrinus.
ital. calabrone de carabrojicni [carabro : jc^r,; C G. L. III 441, 22; 484, ol). Cet exemple étant exactement comparable à ciUbrarius ci-dessus, il est permis de penser que la dissimila- tlon remonte au latin vuleraire.
ital. palafreno, anc. français palefreid, esp. palafren, port. palafrem de parav{e)rediwi. Exemple incertain ; la dissimilation pourrait être romane.
b) Le g-roupe combiné précède :
plurigo [C. G. L. III 76, 17 7.vr,7;jiç '.pliirigo\ comparez aussi lomb. spiiïrisna. milan, spiiiri <^plurire, Koerting-, Lat. -roman. fVôrterbuch, 3^ éd., no 7497, Grammont, p. 76 etsuiv. ) de prurigo.
Ces exemples ont ceci de commun que l'accent d'intensité y suivait le couple de phonèmes sur lesquels la dissimilation s'est exercée : ciribrârius, cerebrôsus, peregrinus, carabrônem, para- vrédum, prurigo. Dans meretrixei terebra. au contraire, l'accent occupait une place intermédiaire entre les deux r, car on sait
tabeUaen° 270, sisinnis de asuad:; C. G. L. V 150, 31, CelcwentinusC. I. L. II 5350; cehppere C. G. L. V 633, 26; reipiioulicae C. I. L. XII 5519, calamida (de chlamyda) C. G. L. II 573, 20, carabro (voir ci-dessusj, mais aussi gera- cili C. L L. VIII 6237, Acyme C. L L. XII 4650 en re-ard de Acme C. I. L. XII i63i', Daphini C. /. L. II 4970, Daphine C. I. L II 5155 (roum. ddfn « laurier » ; cf. Puskariu, EtxtiwJ. Worterhiich d. rumànischen Spruche I p. 42).
M. Meyer-Lûbke dans le Gnindriss deGroeber, 2*^ éd., I, p. 470 enseigne que cribrum procède de ciribrum par suite de suppression dissimilatoire de lu ne de deux voyelles identi({ues telle qu'on la suppose pour *crcbrum (rouni. crieru) de cerebnim. Il serait intéressant de savoir ce qui a pu lui suggérer l'idée de renverser ainsi le véritable rapport entre les deux formes.
UN CAS SPÉCIAL DE DISSIMILATION EN LATIN VULGAIRE i')\)
qu'en latin vulgaire la brève pénultième d'un proparoxvton placée devant une occlusive suivie de r attirait l'accent sur elle : anc. français culuevre decolôbra, anc. français palpiere pau- pière de palpétra, anc. français îonneirre de toiiitruni, ital. intéro de integriim, esp. tinieblas de tenébras (cf. Lindsay, Die lût. Sprache. p. 189, Sommer, Handbiich der la!. Laiit-ii. FoimenJehre, p. 103 et suiv., Grandg-ent, An introduction to Vulgar Latin, §§ 132 et 134). On admettra dès lors, que r — / a abouti, dans les mots de ce type, à / — /, mais que r-r est devenu n^r (le signe ' indiquant laccent d'intensité), c'est-à-dire que la dif- férence de traitement qui s'observe entre' cilibrâriu s , celebrôsus, pelegrinus etc. d'une part et nienétrix, tenébra de l'autre, tient à la place ditîerente de l'accent dans l'une et l'autre catégorie d'exemples. Or, l'accent de nierélrix avançant d'une syllabe dans les cas ol)liques, ineretricis, meretrici, meretricem devaient passer à meletricis, meletrici, nieletricem, et c'est là qu'il convient de chercher l'origine de meletrix doublet de menetrix. Quant à telebra en regard de tenebra, les constatations qui précèdent conseillent d'y voir un nom postverbal tiré de felebrâre produit attendu et conforme à la loi établie ci-dessus de la dissimila- tion de lerebràre^.
L'accent d'intensité que M. Grammont, dans son beau livre sur la dissimilation et M. Hofîmann-Krayer dans sa récente étude sur le même sujet ' Ferndissimilation von r und l ini Dent- schen, dans la Festschrift :{ur 4p. Fersamnilung deutscber Philologen und Schuhnànner in Basel ini Jahre ipo']^ p. 491 et suiv. ) n'ont fait intervenir que pour rendre compte de la marche suivie par
1. On pourrait supposer aussi que le traitement / — /était régulier non- seulement lors([ue Taccent suivait les deux r, mais encore lorsqu'il les précédait et que telehra serait le produit phonétique d'un ferchra, dou- blet demi-savant de tere'bra; cf. anc. i'vixnqins pal près de palpe t ras en reg-ard de paJpiere, paupière de palpetra. Ce qui donne un certain poids à cette hypo- thèse, ce sont le latin vulgaire ceîebruni, C. G. L. III ^57, 11 et Titalien célebro (cf. Wiese, Altitalien. EletnentarbiicJ), § 80) qui représentent effecti- vement une formation demi-savante, cerebrum ayant été supplanté dans tout le domaine des langues romanes sauf en roumain par cerebellntn.
70
MAX ISIEDERMAiNN
la dissimilalioii, peut donc, à roccasion, influer aussi sur le choix de l'un ou de l'autre des différents traitements possibles. 11 serait intéressant de délimiter d une façon générale son action à ce dernier point de vue, mais à mon grand regret le temps me fait défaut pour pousser plus avant mes recherches, et je dois m'en tenir à l'échantillon qu'on vient délire. Puisse le problème bientôt être repris par un confrère autorisé.
REMARQUES SUR LA LANGUE
DES
TARLETTES D'EXÉCRATION LATINES
Il ne saurait entrer dans mon idée d'aborder ici une étude méthodique et complète de la langue de ces curieux échantillons de latin vulgaire connus sous les noms de tabelhp defîxionum, tablettes d exécration ou tciblettes imprécatoires, d'abord, par- ce qu'elle ne tiendrait pas, beaucoup s'en faut, dans l'espace dont je puis disposer et ensuite, parce que M. Richard Wuensch m'écrit que le sujet sera bientôt traité dans la thèse d'un de ses élèves. Le but beaucoup plus modeste du présent travail est de discuter quelques formes isolées, auxquelles me paraît s'attacher un intérêt linguistique particulier.
Ces lamelles de métal ayant presque toutes pour auteurs des gens de la plus basse extraction, leur valeur documentaire pour l'histoire du sermo plebejus ne le cède en rien à celle des graffitti de Pompéies. Elles proviennent de toutes les parties de l'empire romain, mais principalement de l'Afrique (Carthage et Sousse) et semblent appartenir en majeure partie au deuxième et troisième siècles de notre ère. Je les citerai daprès lini- portant recueil de M. Audollent, De/îxioniini taheUœ qiiotquot innotuerunt tam in Graecis orientis quam in totins occidenfis parlihus (Paris, A. Fontemoing. 190iV
a) Graphies inverses On sait que les textes vulgaires fourmillent de graphies
72 MAX NIEDERMA^N
inverses, auxquelles, sinon toujours, du moins le plus souvent correspondaient des prononciations inverses. C'est ainsi que, a/ étant prononcé au devant consonne dans la langue populaire, beaucoup de gens s'imaginaient que, pour écrire et parler correctement, il fallait remplacer tout au antéconsonantique par fl/, créant ainsi en dépit de Tétjmologie des formes comme sahua, (ital. salma, esp. saluia, xahna, en regard de fr. somme, V. h. ail. soum qui remontent à sauma, lequel, à son tour, pro- cède de sagma; cf. Isidore, Orig., XX, 16, o; sagma quae cor- rupte vulgo dicitur salma) et *smaraldus,-a ( ital. smeraldo, esp. port, esmeralda en regard de fr. émeyaiide, prov. esmeraiida <* sma- raiidus^-a de smaragdus,-a) ^ ou bien, parce que n s'était amuï dans le latin vulgaire au contact d'un s subséquent, on intro- duisait par mesure de prudence un n devant s même dans les mots qui n'avaient jamais possédé de nasale, témoin par exemple l'Appendix Probi qui blâme les prononciations Her- culens et occansio '. Les tablettes imprécatoires nous fournissent quelques exemples curieux de ce phénomène.
Dans une de ces tablettes, trouvée aux environs de Rome et attribuée par de Rossi au deuxième ou troisième siècle de notre ère (n*' 140 chez AudoUent), l'auteur appelle sur son SLdYersRÎre febris frigtLS tortionis palloris sudores obbripilahonis ineri- dianas serulinas nocturnas. Qu'est-ce que ce moi obbripilatio qui, d'après le contexte, doit signifier «. frisson » et qui se retrouve en effet avec ce sens sous la forme obripilatio chez Cassius Félix, De medicina, chap. 21 (deux fois) et dans la traduction latine de Soranus publiéepar M. Valentin Rose, II, 2, 17 p. 54, 12, et II, 23, 73 p. 103, 16 (cf. Ph. Thielmann, Archiv }\ ht. Lexiko-
1. Pour plus de détails, voir Rhein. Muséum, nouvelle série LX, p. 4()i.
2. Je rappellerai aussi le français chétif qui repose sur un latin *cacHvus prononciation inverse de cattivus (ital. cattivo), issu lui-même de captivus. On a expliqué jusqu"ici*a7c/wM5par une influence celtique (cf. Grandgent, An introduction to Vulga?- Latin, § 313, Koerting-, Lat.- roman. Wôrterbuct), '6^ éd., n° 1903), ce qui est parfaitement inutile. (Cf. suctilissimo pouv sup- tiîissimo chez Pélagonius, chap. 1, et inversement rnptîiare pour ructuare, chez Fulgence, p. 14, 1; 86, 10; 166, 11 éd. Helm.)
LA LANGUE DLS TABLETTES D EXÉCHATION LATINES i3
graphie. I. p. 73 et suiv., et III. p. o41 ? La réponse serait peut- être assez malaisée, si la tradition manuscrite ne donnait pas, dans un passage de la Vulg-ate Ecclésiaste. 27. 15 . et dans les gloses. C. G. L. III 20o. 60 et III 207, lo en regard de III 296, 42 obripilatio comme variante de borripilalio, dont Tétymologie est transparente et dont l'identité avec obripilatio ne peut être douteuse. Thielmann. /. c. il est vrai, a contesté cette identité et s'est ingénié à trouver pour obripilatio une explication invrai- semblable et en laquelle lui-même n'a qu'une médiocre contiance, mais il est à présumer que. sans la difficulté pho- nétique qui semble séparer les deux mots, il n'aurait pas pris ce parti. Or il suffit de considérer ob(Jb)ripi]aiio comme une graphie inverse de (Jji)orripilatio pour lever immédiatement cette difficulté. Dans le latin littéraire, les préfixes ab-^ ob- et sub- assimilés à l'initiale consonantique du mot suivant ont été rétablis dans la plupart des cas '. tandis que, dans le parler populaire, l'évolution phonétique a subsisté dans une large mesure, ainsi qu'en témoignent adiirare < *abdurare, obdurare ^Denk, Archiv. f. lat. Lexikogiaphie^ Xlll, p. 583 et suiv.. cf. anc. îrançsis ad II rer). oligare < obligare [Defixioniim tabellae . éd. Audol- lent. n^ 208; cf. aussi oligia: ne[c)tae [interprétament anglo- saxon . C. G. L. y 376, 3 : oligia : reîia Osbern, Pauorniia i03) -^
1. Les exceptions telles que s urriperc (\e*subrapere s'expliquent par le fait que. dans les composés apophoniques, raffinitê avec le verbe simple s'accusait avec moins de netteté que dans ceux qui n'ont pas été altérés par l'apophonie ohlio-art', subruere etc. , ce qui donnait nécessairement moins de prise à l'action analogi([ue. Si, dans les composés avec ab-, il y a eu recomposition même en cas dapophonie, c'était pour les empê- cher de se confondre avec les composés renfermant le prétixe û^-.
2. M. Goelz dans le Thésaurus glo^sarum emeudatarum s. v. oUgia fait suivre ce lemme d'un point d'interroiration, ce qui semiile inditjuer qu'il doute de l'authenticité de la leçon. Mais il n'y a aucune raison sérieuse pour la suspecter. OUgia, doublet vulgaire de *obUgia, est un nom post- verbal, pour lequel avr/V/a^ aura fourni le modèle; cf. Placidus, C. G. L. V 10, -Izz: V .j9, 3; corrigiae a coriis vocantur irl a coUigatione quasi coUigiae
= Isidore, Orig., XIX. 34, 13). Le neutre oJigia semble calqué sur retiii à moins (jue oligia et relia, datis la glose d'Osbern. ne soient tous deux des féminins du singrulier.
74 MAX MEDER3IANN
olifuare Koblimare [olimaf: Uiupidat p. ex. C. G. L. IV 132, 19 entre Olympum et olitor^ IV, 2()i, 34 eAiireolim et olores), sud die <,snb die (sur une inscription dEspag-ne de Tan GOl, Garnoy, Le latin d' Espagne d'après les inscriptions, p. 16o; cf. aussi italien suddito Ksiibditum) '. Employer la forme assimilée, dans les cas de ce o^enre, étant donc un signe de mauvaise éducation ou de basse extraction, ceux qui tenaient à éviter un pareil reproche mettaient un soin exagéré à rétablir le b, et, tombant dans le mal contraire, créaient des prononciations et des graphies monstrueuses comme obripilatio pour Çj^orripilatio ou obliba pour oliva [oblibae : èXaCai C. G. L. III 18i, 11) qui, paraît-il, s'accré- ditaient facilement dans les milieux populaires-.
Le redoublement consonantique dans obbripilatio de la tablette imprécatoire n" 140 est exactement de même nature que dans obblegate fourni par le n° 268(Sousse, 3^ siècle apr. J-C), dans aggro C. L L. III 2448, fraltre C. /. L. Vlll 111 etc. (pour d'autres exemples épigraphiques cf. Seelmann, Die Aussprache des Lateins, p. 121 et suiv.) et dans l'italien obbligare, îabbro etc. Il tient à la prononciation en staccato motivée elle-même prin- cipalement par l'accent d'intensité renaissant (cf. Groeber, Conimentationes Woelfflinianae , p. 171 ; Vendryes, Recherches sur r histoire et les effets de V intensité initiale en latin, p. 110 et suiv.). Dans une autre graphie inverse, niutiios pour mulos (ace. plur.), le graveur de la tablette 219 déjà citée a pris le contrepied de
1. La simplification de la géminée procédant de Tassimilation du groupe -hd- dans adurare et oîimare, où la voyelle radicale du verbe simple était originairement longue, a eu lieu en vertu de la loi de mamilla (voir plus haut p. 46, note 1). Après la disparition des différences quantita- tives des voyelles latines, elle fut généralisée par voie analogique, d"où oligare pour *oUigaye.
2. Ce serait une erreur, à mon avis, que de mettre la forme ohhripi- latio sur le compte personnel de Fauteur de la tablette n° 140, car le con- tenu même de ces documents exclut d'emblée toute préoccupation litté- raire. Cet homme ne faisait que transcrire une forme qui, à son époque, était courante dans les milieux qu'il fréquentait et n'avait pas plus le sens timent d'écrire avec une correction particulière que le Français du peuple n'a la prétention de bien parler en disant \e journal de hier au lieu de /(' journal d'hier.
LA LANGUE DES TAHLETTES d'eXÉCRATIO.N LATINES 7o
formes vulgaires comme perpeius, mortus (Audollent, n° 23i), proniiscuSj exigus, i ngeiiu s poiiv perpétuas, fuortuus , proiniscuus , exiguus {cf. Carnoj, Le latin d'Espagne d'après les inscriptions, p. 117 et suiv., Pirson, La langue des inscriptions latines de la Gaule, p. 08, Grandgent, An introduction to Vulgar Latin, ^ 226).
Enfin, l'exemple le plus remarquable..est le génitif sing. Martialici(s) dans une tablette rédigée en caractères grecs de provenance cartaginoise (n** 231). Dans Tindex grammaticus qui, pour être un utile répertoire, n'en constitue pas moins la partie la plus faible de son étude, M. Audollent range cette forme parmi les mendae singulae, et le commentaire joint au n'^ 231 déclare catégoriquement « MapTiaXr/.i errore pro Map- TiaXiç datum fuisse patet ». En réalité, il s'agit d'un cas de déclinaison hétéroclite due à une prononciation inverse. Dans mes Contributions à la critique et à Texplication des gloses latines, p. 44 et suiv., j'ai montré sur la foi de copieuses listes d'exemples que, dès le premier siècle apr. J.-C, x était devenu s dans la prononciation vulgaire et que, dès lors, pour échapper à cette pi-ononciation vicieuse, on remplaçait par x même V s de mots tels que miles, aries, poples, ce qui ne pouvait manquer d'en changer la flexion. J'ai relevé, en effet, /. c, le nominatif plur. praegnaces pour praegnates qu'on lit chez Fulgence p, 30, 21, éd. Helm, et qui reçoit maintenant une précieuse confirmation par le génitif sing. Marlialici(s) de la taldette magique n'^ 231 .
b) f'ulutor: futrix.
Le féminin de nutritor, qui devrait être *nuin'trix, apparaît, comme on sait, dès le début sous la forme nutrix par suite de dissimilation syllabique. Or, il est intéressant de constater que le contraste de nutritor: nutrix, en a engendré plusieurs autres du même genre. Un exemple a été relevé naguère par Bue- cheler, Glotta, I, p. 3; c'est veslitor: vestrix, ce dernier attesté sur une inscription de Rome, C. /. L. VI, 921 i : Sellia Epyre de sacra via auri vestrix. Un second nous est fourni parjututor:
76 MAX MEDERMANN
futriw fotrix = fiitrix ayant été reconnu par Buecheler (qui ne s'en est plus souvenu au moment où il rédigeait l'article précité de la Glotta ) dans la defixio amatoria de Calvi Risorta publiée par M. Audollent sous le numéro 161: Dii inferi C Babulliiini et fotr(icem) ejus Terîiam Salviam etc. (apud Ihm, Epbemeris epigr.. Vlll, p. 135). Enfin, comporîrix se lit C. G. L. IV, :241, 19 [gerula : niitrix. comportrixw le masculin il est vrai, n'est encore représenté que par portator.
Tous les féminins précités sont donc calqués sur niitrix suivant la formule nutritor : nutrix^vestitor, futiiior, (coi n^ por- tator : A, et ce serait une erreur que de les croire sortis phoné- tiquement de *vestitrix, fututrix, comportatrix qui ne se trou- vaient pas plus dans les conditions requises pour une dissi- milation syllabique que le masculin nutritor, lequel, eifective- ment a persisté intact '. Par contre, vestilor, fiitutor, Çcom)por- tator auraient pu se dissimiler en ^vestor, yntor, *{co}i{)porior\ s'ils ne l'ont pas été, c'est que précisément le contraste vestitor'. V€sirix, futiiior : fiitrix: comportaior '. comportrix était trop ancré dans le sentiment des sujets parlants pour qu'une pareille dissimilation eût quelques chances de se produire. 11 est exact qu'on rencontre une fois arjvAportor pour anniportator \C. G. L. IV 31 1. 1 , mais cette forme, loin d'infirmer ma manière de voir, lui procure au contraire un précieux appui ; c'est une exception qui confirme la règle. En effet, armiporlator ne com- portant pas de ft'minin, en raison de son sens, la dissimilation ne se heurtait ici à aucun obstacle -.
1. On ne taxera pas davantaofe comporîrix de haplographie de copiste, comme 1" a fait M. Pokrovskij, Mater ialy dlja istoriceskoj gramniatiki latinskago ja:0'ka Moscou, 1898 >, p. 197 et Journal de Kiibii, XXXVIII, p. 280. En prin- cipe, on pourrait n'y voir qu'une simple faute d'inadvertance, mais l'exis- tence de î'«//-/.v et de/////-/v interdisent formellement une telle hypothèse. Il est à remar([uer, au surplus, que, comportatrix étant synonyme de Jiu- trix. l'analog-ie avait ici particulièrement l)eau jeu et que, dès lors, le doublet comportrix est si peu surprenant ((uon aurait bien plutôt peine à concevoir qu'il ne fût point attesté.
1. Noter en passant portator employé comme féminin dans la glose gerula: nutrix, portator C. G. L. V 20^), 10. C'est le pendant exact de haec
LA LA>"GUK DES TABLETTES D EXECRATION LATINES i i
Toutefois, le contraste dont il vient d'être parlé, quelque significatif qu'il ait été, n'a jamais pu faire sortir de lusag'e les féminins primitifs fututrix et comportafrix, ce qui, d'ailleurs, n'étonnera personne, fututrix est attesté C. /• L. IV, 220i et chez Martial, XI 23, 4 ; 62, 10; comportatrix C. G. L. IVo2l, 53; 588, 24; V 502, 30.
Il reste à dire un mot du féminin allemand Zauherin que l'on pourrait être tenté d'assimiler à nidrix en supposant une dissimilation syllabique Zaïihercrin (moyen haut ail. ~ouberae- rinne) > Zaubenn, dissimilation cpii n'aurait pas atteint le masculin Zauherer. parce qu'on ne pouvait laisser celui-ci se confondre avec Zaïiber « magie ». Mais l'existence d'un doublet Zauhrerin ne laisse pas que d'être très embarassante. Faut-il croire que le pv'\n\\i\î Zauherer in ait subi deux traitements diffé- rents qui seraient l*' la dissimilation syllabique, doiiZatiberin, et 2*^ la syncope, d'où Zaubrerin^ ou faut-il n'admettre que la syncope et ramener Zauberin à Zaubrerin, dont le premier r serait tombé par dissimilation, mais aurait été partiellement rétabli par des considérations d'ordre étymologique? L'absence d'un critère sûr pour choisir entre ces deux solutions nous oblige à suspendre notre jugement ; ce que j'ai voulu montrer, c'est que le couple allemand Zauberer : Zauberin ne rentre pas nécessairement dans la catégorie des exemples latins cités plus haut.
c) albastrus.
Dans trois tablettes provenant des fouilles de Sousse et contenant des imprécations contre des chevaux de courses du parti adverse (nos 272, 273 et 274), on rencontre un cheval
osor (Placiduft, C G. L. V 90, 18 = 128, 6 : hic et hacc osor, osn'x enim dict non potest uisl ah iniperitis) el amator f. clans une inscription dos premiors temps de l'Empire [Notiiie degti scavi^ année 1906, p. 145, n" li Ursia . . . coujunx A. Avidi Summachi^ fida amator conjugis sui . . . (Buechelor, Glolta, 1, p. 3 et suiv.)
78 MAX NIEDERMANN
nommé AJcastnis. Ce nom, à la différence de ceux qui le pré- cèdent et le suivent, est vide de sens, ce qui ne paraît pas avoir frappé l'éditeur. Je ne crains pas d'affirmer que c'est une faute de lecture et que, sur les documents orig^inaux, on doit trouver AJhastnis. Ce serait un cas analogue à celui qui se pré- sente au nviméro 140, A 8 et B 3 M., où M. Audollent imprime merilas et nicrilas en ajoutant expressément « lectio certa est», tandis que M. Wuensch, Berliner philoJ. Wochenschrift, année 1905, col. 1078, déclare que le fac-similé publié dans \e.i^ N oti:;ie degli scavi de 1901 porte aux deux places medulas '.
Le nommatif sing. Albastrus pour Alhaster est corroboré par tetrus pour t[a]cter, nihnis pour ruher etc. [teter non tetrus Appendix Probi, 138. éd. Heraeus ; tetrus'. av,z-tv/'zz, 7.]j.y:jç,zz C. G. L. Il 195, 47; ly.vbzc: flavus, rubrus, riiheus C. G. L. II 377, .51) qui sont évidemment dus à Tanalogie [ïoYiwwle foed a ^ russa : foedus, nissiis = taetra^ ruhra : x ou hien foedi^ nissi : foedus, riissus = taetri, riihri • x) ~.
Albastrus est à la base de roumain albàstui qui signifie c bleu clair ». Le fait que les mêmes lamelles de plomb qui offrent Albastrus ainsi que deux autres trouvées au même endroit (les n°^ 280 et 281) mentionnent un cheval du nom de Roseiis donne à penser que ce sens est ancien.
1. Sans connaître le compte rendu de M. Wuensch, j'avais moi-même émis l'hypothèse que merilas, nicrilas représentaient medullas [Woct^enschrift f. klass. Philologie, année 1906, col. 953.964). Ce que j'ai dit, /. c, surTr de merilas que je croyais retrouver dans l'ancien italien le merolla do'il natu- rellement être considéré comme non avenu.
2. D'après tetrus, rubrus pour t[a]eter, ruher on a forgé ensuite acrus, *alecrus pour acer, alacer [acre non acruiu Appendix Probi 41, éd. Ileraeus, acruiii Mulomedicina Chironis, éd. Oder, p. 171, 30; 249, 31 ; 208, 10 ; 259, 4; 277, 15; ital. allegro <*alecrum, forme apophonique conservée dans la langue vulgaire comme p. ex. sepero, tandis que le latin littéraire ne connaissait que les recompositions alacrem, sépara). Enfin, acrum pour acreni a entraîné la création d'hétéroclites tels que elegaiituni, eiiiineiiium pour elegantem, eminenteni {Elegantu{m) Audollent, n°s 275 et 279, en regard de Elegante{m), ibid., n"« 276, 278, 283, 284, et Eminentum, n" 275 en regard de Eminenteim), n" 284).
SUR L'AORISTE SIGMAÏIQUE
PAR
A. MEILLET
SUR L'AORISTE SIGMATIQUE
PAU A. MEILLET.
En général, l'aoriste indo-européen n'était pas caractérisé par une formation spéciale ; il n'y avait pas de catégorie de thèmes exclusivement propre à l'aoriste, et c'est ce qui fait qu'on parle souvent d'un groupe du présent-aoriste. L'aoriste ne se laisse définir et distinguer du présent, au point de vue morptaologique, que par un seul trait : on nomme présent un thème qui, à l'indicatif, admet à la fois les désinences pri- maires et les désinences secondaires, ainsi Xeir.M, s Xst-sv ; on nomme aoriste un thème qui, à l'indicatif, n'admet que les dési- nences secondaires, ainsi sXf.Trcv. Au principe général il n y a qu'une exception : l'aoriste sigmatique, qui n'admet aussi que les désinences secondaires à 1 indicatif, mais dont le thème présente de plus une caractéristique d'aoriste. Sans doute l'élé- ment suffixal *-s- se retrouve en dehors de l'aoriste ; il fournit certains présents, et il est la principale caractéristique du futur et de certaines autres formes ; mais tout ceci est acces- soire ; et, si l'on observe le sanskrit ou le grec, on y aper- çoit immédiatement une grande catégorie de l'aoriste en -s-, ayant une formation spéciale. Pareille anomalie mérite d'être examinée.
L'aoriste sigmatique apparaît d ailleurs comme une forma- tion singulière à plusieurs égards.
1" Les suffixes athématiques comportent le vocalisme nor- mal indo-européen ; ils sont de la forme *-men-, *-tei-, etc., avec toutes les alternances de la voyelle e. Au contraire, le suffixe Mélunges Sanssiire 6
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*-s- ne comporte une voyelle dans aucune de ses formes ; tout se passe comme s'il existait un suffixe purement consonan- tique *-5-. L'étrangeté de cet état apparaît si Ton définit la cellule morpholof^ique, avec M. F. de Saussure, Mémoire, p. 18G : Groupe de phonèmes ayant, à Fêtât non affaibli, le même a ' (c.-à-d. ^) pour centre naturel. Or, cette définition semble s'imposer pour tous les autres suffixes.
2" Les alternances vocaliques employées dans la flexion n'intéressent que l'élément prédésinentiel, jamais l'élément présuffîxal (F. de Saussure, Mémoire, p. 186). L'exception que semblent faire au premier abord les formes du type véd. dcîru, drûuah n'est pas réelle; car elle est toujours liée aune varia- tion de suffixe à l'intérieur de la flexion (v. A. Meillet, Intro- duction-, ^. 277 et suiv.). Or, les alternances vocaliques de l'aoriste en -s- ont lieu à travers 1'^ suffixal : l*" pers. sing-. act. âyâinsam, moy. y ainsi ', S*" sg-. act. âyân^ moy. àyainsta, etc. — Surprenante par sa disposition, l'alternance vocalique de l'aoriste l'est aussi par sa nature. En effet elle comporte à l'ac- tif un degré long, attesté à la fois en indo-iranien, type skr. avât, et en slave, typev. si. vèsii\ or, le degré long n'apparaît guère d'ailleurs qu'en syllabe finale, ou devant une série de brèves (type skr. bhâvâyati, cf. v. sL -havitû). Au moyen, le degré employé en sanskrit est le degré zéro ou le degré a (i.-e. *^ ou *o), suivant que la racine se termine par sonante suivie d'occlusive ou par une seule consonne, soit âdiksi, àhhutsi, asrksi, mais ânesi, dstosl, dmainsi, etc., contraste étrange, et qui ne se retrouve pas dans d autres sortes de thèmes.
3^ L'emploi fait de l'aoriste en -s- difTère profondément d'une langue à l'autre; fréquent en indo-iranien et en grec, il se trouve aussi très souvent en slave, tandis qu'il manque en baltique ; il fournit beaucoup de formes au latin, aucune à l'osco-ombrien ; il existe en irlandais, mais le germanique Fignore. Cette répartition, qui ne répond à aucun des grou- pements dialectaux connus, est tout à fait surprenante.
Ce qui sans doute rend compte de tout, c'est que, comme on va essayer de le montrer, l'aoriste sigmatique est toujours
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une formation secondaire, c'est-à-dire une formation qui ne se rattache pas directement à une racine, mais qui est dérivée d'autres thèmes existant dans la langue.
Il est du reste malaisû de voir quelle place, en tant que thème primaire, occuperait l'aoriste sig-matique dans le sys- tème indo-européen.
S'il s'ao-it d'une racine qui fournisse un présent duratif du type thématique, c'est-à-dire en général paroxyton et à voca- lisme radical de deg-ré c, on en obtenait aisément l'aoriste au moyen du type thématique oxyton et à vocalisme radical de deofré zéro. C'est ainsi que, en regard du présent attesté par gr. A£ {-£'//. g'o t. Icihivan (v. h. a. Jîhan), lit. Jëkù. on aie thème oxy- ton à suffixe zéro attesté par gr. /.-.ttciv. v. h. a. liici « tu as prêté )),arm. elikb « il a laissé ». skr. class. aricat: en regard du présent skr. hôdhati, h.o\n. -ijhizhy.'..\ . h. a. hiotau, v. si. bJjiida. on a l'aoriste véd. hiidhànîa, gr. -jhizHoL^, v h. a. biili, et sans doute V. si. *bùdu. non attesté, mais supposé par le dérivé biinati. L an- tiquité de ce contraste des deux types est bien établie. M. Del- briick a montré que. en sanskrit, le type paroxyton et le type oxyton, tàrati et lirâti par exemple, ont des valeurs distinctes iFergl. Sx)it., II. p. 90 et suiv. , ; mais en sanskrit il n'y a pas en général contraste d'un présent et d'un aoriste ainsi constitué, et les cas tels que mrôcati : afiirucat sont isolés. En grec, au contraire, le type a-.-îîv est largement représenté, et ceci est d'autant plus remarquable qu'il a évidemment cessé d'y être productif depuis une date très ancienne. En slave, le même type a servi de base à la grande catégorie des verbes à suf- fixe nasal V. \i. S. Z.. XIII, 203 et suiv. . En germanique, ils ont fourni la 2^ personne des prétérits du germanique occi- dental à une grande partie des verbes forts. L'arménien même a conservé quelques formes telles que elikh, egit ^=skr. âvidat). Le sanskrit suffit à montrer que l'opposition du pré- sent et de 1 aoriste n'avait pas en indo-européen la précision et la rigueur qu'elle a prises en grec. Et en etVet, d'anciennes formes à vocalisme radical e, par exemple yîvetO^:'.. peuvent servir d'aoristes pourvu (jue le sens de la racine s'y prête et
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qu'une autre formation (en Tespèce Y^yveaGai) fournisse le pré- sent; en arménien, il arrive qu'un même thème fournisse à la fois le présent et l'aoriste : présent berê « il j)orte » ^= skr. bhàrali^ aoriste cher « il a porté » ^skr. âhharat] en slave, l'an- cien imparfait thématique, disparu presque tout entier à l'é- poqvie historique, a fourni à l'aoriste certaines formes qui lui manquaient, ainsi vede, nese^ etc. de veda ficsa,, etc. com- plètent le paradij^me des aoristes vêsn, nèsih etc. Dans tout ce groupe des présents-aoristes thématiques, on ne voit pas que l'aoriste sigmatique trouve naturellement une place en indo-européen.
Quant aux racines qui fournissent des présents-aoristes a thématiques, il y a deux cas à considérer.
Si la racine exprime l'action pure et simple, sans indication du développement, le thème radical est naturellement un aoriste, et cet état est presque entièrement atteint dès l'indo- européen; un thème plus complexe, qui est souvent un thème à redoublement, est alors affecté à l'expression du pré- sent ; c'est le cas du type skr. àdhàt, arm. ed^ gr. £0£[j.£v en face de skr. dàdhcimi^ gr. tiOt^ixi, lit. desti et de arm. dnem ; on en a de nombreux exemples. Ce n'est pas que le type à redouble- ment soit réservé au présent ; il y a des aoristes anciens qui sont des thèmes à redoublement, par exemple skr. âvocatn = ^r. è'(f)£iKOv ; mais l'expression de la répétition ou de l'in- tensité particulière de l'action par le redoublement se prêtait bien à fournir des présents (cf. Ul'janov, dans Sbornik Fortiinatov^ p. 703 et suiv.). Les thèmes radicaux n'étaient du reste pas réservés exclusivement à l'aoriste en indo- européen: le latin a encore le présent J^/(^/^r^), en face de skr. àdàt^ arm. et^ gr. à'os[j.£v, et [con-)dit, {crè-)dit, etc., en face de skr. âdbât, etc. ; le présent dat n'exprime pas le déve- loppement de l'action : il est perfectif. De même, pour obtenir un présent imperfectif de la racine *dhê-, les dialectes italiques ont recours à un nouveau thème : lat. faciô. Telle racine, dont on ne possède avicune forme radicale simple, se dénonce cependant comme ayant valeur d'expression de l'ac-
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tion pure et simple; ainsi *sè- « semer », dont on a en latin le présent à redoublement sera, et ailleurs le présent en *-ye- (du type slave daja « je donne )>, imperfectif, en face de dann) : V. si. sèja, lit. séju, got. sala.
Si au contraire la racine exprime le développement de Faction, le thème radical est un présent, et la racine ne com- porte pas d'aoriste ; c'est le cas de skr. àsti, gv. Ï7-1, v. si. jeslû, lat. est, ^^ot. isf. arm. ^'5 etc., ou de skr. vâfi, gr. à'(f)r,:7'., par exemple. Dans les cas de ce genre, si l'on a besoin d'ex- primer l'action pure et simple, on recourt d'ordinaire à une autre racine, et c'est pour cela que c'est auprès des racines de ce g-enre qu'apparaissent la plupart des cas de supplé- tisme connus; mais la fixation du type supplétif a eu lieu séparément dans chaque langue, et la racine à laquelle est emprunté l'aoriste diffère d'une langue à l'autre : skr. àtii, àghah \ arm. iitem^ hcray [^^ pers. ckcr)\ gr. £c;j,£va' (et ÈjOto)), sça^sv ; le slave, qui a largement développé l'aoriste sigmatique, a créé jasn [jaxii) en face de janiï : c'est une innovation qui montre seulement la puissance productive du type en -s- en slave. — Dans tous les cas, l'aoriste en -s- n'apparaît que postérieurement, en vertu de l'existence d'un système général, ou bien fait entièrement défaut.
L'indo-européen avait des aoristes sigmatiques ; mais on voit combien petite en était la place dans l'ensemble du sys- tème verbal ; et en effet les exemples qu'on a des raisons solides de tenir pour indo-européens ne sont pas nombreux. L'un des principaux est : skr. àdiksi, àdista (et adiksat), gâth. dais « que tu montres » (v. Bartholomae, Altiràn. Wôrt. sous daês-)^ gr. Issiça, lat. ^/a7 ; il est impossible de déterminer quel était le présent de cette racine en indo-européen ; le sanskrit a diçàti qui ne se retrouve pas en iranien ^tandis que le tvpe intensif dédistc a un correspondant gâth. dacdôist) ; le gr. c£{xvû;j.t a été fait sur £C£i;a ; seul, le groupe occidental a *dcikc- : gcU. -ieihan^ lat. Jzrô (ancien deicô), osq. deikum, irl. do-dêcha. In autre exemple qui paraît bien établi est : skr. avàî {avâksam), zà-va^at^ cypr. ifîHî (? ; v. Hoffmann. Gr. Dinl.. I, n*^ ()6),
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pamph. '.7f£:£ (? ; v. R. Meister, Ber. d. Gcs. d. IViss. ~. Leipiig. Phil. -hist. CL, LVI, p. 41), v. si. vcsu (peu probant), lat. uexi (ou iicxi ?j ; il y ^ ici un présent très sûr : skr. vâhati, zd va:^aiti, v. si. l'^'^t'///, lit. ve^a, got. -wigi^, lat. w^^// ; une forme aoristique à vocalisme radical zéro où le *:c- initial serait vocalisé a été évitée. Mais la plupart des exemples (jue rapproche M. Brugmann, Grundr., II, § 812, et Abrégé de gr. cornp., § 703, sont dépourvus de toute valeur probante pour établir l'existence indo-européenne de telle ou telle forme.
Pour qu'on ait le droit de rapprocher des formes de diverses langues de même famille en les rapportant à un original commun, il ne suffît pas qu'elles soient phoné- tiquement superposables : ce n'est là qu'une première condition préalable, la condition de « possibilité )>, et c'est à tort qu'on se contente souvent de cette simple possibilité ; deux formes superposables n'établissent l'existence d'un original com- mun en indo-européen, que si elles n'ont pu être créées indé- pendamment dans chacune des langues où elles figurent. En appliquant ce principe, on voit s'évanouir presque tous les aoristes indo-européens en -s- supposés. Ainsi tous les pré- sents grecs en "^-ye- sont accompagnés d'aoristes sigmatiques ; il n'y a donc rien à conclure de sTsiva, è'ç/Oî'.pa, etc. Tous les verbes lituaniens ont un futur ; il n'y a donc rien à conclure de lit. remsme, etc. L'aoriste slave de tous les thèmes ter- minés par voyelle est en -s-\ il n'y a donc rien à conclure de phixiî, daxu, etc. Skr. àtasi, âdisi, dâsat, etc. sont des forma- tions nouvelles qui s'expliquent en sanskrit même, on le verra. Si l'on élimine toutes ces formes et celles qui donneraient lieu à des critiques analogues, il ne reste presque plus de thèmes d'aoristes sigmatiques qu'on puisse valablement employer pour démontrer le caractère indo-européen du type, et le nombre des exemples se réduit à quelques unités ; les deux plus solides ont été notés ci-dessus ; il y en a sans doute quelques autres plus malaisés à déterminer.
Ceci posé, il reste à examiner séparément chacune des langues qui présentent des aoristes en -s-, et à faire ressortir la nouveauté de la plupart des formes.
SLR l'aOIUSTK SKl.MATlOLi; 87
1^ Indo-iranien.
L'aoriste en -s- est toujours radical en indo-iranien, parce que les thèmes dérivés, et notamment les dénominatifs, n'y ont en général à l'époque ancienne qu'un seul thème à formes personnelles, celui du présent. Mais ces aoristes sont en général des substituts donnés à des -aoristes purement radicaux, athématiques pour la plupart, dans des cas où ceux-ci vieillissaient et tendaient à disparaître.
Le moyen indien présente tout achevé le résultat de ce développement. Ainsi le pâli, qui n'a plus que des traces isolées de l'aoriste purement radical thématique ou a thématique, a donné à chacun de ses présents primaires un aoriste qui repose sur le type de l'aoriste sigmatique : pivi « il a bu », stiiji (( il a entendu », piicchi « il a demandé » (cf. la forme toute différente véd. aprâksït), etc. ; des faits analogues se retrouvent dans les pr;d;rits. Même dans les plus vieux textes védiques, on rencontre isolément les îovmes ànindisuJp (R. V.), nindisat (A. V.) faites sur le présent niridati] il est vrai que l'extension de la nasale n'est pas propre à l'aoriste ; le parfait a nindima à côté de ninid/ih, du participe aoriste fiidânâb et du désidératif nhiitsati, évidemment parce que la forme attendue *jîinidiî}ia présenterait une de ces successions de brèves que le sanskrit et le grec s'accordent à éviter autant que possible ; et la nasale apassé aussi aux noms : nindita (R. V.), ninda (A. V., à côté de nid-W. V.), etc. L'Atharvavéda aajîvJf, fait sur jjvati. Mais ce ne sont encore que des cas particuliers, relativement rares.
Ce qui est plus significatif, c'est que déjà en védique l'aoriste sigmatique remplace en ceitaines conditions Taoriste radical pur. Soit les thèmes i.-e *dhc- et *dô-, dont les repré- sentants ont été indi(|ués ci-dessus, p. 8i : le sanskrit a bien conservé âdhâl eiâdât, et l'Avesta ^r// ; or ces thèmes se main- tiennent régulièrement devant consonne, ainsi en védicjue : dam, dàlh dât, data ni, data, et aussi ad iibàh, adila, adiniahi ; dhàni, dhâh, dbât, dJnmabi, dbisvà, etc. Mais les désinences à initiak^ vocalique et la caractéristique -rt- du subjonctif étaient obscur-
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cies avec un thème dà- ou dbâ- ; c'est alors qu'on recourt plus ou moins complètement à la forme sigmatique ; le védique a encore âdbiih, dhuh et àdtih^ diib ; mais on a aussi dhàsnh; le Rg'veda a dâsat, dasalhah eA dbâsalhah, dhâsatha au subjonctif, l'Atliarva adisi au moyen, et l'on a d'ailleurs ^J/V^'/^/, adbisi, adbi- ^ata. Il y a ici une innovation évidente du sanskrit, qui ne se retrouve même pas en iranien ; car la forme dis- que croit reconnaître M. Bartholomae dans un passage gâthique obscur (Y. LI, 1 ; V. Bartholomae, Altiran. Wôrt.. col. 722) est plus qu'incertaine à tous égards. Ce type d'innovation rentre dans un procédé général connu : quand un thème se termine par voyelle et que l'élément morphologique qui doit s'y ajouter commence aussi par voyelle, il tend à s'insérer entre les deux une consonne qui les sépare et maintient la clarté, à la fois du thème et de la désinence ; c'est ainsi que s'expliquent les génitifs pluriels sanskrits en -^-?/-^/;/, latins en-â-r-uui, etc., par exemple ; le point de départ d'innovations-analogiques dont la nécessité se fait si vivement sentir est souvent très petit et difficile à déterminer. En face de skr. àstbàt {= gr. sarr;), moyen âstbiia, on a de bonne heure aslbisi, astbisata, et, dans TAvesta, le subjonctif stânbaf. S'il n'y a guère de formes pareilles pour âgâm {= gr. ï-j-qy), c'est que cet aoriste ne comporte pas ordinairement les désinences moyennes ; toutefois on signale agîsata (3'"^ plur.), d'où ag'isfbâh, etc. Il faut signaler aussi véd. rasi « j ai donné » = gâth. râbî^ de la racine indo-iranienne râ- ; sauf le subjonctif véd. ràsat, on n'a guère de cet aoriste que des formes moyennes (impér. rasva, 2^ plur. ârâdbvamy etc.), et, par suite, unique- ment des formes sigmatiques ; le thème râ- d'aoriste n'est pas attesté.
La forme en -s- se rencontre dans les mêmes conditions que dans àdâiu : àdisi, pour les racines en -w-, qui ont -a- au degré zéro : âtan, alatbâb, âtala, mais atasi (le Rgveda a encore la S'"*^ plur. moy. atnata ; mais l'alternance : /a-, tn- n'était plus comprise), v. ^Mlitney, Skr. gramm., § 881 e et 881 b. Justifié en principe seulement devant voyelle, le type a été
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étendu et se trouve aussi devant sonante ; de là agamam, agan {== arm. ekn)^gata. etc. (et 3'"'^ plur. agman R V.)^ j\\d\s agas- ahi[ /;/R. V.). Le caractère secondaire de ces formes ressort du degré zéro, auquel est leur vocalisme; en pareil cas, le voca- lisme normal est -a~ en indo-iranien dans les formes relati- vement anciennes, comme véd. uiainsi = -gâth. vPnghî « j'ai pensé, j'ai cru» et véd. vâinsi, à côté du subjonctif véd. vâinsat z=z gïxih.vmghaf \ seul, le lourd suffixe de l'optatif entraîne le vocalisme radical zéro : viasJya, viashuàhi et vasîmahi (à côté de vamsiuidhi). L'usage de l'aoriste en -s- au moyen s'est même étendu à des racines où il n'était pas indis- pensable; par exemple, le Rg-veda présente à côté de âhema, Aheta, ahyan, et du participe hiyânâh, une 3'"'" pers. plur. moy. ahesata i^ahiyata aurait, il est vrai, fourni une trop longue suite de brèves).
Abstraction faite de toutes les formes archaïques — formes anciennes ou formes correctement refaites sur des modèles anciens — il y a donc en sanskrit beaucoup d'aoristes sigma- tiques sûrement récents ; le type se comporte comme un type secondaire et fournit des élargissements de thèmes radicaux purs.
En ce qui concerne le type thématique, il est plus difficile de rien constater de précis. Toutefois on peut utiliser ici une remarque de Whitney, Skr. gramm.^ § 846 : l'aoriste théma- tique en -a- ne fournit guère que des formes à désinences actives ; pour le moyen, on recourt à l'aoriste en -s-. U est peu probable qu'il y faille, avec M. Hirt, I, F., XVI, 92 et suiv., et Hdh. d.gr. L. u. F. lehre, § 461, chercher une parti- cularité indo-européenne ayant des causes lointaines. Deux circonstances contrariaient un fréquent usage des formes moyennes de cet aoriste : d'abord la 1'"'' personne du sin- gulier a une finale identique à celle des formes primaires, ainsi dans âJ}{u)ve ; et d'autre part, un certain nombre de formes, et notamment une forme aussi fréquente que la 3"'*^ personne du singulier se présentaient avec une suite de brèves à laquelle la langue répugnait ; en regard de la
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3™^ pers. pliir. [a)hudhanla^ on attend par exemple *abitdhata, qui n'est pas attesté en fait. C'est ainsi que la lang-ue a été amenée à créer une 1'"'' pers. sing". àbhutsi (HV), une 3'"'' pers. plur. àhhiitsata (AV.), d'où l'*" pers. plur. àhhut- smahi ; ce thème d'aoriste en -s- est sans doute indépendant de celui de l'aoriste slave bljiisû^ fait sur le présent bljuda « j'ob- serve », et qui, rentrant dans un type général nécessaire du slave, ne contribue en rien à établir le caractère indo-euro- péen d'un aoriste siii^matique pour cette racine; l'iranien ne fournit malheureusement aucun aoriste ici ; le grec n'a que kT,'jbb\rfiv. En face de skr. àvidal {= arm. egil)^ gâth. vidât (le présenta un infixé nasal : zd innasîi, vlndaite, skr. vindâti), le védique a la l'*^ pers. sing-. moy. avilsi, qui n'a de correspon- dant nulle part; l'Atharvavéda présente la 3'"^ pers. plur. moy. [a)vidanta et avidat, mais non pas le singulier correspon- dant. En face de l'aoriste thématique drçan^ drçéyam (cf. gr. l'cpaxcv), on a 3*^ plur. àdrhsata (RV.), et le subjonctif ^r^j-^^t' (la forme à pari ad rçr an n'établit pas l'existence d'un thème darç-, drç-). En face de skr. class. alipat (cf. v. si. -])pn qui en garantit l'antiquité , on a la 3"'^ plur. alipsata (HV.). L'Athar- vavéda a niksi à côté de anijam (le grec à'vi^a n'est pas à rappro- cher, puisque le présent est en ~ye- : v'.^(.), puis v'ttto)). Le pré- sent skr. viçàti est accompagné d'une 3'"*^ pers. plur. en -ran : ^l'/fm/z, et des formes sigmatiques : 3"''^ plur. moy. Aviksata, 1''^ plur. moy. âviksinahi ; on pourrait rapprocher cet exemple des précédents, mais on doit noter que l'un de ceux où le sanskrit a été de bonne heure conduit à employer d'une manière générale l'aoriste en -s- est celui où le présent était du type ludàti ; on a ainsi asrâh^ asrhsi, asrsta (que rien n'empêche de tenir pour un aoriste sigmatique), asrksata, en regard de srjâti = zd hrP- :(aiti (cf. pers. hiJain). Ces aoristes sigmatiques ne se retrouA^ent pas en iranien.
Un présent radical comme skr. dôgdbi.diihântij ne peut natu- rellement être accompagné d'aucun aoriste radical; M. Wac- kernagel vient de montrer très iinement que la forme véd. â!j///M/estune transformation de <7^///;rt, et non un aoriste radical
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thématique (K. Z., XLI, 309 et suiv.) ; pour obtenii un aoriste, le sanskrit a donc dû recourir au type en -s- : de là adbiiksala, àdhiik- sût, etc. ; la racine n'est pas attestée en dehors de l'indo-ira- nien, et Ton n'en a même pas la forme en ancien iranien, de sorte qu'il est malaisé d'apprécier le degré d'antiquité de ces formes sigmatiques. Le présent skr.^^yt' =g"r. y.stTJC' n'était sans doute accompagné d'aucun aoriste en indo-européen ; des formes «yg- matiques se sont créées en sanskrit ; on n'en trouve pas non plus l'équivalent en iranien. L'indo-iranien a un thème de pré- sent *vrt//o^-, à côté de*ynnag-, ainsi skr. yujc ; le prétérit de ce thème *yaug- fournit en sanskrit des formes qui tiennent lieu d'aoristes ; mais la 3'"^ pers. du plur. moy. ayiijata donnait une suite de brèves; de là ayuksata dès le Rgveda (et âyîiksàtâfii) ; yujata existe aussi, mais était si choquant qu'il a été fait une 3'"^ plur. yiijanta (aussi RV.) ; il ne faut donc pas rapprocher véd. ayuksata de gr. ïZz.u^x.
Laracinede gr. ^Épto ne comportait en indo-européen niaoriste ni parfait : le grec recourt à f,v£Yy.cv, vrr^yzyoL, le latin à tuJj ; le vieil irlandais a do nie « il a emporté », en face de do hiit)- a j'emporte », et do rat us « j ai donné », en face de do hiur « je donne ». Si l'arménien a un aoriste bcri « j'ai porté », en face de beriin « je porte », c'est qu'il emploie ici comme aoriste l'ancien imparfait : arm. eber ^= gr. 'i^zpt, skr. àbharat. Les formes slaves buraxu, bûraviï ne sont pas des formes radicales; elles présentent l'élément -a- qui se rencontre à peu près nor- malement en face des présents en -je- (type pisa, plsati), c'est-à- dire dans des formations secondaires ; c'est sans doute, comme on l'indique ci-dessous, p. 93, le même c[ui se retrouve dans les prétérits latins er-â-s, dlxer-â-s, dicc-b-â-s, etc., dans le type lituanien bùv-o, dans le type médio-passif arménien ber-a-y. Le prétérit germanique bar ne prouve rien ; en revanche, M. (iauthiot a reconnu dans la flexion du verbe germ. ^bruigait, une trace manifeste du type supplétif v. l'ar- ticle de M. Gauthiot dans le présent recueil). Le sanskrit même a la trace de l'inexistence primitive du parfait de sa racine bhar-\ car le parfait véd. jabhara résulte évidemment
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d'une modification du parfait supplétif /aM/ï7 par l'influence de la racine bhar-, (OstholT, SuppJctivwescn, p. 10 et suiv.). I/aoriste \éd. abbârsûffi, ûhbâr, bharsat isubjonct.) est donc une formation nouvelle, à lacjuelle rinfluence de ahârsam, ahâr ne doit pas avoir été étrang'ère ; cet aoriste sigmatique de hhar- n'a de cor- respondant nulle part, et notamment pas en iranien ; à l'inté- rie^ir même du védique, la rareté des exemples de l'aoriste abhârsani, dans une racine aussi employée que bhar-, montre que ce n'était pas une formation normale et courante ; on voit que pour former un aoriste nouveau tel que celui-ci, le sans- krit recourt au type en -s-.
2« Slave.
L'aoriste sigmatique est 23resque entièrement généralisé en slave. C'est celui de tous les thèmes verbaux terminés par une voyelle, donc de tous les verl)es dérivés : rax^iivièxu, sn- dèlaxû, vi^-bnâixû, etc. Mais il se rencontre également dans des types primaires ou d'apparence primaire. Seuls font exception quelques verbes dont le présent a l'aspect absolu- ment ou partiellement perfectif. comme v. si. pada eijida^ aor. padû, jidii^ et-les verbes à suffixe nasal dont, pour la plupart, le présent a été en réalité construit en partant de l'aoriste; ainsi V. si. -Ima (v. si. -lipna) suv-Iipii. Le slave n'autorise doncaucune conclusion particulière ; on en retiendra seulement qu'il a emprunté au type en -s- l'aoriste de tous ses verbes dénominatifs et déverbatifs. D'autre part, l'importance prise par l'aoriste en -s- dans le type radical tient peut-être à ce que, au présent, le type thématique oxyton à vocalisme radical zéro a largement prévalu : -nindy -mrèxn ; cvUa^ cvisn, etc. ; ceci rappelle le type skr. srjàtu asràk. Le type sigmatique se présente comme un moyen de caractériser l'aoriste, là où les autres formations n'existaient pas et ne pouvaient être créées.
La preuve que le slave ne doit pas son aoriste sigmatique à un usage fréquent de cette forme dans le dialecte indo-euro- péen qu'il représente, c'est que les langues baltiques qui représentent exactement le même dialecte n'ont pas trace d'un
SUR l'aoriste SIGMATIQUE 93
aoriste pareil. Le bal tique a au contraire développé une marque -^7- du prétérit qui se retrouve en italique : lat. cr-â-s, dlxer- â-s,dîcèb-â-s, cf. lit. biivo', « il était » kirto- « il a coupé d'un coup violent », etc. : 1 arménien a aussi une forme en -a- (dont 1'^/ ne s'étend pas au subjonctif) à l'indicatif et à l'impératif de l'aoriste moyen : cnax « je suis né ». Le slave-lui-mème a connu de pareils prétérits dont les aoristes tels que biïra-xu, gnna-xû (sur lesquels on a fait les infinitifs bfira-ti, gnna-ti) ne sont sans doute que des élargissements : ce n'est d'ailleurs pas la seule origine du type slave en -a-ti, comme suffirait à l'indiquer orati, en face de lat. arâre\ il est impossible d'essayer ici de faire un départ entre les origines possibles de si. -a-li en dehors, naturellement, des types de dénominatifs comme dèlati, et de déverbatifs comme padati). Mais, si le slave con- serve indirectement le souvenir d'une formation qui corres- 23ond à celle de lit. biiv-o. kirf-o, aucun diîdecte baltique n'a le moindre souvenir de rien de pareil au type v. si. jçsii, rèxu, etc. La formation d'aoristes en -s- n'avait donc pas une grande place dans le groupe dialectal indo-européen qui a fourni le slave et le baltique.
3^ Grec.
En grec comme en slave, le typesigmatique fournit l'aoriste de tous les verbes dérivés : iT^;j.r,7a, soVjAwsa, iz'Xr^iy., ic'y.a-a. èSajO.sj^a, etc. ^L Hirt a constaté avec raison i Hdb. d. ^r. L. ii. F.
Ci
Icbrc, § 4o7) que l'aoriste en -s- est en grec la forme propre des verbes dénominatifs et des verbes qui ne peuvent pas former un aoriste radical ; il est en voie d'accroissement à l'époque histo- rique. Un détail hien caractéristique est le suivant : on sait maintenant que les présents en *-^v-, tels que zyi'^u). iivni), etc., sont, malgré leur apparence primaire, des formations dérivées et secondaires; or, à tous ces présents répondent constam- ment des aoristes sigmatiques : zyi'lo), ï^yi-jy. ; t£{v(.), ïiiv/x, ÔaTTTo), =Oa'!/a, etc. Autre détail aussi caractéristicjue : le grec a créé, en face des présents moyens à valeur intransitive ou absolue des présents actifs à valeur factitive, parexenq3le zziOio
94 A. MKILLET
«je persuade », en face de r.d^z\).y.i (cf. lat. fïdô « j'ai con- fiance ))) ; si la forme à valeur in transitive a un vieil aoriste radical, comme TriOi^Oa'., le factitif actif reçoit un aoriste nouveau, qui est sig^matique : sTrî-ja ; de même 'é7-r,7x à coté de kaTr^v, = 9jja, à coté de 'éoûv, etc. (v. par exemple Stahl, 5)7//. d. gr. Vcrb., p. 63 : Rodenbusch, I. F., XXI, 117 et suiv.). M. Wac- kernagel (K. Z., XL, 5ii et suiv.) a montré que Faoriste sig- matique actif Tajjx était une formation nouvelle, en re<^ard de Faoriste radical moyen à/.Jirr^v, et M. Sommer {Glotta, I, GO et suiv.) a étendu la portée de cette observation. Enfin nombre d'aoristes en-ja ont été faits sur des thèmes en -r-, par exemple TT'.Ofi^aç, sur 7:16 y;-, d'où sort ég^alement-'.ôvjao) : ceci répond exactement au type, aussi secondaire, de v. si. iiunèxûy fait sur le thème i.-e. *m°;7^- (cf gr. tj.avrjva'.). Seul, le maintien de C7- intervocalique (et de -77- visiblement analogique) du type £y.p£|j.a7a, Èsidpîaa, etc. en dénonce le caractère récent, qui semble du reste évident de toutes manières ; aucune de ces formes n'a de correspondant exact hors du grec.
4*^ Celtique.
Il va de soi que 1'^ de v. irl. ro canis. m. gall. cercis « j'ai aimé » ne représente pas un -s- intervocalique indo-européen ; mais d'une manière quelconque, ces formes reposent sur d'an- ciens aoristes sigmatiques. Or, ce sont les verbes dérivés, les verbes faibles qui ont en irlandais le prétérit en -s-. Quant aux rares verbes forts qui ont à l'actif le prétérit sigmatique (v. Vendryes, Graniui. d. v. irl., § 338, ]). 177), la forme en -s- y apparaît nettement secondaire : -ihseni (( nous avons bu », est fait sur le présent ibim, donc évidemment secondaire et récent; ro gabus, « j'ai pris », esta coté d'un -présent gabi m , quiest du type en ^-ye- \ -/-, c'est-à-dire d'un type indo-européen secon- daire, comme on Fa rappelé à propos du grec; il en est de même de -neithitis, dont le présent nethini est du même type que gabim (v. Vendryes, /. r., § 385, p. 201). Parmi les dépo- nents du type fort, le prétérit en -s- est moins rare, mais il est aussi secondaire comme l'indique une forme telle que -muines-tar.
SLR l'aoriste SIGMAÏIQUE 95
Si l'irlandais a conservé des aoristes en -s- qui ne soient pas secondaires, ce ne peut être que dans les subjonctifs en -j^- du type fort, pour autant qu'on considérerait ces subjonctifs comme des « injonctifs ». Ces formations ne sauraient être séparées du type lat.^^.w eifa.xini, des futurs osco-ombriens. tels que osq. fiist omhv. fus!, et de tout l'ensem-ble des formations en -s- : présents, futurs, désidératifs, etc., sur lesquelles on reviendra plus loin. L'aoriste en -ç- de l'irlandais, qui siq3pose un ancien -ss-, rappelle beaucoup les formations en-ssô, -ssiui du latin.
o^ Latin.
Il pourrait sembler, au premier abord, qu'en latin les formes fournies par l'aoriste sigmatique aient le caractère primaire ; mais ce n'est qu'une apparence. Il est vrai que les types de conjugaison faible n'ont pas de formes sigmatiques. et que le latin a amâiiî en face de v. irl. ro carus. Mais les formes ànix^QdïxU si elles ne sont pas celles de la conjugai- son faible, n'en résultent pas moins, pour la plupart, de déve- loppements récents : entre l'indo-européen et le latin, il s'est écoulé une longue période de temps où il a pu se produire des innovations multiples ; c'est durant une partie de cet espace de temps que les formes en -sî se sont sans doute mul- tipliées. Les preuves en sont nombreuses.
Le verbe emo a pour perfectum êmî, et ceci se maintient dans les formes à préverbe, ainsi cximô^ exèiiiî ; mais l'alternance vocalique n'était plus claire ni même utilisable là où il y a contraction au présent : côiiiô, prômô, dèniô, si'iiiiô', alors on a créé secondairement, comme substitut, un perfectum en -s- : cômpsî, prômpsi, dêmpsl, sfimpsî; une trace de la forme ancienne est conservée encore dans l'archaïque siurniit, qui montre com- bien le perfectum en -s- est récent ici.
Celles des formes à préverbe de iaciô qui conservent la flexion en -/- de iaciô, iacis conservent aussi le perfectum iccL ainsi ahiccl ; mais le perfectum de aniiciô, aniicis n'a pas la forme en -iccJ dont le rapport avec ainiciô n'aurait plus été clair, et l'on a fait ûiiii.xl.
96 A. MEILLET
Leperfectum à redoublement perd, par haplologie, son redou- blement quand il est précédé d'un préverbe : siis-iull, ex-piilî, oc-curn, ac-ccndi (ici la forme à redoublement n'est pas attestée, parce que le simple manque), de -scendl (même observation), etc. ; on rentre ainsi dans le cas, très généralement évité en latin, où le perfectum n'est caractérisé ni par un suffixe, ni par le vocalisme radical, ni par le redoublement. Il arrive alors assez souvent que le latin recourt à une forme différente de celle du simple ; c'est ainsi qu'en face de cecinî, on a oc-cinm (sans doute d'après soniil ; en face de pcpigî, on a compêgl (forme évidem- ment analogique; cf. dor. Tré-ây^')- La nouvelle forme f^wwf, qui a remplacé l'ancien tetinï^ est sans doute issue de continu!, dêti- nuJ, etc. ; elle s'explique aisément par analogie. Dans plusieurs cas, c'est à la formation en -s- qu'on a recouru : de là coni- piinx'i^ dis-punxi, re-piinxU en face de pupugï, pepu^î ; Plante a prae-morsisset en regard de momordî ; d'autres exemples n'appa- raissent que plus tard.
Les présents à infixé nasal dont la racine se termine par une gutturale, et qui ont la forme en -s-, ont tous ce même infixe au perfectum, qui se dénonce ainsi comme fait purement et simplement sur le j^résent. La présence de l'infixé est très caractéristique; car, au moins quand la racine a un /, la nasale ne se retrouve pas en général au participe en -tus ; c'est ainsi qu'on a : fingô, finxï, fictiis ; pingô, pinxJ, pictus ; niingô, minxï, mictiis (exemple peu probant, parce qu'on a aussi le présent meiiô^ accompagné de m/vf, et que minctus est attesté) ; stringô, strinxî, slrictus ; ningnit, ninxit (cf. nix^ niiiem) ; uinciô, uinxï, uinctiis (avec 7Z, parce que nictus a un autre sens?) ; lingô, linxï, linctus. Les racines qui ont un // ou un a sont moins probantes, parce que la nasale y est étendue au participe en -iiis^ et ceci sans influence du perfectum: iiingô, iunxï (sur véd. ayuksata et gr. =Ç£u;a,,v. ci-dessus, p. 91), iunctus (à côté de iuguni) ; sanciô, sanxï, sanctiis\ pla?tgô, planxl, planctus (l'exemple pangô, pâctus est à part, à cause de la quantité longue de 1'^ de pâctus ; panxl s'est développé sans doute dans les formes à pré- verbe). L'extension de la nasale est curieuse dans ftingor, func-
SUR l'aoriste sigmatique 97
tus, où il n'y a pas de perfectum actif, puisque le verbe est déponent.
Cet ensemble de formes suffit sans doute à faire apparaître le caractère récent du perfectum en -s- en latin. Et d'autres détails viennent confirmer cette conclusion ; par exemple, un ancien dénominatif comme speciô a pour perfectum spexî. Un perfectum tel que inansl est très imprévu; car le type en -5- n'existe en latin que dans les racines terminées par une occlu- sive ou une sifflante ; mais le vocalisme de maii- qui ne peut s'expliquer que devant voyelle, dans inancù, nianêre, suffit à révé- ler que mansî est une formation nouvelle, sans aucun rap- port direct avec gr. ï\xi\vy..
La forme en -s- est celle à laquelle la langue a dû recourir là où le type en -//-, qui est de règle après voyelle [amâtiis, amâuii ; monitiis, inonnî\ etc.), le type à redoublement et le type caractérisé par le vocalisme étaient impossibles. Or, le type à redoublement n'existe guère en latin que pour les racines dont l'initiale est une occlusive, et même en particulier une occlu- sive sourde, ou -j-- + occlusive (type ^/^/z', scicidî, spopondî)\ il n'y a qu'un exemple de redoublement par/-, à savoir fefellJ, où l'on notera que /intérieur n'a pas le traitement phonétique, qui serait b ; il n'y a pas d'exemple de redoublement pour s ; il n'y en a qu'un pour m [moniordï] ; il n'y en a aucun pour le groupe consonne plus liquide : de là la nécessité de lat. planx'u en regard de go t. faiflok. Le type à alternances vocaliques ne saurait exister dans nombre de cas, notamment quand la racine comporte l'une des diphtongues er^ cl, en, cm, par exemple dans inergô, nicrsï ; ou quand il y a l'une des diphtongues en a, par exemple, dans sacpiô, sacpsî ; Jacdô, laesï, etc. Dans scrpô, serpsJ, il s'agit de plus d'une racine qui à l'origine n'avait pas d'aoriste : en sanskrit àsrpat (en face de sârpati) n'apparaît que dans l'Atharyaveda (v. Delbrùck, Fcrgl. Syiit., Il, p. 2il) ; en grec, l'ao- riste de ïpizj) n'existe pas chez Plomère, et est rare dans tous les textes (v. Jacobsthal, Gcbr. d. Tciiipora i . d. krct. Dia- lektinschr. [L F., XXI, Supplementband], p. 56), et l'aoriste de
Mélnntjes Saussure 7
98 A. .MKILLET
ce verbe est en attiqiie sïp-jsa, visiblement fait après coup (d'après srAy.uja) ; serpsJ est donc une formation, latine.
Si le perfeclum en -s- du latin continuait d'anciens aoristes, et n'était pas composé presque uniquement de formes nou- velles, il devrait présenter un vocalisme propre; or, les exemples de ce genre sont très rares; on a, il est vrai, dliûdô. dinisl (et aussi duilsiis, qui enlève de sa valeur à dïuîsi), et ceci concorde avec le vocalisme indo-iranien et slave ; mais le second exemple d'alternance entre un infectum et un perfec- lum en -s- présente un contraste exactement inverse : /7rô, iissi [ûstus) ; sans doute on peut expliquer ussJ par l'influence de ûslits {= skr. ustàh; comme diuisus par l'influence de d'iuisl] on peut supposer que iissi a été créé postérieurement sur ustus parce que toute aulre forme caractéristique de perfecturn de ûrô (cf. skr. ôsati^ gr. ejoj) était impossible. Mais il demeure vrai qu'il n'y a que deux exemples d'alternance vocalique dans le type en -s-^ et qu'ils sont contradictoires entre eux.
On s'est souvent demandé si la longue attestée par les gram- mairiens pour e Qi a dans les exemples comme tèxi^ rèxî, et sans doute uêxî, trâxî, n'a rien à faire avec le degré long de véd. âvât, V. si. vèsû ; rien du moins ne le prouve. Car cette longue se retrouve auparticipeen -tus, dsinsrêctiis, iëctus ; et elle n'y est pas analogique de l'aoriste, puisqu'elle se rencontre là même où il n'y a pasd'aoriste en-^-, ^\ns\à?insfrâc tusicon-frâctus ,an-fràctus) , àcttis[ad-àclns, etc.) LVet Va de ces formes sont donc produits par une action de la sonore suivante, assourdie devant /. Un / ne s'allonge pas dans les mêmes conditions, comme le prouve strlctus (fr. étroit, it. stretto) en face de stringô ; ceci tient à ce que / et u s'allongent en principe moins facilement que e et o, et surtout que a (cf. A. Meillet, Etudes sur V étyniologie et le voca- bulaire du vieux slave, p. 122); dans son Englische Lautdauer, M. E. A. Meyer a du reste montré que les voyelles sont d'autant plus brèves, toutes choses égales d'ailleurs, qu'elles comportent plus de fermeture buccale. — Rien ne prouve donc que l'aoriste en -s- ait gardé en latin un vocalisme spécial. Abstraction faite du vocalisme, qui n'y a rien de caractéris-
SUR LAORISIE SlG.MArKjLE 99
tique en général, le latin est la langue dont les formes en -s- rappellent le plus celles de Tindo-iranien. et ceci à deux points de vue.
D'abord on a lieu de soupçonner que, comme l'indo-iranien, le latin a possédé des aoristes en -s- thématiques, soit *-seio-. En indo-iranien, les aoristes de ce genre sont à peu près exclu- sivement propres aux racines terminées par une ancienne gutturale (prépalatale ou postpalatale), ainsi : skr. âkruksat. àdhuksat (la forme phonétique adiiksat, diihah est aussi attes- tée), aghuksût, âruksafj a m rksanl a, etc. (toutes les formes citées sont empruntées au Rgveda) ; l'Avesta a ii^-va^at ; l'aoriste dviksat de l'Atharvaveda s'explique par le fait que la racine dvis- a des formes pareilles à celles des racines terminées par une gutturale (ainsi dvésti. comme vâsfi). Ce type n'a pas de cor- respondant grec tout à fait sûr ; mais la seule forme qui ait chance d'appartenir à ce type, r;sv, a précisément une racine terminée par une gutturale (cf. Wackernagel, Veniiischte Bci- frâge, p. 47). Une forme comme lat. dixif (c.-à.-d. un ancien *deixed) a l'aspect d'une forme thématique, et rien mieux que l'existence d'un type thématique en *-se- ne facilitera l'expli- plication de la flexion du type lat. dîxJ, ftitudl, iienî, etc. ; or, dïxit est tout à fait pareil à skr. adiksat, au vocalisme près. Et ce sont les racines terminées par une gutturale qui fournissent la majeure partie des formes latines en -si : parmi les pré- sents à infixe nasal, seuls sont accompagnés d'un perfectum en -Si ceux dont la racine se termine par une gutturale, type finxî, iiinxi, etc. ; tout le petit groupe des verbes en -ctô a son perfectum en -a7 : plexh pexJ, ficxïy uexl ; et, parmi les formes en -si, celles qui appartiennent à des racines terminées par gutturale constituent à elles seules environ la moitié, ainsi algcô,alsï; augeô, auxï; etc. Tout cela ne saurait être fortuit, et le rapprochement avec l'indo-iranien est frappant.
Un second fait commun au latin et au sanskrit est plus cer- tain. Tout le perfectum latin présente un suffixe secondaire -is- qui ligure dans toutes les formations autres que celles du présent de l'indicatif; on a ainsi, uài-cr-ain^ ucn-cr-ô^ iicncr-ini,
100 A. MEILLET
iiên-is-sem, uêii-is-se, et, même au présent de l'indicatif W(7Z-/V-//, iièn-is-tis, iiên-ër-iint, le suffixe secondaire -/V- répond exactement au suffixe aussi secondaire de l 'indo-iranien, -is-. Les exemples iraniens ne sont pas nombreux, mais le maintien de -/- inté- rieur dans des formes telles que gï\ih. civJsJ, xsndvJsà est impor- tant parce qu'il établit la nature de Vi indo-iranien : puisque cet -/- se maintient en iranien en cette position, c'est qu'il s'agit de i.-e. */, et non de i.-e *^(v. A. Meillet, Dialectes indo- européens^ p. 65 etsuiv.) ; on a donc le droit de poser ici lat. -is- = s\iY. -is-. Or, comme lat. -is-, le skr. -is- est nettement secon- daire, et le type lat. dïx-is-tï, où l'on trouve réunis le suffixe -s- et le suffixe -is-a son pendant exact en sanskrit; car les formes connues sous le nom d'aoriste en -sis- ne sont que des aoristes en -s- élargis au moyen de -is- : ayà-s-am (avec un aoriste en -s- seul possible, puisque le présent est yati « il va » = zd yâiti)^ et ayâ-s-is-aiii\ gâ-s-i ^^ j'ai chanté » et gâ-s-is-at, gâ-s-is-iib ] âksi «j'ai atteint » et aksisiih (ces trois exemples dans le Rgveda) ; àjnà-s-ani (élargissement par -s- de l'aoriste radical attesté par grec £vv(ov) et ajiià-s-is-ain; àrainstû, et rainsisam; apyâsam et pyâsisîmahi ; âhâsi et hâsisain ;.dhyâsi{Jp et adbyâsisani; c'est sans doute par hasard que *jyâs-, sur lequel repose ajyâsisam, n'est pas attesté. Le caractère secondaire des autres aoristes sans- krits en -is- est loin d'apparaître aussi clairement ; mais le cas des aoristes en -s-is- donne une indication assez précise, et la concordance avec le type latin est nette.
Si l'on tient pour établi, d'après ce qui précède, d'abord que l'aoriste sigmatique est en principe, au point de vue indo- européen, une formation secondaire tirée de thèmes existant dans la langue, et non une formation primaire, immédiate- ment rattachée à la racine, et, en second lieu, que cet aoriste existait à peine en indo-européen commun et qu'il résulte presque entièrement de développements propres à chacun des dialectes indo-européens et relativement récents, les singula- rités qu'il présente apparaissent moins inexplicables qu'il ne semblait au premier aspect.
SUR l'aoriste sigmatique 101
Le fait que rélénient de formation est simplement *-5-, et non un suffixe de forme normale, muni de, s'explique par ceci que c'est un élargissement, non un suffixe proprement dit. Il est à peine utile de rappeler que les formes qui ont été parfois invoquées pour étal)lir l'existence d'un suffixe *-es- ne prouvent rien de pareil; ainsi l's de gr. èxop^sflr,;, iz-zpiafir,z rejx)se sur i.-e. *^, ainsi que celui du type teveoj, etc. (forme de futur, et non d'aoriste ; cf. ^^^ Schulze, Sit::^ungsherichte de l'Académie de Berlin, 1904, p. 1434 et suiv.). On notera que les suffixes paraissent n'avoir tenu qu'une place très petite dans le système des formes primaires du verbe indo-euro- péen. Il ne manque pas de présents secondaires à suffixe : en *-3'^- (type skr. pâçyati, lat. -spiciô), en *-ske- (skr. prcchâti, \i\t. poscit), en *-ne- ig'ot. fraihna). En revanche les formations primaires sont radicales (ainsi g"r. \ziTu<). ï'/at.cv. AÉAC'.-a) ; on y trouve aussi un infixe [skr. riuàhi. lat. linqiiô) ; mais les formes qui semblent présenter un suffixe, comme oy.vfo\j.y.\, èsâvr^v en grec, sont assez peu nombreuses, presque exceptionnelles. Une faut naturellement pas invoquer le futur, qui est formé à l'aide d'un suffixe, mais qui se dénonce à tous égards comme n'ayant eu en indo-européen presque aucune importance.
N'étant pas un suffixe, l'élément *-j"- n'intervient pas dans les alternances vocaliques : il n'en présente aucune par lui- même , puisqu'il ne comporte aucune voyelle sous aucune forme, et dès lors ne saurait modifier le jeu des alternances. La seconde des difficultés indiquées ci-dessus se trouve ainsi résolue.
Quant au caractère arbitraire de la répartition des aoristes en *-s- sur le domaine indo-européen, il s'explique par ceci que le point de départ indo-européen était très étroit, et que les formations observées résultent pour la plupart de dévelop- pements autonomes dans chaque langue : l'importance prise par l'aoriste en *-5- en sanskrit, en grec et en slave ne rétlète en rien, on l'a vu, un état indo-européen, soit général, soit même dialectal. Il résulte simplement de l'usage qui a été fait de la forme dans certaines catégories morphologiques produc- tives de certains idiomes.
102 A. aii;ili.i;t
Il subsiste une i^rave difficulté : celle que pose le de*^Té vocalique long-, attesté par laccord de l'indo-iranien et du slave, mais dont on n'a aucune trace certaine dans les autres langues, et que le grec ig-nore entièrement. Si l'élément de formation devait être posé comme un suiïixe*-^^-, et s'il s'agis- sait d'un type morphologique très ancien, on serait obligé d'aborder ici la discussion de l'hypothèse de M. Streitberg, I. F., III, p. 392 et suiv., adoptée avec quelques corrections par M. Hirt, Ablant, p. 183 et suiv. Mais, sans entrer dans l'examen périlleux de la question des origines préindo-euro- péennes du degré long, les conclusions obtenues ci-dessus écartent, à ce qu'il semble, toute explication qui supposerait une haute antiquité à l'aoriste sigmatique. Comme celle de la vrddhi, la longue de l'aoriste en *-s- a d'ailleurs un trait particulier : elle ye rencontre en syllabe fermée aussi bien qu'en syllabe ouverte, et l'on a véd. àchânisam comme àyâni- saiii. Ce détail suffît à montrer que la longue de l'aoriste sig- matique n'a pas une origine rythmique, tandis que la longue des causa tifs tels que skr. hhctvàyati (cf. v. si. -havili), svâpà- yati [ci. lat. sôpîre), pàrâyati (cï. v. h. a. fiioren) s'explique aisé- ment par un allongement de i.-e. '^o suivi de deux syllabes brèves. On est amené ainsi à tenter d'expliquer la longue radicale indo-iranienne et slave des aoristes sigmatiques par celle qu'on rencontre dans quelques présents-aoristes athé- matiques : véd. iâsti (à côté de 3'"^ plur. tâksati), v. si. janù =:lit. èdffii (en face de skr. âdiiii\ la longue de lat. es, est est mal établie; Tarm. utem, qui a passé au type en -e- comme l'an- cien parfait ^//d'/// « je suis ^) repose sur un thème *ôd- à voca- lisme à; pour le timbre o, cf. v. h. r. luom, v. sax.^ô;;/,v. angl. dôm, de la racine *dhè-) ; lit. sêdmi (et v. si. sè^da. dont le pas- sage aux présents en -/- est sans doute secondaire), véd. nanti (3™^ pluriel wwi'jw//), \aiiti,ranti {nivanti), ksmiti {huvànti), etc. L'intonation des présents lituaniens o'^V/'m/ «j'aide », gedmi « je chante », sérgnii « je garde », dérkt « il fait mauvais temps », 7'iàugmi (( j'ai des rv^ivois », râudmi « je gémis », véi:(dmi « je vois » s'expliquerait bien par d'anciennes diphtongues, êî, êr.
SLR l'aORISTK SIGMATinn-: i 03
eu {eiôH, ce dernier dans ràuduii ; le premier dans riâiigmi), ëi eiôi\ le éi àevéi::;âiiii a d'ailleurs son corresj3ondant en slave, où l'impératif v. si. i7;^J/ atteste l'existence du type athématique et où serbe vuiun, r. vî^ji attestent l'intonation rade de 1'/ repré- sentant l'ancienne diphtongue à premier élément long. Le nombre des exemples n'est pas très grand, et l'on ne saurait du reste en attendre beaucoup ; mais on en possède assez pour établir l'existence du type athématique à longue radicale dans le groupe oriental des langues indo-européennes, et c'est tout ce qu'il faut pour rendre compte du vocalisme à degré long des aoristes radicaux en indo-iranien et en slave.
Si 1 on explique ainsi le vocalisme du type véd. avât^ v. si, vèsii^ il n'y a aucune raison d'attendre en grec un type fr^;-, et quand on trouve en fait fs;-, il n'y a pas lieu d'en être surpris; d'abord l'aoriste grec en -j- ne repose que pour une très faible part sur d'anciens aoristes en -^- indo-européens; et de plus hi forme sur laquelle reposent ces aoristes, essentiellement secon- daires, peut n'avoir pas été au degré vocalique long; le degré long n'est même pas attesté dans ceux des présents-aoristes athématiques que le grec a conservés. On est ainsi dispensé d'expliquer par une innovation analogique l's du type grec fs;-; car il n'y a pas de raison décisive qui oblige à reconnaître une identité totale entre les formes grecques et les formes indo- iraniennes et slaves.
Une forme qui tient dans les plus anciennes langues indo- européennes une aussi grande place que l'aoriste en *-s- appa- raît donc comme secondaire et, pour la plus grande partie, relativement récente. Si la doctrine exposée ici est correcte, cet exemple montre combien il faut de critique pour attribuer à l'indo-européen l'emploi régulier' d'une forme grammaticale avec certitude.
Outre l'aoriste sigmaticiue, l'élargissement *-.s- fournit à l'indo-européen oriental (^indo-iranien, slave, l)altiqiie, grec) ses futurs, à riiido-irauien son désidératif, à.ritalo-ceUique son subjonctif (et futur) en -s-. Et il existe un autre ékirgissenient,
lOi A. ai El LL ET
dont le rôle est à peu près parallèle à celui de *-^- à savoir *-â-. Sans examiner en détail toutes ces formations, il con- vient de les passer brièvement en revue pour situer Taoriste si^matique dans Tensemble dont il fait partie.
Le futur oriental ne dépend en rien de l'aoriste. Le futur indo-iranien en -s\â- ne saurait être rattaché à l'aoriste d'au- cune manière. Dire que le suffixe -syâ- est constitué par *-^-, plus le suffixe secondaire -ya-, c'est énoncer une hypothèse i^ratuite ; un futur tel que véd. karisyâti « il fera » ne saurait être tiré d'aucun aoriste : karisyâti est fréqvient dans le Rgveda, tandis que l'aoriste kârsït est beaucoup plus tardif; véd. iuanisyc ni\ rien à faire avec l'aoriste véd. niàiiisi\ etc. Le futur grec pourrait être identifié à un subjonctif d'aoriste en *-.ç-; mais ce n'est qu'une possibilité en l'air : au point de vue g-rec, il n'y a rien de commun entre le futur et l'aoriste sig"- matique ; l'un est une formation commune à tous les verbes, tandis que l'autre ne se rencontre que dans certaines caté- gories ; il arrive que l'un ait seulement les désinences moyennes, tandis que l'autre admet les désinences actives. En ce qui concerne le lituanien, il est contraire à toute méthode de voir dans le type imsme de certains dialectes un injonctif appartenant à l'aoriste sig-matique, alors que imsiù, de tous les dialectes est autre chose, et que iilisnie est aussi autre chose.
Les désidératifs comme véd. ririksali n'ont évidemment rien à faire avec l'aoriste. M. W. Schulze a montré que le lit. ^M/zj"/// a la même caractéristique i.-e. *-P5- que véd. sisâsaîi, çnçnlsate, etc. (v. Sit^shcr. de l'Académie de Berlin, 1904, p. 143i et suiv.).
Les formes de subjonctif (et de futur) italo-celtiques en -5- sont entièrement indépendantes de celles du prétérit en -s- dans les mêmes lang-ues. Le subjonctif italo-celtique en -s- est une formation autonome qui ne se rattache à aucun autre thème verbal. La chose est très claire en latin où capsô, capsim et faxô^ faxim sont bien séparés de capiô, faciô, et plus encore de cèpî, fêcl\ ansini de aiideô et plus encore de aiisiis suiw, iussini de iiiheô et de iiissï] sîrini de sinô et de s'iuh Elle est plus
SUR l'aoriste sigmatique lOo
nette en vieil irlandais où gessu^ -ges psiv exemple sert de sub- jonctif à gnidim, et où le futur du même verbe est gigse, -gigius (v. Vendryes, Gramiii. d. v.-irL, § 332 et 334, p. 171 et 173j; le redoublement du futur irlandais en -s- rappelle de près celui des désidératifs indo-iraniens. Il est inutile de rap- peler ici que les futurs des langues italo-celtiques sont d'anciens subjonctifs spécialisés en fonction du futur. — Sans doute on ne saurait séparer ces subjonctifs de l'ensemble des formes en -s- dont fait partie l'aoriste sigmatique ; et par exemple les aoristes en -ss- comme v. irl. car us ne trouvent de correspondants exacts que dans les subjonctifs et futurs latins du type indicâssô, et les désidératifs latins tels que capessô (l'explication de M. Brugmann, I.F., XV, 78 et suiv. est trop arbitraire pour être admise) ; mais il ne suit pas de là que indicâssô doive passer pour un subjonctif des indicatifs attestés par v. irl. carus. Ce sont simplement des formes du même type, et historiquement du même groupe, mais dont on n'a pas le moyen de faire la théorie complète.
Tout obscure qu'en soit l'origine, il faut rappeler ici la caractéristique -se- du prétérit du subjonctif latin ^dans cssès dïxissês, essès, ferres, iiellès, dîcerês. etc.); la forme /o;t/ = osq. fusid, qui existe à côté du présent ///a^ semble indiquer que ce prétérit est, comme le présent du même mode, indépendant à la fois des thèmes du perfectum et de l'infectum.
L'élément *-à- a une extension bien moindre que * -s- ; mais il paraît se comporter assez exactement de la même manière. D'une part il fournit des prétérits : le type en -o- de lit. Uho « il a laissé », qui est baltique commun; le type en -à- de lat. erâSy dîxerâs, dïcëbâs et de v. irl. ha: le type en -a- qui sert à l'aoriste médio-passif de l'arménien, JkJ?n\ « j'ai été laissé », nstay « je me suis assis », etc. ; il est probable que, au moins en partie, le second thème en -a- de beaucoup de verbes slaves, commebnrati, :^ndati, etc., repose sur ce même -à- (cf. ci-dessus p. 93). D'autre part l'italo-celtiquea un subjonctif en *-^- paral- lèlement au subjonctif en %- ; ce subjonctif était à l'origine indépendant du thème du présent ; cette indépendance est encore
100 A. MKU.LKT
très sensible dans le vieil irlandais ([ui oppose par exemple le subjonctif bia au présent bcnaiin ; le latin même en a trace dans fîiatn qui ne répond à aucun présent connu, dans les vieilles formes -iienaiii, tulam, et même dans tagani qui a une tout autre extension que ta^^it (dont il est permis de se demander si les quelques formes attestées n'auraient pas été faites sur tagam). En irlandais, les formes sans redoublement servent de subjonctifs, celles qui ont un redoublement, de futurs comme dans le type en -s-. Il semble que les formes en *-â- sont faites en grande partie sur des aoristes; ainsi lit. Itko tient la place de la forme représentée par gr. r/vi-s, arm. elikh: arm. Jkha-iv tient la place de la forme représentée par le grec k\i-i-z ; lat. erat tient la place de celle que repré- sentent hom. et dor. -^ç, zd^j^; etc.
Les éléments *-i- et * -(7- jouent peut-être aussi un rôle dans la formation de certains présents indo-européens ; mais il est impossible de rien dire de précis à cet égard parce que les présents de ce g-enre qu'on cite sont tous accompagnés d'autres thèmes verbaux, ou même de thèmes nominaux, pourvus des mêmes éléments, et que par suite tout se passe comme si Ton avait à faire à des racines terminées par *-^- ou *-^-.
Il y a donc des éléments de formation indo-européens * -s- et *-à- qui ne peuvent être qualifiés de suffixes, et qui servaient seulement à élargir des thèmes verbaux existants. Ces élé- ments ne se sont développés d'une façon complète qu'au cours de l'histoire particulière de chacune des langues, et on ne saurait en déterminer l'importance et le rôle en indo-euro- péen commun.
Au moment où cet article a été envoyé à l'impression, je n'avais pas encore pu prendre connaissance du mémoire de M. Fr. Ribezzo, I dfver- hativi signiaticî e la fonna-ione (leî fiitiiro iiido-cnropco (extrait du Rcndiconlo deîle tomate dell. R. Accad. di aixhcohgia... di Napoli, 1907). Les vues exposées par M. Ribczzosur les rapports entre le futur et l'aoriste ne contredisent pas directement les vues exposées ci-dessus; il suffira de les signaler ici. Je me félicite de ni'ètre rencontré sur (juelques points de détail avec M. H., d«Mjuijt> ne i)uis discuter ici la théorie o-énérale.
GR. BVKANH, LAT. BVCINA
l'AR
A. CUNY
i
Gr. fJuxàvï], la t. biicina
Pau a. CUNY
Parmi les très rares exemples qui attestent Texistence du*^ indo-européen, un de ceux que l'on cite ordinairement est le latin bficina que Ton rapproche de grec gjy.rr^ç, v, s\. hucati et autres mots [}j-jvr,r,z adjectif veut dire « mug'issant », substan- tif il a le sens d' « ouragan »). C'est ce que fait par exemple M, Walde dans son Laleinischesetyinologisches Wôrterbucb, 190G. LauUabelleB. p. xxxix. Plus loin il est vrai, p. 74 (s. v. bficina)^ l'auteur enseigne encore que le gr. gjxavr^ n'est certainement pas emprunté au latin bilcina. Mais il laisse le choix entre deux étymologies, l'une qui voit dans bncina un composé de bôs et de canô, et l'autre qui en fait un mot qui devrait son origine à une onomatopée [bnk,] et qui serait apparenté à '^•j-Ai^rr, par descendance indo-européenne. On a vu par la citation de hi table phonétique B que, personnellement, c'est cette dernière étymologie qu'il préfère.
M. Thurn^ysen, dans l'article bficina du Thésaurus latin, est plus prudent et se contente de dire : « bficina et gr. gjy.ivv; ulriini iiocabiduiu italicuni an graecum primo fiierit in confrouersia est. Nonien a sono bucinae duel lun esse iiidetiir, cL gr. |iJy.Tr,;. a. ind. biik-kârab « iiagiliis », et « cf. biicca. » On voit pourtant cpie, lui aussi, il penche pour la seconde étymologie indiquée.
Or, il est à peu près sûr que guxavr^ et ses dérivés en grec ne sont pas autre chose que d.^s emprunts à une langue ita- lique. Pour les emprunts de ce genre, cf. A. Meillet, Dialectes indo-européens, p. 22. Ce qui le prouve, c'est la date tardive à laquelle ces mots sont attestés chez les auteurs grecs, et la
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perpétuelle hésitation que manifestent les manuscrits entre la graphie par 3u- et la graphie par ^cj-. — Hj/.avr^ {^o'jv.xv-q) n'est pas attesté dans la littérature avant Polybe, puis Denys d'IIalicarnasse. On le trouve par exemple, Polyb. IT), 12, 2 : à-j.a ce -C) T^OLViOLyôO-'f liç Ga'ÀTT'.YYaç y.a'i liç '^'jy.i'J7.z àvaccYJGau l^e verbe l^uy.av^v (^cuxavav) se rencontre sous 6, 3o, 12 et 6, 36, 5 chez le même auteur. Le substantif ^^j'at/TiXt,^ apparaît 2. 21). 6 : àvap{0;j.r^TSv vip -^v Tb t(7)v ^^-/aviTWv (j/V:) y.ai (laATriYX-wv TTA-^Osc. Déjà Schweighausen avait corrigé ^jxavr^Kov. Bjxav^- Twv se lit encore dans un fragment de Polybe conservé par Athénée {PoL 30, 13, 11) : y.ai zJy.Ta'. -éi^ocpiz àvÉê'/jjav à-l -:y;v ay.-^v^v ;j,£Tà aaA-'Yy.Kov y.ai jruy.avr^Twv (r///;/ tîibicinibus et hucinato- rihus) .
Quant à Denys d'Halicarnasse [Antiquilales Romanae), son témoignage est important pour le sens primitif du mot. Il raconte, II, 8, J./. , qu'avant les assemblées générales le roi envoyait aux patriciens des hérauts qui les convoquaient nomi- nativement, et il ajoute : toj; oï cr^;j.oT'//.oj; [pleheios) j^r-^pÉiai T'.vàç y.ai àOpss'- xëpaai ^zeioiq £;j,^ jy.avwvTcÇ et:', ràc iy.yAr^aiac (jjv^Y^''- E^"'- 5à CJT£ y; -ti)v Tra-pixiwv àvay./vYj7'.ç tyjç î.'jyvnioLq zv/,- IJ/r^pisv, ouTî -r; TYJç 3^y.av/;ç çwvr^ t^^ àY'^'''^^^? ^<^^'^ or^y.OT'.xwv (7'j;x- êsXsv, àX// ày,£{vr, ;j-£v Tt;j.^;, aji?; c£ layou;* o^j y'xp c'.ôv t' -^v âv b\r;u) x?^'^':^ '^V' "^A-^Oùv vS/.iv/ ïz ivi;j.a-s^ (ceci se rapporte à l'époque de Romulus).
De même IV, 18 s. f. (réforme de Servius TuUius) : ty;v oï TîTapTYjv (la quatrième classe comprenait) zaX'.v £iy.cat y.a: ouc [centurias) jjv tc^; saX-'^Taù y.ai guy.avisTaïc (^«;// lubicinibus et bucinatoribus). On distinguait chez les Romains les tubicines^ les cornicines et les biicinatores .
Enfin, VII, o9 med.^ on lit: ajvîTaTTovTc oà /a', tgjtoiç cjc Ao;(Oi l^'jy.aviaTwv y.al saXT'.Y/.TGJv.
Le verbe guy.avi;^a) ne se trouve que très tard, chez Sextus Empiricus, chez Eustathe, dans VElynioIogicum Magnum et dans des glossaires. Le substantif (^uxaviarripiov ou ,3-'«J'/.^v'jTY;piov (on trouve de même ,6c'jy.av'.aTr^ç) ne se lit également que dans des gloses. B'jy,avY;[j.a n'existe que chez Appien : aaXxiYÏiv
GR. fl-Axy-r,. i.AT. hcicina 111
iOpia'.ç v.y\ yy/.y.'rr^\}.y.zv/ ïz 7,x-y-'/.r^z':/ yzb)\j.ivzi — B jy.'.vcv qui corres- pond au latin hficinnni (on a aussi bûcimis « son de la hficina »), se trouve chez Hérodien : ,ij/.âvr;, -z 3'>/.'v:v, iz z\i v.y}. fijy.aviTr,;, : 7y/.r.i'l(,r^ . P^nfîn chez Eustathe on relève -z-x .ijy.ava v. le Thésaurus) .
De telles fluctuations dans la forme de ces mots soit pour la syllabe initiale, soit pour les syllabes de dérivation, soit pour la finale, montrent bien que les Grecs étaient ici mal à
I aise en face d'un mot qui n était pas indigène. Ils lui ont fait subir des rajeunissements d'après la forme latine (Héro- dien gjy.'.v:/. lat. hûcinum), et enfin chez les auteurs de la très basse époque, le mot ,32jy,',vâT(op Récrit plus rarement ^-j-Avtx- Twp ) a été emprunté de toutes pièces, faisant oublier le ^'jy,x- 'rr,zr,z, le ^'jy.x'/i-.zr,z et les autres formes (hj*/-) entre lesquelles on avait toujours hésité.
Ce n'est pas que Polybe ait emprunté directement, et le pre- mier, ^•jy.xTr, au latin hûciua. Il n"a fait sans doute qu'imiter en cela les parlers g-recs du sud de l'Italie qui avaient pris ,3jy.âvr< aux dialectes italiques avoisinants. En effet * bûcana attesté par cet emprunt montre bien que ce dernier a été fait à un parler qui, à la différence du latin, ignorait l'affaiblissement des voyelles brèves en syllabe non initiale, c'est-à-dire non intense.
II ne fallait pas aller bien loin de Rome pour rencontrer de semblables parlers puisque le falisque GVXCAPTVM montre qu'un des plus voisins ne connaissait pas cette loi. Mais l'emprunt ,3jy.ivr<, comme celui de '/J-px que tout le monde admet, (italique * Iif>râA-àt. Vibra), a été fait sans doute plus au sud, à un des parlers osco -ombriens. Il ne faut pas en efTet songer à un emprunt à un latin archaïque *bricaua d'avant les effets de l'intensité initiale, car ceux-ci se sont produits à une date très antérieure à Polybe. Déplus, le mot. même en latin, est dialectal dans une certaine mesure comme le mot bas lui- même dont il dérive (dat. abl. plur. bôbus romain par son c'. dialectal j)ar son b initial), et /;/7/7//5 complètement dialectal à part son b intérieur. La forme bôcina est attestée une fois dans les gloses (v. le Thésaurus . On y trouve aussi uôcina, mais ce
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n'est peut-être qu'une invention de (grammairien : hilcina... quasi wciua {op. cit). Quoi qu'il en soit, si Ton admet l'étymo- logie par hôs et canô et l'attestation d'une forme dialectale *biicâna par ^Z'Ahr,^ celle-ci s'explique plus régulièrement par un italique *cr(X'ô-a/;z-^ que piM^^gzuou-cau-à, étant donné l'exemple décisif reconnu par AI. Niedermann : dial. bûfô, cf. v. si. ^aba i^g^J-^'èbh-) qui serait en romain *iiôbô [*gi'^^'ôbh-) . Cf. aussi //Zr du gr. ©wp, etc.. Le thème du premier composant serait *o^i^â- (de *giuôu-), cf. gr dor. ^wv, skr. gain, v. sax. ko, i. Q.*g^ôm né dans certaines conditions phonétiques et étendu par Tanalogie. Cf. encore ombrien h uni = rom. *//âw. Le composé bilcina aurait le sens d instrument pour appeler les bêtes à cornes (et autres), et l'on verra que les textes montrent bien que tel a d'abord été l'emploi de la bûcina. Sa forme rappelait du reste celle de notre cor de chasse [cornu ; Jagdhorn), car Végèce, Mi lit. 3, 5, écrit : Tuba qitae direct a appellatiir, bucina qiiae in seniet aerco circuîo flectitiir. La matière avait sans doute changé depuis l'époque primitive, car elle était d'abord la corne comme le prouve le '^zd.o'.z y.spasiv de Denvs d'Halicarnasse et l'équivalence avec v,tpy-ivr, que l'on constate par exemple chez saint Jérôme (in Oseani, 5, 8) : quorum rvcina pastoralis est et cornv recvrvo efficitiir : iinde graece v,=po!.-vrr, appeUatiir... Ce texte rappelle en même temps le milieu dans lequel a été employé d'abord le mot bilcina. Isidore (Orig., 18, 4-, 1) est plus net encore: il dil : pagani agrestesque ad omnem usum btlcinâ ad compita iiocabantur. Mais ces auteurs sont tardifs. Heureusement, chez Yarron [De re rnstica), le sens premier est aussi transparent (2, 4, 20) : subulcus débet consuefacere oninia ut faciant sues ad bucinam. Sans doute il s'agit ici des porcs, mais l'aire géographique du mot *porkiOS montre, on le sait, que si l'élève de la race bovine était de date indo-européenne, celle de la race porcine ne date que de la culture de l'Europe du nord. L'usage de la « corne à bœufs » s'est naturellement étendu quand on s'est mis à élever d'autres animaux. Très probant aussi est un passage de Properce qui rappelle celui de Denys d'Halicarnasse [Prop., IV, 1, 13) : à l'époque de la Rome primitive, dit le poète :
GR. ,3'jy.:tvY;, lat. hncina 113
Bûcina cogebat priscos ad uerba Oiiirites (pastores^ ajoute avec raison le Thésaurus). Cf. IV, 10, 29 :
pasloris bûcina lentijCantat, et IV, 4, 69 :
(bûcina) canit. Rapprocher aussi ce passage de Virtrile :
[^n., VII, 519) Tum uero ad uoceui celer es, quâ bûcina siguuni Dira dédit, raptiin concurrunt undique lelis Indomiti agricolae ;
et un peu plus haut : Pastorale canit signuni cornuque recuruo.
Tartareani iutendit nocem (v. v. ol3-4).
De même encore chez un auteur qui traite des choses de la campagne, Columelle, on lit (6, 23, 3) : ut ad sonum bucinae pecus... saepta repetere consuescant. Enfin, même dans l'emploi militaire du mot, on trouve des traces de son origine rurale, car Servius, dans son Commentaire sur FEnéide, écrit (ad jEn.^ XI, 47i') : bûcina insonans sollicitudinem ad bella démon- strat... praelium auteni tubae indicant. Habitués à sonner de la trompe pour rassembler leurs troupeaux , les Italiotes s'en servaient aussi pour donner l'alarme en cas de nécessité. D'où extension dans l'usage du mot bûcina.
C'est ce que prouve encore un texte de Gicéron [i)i Verrem., o, 90) : Signum quod erat noluni vicinitati bûcina datur : homines ex a gris concurrunt.
La seule objection que l'on puisse faire à l'étymologie pro- posée, c'est que le mot /;/7a;/rt n'existe pas chez les plus anciens auteurs de langue latine. Il se rencontre en elYet pour la pre- mière fois à peu pr