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PUBLICATIONS
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L'ECOLE DES LANGUES ORIENTALES VIVANTES
IV SERIE. — TOME lU
EL-BOKHÂRI
LES TRADITIONS ISLAMIQUES
TOME PREMIER
Muhc'n-»n-|<--7c/ ir?^-: ''^-*o^'-^ ' - '
EL-BOKIIAUI
LES TRADITIONS ISLAMIQUES
TRADUITKS DK L'AnVBK
AVEC NOTES ET INDEX
PAR
0. HOUDAS
PROFESSEUR À L'KCOLE DES LANOIJES ORIENTALES VIVANTES ET
W. MARCAIS
DIRECTEUR DE LA MÉDERSA DE TLEMCEN
TOME PREMIER
IMPRIMERIE NATIONALE
i '^i
PARIS 5
ERNEST LEROUX, EDITEUR, RUE BONAPARTE 28
MDCCCCI
AVANÏ-IMIOPOS.
La traduction du texte des traditions [)i()|)h(*tiquos d'El- Bokhâri comj)rendra quatre volumes, aux(juels il faudra ajouter, sinon un volume, du moins un fort fascicule, contenant les divers index nécessaires pour faciliter les recherches du lec- teur; on trouvera là également les notes les plus importantes que l'on a souvent besoin de consulter. C'est seulement quand ce travail sera achevé qu'il sera possible de rédiger sous sa forme définitive l'introduction à la lecture du Saliili d El-Bokhâri. En attendant ce moment, qui est en partie retardé par des consi- dérations d'ordre budgétaire, il m'a paru indispensable de ren- seigner dès à présent le lecteur sur quelques-uns des points principaux relatifs au plan du Sahil.i et à la biographie de son auteur. Plus tard l'introduction complétera ce résumé, qui n'est guère autre chose qu'une note très amplifiée.
Dans une traduction française, il ne devrait à la rigueur y avoir que des mots français. Malheureusement, cela n'est pas toujours possible, surtout lorsqu'il s'agit d'ouvrages ayant un caractère spécial, pour ainsi dire technique. En arabe, comme dans toutes les langues du monde, un même mot ne conserve pas toujours la même valeur quand il passe de la langue litté- raire générale dans une terminologie particulière , et sa signi- fication varie encore suivant que cette terminologie est appli- quée à une branche d'études plutôt qu'à une autre. A moins donc d'employer de longues périphrases, qui alourdissent le récit, on en est réduit, pour traduire un de ces teimes techniques , à se servir d'un vocable arabe quand on n'a pas de mot français
EL-BOKHÀni. II. A
II AVAiNT-PROPOS.
correspondant, ce qui est le cas inévitaLle pour les termino- logies de sciences qui n'ont pas d'équivalent dans le domaine scientifique français.
Parmi les mots arabes qu'il a fallu absolument conserver sous peine d'être obscur, diffus ou inexact, il en est quelques- uns qui reviennent à chaque instant et pour lesquels des ex- plications détaillées sont immédiatement nécessaires. De ce nombre se trouve le mot hadits (e^jOvs^), qui désigne l'élément constitutif de l'ouvrage d'El-Bokbâri, qui est avant tout un recueil de hadits. Etymologiquement, ce mot est un adjectif, dont le sens primitif est celui de récent ou nouveau, opposé à ancien. Dans la langue courante, le mot a été employé de bonne heure comme substantif, et alors il signifie récit, nouvelle. Les verbes dénominatifs oj^s^ et o*x^ dérivent de cette seconde acception du mot hadits.
Dans les sciences religieuses musulmanes, le mot hadits, sans cesser d'être usité ailleurs avec les deux valeurs indiquées ci-dessus, est devenu un terme technique spécial pour désigner tout récit relatif à la conduite de Mahomet depuis le jour où il a commencé l'œuvre de sa prédication. Le terme de tradition prophétique ne fournirait pas une idée assez précise de ces sortes de récits , qui se rapportent aussi bien aux faits de la vie privée qu'à ceux de la vie publique du Prophète, et même à ceux de son entourage immédiat que l'on suppose avoir pris modèle sur lui. Le plus souvent il s'agit d'actes ou de paroles, mais il arrive parfois aussi qu'on mentionne le silence gardé dans certains cas par Mahomet sur les questions qui lui étaient posées, ou l'assentiment tacite qu'il donnait à des actes accom- plis en sa présence ou racontés devant lui.
Les hadits n'ont pas tous la même valeur. Il en est de vrais et de faux, de [)arfaits, de bons et de médiocres. Ces qualifica-
AVANT -PROPOS. m
lions ne sont point fondées sur l'ap[)i'éciation que la raison on peut faire, mais seulement sur la certitude plus ou moins grande de leur exactitude. En principe, le texte même d'un hadîts doit être la reproduction fidèle des paroles prononcées par celui qui le premier a été le témoin oculaire ou auriculaire de ce qu'il rapporte. Ce récit s'est ensuite propagé de vive voix par une série de personnages dont l'honorabilité no pouvait être mise on doute, et chacune de ces individualités porte le nom do râœî (t^^y). La succession ininterrompue des râwi constitue, pour ainsi dire, les étais du hadîts, et se nomme isnâd (àU*-!).
Un même hadîts peut s'appuyer sur deux ou plusieurs isnâd différents. Rien ne s'oppose, en effet, à ce que plusieurs con- temporains du Prophète aient rapporté le même fait et si, au début, on rencontre ainsi plusieurs râwî, il était à peu près inévitable que la série des râwî postérieurs ne subît des di- vergences d'autant plus grandes qu'on s'éloignait davantage du point de départ. Pourtant, comme un râwî doit être un personnage historiquement connu, afin qu'on puisse s'assurer qu'il a été en contact direct avec celui dont il a reçu un hadîts ou à qui il l'a transmis, ces variantes dans l'isnâd sont, somme toute, peu nombreuses pour la période antérieure à la mise par écrit des traditions. Il est à peine besoin d'ajouter que ces sources variées d'information sont une garantie de plus en fa- veur du hadîts auquel elles se rapportent.
Des défaillances de mémoire ont amené certains râwî à ne retenir qu'un fragment du hadîts qui leur avait été transmis, ou encore à hésiter sur certains mots qu'ils avaient entendus. Malgré les lacunes ou les incertitudes qu'ils présentent, ces hadîts ont néanmoins été conservés, même quand on en possé- dait une version tout à fait complète ou plus correcte. Cette répétition, qui peut soujblor inutile, a co[>ondant cet avantage
IV AVANT-PROPOS.
de montrer la bonne foi qui a présidé à la recherche de ces documents, ainsi qu'à la justification de leur authenticité.
Ainsi qu'on l'a vu, lisnàd est le seul moyen de remonter jusqu'au premier râwi dont l'autorité est indiscutable s'il a fait partie du groupe des Compagnons du Prophète. C'est donc sur la valeur de l'isnâd que doit porter tout l'effort du critique en matière de hadits. Ce travail a été fait très consciencieusement par les principaux traditionnistes et, à vrai dire, il était devenu bien indispensable dès la fin du premier siècle de Ihégire, alors que, pour les besoins de leur cause, certains docteurs mu- sulmans imaginèrent de toute pièce des hadits comme argu- ments décisifs dans leurs polémiques religieuses.
Cependant on a admis au titre d'authentique quelques ha- dits qui ne satisfont pas intégralement aux règles habituelles de la critique en ces matières. Ils forment d'ailleurs un groupe peu nombreux, que l'on s'accorde à accepter en qualité d'axiomes pour ainsi dire. Mais, pour l'immense majorité des cas, on s'est montré fort rigoureux, soit en rejetant tout à fait les hadits dé- clarés alors apocryphes, soit en les adoptant avec l'une des trois mentions : parfait, bon, faible, suivant qu'ils satisfaisaient plus ou moins aux règles de la critique. Ce système de critique est exposé avec de nombreux développements dans le Taqrîb de En-Nawawi, dont mon collaborateur ^^^ M. Marçais a donné une excellente traduction avec de nombreuses et savantes notes ^"^l II est donc inutile d'en parler ici, et je me contenterai d'ajouter en passant qu'on distingue parfois les hadits entre abrof^cants et abroges, par imitation de ce qui a été fait pour les versets du Coran.
'"' Al)soil)é par d'autres travaux, précédemment. 11 a soulenieiit traduit
M. Marrais n'a pu fournir au second vo- les titres : LVI, LVII, lAlIl et LIX.
inme de cet ouvrafje une collaboration '^^ Dans ]e Joimial asialifjuc , série IX,
aussi active que celle qu'il avait apportée t. XVI, XVII et XVIII.
AVANT-PROPOS. v
La mise par écrit des hadits n'a pas arrêté le développement de risnâd. Le maître (|ui enseigne le hadîts de vive voix prend sa place dans l'isnâd au même titre que ses devanciers, s'il a lui-même reçu cet enseignement de la même façon d'un autre maître. En matière canonique et juridique, les Arabes estiment en général que la chose dite est plus authentique que la chose écrite. Gela tient pour une grande part à leur système d'écriture, qui ne fi\e pour chaque mot que les consonnes et les voyelles longues. Les voyelles brèves ont cependant une très grande im- portance pour marquer le sens exact des groupes de consonnes ou de consonnes avec voyelles longues. Une erreur de lecture, facile à commettre dans ces conditions , a pour conséquence né- cessaire une altération du sens. Avec une notation complète, on évite sans doute cet inconvénient, et cela a été fait pour le Coran. Néanmoins on ne lit pas le Livre sacré, on le récite, et c'est en l'entendant répéter de vive voix qu'on l'apprend par cœur, sans se servir du texte écrit, qu'on sache lire ou non.
Pour les hadîts , la transmission orale a été en quelque sorte inévitable. Les Compagnons du Prophète ne savaient pas écrire, sauf de très rares exceptions; ils n'avaient donc d'autre moyen que la parole pour communiquer les traditions recueillies par eux. Ils s'exprimaient dans la langue courante, ainsi qu'on peut s'en assurer par maints passages où la forme littéraire n'est pas respectée. Et il n'est pas téméraire de prétendre qu'un certain nombre ont été retouchés légèrement lors de la mise par écrit, surtout lorsqu'il s'est agi de reproduire textuellement des frag- ments de conversations échangées entre personnes de tous rangs et de toutes conditions.
Ces remaniements ont été pratiqués avec une telle discrétion que l'on n'est pas toujours arrivé à obtenir un contexte suftisam- ment correct au [>oint de vue grammatical pour que l'interpré-
VI AYANT-PROPOS.
tation en fût tout à fait certaine. Aussi ne doit-on pas être sur- pris que les commentateurs ne soient pas toujours d'accord sur la lecture de certains hadits, non plus que sur le sens qu'il Faut leur atlribuer. Ces divergences ont naturellement eu leur répercussion sur les déductions rituelles ou juridiques qui de- vaient en être dégagées et, sur quelques points, elles sont si complètes qu'elles ont produit de véritables antagonismes entre des docteurs musulmans dont l'orthodoxie ne saurait être sus- pectée.
L'ensemble des liadits constitue ce qu'on appelle la sonna (iiLJî). En dehors de cette acception spéciale, le mot sonna si- gnifie d'ordinaire chemin, conduite, et si l'on se reporte à l'idée primitive de la racine, qui est celle d'aiguiser, il est permis d'en conclure que sa valeur exacte dans la technologie religieuse est celle de voie frayée par Mahomet pour la pratique de sa reli- gion, ou encore, si l'on veut, la règle de conduite qu'il a éta- blie. Et, puisque le Coran dit qu'il n'y a pas de meilleur modèle à imiter que le Prophète, la Sonna est devenue le guide de tous les musulmans dans toutes les circonstances de la vie.
Ainsi qu'on peut s'en convaincre par un simple coup d'œil jeté sur la traduction du premier volume de 1 ouvrage d'El- Bokhâri, la Sonna mentionne des choses auxquelles on ne sau- rait guère attribuer un caractère religieux. Ces questions d'hy- giène privée ou publique, de bienséance et de savoir-vivre qui voisinent avec des pratiques rituelles ou des préceptes de morale ont cependant été maintenues dans tous les recueils sans raison apparente. Il parait bien certain que l'explication de leur pré- sence se trouverait dans des idées superstitieuses qui s'atta- chaient à la façon dont on accomplissait certains actes maté- riels , mais ce n'est pas ici le lieu d'examiner ce point et de le discuter.
AVANT-PROPOS. vu
De bonne heure on avait reconnu la nécessité de mettre le Coran par écrit sous une forme définitive. Le motif qu on fait valoir d'ordinaire pour justifier la confection de cette édition ne rarictnr aurait été la disparition à la suite des premières guerres extérieures d'un grand nombre de ceux qui possédaient le Coran par cœur. Mais la véritable raison était la crainte que l'on éprou- vait d'y voir introduire des altérations ou d'y faire certaines coupures. Malgré le peu de temps qui s'était alors écoulé depuis la mort du Prophète, la parfaite exactitude de cette recension a été mise en doute, et certaines variantes admises pour la lec- ture ou la prononciation de quelques mots pourraient à coup sûr être invoquées à l'appui de cette opinion.
Ce n'est qu'assez tard qu'on imagina de faire pour la Sonna un travail analogue à celui qu'on avait fait pour le Coran, c'est- à-dire la mettre par écrit et en coordonner les divers éléments. Tout à la fm du premier siècle de l'hégire , ou au début du second , le khalife 'Omar-ben- Abderazîz envoya des instructions dans toutes les provinces de son empire pour demander que Ton ré- digeât tous les hadits qui circulaient de bouche en bouche. Il existait bien déjà quelques essais d'un pareil travail. Des savants, qui craignaient que leur mémoire ne leur fit défaut, avaient noté des hadits sur des feuillets isolés, auxquels on a donné le nom de àju^ sahtfa, et l'on assure que le chapitre de l'aumône, en particulier, avait été mis par écrit en entier.
Cette exception faite en faveur du chapitre de l'aumône s'ex- plique sans peine. On sait, en effet, qu'en dehors de l'aumône proprement dite ce chapitre parle longuement de la dime qui, en dépit de son caractère religieux, est en réalité une mesure fiscale. Du vivant de Mahomet et sous les quatre premiers kha- lifes dits orthodoxes, la ferveur religieuse était assez intense pour qu'on payât sans hésiter la redevance appelée zpkat; mais
VIII AVANT -PROPOS.
avec les Omeyyades, considères comme usurpateurs par les par- tisans d'Ali, la foi s'était attiédie et chacun essaya de s'affran- chir d'un impôl dont il était enclin à suspecter la légitimité. Un texte écrit de la loi était alors le seul moyen d'avoir raison des contribuahles récalcitrants, et c'est ainsi qu'on en vint à publier tout d'abord la loi fiscale.
De divers côtés, on déféra à l'invitation du khalife 'Omar- ben-'Abderazîz. Les premiers recueils ainsi composés prirent le nom de y|^i diouân; ils furent exécutés sans méthode et sans la moindre critique, en sorte qu'ils ne constituèrent guère qu'un amas de matériaux qui avaient besoin d'être passés au crible et mis en ordre. Mais l'impulsion était donnée et bientôt des tra- vaux mieux faits parurent dans un grand nombre de villes. Parmi les auteurs de ces recueils de hadits, on peut citer : Mâ- lik-ben-Anas , àMédine; 'Abdallah-ben-Djoraïdj , à la Mecque: 'Abderrahman-El-Aouza'i, à Damas; Sofyân-Ets-Tsauri , à Koufa et Hammàd-ben-Salma-ben-Dinâr, à Bassora. Chaque ville fournissait ainsi son apport à l'œuvre commune ; tous les râwi d'ailleurs habitaient les grands centres, car c'est là seulement qu'ils trouvaient à tirer un profit moral ou matériel des hadits qui meublaient leur mémoire.
Cette seconde série de recueils était bien supérieure à la pré- cédente sous le rapport de la coordination et de la critique. Et si les auteurs, au lieu de localiser leurs recherches en se can- tonnant dans une seule ville , avaient songé à étendre leur champ d'action, nul doute qu'ils ne fussent arrivés à la perfection acquise définitivement par la génération suivante au cours du ni* siècle de l'hégire.
Deux systèmes principaux avaient été employés pour le clas- sement des hadits : les uns avaient rangé ensemble toutes les traditions émanées d'un même rawi: les autres, tenant compte
AVANT-PROPOS. ix
(lo la matière principale dont traitait chaque tradition, les avaient classées sous une rubrique qui l<Hir convenait. Ce dernier système avait vite fini par prévaloir et il ne restait plus pour perfectionner le travail qu'à éliminer des recueils tout ce qui n'était pas authentique ou qui du moins ne passait pas pour tel.
Parmi ceux qui se dévouèrent à cette tache de séparer le bon grain d'avec l'ivraie, deu\ hommes s'illustrèrent particulière- ment; le soin qu'ils mirent à accomplir leur œuvre leur valut de devenir les maîtres incontestés en matière de hadits et d'éclipser tous leurs rivaux. Et de ces deux maîtres contempo- rains, Moslim et El-Bokhâri, le second jouit d'une estime en- core plus grande que le premier, à cause du plan spécial qu il a suivi et dont il va être parlé ci-après.
Arrivé à sa forme définitive, ou, si l'on veut, à sa forme clas- sique, le recueil de hadits prend d'ordinaire le nom de ij^ So- nan, qu'on peut traduire par : t Les pratiques traditionnelles 75. Toutefois, pour Moslim et El-Bokhâri. le terme consacré est ^^ mhih ff authentique 75, abréviation de ^^i ^lii rfLa somme authentique-. La même épithète est donnée également au re- cueil d'Et-Termidzi, mais, si l'on n'ajoute pas le nom de l'au- teur après le mot Sahih, c'est qu'il ne s'agit que de celui de Moslim ou de celui d'El-Bokhàri.
Moslim a sans doute mis tous ses soins à contrôler la valeur des hadits qu'il a insérés dans son Sahih et à disposer ces docu- ments suivant une bonne méthode, mais il n'a pas été au delà et, somme toute, il n'a été qu'un éditeur consciencieux et érudit. El-Bokhâri ne s'est pas borné à ce simple rôle; il a fait en outre œuvre personnelle dans son recueil, et c'est pour cela qu'il s est élevé sans conteste au-dessus de tous ses autres confrères en ma- tière de traditions.
Aux veux du vulgaire, on a fait surtout valoir l'excessive
X AVANT-PROPOS.
piété d'El-Bokhàri et sa mémoire prodigieuse. On rapporte qu'il ne mit aucun hadîts par écrit avant d avoir demandé à Dieu de l'inspirer et avant de s'être acquitté après ablution spéciale d'une prière de deux reka'. On ajoute qu'il aurait dit lui-même avoir entendu 600,000 hadîts et en avoir retenu dans sa mé- moire plus de 200,000. On a donc dû admettre que l'examen qu'il en fit fut des plus consciencieux et pratiqué avec une cri- tique sévère et impitoyable, puisqu'il n'en conserva que 7,2 9^, suivant les uns, 7,397 suivant d'autres, en ne tenant pas compte des fragments de hadîts qui font partie des rubriques, car alors on arriverait au chiffre global de 9,082. Et encore convient-il d ajouter que, défalcation faite des traditions répétées plusieurs fois, soit in extenso, soit par fragments, il ne reste plus que 2,762 hadîts. Le tout est réparti entre 3,/i5o chapitres ou v^
[hâby
L'appel fait à Tintervention divine n'avait assurément pour but, dans l'esprit d'El-Bokhâri, que de prouver la façon scru- puleuse avec laquelle il avait accompli son travail d'élimination , mais beaucoup de musulmans ont dû y voir quelque chose d'ana- logue avec la révélation des versets du Coran. Aussi n'est-on pas surpris que l'opinion courante ait tenu compte de ce rapproche- ment, qui explique très bien l'attention toute spéciale dont le Saliih a été l'objet. C'est ainsi, par exemple, que l'on a donné des soins particuliers aux éditions de ce livre, que le texte en a été soigneusement voyelle, qu'on a compté le nombre des hadîts, qu'on a eu l'idée de faire une distinction entre des hadîts abro- geants et des hadîts abrogés, ou encore qu'on en a fait le pre- mier livre à lire après le Coran.
La véritable cause de la prééminence du Sal.iîh d'El-Bokhâri doit cependant être cherchée ailleurs que dans les deux motifs qui ont frappé l'esprit superficiel de la foule. Les commenta-
AVANT-PROPOS. xi
leurs ne se sont pas mépris là-dessus, bien qu'ils n'aient fait ([u'iniliquer en passant ce point capital, sans y insister autant (ju il convenait. L'indication la plus caractéristique est celle qui nous ftiit connaître des paroles prononcées par l'auteur du Sal.iîl.i lui-même. Suivant Mol.iamnied-ben-Abou-Hâtim, cité par El- Qaslallâni, El-Bokhàri a affirmé qu'il n'avait accepté dans son recueil aucun hadits dont le râwî croyait que la foi n'avait pas besoin, pour être entière, de se manifester par des paroles ou par des actes.
Cette affirmation, anodine en apparence, est cependant très suggestive. A répo(|ue d'El-Bokhâri, une secte, dite des Mor- djiïtes, tendait à prendre une très grande importance et, si elle y avait réussi, elle eût sûrement bouleversé Tislamisme de fond en comble, en admettant qu'elle l'eût laissé debout. Pour les adeptes de cette secte, la foi nait d'une conviction intime dont l'existence ne saurait échapper à la connaissance de Dieu. Toutes les manifestations extérieures de la foi. paroles ou actes, n'augmentent point la force de cette conviction; elles ne sont donc pas indispensables, et leur simple utilité devient dès lors à peu près injustifiable. Une telle doctrine ne diffère guère d'un pur théisme et aboutissait presque à la libre pensée, car là où il n'y a pas de culte il n'y a plus à proprement parler de reli- gion et, dans ces conditions, la foi n'est plus en réalité qu'une conception plus ou moins personnelle de la genèse du monde.
Les opinions des Mordjiïtes avaient d'autant plus de chances de se propager avec rapidité qu'elles offraient aux nouveaux con- vertis un moyen commode de faire croire qu'ils avaient accepté de cœur une religion à laquelle ils n'adhéraient que du bout des lèvres. Chrétiens , juifs , païens même , pouvaient ainsi en effet conserver au fond du cœur les anciennes croyances qui, dans leur pensée, leur assuraient le salut éternel, tout en étant en
MI AYANT-PROPOS.
apparence de la religion de leurs vainqueurs, ce qui leur ga- rantissait tous les avantages matériels réserves aux seuls musul- mans.
l^e danger était grand et difficile à conjurer. Dans le monde des idées, la controverse directe n'aboutit d'ordinaire qu'à for- tifier chacun des adversaires dans ses propres opinions, et les flots d'éloquence qui se dépensent dans ces sortes de polémiques ne servent guère qu'à distraire l'auditoire. El-Bokhàri qui d'ailleurs, au dire de ses biographes, n'avait pas un tempérament combatif, usa d'un moyen détourné pour atteindre plus sûrement l'hérésie qui menaçait l'existence même de l'islamisme ; et, tandis que ses confrères se bornaient à classer et étiqueter leurs hadits, il songea à en faire une arme ofl*ensive contre les Mordjiites et contre tous ceux qui attentaient à la pureté primitive de la reli- gion musulmane.
Tout dabord il plaça en tète de chaque hadîts ou groupe de hadits traitant d'un même objet ce qu'on a appelé une lardjoma ^yj. La tardjoma a le plus souvent la forme d une rubrique ré- digée par El-Bokhâri lui-même et fournit le titre d'un chapitre ou v'^ {hâh)\ elle a pour but de fixer la portée ou le sens pra- tique des hadits contenus dans le chapitre en le résumant sous une forme concise. Quand il arrive à l'auteur d'emplover la tour- nure interrogative, c'est d'ordinaire qu'il admet une divergence d opinions ou de pratiques sur la matière. Toutefois, dans la phipart des cas dubitatifs, il fait suivre la rubrique de versets du Coran ou de fragments de hadits sans isnâd complet qui in- diquent au lecteur le sens pour lequel l'auteur prend parti.
La tardjoma peut aussi ne consister qu'en versets du Coran ou en hadits sans isnâd complet, ou encore n'avoir que de l'un et de l'autre de ces deux éléments. On suppose dans ce cas qu"El-Bo- khâri n'a pas réussi à trouver une formule suffisamment exacte
AVANT-PHOPOS. Mil
et qu'il a laissé cette lacune avec Tespoir d'arriver plus tard à la combler. Enfin il y a, mais très rarement, des tardjoma sans l.iadits et des l.iadîts sans tardjoma. Ce sont là encore des lacunes que Ton explique de la même façon que la précédente, bien ([u'elles semblent avoir un caractère différent. Mais, quelle qu'en soit la composition, la tardjoma est, au dire de tous les com- mentateurs, l'avis personnel d'El-l^okhâri ou, si l'on veut, la conséquence qu'il tire des textes qu'il a recueillis. En même temps qu'il facilitait l'intelligence des hadîts par ses tardjoma, El-Bokliàri appuyait ses opinions orthodoxes sur un texte dont nul musulman, à quelque secte qu'il appartint, ne pouvait con- tester l'autorité. Il accumulait les arguments, tout en ayant l'air de faire simplement acte d'érudition.
En effet, chaque tardjoma correspondait à une manifestation extérieure de la foi du Prophète ou de ses compagnons, et puisque le Coran dit qu'il n'est pas de meilleur modèle à imi- ter que l'Envoyé de Dieu, la doctrine de Mordjiïtes se trouvait ainsi formellement condamnée sans avoir été cependant l'objet d'une attaque directe qui pût provoquer une riposte. Et pour que son intention ne passât pas inaperçue, El-Bokhàri l'a sou- lignée d'une manière bien nette en mettant tout au début du premier chapitre intitulé : rrDe la révélation à ses débuts 77, ces paroles significatives : rr Les actions (ou les actes) ne valent que par les intentions, v
Si peu méthodiques que soient en général les auteurs arabes, il est impossible d'attribuer au simple hasard la place d'hon- neur donnée à l'axiome qui condamne péremptoirement le point fondamental de la doctrine des Mordjiïtes. Il y a là à coup sûr un parti pris d'autant moins incontestable que la teneur com- plète de ce premier hadits n'offre aucun rapport avec le début de la Révélation. Le second chapitre intitulé : crLa foi r com-
XIV AVANT- PROPOS.
meiice également par Inidication des paroles et des actes qui font intimement partie de la foi.
Cette façon discrète dont El-Bokhàri a fait usage de la tar- djoma pour manifester son opinion ne pouvait être efficace qu'à la condition de se reproduire un nombre considérable de fois. Et c'est là la seule explication plausible du chiffre si élevé des tar- djoma. Il serait en effet aisé d'en réduire la quantité dans une forte proportion si elles n'avaient eu d'autre fonction que celle dune rubrique ordinaire. Enfin la présence de rubriques , non sui- vies de hadîts , se justifie mieux par ce désir de revenir sans cesse à la charge que par l'impossibilité où se serait trouvé El-Bokhàri de les appuyer sur des traditions authentiques.
Quant aux hadits qui figurent dans les tardjoma ou qui par- fois les constituent en entier, ils n'ont jamais d'isnâd et sont le plus souvent fragmentaires. On estime qu'El-Bokhàri les tenait personnellement pour authentiques, mais que, n'en pouvant fournir la preuve , il a voulu éviter qu'on les confondit avec les autres et qu'on s'en fît une arme pour attaquer la valeur de son recueil. On les reconnaîtra facilement dans la traduction où ils sont imprimés en petites itali(|ues et dépourvus de numéros d'ordre.
Tout ce travail, comme on le voit, a été exécuté avec un soin très méticuleux, une réelle méthode et dans un but bien défini. Il paraît donc difficile d'admettre, ainsi (jue le prétendent les commentateurs, qu'El-Bokhâri ait laissé dans son ouvrage des lacunes qu il se réservait de combler le jour où de nouveaux documents auraient été recueillis par lui ou encore de croire que ces lacunes proviendraient de manuscrits.
Ces deux h\ pothèses ne sont sans doute pas absolument in- vraisemblables; cependant puisque El-Bokhàri a enseigné lui- même de vive voix son Sal.iîlj on peut se demander pour([uoi il
AVANT-PROPOS. xv
n'aurait pas exprimé lui-même ies raisons (jui l'auraient poussé à conserver des tardjoma sans hadîts à la suite. S'il l'avait fait, il est bien certain qu'on en aurait gardé le souvenir et que ses explications auraient été transmises à la postérité. D'un aulre coté, sil n'a rien dit à ce sujet de lui-même, il est hien surpre- nant ([u'il n'ait pas été questionné sur ce point par un de ses auditeurs et alors son silence ou sa réponse nous auraient été rapportés. La seconde hypothèse est également dilHcih' à justi- fier, car s'il est vrai que les leçons de l'auteur aient été entendues par 90,000 personnes il serait bien étonnant qu'aucune d'elles ne se fût rappelé le passage laissé en blanc dans les manuscrits et ne l'eût signalé au monde savant musulman.
Quoi qu'il en soit de cette question bien secondaire en somme, El-Bokhàri a, d'une part, rendu un signalé service à l'isla- misme en conjurant le péril Mordjii te, et, d'autre part, il a, pour ainsi dire, fixé d'une manière définitive la constitution pratique de la religion du Prophète. D'autres que lui ont con- signé dans leurs recueils des hadîts authentiques, mais aucun autre, pas mêmeMoslim, n'a apporté un soin égal à vérifier ses documents. En effet, Moslim accepte la transmission d'un hadits entre deux râwî contemporains sans s'être assuré, comme le fait El-Bokhâri, qu'ils ont pu être en relations directes et . qu'ils se sont rencontrés au moins une fois.
Les travaux des grands législateurs musulmans, entre autres ceux de Abou-Hanifa, de Mâlik et de Ech-Ghaféi , sont anté- rieurs à la rédaction du Sahih d'El-Bokhâri. Ce n'est donc pas dans ce livre qu'ils ont trouvé les hadits sur lesquels l'epose une partie de la loi canonique et civile des musulmans. Cepen- dant le Sahih a été consulté et doit l'être encore par uncheikh- el-islàm ou un mufti à qui on demande une fetoua juridique. C'est dans cette mesure qu'il conserve un rôle appréciable dans
XVI A\AMT- PROPOS.
la jurisprudence uiusulniane, rôle qu'il partage avec les autres recueils classiques de traditions, mais à un degré plus éuii- nent.
Au point de \ue social, les liadits continuent à fournir des indications précieuses pour toutes les questions qui n'ont pas été tranchées dans un sens précis par le Coran. Chaque fois qu'une difficulté ou une hésitation se produit en morale, en politique, en hygiène ou en hienséance, on a recours aux tra- ditions pour savoir ce qu'il convient de faire. Presque partout on procède tous les ans à des lectures publiques du Sahîh d'El- Bokhâri. Ces lectures, accompagnées d'un court commentaire, ont lieu dans les mosquées et en général vers l'époque du Ra- madan. Cependant dans les circonstances critiques ou solen- nelles elles prennent plutôt le caractère d'un véritable office analogue à celui de la récitation du Coran. Un exemplaire du Sahih d Ei-Bokhàri jouit d'un prestige égal à celui du Coran pour la prestation des serments et il figure également à côté du Livre Saint dans les grandes solennités où l'on veut soit apaiser la colère de Dieu, soit lui m'anifester sa reconnaissance au jour d'un triomphe.
De son vivant, l'homme qui, aux yeux du monde musulman, a produit l'œuvre la plus parfaite après le Coran, a rencon- tré parmi ses contemporains des ennemis et des détracteurs. Les biogra|)hes n'ont guère insisté sur ce point qui pour- tant méritait d'attirer toute leur attention puisqu'il met en relief le péril que courait la religion musulmane à cette époque en même temps que la haute valeur de l'œuvre qui l'a conjuré. Comme d'ordinaire, ils n'ont dépeint que la physionomie extérieure du personnage sans chercher à pénétrer ses senti- ments intimes autrement que par quelques anecdotes dont ils ont émaillé leurs récits. Nous n'avons donc qu'une sorte de
AVANT-PROPOS. xvn
curriculum vilac d'El-Bokliâri dont voici los traits principaux daprès El-Qasiallâni.
Le personnage, que tout le monde ne de'sifj;ne plus aujour- d'hui que sous le simple vocable d'El-Bokhâri, avait pour nom complet : Abou-'Abdallah-Mohammed-ben-Isma'îl-ben-Ibrahim- ben-El-Moghira-ben-Bardizbeh^^^-El-Djoïî-El-Bokhâri. Il naquit à Bokhâra dans la nuit du 12 du mois de Ghaouâl de Tannée \V)U (19 juillet 810). On voit par sa généalogie qu'il était d'origine persane et l'on sait que son arrière grand-père El- iMogbira fut le premier de ses ancêtres qui embrassa l'isla- misme. Quant à la conversion d'El-Moghira, on rapporte qu'elle fut due à un gouverneur de Bokbàra, nommé El-Yamàn- El-Djoïi, et ce fut à cette sorte de parrain que la famille emprunta l'ethnique El-DjoTî qui dorénavant figura dans sa nomenclature généalogique.
El-Bokhâri était encore un tout jeune enfant quand il perdit son père. Ce fut sa mère qui dirigea son éducation et elle dut penser bientôt qu'il était appelé à jouer un rôle important dans l'islamisme. On assure, en effet, que, son enfant ayant complè- tement perdu la vue, elle adressa au Ciel de ferventes prières et vit en songe Abraham qui lui annonça que Dieu les avaient exaucées; en effet, dès le lendemain de cette apparition, El-Bo- khâri recouvrait complètement la vue. Si, à cette circonstance, on ajoute qu'il était mince et de petite taille, on voit que l'au- teur du Sahîh était d'une constitution délicate. Son acti- vité et son intelligence devaient donc le porter à se livrer à
''' Telle est l'orthographe indiquée trad. de Slane, t. Il, p. 596). La leçon
d'une façon précise par Qaslallâni qui Bardizheh est également celle qui a été
ajoute que ce mot signifie ffle semeur «. adoptée tout récemment par Dr. Trangott
Mais Ibn-Khallikan donne les leçons Mann dans la Tuhfa Dawi-VArah, Lei-
Yeulibahti\Qzàfii):)'A\\id.Ihn-Khallikau, den, igoS, p. ir=.
EL-BOkllÀRI. II. B
mrtiuEric mtiuiile.
wiii AVANT-PROPOS.
létude d'une des sciences cultivées à cette époque par les musulmans plutôt qu'aux travaux d'une nature physiquement plus active.
Grâce à son intelligence et à sa mémoire prodigieuse El-Bo- khâri fit de si rapides progrès qu'à l'âge de 1 1 ans il possédait admirablement les liadits qu'on lui avait enseignés. Il les étu- diait avec tant de soin qu'il put reprendre son maître sur une erreur que celui-ci commettait en citant un isnâd. Or il ne s'agissait pas d'une simple inadvertance du professeur, mais d'une erreur qu'on commettait généralement faute d'avoir consulté un certain auteur qui avait donné la véritable leçon. A l'âge de 16 ans, ayant brillamment terminé ses études, El- Bokhâri partit en pèlerinage à la Mecque en compagnie de son frère aîné Ahmed et de sa mère. Puis, laissant rentrer seul à Bokhâra son frère qui devait y mourir peu après, il s'installa à la Mecque et s'y livra activement à la recherche de hadîts et de détails biographiques sur les râwî.
El-Bokhâri avait 1 8 ans lorsqu'il publia son premier ouvrage intitulé : ^o^^Ui^ ^^jjyobJI^ \j\^\ bLas <^b^. Ce traité, ainsi que l'indique son titre, traitait des décisions rendues par les Com- pagnons du Prophète et ceux qui les avaient connus, en indi- quant les diverses opinions qu'ils avaient pu avoir surun même sujet. Son second ouvrage, publié peu de temps après, fut ré- digé à Médine près du tombeau du Prophète sans doute à cause de l'importance toute spéciale que l'auteur attribuait à la ma- tière dont il s'occupait. Pour s'assurer de l'authenticité de la transmission d'un hadîts, il fallait tout d'abord prouver que le râwî transmetteur et le râwî récepteur étaient contemporains et avaient communiqué entre eux. Ce fut exclusivement dans ce but que fut conçu et exécuté l'ouvrage intitulé : j!^\ g:;UJI ffLa grande histoires. El-Bokhâri fit ensuite lui-même deux
AVANT-PROPOS. m
abrégés de son propre travail sous les titres de ku.^5)l g-^bJ! rr Lliistoire moyennes eij^Ji*a}\ g;bJl rLa petite histoire t?.
Ces 'travaux préliminaires Lei'minés, El-Bokhâri se mit à la recherches des l.iadîts et il en fit une abondante moisson en vi- sitant les villes suivantes : Balkh, Merw, Nisaj)Our, Rayy, Bag- dad, Bassora, Koufa, la Mecque, Médine, Ouâsit, Misr, Damas, Qaïsariyya, Ascalon et Emèse. Dans ces diverses localités il rencontra 1,080 personnes ou râwi, qui lui enseignèrent des hadîts, et, comme il le ditlui-même, il ne faut pas comprendre dans ce chiffre ceux qui professaient la doctrine que la foi n'a besoin pour être sincère de se manifester ni par des paroles, ni par des actes.
Pendant qu'il accumulait ainsi les matériaux destinés à son grand ouvrage, à la composition duquel il devait employer seize années, El-Bokhâri continuait à propager ses idées sur la foi en enseignant les hadits lui-même et en ayant soin d'insister sur les faits qui militaient en faveur de sa théorie. L'un de ses arguments favoris étaient que l'on ne pouvait constater, ainsi que tout le monde l'admettait, comment la foi pourrait aug- menter ou diminuer si elle ne se traduisait pas en actes exté- rieurs visibles.
Cet enseignement, donné successivement dans le Hedjâz, dans l'Iraq et dans le Mawarennahar, fut fort suivi malgré la jeunesse du maître qui, à ses débuts, disent les biographes, n'avaient pas encore le moindre poil au menton. Environ 70,000 auditeurs ou étudiants entendirent ces leçons et nombre de traditionnistes, devenus célèbres plus tard, s'honorèrent d avoir été les disciples d'El-Bokhàri.
Avec ses récits coupés et ses isnâd formés de séries plus ou moins longues de noms propres, la science des traditions exige une très grande mémoire. Celhî d'El-Bokhàri était véritable-
XX AVANT-PROPOS.
ment prodigieuse. Il était capable, dit-on, de réciter par cœur un livre entier rien qu'après l'avoir lu rapidement des yeux. Tout jeune encore il avait retenu dans sa mémoire 75,000 ha- dîts et il arriva plus tard à en posséder plus de 200,000 qu'il pouvait débiter sans la moindre hésitation.
Quelques envieux, un jour, essayèrent de prendre en défaut le jeune prodige. Ils lui citèrent certains liadits peu connus dans lesquels ils avait modifié très légèrement le texte même et l'isnâd. L'épreuve tourna à leur confusion. Après avoir ré- pondu tout d'abord à ses interlocuteurs qu'il ignorait les tradi- tions qu'on lui citait, El-Bokhâri les reprit ensuite une à une en corrigeant toutes les erreurs qu'on y avait introduites et en disant d'un air narquois qu'il ne connaissait que ces liadîts qui étaient sans doute ceux qu'on avait voulu lui citer. Cette sûreté de mémoire, au moyen de laquelle il remettait sur pied les textes estropiés, valut à El-Bokhâri le surnom de rr Médecin des hadîtsw.
Grâce à la fortune que lui avait laissée son père, El-Bokhâri ne fut détourné de son œuvre par aucun souci matériel. Il avait du reste les goûts les plus simples et c'est en bonnes œuvres qu'il employait ses larges revenus. A peine est-il besoin d'ajouter que sa piété était extrême, et une anecdote qu'on cite à ce pro- pos prouve toute l'importance qu'il attachait aux actes de dé- votion. Un jour qu'il faisait sa prière, une guêpe pénétra sous ses vêtements et le piqua si violemment en seize ou dix-sept en- droits que toute sa poitrine en était tuméfiée. Néanmoins il ne voulut pas interrompre la récitation d'un chapitre du Coran qu'il avait commencée et c'est seulement quand elle fut ache- vée qu'il pria quelqu'un de rechercher la cause des souffrances qu'il venait d'endurer.
Il n'était pas moins scrupuleux quand il s'agissait d'affaires
AVANT-PROPOS. xxi
(Fintérét, et là encore il ne voulait pas qu'on pût lui adresser le moindre rej)roche. A cette épofpio, la fortune mobilière dans les villes consistait uniquement en marchandises dont on faisait le commerce. Des négociants étaient venus le trouver et lui avaient proposé un bénéfice de 5,ooo dirhems sur un lot de marchandises qu'il avait chez lui. 11 hésita à conclure Taifaire et demanda à réfléchir jusqu'au lendemain. Quel([ues instants après avoir fait cette réponse, d'autres commerçants lui pro- posèrent pour ce même lot un bénéfice de 10,000 dirhems. Il refusa cette offre plus avantageuse en disant qu'il se croyait tenu de conclure le premier marché parce que, aussitôt après le départ de ses premiers clients, il avait, dans sa pensée, considéré l'afTaire comme réglée.
S'il n'était pas disposé à laisser entamer ses convictions, du moins n'employait-il jamais de mots injurieux ou même sim- plement malveillants à l'égard de ses contradicteurs. En aucune circonstance, dit-on, il ne traita de menteur quelqu'un qui sciemment altérait la vérité. Il était trop honnête et d'un esprit trop élevé pour dissimuler de parti pris les travaux de ses ad- versaires. Ainsi, malgré l'hostilité que lui avait toujours mani- festée Edz-Dzehli ( j^ jJl ) , il ne supprima pas son nom dans les trois ou quatre hadits qu'il lui emprunta, et il se borna à se servir pour l'indiquer d'un surnom sous lequel on le désignait rarement. Certes il eût été préférable qu'il se fût exprimé sans la moindre réticence, mais il tenait à faire sentir qu'il n'avait aucune estime pour le caractère de son adversaire.
Parfois cependant il se montra moins catégorique qu'on n'au- rait dû s'y attendre. C'est ainsi que, invité à se prononcer sur cette question de savoir si le Coran était créé ou incréé, ques- tion brûlante qui passionnait vivement les esprits, il répondit par ces paroles ambiguës : rr Le Coran , verbe de Dieu est in-
XXII AVANT-PROPOS.
créé, mais les actes des hommes sont créés. ^ Il voulait dire par là que le fait par un homme de réciter le Coran constitue un acte. Or, comme personne ne met en doute que les actes des hommes sont créés, il est hien certain que le Coran sous cette forme est créé. Quant au Coran en tant que verbe de Dieu il était à coup sûr incréé puisqu'il était une émanation de la personnalité divine. Cette réponse donnait raison en quelque sorte aux deux doctrines opposées ou pour mieux dire en détruisait toute la portée.
A en juger par une anecdote que citent les biographes, El- Bokhâri était très porté au bien et à l'indulgence. Une de ses esclaves ayant renversé sur ses papiers un encrier qui était devant lui, il l'apostropha brusquement en ces termes : crTu ne sais donc pas marcher? — Comment pourrais-je marcher, riposta vivement la servante, quand il n'y a pas de place pour passer? 77 S'apercevant alors qu'il était lui-même en faute à cause du désordre et de l'encombrement de ses livres , El-Bo- khâri répliqua en disant à son esclave qu'il lui accordait sa liberté sans condition.
Les miracles n'ont pas manqué à la gloire d'El-Bokhâri, ni de son vivant, ni après sa mort. A l'occasion de l'achèvement d'un ribât qu'il avait fait construire à ses frais et auquel il avait travaillé lui-même en qualité de manœuvre, il olYrit un repas à ses ouvriers et acheta dans ce but une vache et trois dirhems de pain. Or le nombre des convives dépassa de beau- coup celui sur lequel on comptait. Cependant, non seulement on réussit à rassasier plus de cent personnes, mais encore il resta une certaine quantité de pain. On raconte encore que la terre qui avoisinait son tombeau prit pendant longtemps une telle odeur de musc qu'on venait s'en approvisionner pour par- fumer les appartements.
AVANT-PROPOS. xxiii
L'œuvre d'El-Bokliâri a certainement contribué à grandir aux yeu\ des fidèles la personnalité de Mahomet et peut-être aussi à lui ftiire attribuer une sorte de caractère divin auquel il n'avait jamais prétendu. Aussi ne doit-on pas être surpris que la légende ait fait intervenir le Prophète en faveur de celui qui lui valait de si grands honneurs posthumes. Deux de ces récits sont à retenir. Suivant le premier, El-Bokhâri encore tout jeune se serait vu en songe à côté de Mahomet écartant à l'aide d'un éventail les mouches qui voulaient se poser sur l'auguste visage du fondateur de l'islamisme. C'était, d'après les inter- prètes autorisés, une invitation à préserver les hadîts du contact des ignorants ou dos malintentionnés qui en auraient altéré la pureté.
Selon la seconde légende, un savant musulman, habitant une contrée fort éloignée de Bokhâra, vit en songe Mahomet qui se tenait à l'entrée du Paradis. çrQue faites-vous là? lui demanda le savant. — J'attends El-Bokhâri, répliqua le Pro- phète, car je veux moi-même l'introduire dans le séjour des bienheureux. 77 Or, vérification faite plus tard, ce songe avait eu lieu juste au moment oii l'auteur du Sahih mourait dans le bourg de Kharteng, c'est-à-dire le dernier jour du mois de Ra- madan de l'année 266 (3i août 870).
Les opinions d'El-Bokhâri, et aussi la supériorité qu'il avait sur ses rivaux et qu'il devait à son seul mérite , lui avaient valu bien des envieux et des ennemis. Sa présence dans une ville pouvait à cause de cela devenir une occasion de troubles. Et quand il mourut à Kharteng, il attendait précisément que l'on eût décidé si oui ou non il serait reçu dans la ville de Samar- qande. Il était malade depuis quelques jours, lorsqu'on lui an- nonça qu'on lui ferait un accueil digne de lui. Mais, comme il faisait à pied les quelques pas qui le séparaient de sa monture,
XXIV AVANT-PROPOS.
il tomba hriisquement en chemin et rendit le dernier soupir. Pendant quelques heures après sa mort son corps se couvrit d'une abondante transpiration. Il était âgé de 63 ans moins treize jours en comptant par années lunaires. Suivant le désir qu'il avait exprimé, on l'ensevelit dans trois pièces d'étoffes qui n'étaient ni des chemises, ni des turbans.
El-Bokhâri avait écrit un assez grand nombre d'ouvrages. En voici la liste telle que la donne El-Qastallâni en y comprenant ceux cités précédemment : 1° ^^^î ^UI; 2" jol^l LUiaï t_jL6
1 k"" iùUïOI ^U; 1 5° ]ay^\ J^\ 1 6*^ ^! J^ et 1 7« ùZ\y}à\ vi^. Tous ces travaux sont relatifs aux hadits. Quant aux nombreux commentaires qui ont été faits du Sahil.i, la liste en sera donnée dans le volume des index en même temps que les diffé- rentes éditions du texte seul.
M. Krehl avait commencé à Leyde la publication du texte du Sahîh, mais il n'en a paru que trois volumes et il est vrai- semblable que le quatrième et dernier volume de cette édition ne verra jamais le jour. Néanmoins c'est elle qui a servi en quelque sorte de base à la traduction française, parce qu'elle permet de retrouver plus facilement le texte arabe des hadits traduits à cause du numérotage des hâh ou chapitres. Cependant la traduction contient quelques chapitres qui. faisant défaut dans l'édition de Leyde, figurent dans l'un des deux commen- tateurs principaux El-Qastâllani et El-'Aïni. On les reconnaîtra sans peine car leur numéro d'ordre est toujours suivi de la men- tion bis. Des notes signalent les légères variantes qu'offrent ces trois exemplaires quand elles ne sont point le résultat d'une faute typographique évidente.
AVANT- PUOPOS. XXV
(Juand la lardjonia contient une ruhrlcjiie, celle-ci est en petites capitales tandis que les citations du Coran et les l.iadits fragmentaires ou non, qui n'appartiennent [)as au Corpus pro- prement dit, sont en italique. Tous les hadîts qui font partie du Corpus sont en romain et ont reçu un numéro d'ordre destiné à faciliter les recherches.
Pour le public, auquel est destinée cette traduction, la série des noms qui composent les isnâd n'aurait eu d'autre résultat que d'en rendre la lecture plus pénible. Du moment, en effet, qu'un hadits figure dans le Corpus d'El-Bokhâri c'est qu'il est authentique ou réputé tel par l'immense majorité des musul- mans. Les orientalistes qui auraient besoin d'être renseignés sur ce point retrouveront facilement les isnâd dans l'édition de Krehl pour les trois premiers volumes, dans El-Qastallàni pour le quatrième. L'indication du premier râvvi dans la tia- duction parait bien suffisante et on le trouvera toujours écidt en italique. Les diverses parties du nom de ce personnage ainsi que celles des personnages cités sont réunies par dos traits d'union afin que l'oubli accidentel d'un signe de ponctuation ne fasse pas croire à un seul nom quand il y en a deux ou plusieurs. ,
C'est par suite d'une inadvertance que, dans le premier volume, on a laissé l'orthographe fautive rika au lieu de reha\
Ces courtes indications seront, je l'espère, suffisantes ou attendant l'Introduction qui ne pourra être définitivement rédigée qu'après l'achèvement complet de la traduction.
Paris , février 1900.
0. HOUDAS.
EL-BOKHARI.
LES TRADITIONS ISLAMIQUES.
-:30c--
TITRE PREMIER.
DE LA RÉVÉLATION À SON DÉBUT.
CHAPITRE PREMIER. — De quelle façon se manifesta la Révélation CHEZ l'Envoyé de Dieu. — De ces mots du Coran : kNous t'avom envoijé la Révélation ainsi que nous l'avions fait pour Noé et les prophètes qui sont venus après lain (sourate iv, verset 161).
1. \ilqama-ben-Waqqâs-El-Leïtst rapporte que *Omar-ben-El- Kliatlàb, étant en chaire, s'exprima dans les termes suivants : a J'ai entendu l'Envoyé de Dieu dire : rrLes actions ne valent que par les rr intentions n ^^K II ne sera donc tenu compte à chaque homme que de ses intentions. Pour celui qui aura émigré en vue de biens ter- restres, ou afin de trouver une femme à épouser, l'émigration ne comptera que pour le but qui aura déterminé son voyage. (^) -n
2. D'après ^Aïcka, la mère des Croyants, El-Harits-ben-Hichâm ayant dit au Prophète : rr Envoyé de Dieu, comment te vient la Ré- vélation? ii, celui-ci répondit : crA certains moments, elle m'arrive pareille au tintement d'une clochette, et c'est pour moi la plus
''^ Ce hadits est considéré comme l'une des premiers musulmans. Suivant Abou I-
(les qn.itre traditions fondamentales de Féda (Vie de Mohammed, trad. Noël «es
rislam. Il est inscrit sur ia porte des bar- Vergers, p. 98), dans la hiérarchie des
biers, à la mosquée El-Azhar, Compagnons du Prophète, qui comptait
^^' Cette déclaration eut sans doute pour treize rangs, le troisième était occupé par
objet principal d'empêcher l'usurpation les premiers mohàdjir, et le septième [)ar
du titre de mohàdjir, titre fort rxherché les seconds mohàdjir.
KL-nOKn"lRI. I. I
Ml'RIULIlie NATIONALE.
2 TITRE PREMIER.
pénible^^l Puis la Révélation s'interrompt, et alors seulement je saisis ce que l'ange m'a transmis. D'autres fois, l'ange se montre à moi sous une forme humaine ^^\ il me parle et je retiens ce qu'il m'a dit. Ti
'Aïcha ajoute : cr Certains jours que le froid était très vif, je vis le Prophète recevoir la Révélation; au moment où elle cessait, le front du Prophète ruisselait de sueur, -n
3. ^Aïcha, la mère des Croyants, a dit : crLa Révélation débuta chez le Prophète par de pieuses visions qu'il avait pendant son sommeil. Pas une seule de ces visions ne lui apparut sinon avec une clarté semblable à celle de l'aurore. Plus tard, il se prit à aimer la retraite. Il se retira alors dans la caverne de Hirâ ^^\ où il se livra au tahannouts^'^\ c'est-à-dire à la pratique d'actes d'adoration durant un certain nombre de nuits consécutives, sans qu'il revînt chez lui; aussi se munissait-il à cet effet de provisions de bouche. Ensuite il revenait vers Khadîdja et prenait les provisions nécessaires pour une nouvelle retraite. Cela dura jusqu'à ce que la Vérité lui fut enfin apportée dans cette caverne de Hirâ.
ff L'ange vint alors le trouver et lui dit : crLis ! — Je ne suis cr point de ceux qui lisent, n répondit-il. L'ange me saisit aussitôt, raconta le Prophète; il me pressa au point de me faire perdre toute force et me répéta ce mot : «Lis ! — Je ne suis point de ceux
^'^ Au Heu de
o^TT'
r clochette que l'on
suspend au cou des animaux» , on pour- rait aussi lire ^yL qui signifierait tr bruis- sement des ailes n. L'usage des cloches étant prohibé chez les musulmans, les commentateurs font remarquer qu'il s'agit ici d'une simple comparaison, mais ils ne disent rien sur la nature et le but de ce son confus que prenait la Révéla- tion.
<*' C'était, dit -on, sous l'aspect de Dihya-ben-Khalifa, un des plus beaux hommes de cette époque. Dans ces cir- constances l'ange |)ai'!tiil ckiiienienL et
inteiïigiblemenl. Il existe une curieuse classification des différentes révélations suivant les formes qu'elles revêtirent (cf. .\ÔLDEKE, Gcschichte des Qorans, p. 16,
''' Yaqout indique aussi la lecture Harâ pour le nom de cette montagne si- tuée h trois milles de la Mecque.
'^^ On a lu parfois oïLr (mener la vie de hanif) au lieu de e»Ls?". Sur les diverses significations qui ont été données à ce mot on peut consulter Sprenger Dus Lehcn des Mohammed, 1, p. 33o, 33i.
DE LA RÉVÉLATION À SON DÉBUT. 3
frqiii lisent^'\ n répliquai-je encore. Pour la troisième fois l'ange me saisit, me pressa au point de m'enlever toute force, puis me lâcha en disant : «Lis : au nom de ton Seigneur qui a créé. — Il a créé cr l'homme de sang coagulé. — Lis : et ton Seigneur est le très cf généreux Ti (sourate xcvi, versets i, ^ et 3).
«En possession de ces versets, le cœur tout palpitant, le Prophète rentra chez Khadîdja-bent-Khowaïhd et s'écria : cr Enveloppez-moi! fc Enveloppez-moi ! ^'^'^n On s'empressa de le tenir enveloppé jusqu'au moment oii son elfroi fut dissipé. Alors, s'adressant à Khadîdja, il la mit au courant de ce qui s'était passé, puis il ajouta : crAh! j'ai crcru que j'en mourrais! — Non pas! répondit Khadîdja. Certes cf jamais Dieu ne t'infligera d'affronts; car tu es uni avec tes cr proches, tu soutiens les faibles, tu donnes à ceux qui n'ont rien, tu tr héberges les hôtes et tu secours les victimes des vicissitudes du rr droit, n
«Ensuite Khadîdja emmena Mahomet chez Waraqa-ben-Naufal- ben-Asad-ben-'Abd-el-'Ozza'^^. Cet homme , qui était le cousin paternel de Khadîdja, avait embrassé le christianisme aux temps antéisla- miques. Il savait tracer les caractères hébraïques, et avait copié en hébreu toute la partie de l'Evangile que Dieu avait voulu qu'il transcrivît. A cette époque il était âgé et était devenu aveugle : crO mon cousin, lui dit Khadîdja, écoute ce que va te dire le fils ff de ton frère. — 0 fils de mon frère , répondit Waraqa , de quoi ff s'agit-il ? Ti Le Prophète raconta alors ce qu'il avait vu. «Cet ange,
''' Le sens du mot <5^l5 employé ici et celui de iJil donné plus loin est fort discuté. On a tour à tour donné à la ra- cine de ces deux mots les sens de rrlire» , ffréciter» , fr prêcher 5^ , clouer le nom^i. Rappelons que ce passage a été invoqué comme ai'gument dans la discussion ou- verte sur le point de savoir si Mahomet savait lire.
^"' Chaque fois qu'il recevait la Révé- lation, Mahomet se faisait envelopper
d'un voile qui le dérobait complètement aux regards. C'est ainsi que faisaient les voyants de l'Arabie antéislamique quand ils éprouvaient une crise (cf. Wellhao- SE^ , Reste arabischen Heiilenfhums , p. i35. Comp. Salomon Reinach, L'ohlaiion du voile, Comptes rendus de l'académie des inscriptions et belles-lettres, nov. 1897). ^^' Sur ce personnage , cf. Z. D. M. G. , XII, p. 701-708, et Sprenger, Das Lebeii des Mohammed , I, p. 12 '4-1 34.
U TITRE PREMIER.
(rdit Waraqa, c'est le Confident (^^ que Dieu a envoyé autrefois à fr Moïse. Plût à Dieu que je fusse jeune en ce moment! Ah! que je ff voudrais être encore vivant à l'époque où tes concitoyens te banni- ff ront ! — Ils me chasseront donc , s'écria le Prophète ? — Oui , reprit cf Waraqa. Jamais un homme n'a apporté ce que tu apportes sans ffêtre persécuté! Si je vis encore ce jour-là, je t'aiderai de toutes crmes forces, n Après cela Waraqa ne tarda pas à mourir, et la Révélation fut interrompue (^l 11
Parlant de cette interruption, Djâbir-ben-'Abdallah-El-Ansari rapporte la tradition suivante : ce Tandis que je marchais, dit le Pro- phète, j'entendis une voix qui venait du ciel. Levant alors les yeux, j'aperçus l'ange qui était venu me trouver à Hira; il était assis sur un trône entre le ciel et la terre. Effrayé à cette vue, je rentrai chez moi en criant: rr Enveloppez-moi ! enveloppez-moi ! ii Alors Dieu me révéla ces versets : crO toi qui es enveloppé, lève-toi et menace Cf du châtiments (sourate lxxiv, versets 1 et 2), et continua jusqu'à ces mots : ce Et l'idolâtrie (^\ fuis-lài: (sourate lxxiv, verset 5). Après cela la Piévélation reprit avec ardeur et continua sans interrup- tion, -n
In fine, indication de deux autres isnâd et d'une variante dans ie texte de la tra- dition rapportée par 'Aïcha : »,;>!^ au lieu de s^lp '*'.
k. Suivant Saîd-ben-Djobair, voici comment Ibn-'Abbâs commen- tait le verset du Coran : ce N'agite pas ta langue afin de hâter ainsi la Révélation r, (sourate l\xv, verset 16). ce L'Envoyé de Dieu essayait
''' D'après la tradition musulmane, le ^^j^Ls, mot traduit par ^confident", dé- signe l'ange Gabriel, ie confident de Dieu, celui à qui le Très-Haut révèle des secrets. Sur l'origine et les diverses signi- fications de ce mot. Cf. Z. D. M. G. , XII , p. 701, 702, note; XIII, p. 690-700 et Fr^nkel, Araniàïsche Fremdwôrlev, 978.
'^' Celle interruption nommée syoLli <lura trois années environ. Sur les récils relatifs ii cette interruption cf. Spueinger,
Das Lebendes Mohammed , I, p. 3/17-3/19.
''' Le mot ^>J cpie la plupart des lexi- cographes donnent comme signifiant rr l'adoration des idoles ^ serait d'après oviâLsî le nom d'une idole.
^''' »^^!>j signifie ffses muscles del- toïdes»). Si Ton accepte celte leçon, il faut remplacer ces mots: •n\e, cœur tout [jalpilanl'o au troisième paragraphe du hadils u" 3, par (ries épaules secouées» ( par rémolion ou la frayeur).
DK LA RKVKLATION A SON DÉBUT. 5
de calmer la souffrance que lui inspirait la Révélation, et c'est dans ce but qu'il remuait les lèvres, ii Ce disant, Ibn-*Abbas remuait les lèvres et ajoutait : rr Regarde, je les remue de la même façon que le faisait l'Envoyé de Dieu.-n A son tour, Sa'îd rapportant cette tra- dition, remuait les lèvres et disait : rr Je les remue comme je l'ai vu faire à Ibn-'Abbâs. n Ce fut dans ces circonstances que Dieu fit des- cendre ce verset : rr N'agite pas ta langue afin de bâter ainsi la Révé- lation.— C'est à nous qu'incombe l'assemblage de ces textes et leur récitation i-) (sourate lxxv, versets 1 6 et 17). Ibn-'Abbâs expliquait ces derniers mots en disant : rr Dieu les assemblera dans ta poitrine et tu les réciteras ensuite. ii Dans le verset : fc Lorsque nous le récite- rons, suis sa récitatiomi (sourate lxxv, verset 18), Ibn-'Abbâs expli- quait les derniers mots par : cr Ecoute la récitation et tais-toi. v En- fin ce verset : cr Ensuite ce sera à nous de le rendre explicite ii (sourate lxxv, verset 19), doit s'entendre, selon Ibn-'Abbâs : cr En- suite ce sera à nous de te le faire réciterai. Après cette Révélation, chaque fois que Gabriel venait trouver l'Envoyé de Dieu, celui-ci l'écoutait, puis dès que Gabriel était parti, il récitait le Coran exactement comme l'ange l'avait récité.
5. Ibn-Abbâs rapporte que nul n'était généreux à l'égal de l'Envoyé de Dieu , et que cette générosité se manifestait surtout du- rant le mois de ramadan , à la suite de ses entrevues avec Gabriel qui venait chaque nuit lui enseigner le Coran. A ce moment-là l'Envoyé de Dieu était plus généreux que le vent envoyé par Dieu^'l
6. Abou-Sofyân-hen-Harb a raconté qu'il fut mandé par Héra- clius à l'époque oii il se trouvait en Syrie à la tête d'une caravane de marchands qoraichites, et au cours de la trêve ^^^ que le Prophète avait conclue avec lui et les infidèles de Qoraïch. Les envoyés d'Héraclius arrivèrent auprès d'Abou-Sofyân au moment où l'em- pereur et sa suite se trouvaient à Ilya '^^K Entouré de grands per-
''' C'est-à-dire : les vents qui amènent ^^' Transcription arabe de la première
la pluie. partie du nom que portait à cette époque
'"^ La trêve de llodaibiya. Je'rusalera, /Elia Gapitolina.
6 TITRE PREMIER.
sonnages grecs, Héraclius convoqua les Qoraïchites dans sa salle de réception; puis, il les fit introduire en sa présence et invita son interprète à leur dire: a Lequel d'entre vous est le plus proche parent de cet homme qui prétend être prophète? — C'est moi, répondit Abou-Sofyân. — Qu'on fasse approcher cet homme de moi, dit l'empereur; qu'on fasse également rapprocher ses compa- gnons et qu'ils soient placés contre son dos. n Alors, s'adressant à son interprète : cr Dis-leur, reprit-il, que je vais interroger cet homme sur le prétendu prophète; si cet homme ment, ses compa- gnons devront relever ses mensonges, n En faisant ce récit, Abou- Sofyân ajouta: crPar Dieu! si je n'avais eu honte de voir relever mes mensonges pai' mes compagnons , j'aurais hardiment menti sur son compte. La première question qui me fut posée fut la sui- vante : ce Quel rang sa famille occupe-t-elle parmi vous? — Elle crjouit d'une grande considération, répondis-je. — Quelqu'un parmi «Tvous, poursuivit Héraclius, a-t-il jamais tenu avant lui de sem- er blabies propos? — Non. — Quelqu'un de ses ancêtres a-t-il régné? r — Non, répliquai-je. — Ses partisans se recrutent-ils dans les cr hautes classes ou parmi les humbles? — Parmi les humbles. — rrLeur nombre augmente-t-il ou va-t-il en décroissant? — 11 aug- tr mente. — En est-il parmi eux qui après avoir adopté sa religion rr la prennent ensuite en aversion et apostasient? — Non. — Le rr soupçonniez vous de mensonge avant qu'il ne tînt les discours qu'il rr tient aujourd'hui? — Non. — Trahit-il ses engagements? — Non; rr mais nous avons conclu une trêve avec lui en ce moment et nous rr ignorons comment il se conduira au cours de cette trêve, t? Cette vt^.Donse, ajouta Abou-Sofj^ân, fut la seule dans laquelle je pus glisser une insinuation contre Mahomet.
rr Poursuivant ses questions, Héraclius dit : rrAvez-vous été en rr guerre avec lui? — Oui, répondis-je. — Quelle a été l'issue des rr combats livrés? — La guerre entre nous a eu des alternatives; rr tantôt c'est lui qui Ta emporté sur nous , tantôt c'est nous qui l'avons cr emporté sur lui. — Et que vous ordonne-t-il donc? — Il nous dit
DE LA REVELATION \ SON DEBUT. 7
crde n'adorer que Dieu seul; de ne lui associer aucun être; de cr renoncer aux croyances de nos pères. Il nous ordonne de prier; cr d'être de bonne foi^'^; d'avoir des mœurs pures; de rester unis avec ffnos proches.^ Alors Héraclius chargea son interprète de dire à Abou-Sofyân: crJe t'ai interrogé sur sa famille et tu m'as répondu qu'il était de bonne naissance. Or les envoyés de Dieu ont toujours été choisis parmi les plus nobles du peuple chez lequel ils remplis- saient leur mission. Je t'ai demandé si quelqu'un parmi vous avait tenu de semblables discours , et tu m'as répondu que non. Alors en moi-même j'ai pensé que si quelqu'un avant lui avait tenu les mêmes propos, je pourrais croire que cet homme ne faisait qu'imi- ter les enseignements de ses prédécesseurs. Je t'ai demandé si parmi ses ancêtres il y en avait eu un qui eût régné et tu m'as dit que non. En posant cette question je pensais que, si un de ses an- cêtres avait régné, cet homme cherchait à remonter sur le trône de ses pères. Je t'ai demandé si , avant qu'il vous tînt ses discours, vous le soupçonniez d'être un menteur et tu m'as répondu que non. J'ai compris par là que s'il n'était pas homme à mentir à l'égard de ses semblables il ne pouvait mentir à l'égard de Dieu. Je t'ai demandé si ses adeptes se recrutaient parmi les grands ou parmi les humbles et tu m'as répondu que c'était parmi les humbles. Or c'est toujours eux qui forment les partisans des prophètes. Je t'ai demandé s'ils augmentaient en nombre ou s'ils diminuaient et tu m'as répondu qu'ils allaient en augmentant. Or c'est bien là le ])ropre de la foi de croître jusqu'à sa complète évolution. Je t'ai demandé si quelques-uns d'entre eux après avoir embrassé la foi s'en détournaient avec horreur et la reniaient et tu m'as répondu que non. Et c'est bien ainsi qu'agit la foi quand sa grâce pénètre dans les cœurs. Je t'ai demandé s'il manquait à ses engagements et tu m'as répondu que non. Il en est ainsi des prophètes, ils ne tra- hissent point. Je t'ai demandé ce qu'il vous ordonnait et tu m'as
^'' Au lieu de ^osjo on trouve parfois la variante ioj^-a. Avec cette seconde leçon le sens serait rrde faire raiiuiônc».
TITRE PREMIER.
répondu qu'il vous ordonnait d'adorer Dieu, de ne lui associer aucun être, qu'il vous défendait d'adorer des idoles; qu'il vous prescrivait la prière, la bonne foi et la pureté des mœurs. Si donc ce que tu dis est vrai, cet homme conquerra cet endroit même que foulent mes deux pieds. Je savais d'ailleurs que cet homme allait bientôt paraître, mais je ne supposais pas que ce serait l'un d'entre vous. Quanta moi, si je savais pouvoir parvenir jusqu'à lui, je ferais tous mes efforts pour l'aller trouver et dès que je serais auprès de lui je laverais la poussière de ses pieds. r>
Ensuite Héraclius donna l'ordre d'apporter la lettre que le Pro- phète avait fait remettre par Dihya au gouverneur de Bosra et que ce dernier lui avait transmise. Il lut la lettre qui était ainsi conçue: a Au nom de Dieu, le clément, le miséricordieux. De la part de Mahomet, l'adorateur de Dieu et son envoyé à Héraclius le chef des Grecs (^l Salut à quiconque suit la bonne voie. Ensuite. Je t'appelle à la foi musulmane; convertis-toi à l'islamisme, tu seras sauvé et Dieu te donnera une double part de récompense. Si tu te détournes de l'islam tu seras en outre responsable du péché commis par tes sujets (-1 aO gens de l'Écriture, venez à l'appel d'une parole rqui vous est commune à nous comme à vous, à savoir que nous ne cr devons adorer que Dieu et ne lui associer aucun être; qu'aucun de crnous n'en prenne quelque autre comme souverain suprême à l'ex- crclusion de Dieu. S'ils se détournent à cet appel dites-leur: r Soyez fr témoins que nous sommes musulmans :i (sourate ni, verset 67).
Abou-Sofyân poursuit son récit eu ces termes: cr Lorsque Héra-
''^ Mahomet n'emploie aucun des mots habituels du protocole : prince, roi ou empereur. La plirase qui suit est nette- ment impertinente.
^""' Le mot ^jf;.^,yj\ du texte ainsi que les variantes orthographiques qui en sont donndos par le commentaire, est exphqué pai" ;jj;'3S:! -ries laboureurs ". La plupart des sujets de Héraclius étant laboureurs, on dési.oaerail :iiii>i (ous 1 s su'Vls de IJé-
rachus. Toutefois, le Lisân-el-Arab , à propos de ce passage , fait remarquer que les laboureurs désignés ainsi étaient per- sans et idolâtres et il serait alors permis de comprendre ce passage dans le sens de : tr Tu commettrais le même péché que les laboureurs (qui sont idolâtres) t). Cette interprétation éviterait une contradiction avec le Coran, qui dit que personne ne poricrn le poids des fautes ifautrui.
DE LA RÉVÉLATION À SON DEBUT. 9
clius eut prononcé les paroles qui viennent d'être rapportées et qu'il eut achevé de lire la lettre du Prophète, un grand tumulte se produisit dans son entourage et des cris violents retentirent. On nous fit alors sortir et pendant que nous sortions je dis à mes com- pagnons : cril faut que les affaires du fils d'Abou-Kebclia^'^ aient crpris de l'importance puisque le prince des Benou-'l-Asfar"^-) le re- ff doute. 11 Et depuis ce jour jusqu'au moment où Dieu m'imprégna de l'islam, je demeurai convaincu du succès de Mahomet.
Ibn-En-Nàtour, gouverneur de Ilya, ami d'Héraclius et évêque des chrétiens de Syrie, raconte ce qui suit: crHéraclius, de passage à Ilya, se leva un matin de fort méchante humeur. Un de ses patrices lui dit alors : crNous voyons avec peine que tu n'as pas ton «air accoutumé. T! Ibn-En-Nàtour ajoute que Héraclius, qui était de- vin et qui observait les astres, répondit alors à l'observation qu'on venait de lui faire: cr Cette nuit, en regardant les astres, j'ai vu que l'avènement du prince des circoncis venait d'avoir iieu. Quelles sont donc les nations actuelles qui pratiquent la circoncision? — Les Juifs seuls, répondirent les courtisans, pratiquent la circonci- sion. N'aie donc pas la moindre inquiétude à leur sujet. Écris dans toutes les villes de ton royaume pour ordonner qu'on mette à mort tous les Juifs qui s'y trouvent. y>
Ils en étaient là de leur conciliabule , quand se présenta à Héra- clius un messager du prince de Ghassan chargé d'annoncer à l'em- pereur l'apparition du Prophète. Après avoir interrogé ce messager Héraclius dit à ceux qui l'entouraient : cr Allez examiner cet homme et voyez si oui ou non il est circoncis. ii L'examen terminé, ils dé-
'"' On n'est pas d'accord sur ie nom de la Meccfiie pour adorer la constellation
du personnage qui aurait porté le nom du Chien, Dans ce cas le mot pCIs- ne
de Abou-Kehcha. On l'applique tantôt h serait pas pris au sens propre, un ancêtre du Prophète, tantôt à son '^^ Sur la dénomination de Benou-'l-
père noiu-ricier. Comme l'intention inju- Asfar donnée aux Romains et aux Byzan-
rieuse est évidente, il est possible qu'il tins, cf. Journal asiatique , i836, p. gi,
s'agisse d'un Abou-Kebcha qui avait renié g5 et Z. D.M. G., II, p. •2'à^]-'ih^ : XV,
d'une façon éclatante le cidte des idoles p. iA3.
10 TITRE PREMIER.
clarèrent à Héraclius que le messager était circoncis. L'empereur lui ayant alors demandé si les Arabes étaient circoncis et la réponse ayant été que oui, il s'écria : a Ce que j'avais vu, c'était donc l'avé- nement au pouvoir de ce peuple. •>•> Ensuite il écrivit à un de ses amis dont la science égalait la sienne et qui habitait Rome, puis il se mit en route pour Emèse. Il n'était pas encore arrivé dans cette ville qu'il reçut de son ami une lettre qui confirmait l'idée qu'il avait eue de l'avènement de Mahomet et du caractère prophétique de sa mission. Alors Héraclius convoqua tous les grands personnages grecs dans la grande salle intérieure de son palais d'Emèse et, après en avoir fait fermer les portes, il se plaça dans un endroit élevé et dit: rr Peuple grec, désirez-vous le bonheur? Voulez-vous être dans la voie droite et conserver votre suprématie? Eh bien! prêtez serment de fidélité à ce prophète lii En entendant ces mots les Grecs avec la furie d'ânes sauvages, se ruèrent vers les portes, mais ils les trouvèrent fermées. Désespérant alors de les amener à la foi, Héraclius donna l'ordre de ramener tout le monde devant lui et dit: crLe discours que je viens de vous tenir n'avait d'autre but que d'éprouver la force de votre attachement à votre religion; maintenant je suis édifié, t» Les Grecs se prosternèrent aussitôt de- vant lui et lui marquèrent leur satisfaction. Ainsi finit cette aven- ture de Héraclius.
TITRE II.
DE LA FOI.
CHAPITRE PREMIER. — De la Foi.- De ces paroles du Prophète: ^l'hlam est fondé sur cinq choses. Il comporte à la fois acte et parole; il est susceptible d'augmenter ou de diminuer. — Le Très-Haut a dit : «... afn qu'ils ajoutent une foi nouvelle à leur foi v (sourate xlviii, verset 4). — «... nous leur avions en outre donné une bonne directions (sourate xviii, verset 12). — kA ceux qui sont dans la bonne voie. Dieu accordera encore une nouvelle directions (sourate xix, verset -78). — ^Dieu ajoutera une nouvelle direction à ceux suivant déjà la bonne voie et il leur donnera la piété n (sourate xlvii, verset 19). — «... afn que la foi de ceux qui croient soit augmentée rt (sourate lxxfv, verset 3i ).
De ces mots du Coran ; «... De qui d'entre vous augmentera-t-elle (^cette nouvelle sourate) la foi? Elle accroîtra la foideceux qui ont crun (sourate ix, verset iq5). De ces autres passages du Coran: on leur dit : rr Craignez-les , et cela a accru leur foi v (sourate m, verset 167). — « . . . cela ne fit qu'aug- menter leur foi et leur soumission à Dieuv (sourate xxxiii, verset 99).
L'amour en vue de Dieu ainsi que la haine en vue de Dieu font partie de la foi. ^Omar ben "Abdetaziz écrivit à \idy ben "Adij : kII y a dans la foi des devoirs, des dogmes, des choses prohibées et des pratiques recommandables. Quiconque suit exactement toutes ces prescriptions a la foi parfaite ; quiconque ne les suit pas intégralement n'a pas la foi parfaite. Si je vis, je vous explique- rai tout cela afn que vous le mettiez en pratique. Si je meurs, il ne me sera plus permis de rechercher votre société, n
Abraham a dit : «... mais ce serait pour calmer les doutes de mon espnt v (sourate 11, verset 962).
Moadz a dit : « Assieds-toi avec nous que nous fassions un instant œuvre de foi. V
Ibn-Mas^oud a dit : « La certitude c'est la foi tout entière -n.
Ihn-Omar a dit: -x L'homme n'atteint la vraie piété qu'autant qu'il laisse de côté ce qui se trame dans son cœur, n
El-Modjâhid au sujet du verset : «// voiis prescrit en matière de religion ce qu'il avait déjà recommandé à Noé...n (sourate xlii, verset 1 1) donne
1^2 TITRE II.
rexplication suivante : « 0 Mahomet ! nous avons prescrit à toi et à lui (^Noé) une même religion, n
Ihn-Ahhâs expliquait les mots àifij-i et ^l^ (sourate v, verset ôa)
par Jwu-w (^chemin) et iuU« (^règle de conduite).
Ibn-Abbàs expliquait e«core A^*Lfii (littéralement «vos invocations»; sourate XXV, verset 77) par mXïIç) fxvotrefoi'^^^r).
1. Selon Ibn-Oinar, l'Envoyé de Dieu a dit: cr L'Islam est établi sur cinq choses : la profession de foi qu'il n'y a d'autre divinité que Dieu et que Mahomet est l'Envoyé de Dieu; — l'accomplissement de la prière; — le payement de la dnne; — le pèlerinage; — le jeûne du ramadan, -n
CHAPITRE IL — Des choses relatives à la Foi et de ces mots du Coran : « Ce n'est pas de la piété que de tourner votre visage du côté de l'Orient ou du Cou- chant. Mais celui-là est pieux qui croit en Dieu, au jour du Jugement dernier , aux anges, au Livre, aux prophètes; qui, pour l'amour de Dieu, donne de son bien à ses proches, aux orphelins, aux malheureux, aux voyageurs , aux mendiants, ou qui l'emploie au rachat des captifs; qui accomplit la prière, paye la dîme et remplit les engagements qu'il a contractés; qui reste résigné dans l'adversité, la souffrance et aux jours de combat. Voilà les croyants sincères, voilà ceux qui craignent Dieuv (sourate 11, verset 179)- ^ Bienheureux se- ront les croyants V (sourate xxiii, verset 1).
1. Selon Aboii-Horaïra le Prophète a dit: crLa foi comporte soixante et quelques branches : la réserve'^) est une des branches de la foi.
CHAPITRE III. — Le vrai musulman est celui dont aucun des musulmans n'a À redouter ni la langue, ni la main.
1. D'après \ibdallah-ben- Amr le Prophète a dit : crLe (vrai)
''' Dans le texte de i'édition de Krehi . fameuse tradition relative aux branches
Jes mots *Sj'-^! (oi^Lcj» forment la rubrique de l'Islam : JLy«iU.i)i âUI u-ou; (cf. Gold-
d'un chapitre II, sous lequel est donné ziher, Beïh-age g. Literaturgeschichie des
la tradition qui suit. Le chapitre I ne con- Sunn. et Sia polemik, p. 9 et suiv.).
tient ainsi qu'une rubrique et pas de tra- El-'Aïni donne, t. 1, p. 1^9-15-2, une
dition. ënumération très curieuse des branches
^*' Ce hadils paraît être l'origine de la de la foi.
DE LA FOI. 13
musulman est celui dont aucun des musulmans n'a à redouter ni la langue, ni la main. Le (vrai) mohddjir (émigrant) est celui qui fuit ce que Dieu lui a défendu ('). v In fine indication de deux isnâd différents.
CHAPITRE IV. — Quel islam est le meilleur?
1. D'après Abou-Mousa-El-Ach'ary , on demanda au Prophète quel était l'islam le meilleur, cr C'est, répondit-il, celui du fidèle dont les musulmans n'ont à redouter ni la main, ni la langue, v
CHAPITRE V. — Donner à manger (à celui qui a faim) c'est de l'islam.
1 . \ibdaUah-ben-Amr rapporte qu'un homme ayant demandé au Prophète ce qu'il y avait de mieux dans l'islam, celui-ci répondit: cr C'est de donner à manger (à ceux qui ont faim), de donner le salut, à ceux qu'on connaît et aussi à ceux qu'on ne connaît pas. d
CHAPITRE VI. — C'est faire acte de foi que de désirer pour son prochain CE qu'on désire pour soi-même.
1. Selon Anas le Prophète a dit: fc Aucun de vous n'aura vrai- ment la foi s'il ne désire pour son prochain ce qu'il désire pour lui-même (^). v
Cette tradition a deux isnâd différents.
CHAPITRE VII. — Aimer le prophète est un acte db foi.
' 1. Suivant Abou-Horapa l'Envoyé de Dieu adit : cr J'en jure par Celui qui tient mon être en son pouvoir, aucun de vous ne sera un (parfait) croyant à moins qu'il n'ait pour moi plus d'affection qu'il n'en a pour son père et pour ses enfants, -n
'"' n y a ici dans le texte arabe deux '"' Comp. Matthieu, vu, iq; Luc,
jeux de mots intraduisibles eu français; VI, 3i. Il y a lieu de remarquer
le premier, entre L.^ ^musulman i , et la nuance qui sépare les deux for-
Lm rèlre à l'abri'^ ; le second entre yS. mules chrétienne et musulmane sur la
'riuirn et -^l^* rrémigréT) (de la Mecque conduite à tenir à l'égard de son pro-
à Médine). chain.
U TITRE II.
"2. Anas a dit : a Le Prophète a dit : cr Aucun de vous ne sera rrun (parfait) croyant à moins qu'il n'ait pour moi plus d'affection rr qu'il n'en a pour son père , ses enfants et pour tout le reste du rr genre humain, i^
Cette dernière tradition a deux isnâd diffe'reiits.
CHAPITRE VIII. — De la dolgedr de la foi.
' 1 . Anas-ben-Mâlik rapporte ces paroles du Prophète : a Trois choses, lorsqu'on les possède, font savourer la douceur de la foi : d'ahord d'aimer Dieu et son Envoyé plus que tous les autres êtres; en second lieu, si l'on aime quelqu'un de l'aimer seulement en vue de Dieu; enfin de redouter de retourner à l'idolâtrie comme on redoute d'être précipité dans l'enfer. 11
CHAPITRE IX. — C'est un signe de la foi que d'aimer les ansÂr.
1 . Selon Anas le Prophète a dit : cr C'est un signe de la foi que d'aimer les Ansâr; c'est un signe d'Iiypocrisie que de les haïr. -n
CHAPITRE X.
1. "Obâda-ben-Es-Sâmit, qui était présent à l'affaire de Bedr et qui fut un des délégués (^^ qui assistèrent à la nuit d"Aqaba a rap- porté ce qui suit :
cr Tandis qu'il était entouré d'un certain nombre de ses com- pagnons, le Prophète nous dit: rr Prêtez-moi serment de fidélité en ffme promettant de n'associer aucun être à Dieu, de ne pas voler, ffde ne pas commettre l'adultère, de ne pas tuer vos enfants, de ffiîe point produire de calomnie que vous aurez forgée en vous- cf mêmes, de ne point vous révolter contre ce qui est juste. Celui cr d'entre vous qui sera fidèle à cet engagement, Dieu se chargera de cfle récompenser; celui qui ayant commis la moindre infraction à ce
^'* Sur les ff délégués n ou frpréposésn *LiJI, et sur le serment d"Aqaba, cf. Si'Ren- GER, Das Lebcii, II, p. SaS et suiv. ; Grimm, Dus Lcbcn Mohammcds , 1, p. Zja et suiv.
OE LA FOI. 15
tr pacte aura ét(^ puni en ce monde, ce châtiment lui servira d'cxpia- (ftion. Quant à celui qui aura commis une infraction, puis qui aura frété épargné en ce monde par Dieu, c'est à Dieu qu'il appartiendra (f de lui pardonner s'il le veut, de le punir s'il lui plaît, v
ff Ce fut dans ces conditions que nous prêtâmes serment de fidélité au Prophète. Ti
CHAPITRE \I. — C'est dn acte de religion que de fuir les troubles *'l
M. Au dire à\Abou-Saîd-t!l-Kliodry, le Prophète s'est exprimé ainsi: «Pour un musulman c'est presque la meilleure fortune que celle qui consiste à posséder un troupeau de moutons qu'il mène paître sur les cimes des montagnes et dans les lieux arrosés par la pluie. Il fuit ainsi avec sa religion loin des troubles, ri
CHAPITRE XII. — Sur ces paroles du Prophète : «Je suis le plus instruit parmi vous au sujet de Dieu i\ La connaissance du bien et du niai est le fait de la conscience, ainsi que cela résulte de ce passage du Coran: « . ..Mais il vous punira pour les œuvres de vos consciences v (sourate ii, verset 9 2 5).
1. ''Aïcha a dit: cr Quand l'Envoyé de Dieu ordonnait quelque chose aux fidèles, il ne leur prescrivait que des choses dont ils étaient capables. Un jour les fidèles lui dirent : crNous ne sommes crpas dans la même situation que toi, ô Envoyé de Dieu, puisque ff tes fautes passées et à venir te sont déjà pardonnées. n
La colère du Prophète fut telle qu'elle apparut sur son visage, puis il répondit : a Celui de nous tous qui craint le plus Dieu et le connaît le mieux, c'est moi. ■n
CHAPITRE XIII. — Avoir horreur d'un retour à l'idolâtrie comme on redoute d'être précipité en enfer, c'est un acte de la foi.
' 1. Anas rapporte ces paroles du Prophète : cr Trois choses, lors- qu'on les possède, font savourer la douceur de la foi : d'abord d'ai-
f'' Sur cette frfuite" des troubles qui déchii-ent rislam, cf. Goldziuer, Moli. Studien, II, p. 9 5.
16 TITRE II.
mer Dieu et son Envoyé plus que tous les autres êtres; en second lieu, si l'on aime quelqu'un, de l'aimer seulement en vue de Dieu; enfin, de redouter de retourner à l'idolâtrie dont Dieu l'a retiré comme on redoute d'être précipité dans l'enfer, v
CHAPITRE XIV. — De la supériorité belaifte à laquelle arriveront les Croyants à cadse de leurs oeuvr?:s.
1. Abou-Said-El-Khodry rapporte ce dire du Prophète : crCeux
qui auront mérité le paradis y entreront; les réprouvés iront en
enfer. ;9 Dieu dira ensuite : Que l'on fasse sortir de l'enfer ceux qui
ont dans le cœur ne fût-ce que le poids d'un grain de moutarde
de foi! Alors on les fera sortir, bien qu'ils soient déjà calcinés; puis
on les jettera dans le fleuve d'eau de pluie — ou dans le fleuve de
la vie^^).?^ Malik avait des doutes sur celle de ces deux expressions
qui était la vraie; — cret aussitôt ils renaîtront. Tel le pourpier qui
pousse au bord du torrent; ne l'avez-vous pas vu faire éclore ses
fleurs jaunes au milieu de ses entrelacs în
Infne indication à' isnâd âiiïérents avec les variantes suivantes: au lieu de l'hésita- tion de Mâlik, affirmation de la leçon : Jieuve de vie; au lieu de grain de moutarde de foi : grain de moutarde de bien.
2. Suivant Abou-Said-El Khodry , le Prophète a dit: rr Tandis que je dormais, je vis défder devant moi des gens vêtus de che- mises; chez les uns cette chemise descendait jusqu'aux reins, chez d'autres elle n'y atteignait même pas. Ensuite 'Omar-ben-El-Khattàb passa devant moi; sa chemise traînait à terre. — Et quelle inter- prétation donnez-vous à ce vêtement, demanda- t-on au Prophète? — Il représentait la religion, t^ répondit-d (-),
'•' Sorte de fontaine de Jouvence. qui n'est (|u"uQe simple information indi-
^*' Les commentateurs avertissent qu'il viduelle {o<:^\^ y^). En outre, l'Idjraa',
ne faut pas considérer ce hadits comme qui est une preuve comportant certitude,
une preuve de la supériorité de 'Omar est en faveur de la supériorité de Abou-
sur Abou-Beki-. La supériorité religieuse Bekr; on ne saurait donc, en aucun cas,
de Abou-Bckr est , en effet , confirmée par lui opposer un hadits fpii n'engenclre
des hadits ré/je/es (y-ly;.») contre lesquels qu'une opinion ^^^^ (cf. OastallÂm, I,
ne saurait prévaloir la présente tradition p. 106-107).
DE LA FOI. 17
CHAPITRE X\ . — La rkskrve fait partie de la foi.
• 1. WhdaJlah-hen-Omar rapporte que ie Prophète passant auprès d'un Ansâr qui sermonnait son frère à propos de sa réserve, s'écria: (r Laisse-le tranquille; la réserve fait partie de la foil^^^ii
GHAPIHE X\ I. — ^Sils se convertissent [les idolâtres), s'ils accomplissent les prières et qu'ils payent la dîme, laissez-les en paix d (sourate ix, verset 5).
1. Suivant Ihn-Omar l'Envoyé de Dieu a dit : cr J'ai reçu l'ordre de combattre les gens (idolâtres) sans relâche jusqu'à ce qu'ils pro- fessent qu'il n'y a d'autre divinité que Dieu et que Mahomet est l'Envoyé de Dieu; qu'ils accomplissent la prière et qu'ils payent la dmie. Le jour oii ils feront tout cela , leurs vies et leurs biens seront respectés par moi , sauf quand l'Islam permettra d'y porter atteinte. Pour le reste ils ne devront de comptes qu'à Dieu, -n
CHAPITRE XVII. — Au sujet de ceux qui disI'NT que la foi consiste en OEUVRES se fondant sur ces mots du Coran: « Voici le Paradis que vous héri- terez pour prix de ce que vous aurez pratiquer! (sourate xliii, verset y a) '^^. Un certain nombre de docteurs estiment que dans ces mots : « Par ton Sei- gneur, nous leur demanderons compte à tous de ce qu'ils auront fait n (sou- rate xv, versets 92 et 98), il faut entendre npar ce qutl.s auront fait ri la profession de foi : Il n'y a d'autre divinité que Dieu. Dieu a dit encore : ^Pour mériter un pareil sort, que les pratiquants se mettent à l'œuvre v (sou- rate xxxvii, verset 5 9).
1. D'après Abou-Horaïra on questionna le Prophète pour savoir quelle était l'œuvre la plus méritoire. «C'est, répondit-il, la foi en Dieu et en son Prophète. — Et après cela? lui dit-on. — La guerre
<'' Le sens de *LJ1, traduit par nré- a pour effet d'an èler l'homme au moment
serve» est défini tantôt : ^un mélange de où il veut exécuter une action coupable et
crainte et de pudeum (Ib.\-Hadjar, 1, peut, dans celte circonstance toute spé-
p. 70); tantôt : r une altération ou détail- ciale, être considérée comme une des
lance qu'éprouve l'homme en présence branches de la foi (cf. QastallÂni, I,
d'une action dont il pouirait craindre p. 107).
d'être blâmé- (1£l-'Aïm. I, p. ao6); '*' Cf. Goldziher, Zdhiriten, io3, in
c'est en quelque sorte la "timidité». Elle fine.
EL-BOkUARl.
lUPllUCRlC MTlOiltLC.
18 TITRE II.
sainte pour la cause de Dieu, ajouta-t-il. — Et ensuite? demanda- t-on encore. — Un pèlerinage pieusement accompli , -n repli qua-t-ii.
CHAPITRE XVIII. — Du cas où l'Islam n'est pas sincère, où on l'a em- brassé POUR obtenir la paix ou par crainte d'être mis à mort.' - De ce verset du Coran: ^ Les Arabes ^^^ dise?it : Nous croyons. Réponds-leur : Non, vous nêtes pas croyants, mais dites plutôt : nous avons fait acte c/'islam. . . (sourate xlix, verset i 4). — Quand f Islam est sincère il doit être tel que l'a décrit le Coran : « La religion vraie aux yeux de Dieu est F Islam . . . -n (sou- rate m, verset in) ou encore : k Quiconque recherchera une autre religion que l'Islam, sa religion ne sera pas agréée. . . n (sourate m, verset 79).
1. Voici ce qii a rdiip^orté Sa d-hen-Abou-Waqqâs au sujet du Pro- phète, auprès duquel il était assis, un jour que celui-ci venait de faire quelques dons à une troupe de gens :
cr L'Envoyé de Dieu avait négligé de donner à un de ces hommes qui me paraissait le plus méritant : cr Pourquoi négliges-tu un crtel? demandai-je au Prophète; par Dieu! je vois en lui un vrai ff croyant. — Un musulman, veux-tu dire,Ti répliqua Mahomet. Je me tus un instant, puis, ne pouvant me contenir, sûr que j'étais de mon fait, je dis pour la seconde fois au Prophète : rr Pourquoi né- ffgliges-tu un tel? Par Dieu! je vois en lui un vrai croyant. — Un te musulman, 1^ reprit le Prophète (^l Je gardai le silence de nou- veau un instant, puis, ne pouvant me contenir, sur que j'étais de mon fait, je réitérai ma question une troisième fois. rrO Sad, me rrdit alors Mahomet, si je donne à certains hommes (^), alors qu'il A en est d'autres que j'aime mieux, c'est dans la crainte que Dieu fr ne précipite les premiers dans l'enfer, -n
Isiiâd différent.
^'' La forme du mol indique qu'il s'agit tion des hommes. Prononcer cate'gori-
dos nomades. quement qu'un individu est >croyantfl
'*' On mi^rite le nom de musulman en n'est permis qu'à Dieu (Qastallâni. 1,
faisant extérieurement acte d'adhésion à p. i3o).
l'islam. (Juaut à la foi, elle est ftrœuvre '"'' 11 s'agit ici des *4jj-^ juJ^ rfceuv
du cœurT. et, par son caractèi'e profon- dont on doit chercher à gagner les cœurs 't
diMiif'iil intime, elle écha|)po à l'apprécia- (cf. Sprenger, Das Lebeii, III, p. -oS/i).
DE LA FOI. 19
CHAPITRE XIX. — Le salut est un acte de l'Islam. ^Ammdr a dit : Il est trois choses qui, irunies chez la même personne, constituent la foi complète : s'imposer le devoir (T être juste; prodiguer à tout le monde^^^ le salut; subvenir à l'entretien d'autt^ui quand soi-même on est pauvre.
' 1. Wbdallah-ben-Amv rapporte qu'un lioniine ayant demandé à l'Envoyé de Dieu ce qu'il y avait de mieux dans l'Islam, celui-ci répondit : cr C'est de donner à manger (à ceux qui ont faim) et de donner le salut à ceux qu'on connaît et aussi à ceux qu'on ne con- naît pas. V
CHAPITRE XX. — De l'ingratitude envers l'ki'OUX. Uingi^alitudc peut être plus ou moins grande. — Une tradition du Prophète rapportée par Abou-Said est relative à cette question.
1. D'après Ibn-Abbâs le Prophète dit un jour: rc L'enfer m'est apparu en songe et j'ai constaté qu'il était surtout peuplé de femmes qui ws'étaient montrées ingrates. — Est-ce envers Dieu qu'elles avaient été ingrates (^^? lui demanda-t-on. — C'est envers leurs maris qu'elles avaient fait freuve d'ingratitude, répondit-il; elles avaient méconnu les bienfaits qu'elles en avaient reçu. Quand toute votre vie vous auriez comblé une femme de vos bontés et qu'à un moment elle trouve la moindre des choses à reprendre en vous elle vous dira : Jamais tu ne m'as fait aucun bien, v
CHAPITRE XXI. — Les pécuks sont un reste des temps antf'islamiques :
AUCUN d'eux, sauf LE CAS DE POLYTHEISME, NE MET EN ETAT d'iNFIDÉLITÉ COH-
jormément à ces paroles du Prophète : « Tu es un homme en qui il y a un reste de sentiments anléislamiques , -n et à ces mots du Coran : 'xDieu ne par- donne pas qu'on lui associe d'autres êtres; il pardonnera à qui lui plaira tout hormis cela. . . 75 (sourate iv, verset 5 1 ).
1 . f^) El-Marour a dit : cr Je rencontrai Abou-Dzarr à Er-Rabadza(*l
^'' Il faut ajouter frcroyantn. hadits sont rëunis dans un m^mo chapitre.
*■* Lo même mot arabe sigTii6e frêtre ^*^ Localité à ',) milles de Médine dans
injj-rat^ et fuier la vërité de l'islam fl. la direction de la Mec(|ue, C'est là que
''^ Ce hadits, dans Krehi, est placé fut enterré Abou-Dzarr , de son vrai nom :
après celui du chapiti'e xxii, et les (\p\\\ Djondob-ben-Djonâda.
20 TITRE II.
Il était vêtu d'un vêtement^^Ulouble ainsi que son serviteur. Gomme je le questionnai sur cette similitude de vêtements, il me répondit: et Un jour j'avais fait affront à un homme en l'injuriant à propos de rrsa mère. Le Prophète me dit alors: Abou-Dzarr tu injuries un tel rrà propos de sa mère; tu es donc un homme en qui il y a un reste a de sentiments antéislamiques. Ce sont vos frères ces serviteurs que ffDieu a placés sous votre autorité. Quiconque est maître de son ff frère lui doit donner à manger de ce qu'il mange lui-même et cr doit l'habiller comme il s'habille lui-même. N'imposez point à vos cr serviteurs ce qui est au-dessus de leurs forces, et s'il vous arrive ff de le faire venez-leur en aide, -n
CHAPITRE XXII. — De ces mots du Coran : « Si deux trowpes de Croyants se livrent combat faites quelles concluent la paix... 55 (sourate xlix, verset o ). Dieu s'est servi ici du mot : Croyants.
1. EUAhnaf-hen-Qaïs rapporte ce qui suit : ce J'étais parti pour prêter secours à cet homme ^-^ quand Abou-Bekra me rencontra et me dit: ce Où vas-tu? — Prêter secours à cet homme. — Reviens rrsur tes pas, me répondit-il, car j'ai entendu le Prophète dire : cr Quand deux musulmans, le sabre à la main, se jettent l'un sur rr l'autre, meurtrier et victime iront tous deux en enfer i^ Et comme je répliquais au Prophète : ce Bien pour le meurtrier; mais pour la cr victime? 11 II me répondit : ce Ce dernier voulait lui aussi tuer son ad- crversaircn
CHAPITRE XXIII. — Il y a des iniquités moindres que d'autres.
'1. Voici ce qu'a rapporté 'Abdallah-ben-Mas'oud: a Quand fut révélé le verset : ce Ceux-là qui croient, et qui n'ont point recouvert une iniquité (^^ du vêtement de leur foi, auront la sécurité; c'est eux
'"' Le Lisàn-el-Arab dit qiie par ^L^, ^^' 'Ali-ben-Abou-Tâlib à la journée
il faut cnteudie tout costunin neuf, de dite du t Chameau ri. belle ((ualité. formé, soit de deux pièces ''' G'esl-à^lire, selon les commenta-
soil de trois, gilet et tunique, ou gilet, tu- teurs: ^Geux dont la foi n'aura pas été
nique et manteau. entachée de polythéisme n.
DE LA FOI. 21
qui soront dans la bonne voieii (soiirale vi, verset 39,), les compa- gnons du Pro|)li«''le lui dirent: Quel est, parmi vous, celui qui n'a pas commis d'iniquité? Ce fut alors que Dieu révéla ce verset : (T . . .le polythéisme voilà la grande iniquité ti (sourate xxxi, ver- set 19).
CHAPITRE XXIV. — Des si(;nes distinctifs de l'hypocrite.
'1. Selon Abou-Horaïra le Prophète a dit: a Trois choses carac- térisent l'hypocrite : quand il parle, il ment; s'il fait une promesse il ne la tient pas ; lorsqu'on met en lui sa confiance il la trahit, ri
•2. \ibdallah-ben- Amr rai^l^orie que le Prophète a dit: rr Quatre choses, lorsqu'elles se rencontrent chez un individu en font un parfait hypocrite. Celui chez qui se trouve une seule de ces quatre choses sera atteint d'hypocrisie jusqu'au moment où il s'en sera dé- barrassé. Voici les quatre choses : Trahir la confiance que l'on a inspirée; mentir quand on parle; manquer à l'enjfyagement pris; être de mauvaise foi lorsqu'on discute, -n
In fine , indication de différents isnâd. CHAPITRE XXV. — Se tenir en prières durant la nuit m desti\ est un
ACTE DE FOI.
\. D'après Abou-Horaïra, l'Envoyé de Dieu a dit : ce Quiconque se tiendra en prières durant la nuit du destin , avec une foi sincère et en vue de Dieu seul, obtiendra le pardon de ses fautes passées, ri
CHAPITRE XXVI. — La guerre sainte est un acte de foi.
1. Selon Abou-Horaïra, le Prophète a dit : crDieu saura gré(^) à quiconque partira en guerre en vue de lui plaire et qui n'aura d'autre but en partant que de lui prouver sa foi(-) et d'affirmer qu'il croit en ses envoyés. Il le fera revenir ensuite avec la ré-
'■' Le mot traduit est: v-J^'. mais on digé de telle sorte que tantôt on fait j)ar- trouve la variante : ,^.y:Ù\ . 1er Dieu à la 1" personne, tantôt on parle
'-"■'' Dans tout ce passage le texte est ré- de lui à la 3' personne.
-2-2 TITRE II.
compense qu'il aura gagru^e ou avec le butin conquis, ou bien il le fera entrer dans le paradis. Si ce n'était ma compassion pour mon peuple, je ne me tiendrais pas ainsi en arrière des troupes et je vou- drais au contraire être tué pour la gloire de Dieu, ressusciter en- suite pour être tué de nouveau et rappelé à la vie une autre fois pour être tué encore après cela, n
CHAPITRE XXVII. — Accomplir des prières sdrérogatoires pendant le
RAMADAN EST UN \CTE DE FOI.
1. Abou-Horaïra a rapporté ces paroles du Prophète : cr Qui- conque se tiendra en prières pendant le ramadan et le fera avec une foi sincère et en toute pureté d'intention, Dieu lui pardonnera ses fautes passées, n
CHAPITRE XXVIII. — Jeûner pendant le ramadan en vue de dieu seul,
C EST faire acte DE FOI.
1. D'après Abou-Horaïra le Prophète a dit: cr Quiconque jeûnera pendant le ramadan et le fera avec une foi sincère et en vue de Dieu seul, ses fautes passées lui seront pardonnées. ^i
CHAPITRE XXIX. — La religion (musulmane) est facile à pratiquer. De
ces paroles du Prophète : « La reli^on que Dieu préfère c'est In religion hanijienne ^^^ de pratique facile n.
1. Selon Abou-Horaira; le Prophète a dit : crLa religion en principe est de pratique facile. Que personne ne cherche à être trop rigoureux dans l'observance de la religion sinon il succombera à la tache. En conséquence restez dans un juste milieu en cher-
^'' Par religion /irtHJ^enne, il faut en- suivant les Arabes, les deux pratiques tendre, disent les commentateurs, la reli- fondamentales de la religion d'Abraham, gion qui s'écarte de rerreiu" et se rapproche Au début de l'islamisme , les Arabes cou- de la vérité. Avant l'islamisme, le mot tinuèrent à se servir du mot oU-ls.. pour vJL-JL». désignait tout individu qui prati- désignerlesmusulmansqiiileursi^mblaicnl qunil la riiconcisionet Aiisait le pèlerinage être rexoiius à la religion d'Abraham. Sur di' la Mecque, ces deux actes constituant, ce snjel d'. Tli. Houtsm\. Dcr hlthn.
DK LA FOI. 23
chant à vous rapprochoi" de la perfectioFi. Ayez bon espoir et appe- lez à votre aide la prière le matin, le soir et un peu aussi pen- dant la nuit, -n
CHAPITRE \XX. — La prièiie kst un acte dk foi. De ces mots du Co- ran ; rt ... Ce n'est pas Dieu qui vous fera perdre le fruit de votre foi. . . » (sourate ii, verset i38), c'est-à-dire les prières que vous avez faites auprès du Temple *^'.
■ I . Voici ce que rapporte El- Bava : rr Aux premiers temps de son arrivée à Médine, le Prophète logea chez ses grands-parents ou, suivant d'autres, chez ceux des Ansâr qui lui étaient apparentés du coté maternel. Durant seize ou dix-sept mois, il fit la prière en se dirigeant vers le temple de Jérusalem, bien qu'il eut préféré se tourner du côté du temple (de la Mecque). La première prière qu'il fit dans cette seconde direction fut une prière de l'après-midi. lin des fidèles du groupe qui venait de prier avec lui passa, en s'en allant, auprès d'un oratoire où d'autres fidèles étaient dans l'attitude de la prière : cr Je jure par Dieu, leur dit-il, que je viens ff de prier avec l'Envoyé de Dieu et que nous étions tournés vers la Mecque. n Aussitôt ces gens, tout en conservant la même attitude, se tournèrent vers la Ka'ba.
ff Juifs et chrétiens avaient vu avec plaisir que le Prophète se tournât, pour la prière, du côté du temple de Jérusalem; aussi, quand ils virent qu'il prenait maintenant comme direction la Ka'ba, ils le lui reprochèrent, y
El-Barâ a dit encore : ff Certains fidèles étaient morts avant que la Qibla eût été changée. Ces musulmans, qui avaient été tués en combattant, nous ne savions que penser de leur sort quand Dieu révéla ce verset : cf . . . Ce n'est pas Dieu qui vous fera perdre le r fruit de votre foi. . . t) (sourate n, verset i38).
<'> L'explication que donne El-Bokhâri le-^ au lieu de .xic ^auprès du ^ . Le Temple
du verset du Coran est loin d'être claire, dont il est ici question est le temple de Jé-
aussi quelques commentateurs onl-ds rusalein vers lequel, avant TlR'gire , les mu-
proposé de lire.-JLî "sans ('trc diiigt^s vers sulmans se tournaient pour faire la j)rière.
24 TITRE
CHAPITRE XXXI. — De l'homme devenu bon musulman.
• 1 . Abou-Saîd-El-Khodry a entendu l'Envoyé de Dien dire : « Tout homme (^) qui embrasse l'islamisme et devient bon musulman, Dieu lui pardonnera toutes ses fautes passées. Pour les actions qui sui- vront, le compte en sera ainsi réglé : chaque bonne œuvre sera affectée d'un coefficient allant de dix à sept cents ^^l La mauvaise action ne sera comptée que pour sa valeur propre et il se peut même que Dieu la laisse complètement de côté, v
2. Selon Ahou-Horaïra, l'Envoyé de Dieu a dit : crTout homme qui embrasse l'islamisme et devient bon musulman, chacune des bonnes actions qu'il fera sera affectée d'un coefficient allant de dix à sept cents et chacune de ses mauvaises actions lui sera comptée pour sa valeur propre, n
CHAPITRE XXXII. — Le culte qui plaît le plus à dieu est celui qui persiste le plus longtemps.
1 . \iicha rapporte que le Prophète entra un jour chez elle alors qu'une femme s'y trouvait, cr Qui est-ce ? demanda Mahomet. — Lue telle, répondit 'Aïcha; puis elle énuméra toutes les prières que cette femme faisait. — Assez ! s'écria le Prophète. Vous ne devez que ce qui est dans la mesure de vos forces. Par Dieu ! le Très- Haut ne se fatiguera pas de vous entendre avant que ne vous soyez fatigués vous-mêmes. Le culte qui plaît le plus à Dieu, c'est celui que le fidèle peut persister longtemps à lui rendre, n
CHAPITRE XXXIII. — De l'accroissement de la foi et de sa diminution. - Des paroles du Coran ; « . . .e/ nous avons accru leur orthodoxie ^'^''•n (sou- rate xviii, verset 12). — «... afin que ceux qui ont cru aient une foi plus grandes (sourate lxxiv, verset 3i). — (fi Aujourd'hui, fai parfait votre
'■' Le texte emploie le mot 0^^ qui ne jour du Jugement dernier, sera évalu(^e
s'appliquerait qu'aux hommes, mais le en poids et c'est ce poids qui sera mulli-
conmienlaire ajoute qu'il faut entendre plié par le coefïicient indiqué ici.
aussi les femmes. ''' Le mol ^^o^j^ du texte doit être pris
'^* Chaque action des hommes, au ici dans le sens de ^ foi".
DE LA FOI.
25
religion. . . » (sourate v, verset 5). Si on néglige quelque chose de ia foi complète il y a donc la foi incomplète ''l
1. D'après Anas, le Prophète a dit : «Sortira de l'enfer, qui- conque aura dit : il n'y a d'autre divinité que Dieu et qui aura dans le cœur le poids d'un grain d'orge de bien. Sortira de l'enfer, quiconque aura dit : il n'y a pas d'autre divinité que Dieu et qui aura dans le cœur le poids d'un grain de froment de bien. Sortira de l'enfer, quiconque aura dit : il n'y a d'autre divinité que Dieu et qui aura dans le cœur le poids d'un atome (-^ de bien, r,
Suivant une variante fournie par un isnûd différent, le mot foi doit remplacer le mot bien.
' 2. "Omar-ben-El-Khatîâb rapporte qu'un homme d'entre les juifs lui dit : (fO prince des Croyants, il est dans votre livre sacré un verset que vous récitez; si ce verset nous avait été révélé à nous, peuple juif, nous eussions sûrement pris le jour oh il a été révélé comme un jour de fête. — Quel est ce verset? demanda 'Omar. — Le voici, répondit le juif : rr Aujourd'hui, j'ai parfait votre reli- er gion et mis le comble à mes bienfaits pour vous. J'ai choisi pour cfvous l'Islam comme religiomi (sourate v, verset 5). — Nous con- naissons, reprit 'Omar, et le jour et le lieu où ce verset fut révélé au Prophète : c'était un vendredi pendant qu'il était à 'Arafa '^^\-n
<'' El-Bokhâri ne s'est pas exprimé clairement. 11 a voulu dire que les pre- miers musulmans moururent avant d'avoir connu toutes ies prescriptions de la nou- velle religion, ces prescriptions n'ayant été révélées que peu à peu et successive- ment. C'étaient donc les prescriptions qui étaient incomplètes et non la foi.
■^' Suivant les lexicographes »:i si- gnifie exactement une petite fourmi dont le poids est si faible qu'il en faut cent pour faire contrepoids à un grain d'orge. Ce mot est aussi employé pour dire une (lo ces grains de poussière qui flottent
dans l'air et que la lumière du soleil rend visible quand elle les éclaire forte- ment.
<'' Bien que 'Omar ne le dise pas net- tement, ce jour, comme l'indiquent les commentateurs , est devenu un jour de fête pour les musidmans puisque, d'une part le vendi-edi est le jour férié de la semaine, et que , d'autre part , c'est le jour de 'Arafa , car la veille de la fête des sacrifices sui- vant nos idées , en est le jour même d'après la supputation habituelle des Ai'abes qui font commencer le jour la veille au mo- ment du coucher du soleil.
•2C) TITRE II.
(i'HAPlTRE XXX[V. — La dîmk est un des actes de l'Islam. — De ces })wts (lu Coran : « (ht ne leur a ordonné, sinon d'adorer Dieu, de rendre à lui seul un culte, d'être hanîf^^^, de pratiquer la prière et de payer la dîme : telle est la religion des orthodoxes v (sourate xcviii, verset U).
1 . TaJha-hen-Ohaïd- Allah a rapporté ceci : ce Un homme des habi- tants du Nedjd, les cheveux en désordre, vint trouver le Prophète. Nous entendions tout d'abord le bruit de la voix de cet homme sans comprendre ce qu'il disait. Quand il se fut approché, nous nous aperçûmes qu'il interrogeait l'Envoyé de Dieu au sujet de l'Islam et que celui-ci lui répondait : rCinq prières pendant le rr jour et la nuit. — En dois-je faire encore d'autres ? demanda (f l'homme. — Non, à moins que tu ne veuilles faire œuvre suré- rrrogatoire. — H y ^ aussi le jeûne du ramadhan, reprit le Pro- crphète. — En dois-je faire d'autres? ajouta l'homme. — Non, à r moins de vouloir faire œuvre surérogatoire, dit le Prophète qui f parla alors de la dîme. — Dois-je payer autre chose? répartit r l'homme. —Non, à moins de vouloir faire œuvre surérogatoire. fT répéta le Prophète, i^ Alors l'homme s'en retourna en disant : cr Par crDieu ! je ne ferai rien de plus ni rien de moins. -i^ Le Prophète dit alors : cr Ce sera un bienheureux si ce qu'il a dit est sincère, -d
CHAPITRE XXXV. — Suivre un convoi funèbre est un acte de foi.
1. D'après Abou-Horaira^ l'Envoyé de Dieu a dit : a Quiconque suivra le convoi funèbre d'un musulman comme acte de foi et par pur amour de Dieu, puis accompagnera le corps jusqu'à l'achève- ment des prières et la mise en terre, recevra une double part de récompense, chacune de ces parts ^^^ équivalant en poids à la mon- tagne de Ohod. Celui qui s'en ira avant que le corps ne soit mis en terre ne profitera que de la moitié de cette récompense, -n
In fine, indication d'une confirmation par nu autre isnâd.
'*' Cf. la note i , p. 29. des actes éthiques et reli^jieux pro])a1)le-
■' Le molparl est exj)rime' par lo mol ment emi)iunléo aiiparsisme. cl'. la Hoiue b!wô. Siu- cette (évaluation arithmëtique de l'histoire des religions , 1901, p. la.
I)l<: LA FOI. -21
CHAIMTMK XXXVf. — De la graiisteou'kprouvk li: ckovant dk perdiu:, sA^s
s'en nOUTER, LE FRDIT DE SES OEUVRES.
Ihrahim-El-Tehny a dit : ^Jamais je ntn mis en reirard ce que je disata et ce que je pratiquais sans redouter d'être taxé de menteur. »
Ibn-Ahou-Mohika disait : (n-J'ai connu trente des Compagnons du Prophète qui tous, sans exception, craignaient qu'on ne les accusât personnellement (^hijpocvisie et pourtant, aucun d'eux n aurait prétendu avoir la foi d'un (îa- hriel ou d'un Mikâël. »
On rapporte, d'après El-Hasan (^El-Basry) , qu'il disait : txLe vrai croyant la redoute (l'hypocrisie); seul l'hypocrite se croit à l'ahri de ce danger, y)
On doit se garder de persévéret^ dans les luttes fratricides et dans la rébel- lion, sans vouloir se repentir, parce quil est dit dans le Coran : ^ . . .et qui n'ont point persévéré dans leurs actions quand ils ont suv (sourate iir, ver- set 129).
1. Zéïd (^ben-El-Harits) a dit : cr Comme j'interrogeai Abou-Wail au sujet des Mordjiïtes^'), il me répondit : rr Injurier un musulman, et c'est faire acte d'impiété; le combattre, c'est faire acte d'infidé- crlité.T)
2. Selon 'Obâda-ben-Es-Sâînit , l'Envoyé de Dieu étant sorti pour annoncer quelle était la nuit du destin, deux hommes d'entre les musulmans se prirent de querelle à ce moment, cr J'étais venu, dit alors le Prophète, pour vous parler de la nuit du destin, mais un tel et un tel s'étant pris de querelle, cela m'a fait oublier sa date, et il se peut que cette circonstance soit heureuse pour vous. Cher- chez cette date entre les 26, 28 et 2/1 (du mois de ramadan).
CHAPITRE XXXVII. — Des questions adressées par l'ange Gadriel au Prophète au sujet de la foi, de l'Islam, de l'action de faire bien, de la connaissance de l'Heure dernière. Comment le Prophète lui répondit, puis dit aux musulmans : (^Gabriel est venu vous enseigner votre religion^ et il a fait entrer tout cela dans votre religion. i-> — Des explications au sujet de la
'*' Les mordjiites estimaient que la foi cette secte musulmane , cf. Ghalu-aslani ,
consistait uniquement dans la croyance traduction Haarbrucker, t. I, p. i56 et
du cœur en sorte qu'on pouvait avoir la suiv. ; Hodtsma, De strijd over het dogma,
foi tout on commettant des actes répré- p. 3'i: Goi.dzibkr, MdIi. Stud., II, p. 88
hensibles. Pour plus de détails sur cette et suiv.
28 TITRE II.
foi qui furent données par le Prophète à la députation des ^Ahdelqdis. — De ces mots du Coran : « Quiconque recherche une religion en dehors de l'Islam ne la verra pas agréée par Dieu. . . v (sourate m, verset 79).
1. Abou-Horaïra rapporte ceci : ce Le Prophète s'étant un jour montré en public au peuple, un homme vint le trouver et lui dit : rr Qu'est-ce que l'Imanî^^) — C'est, répondit-il, croire en Dieu, à rses anges, à l'autre vie, aux prophètes et à la Résurrection. — rEt qu'est-ce que l'Islam? reprit l'homme. — L'Islam, dit le Pro- rrphète, c'est le fait d'adorer Dieu, de ne point lui donner d'asso- rrciés, de pratiquer la prière, de payer la dîme légale, de jeûner cependant le ramadhan.^ — Qu'est-ce que bien faire? ajouta l'homme. rr — C'est, répliqua Mahomet, adorer Dieu comme si on le voyait, r Si vous ne le voyez pas, lui certes vous voit. — Quand aura lieu fT l'Heure suprême? reprit l'homme. — Celui qui est interrogé sur rr ce point n'en sait pas plus que celui qui interroge. Ce que je vais rte dire, c'est que les signes suivants annonceront sa venue : la fille ff esclave enfantera son maître; les obscurs pasteurs de chameaux a se vautreront dans les palais. Cette Heure est une des cinq choses ce que Dieu seul connaît, n Ensuite le Prophète récita ce verset : ce Certes Dieu a par devers lui la connaissance de l'Heure . . . n (sou- rate XXXI, verset 34). L'homme s'éloigna alors et comme le Pro- phète ordonnait de le faire revenir, on n'en retrouva pas la moindre trace, ce Cet homme, dit le Prophète, c'est Gabriel; il est venu en- seigner aux hommes leur religion. r>
El-Bokhâri ajoute : ce A tout cela, le Prophète assigna la valeur d'articles de foi. -n
CHAPITUE XXXVIII. — Abou-Sofi/ân a rapporté que Héracltus lui dit : r,Je fai demandé s'ils augmentaient en nombre ou stls diminuaient et tu m'as ré- pondu qu'ils allaient en augmentant. Or, c'est bien là le propre de la foi de croître jusqu'à sa complète évolution. Je t'ai demandé si quelques-uns d'entre
<•' On : I;, Koi.
DE LA FOI. 29
eux après avoir embrassé In foi s en délournaient avec horreur et la rmiaicnl , et lu m'as répondu que non. Et c'est bien ainsi qudgtl (a foi: quand sa fp-ûce pénètre dans les cœurs, personne îie la renie ^u
CHAPITRE XXXIX. — Do mérite dk celui qui, par scrupule, s'abstient de
CERTAINES CHOSES À CAUSE DE SA RELIGION.
1 . No^mân-ben-Bâchtr rapporte qu'il a entendu le Prophète s'ex- primer ainsi : ce Ce qui est licite est de toute évidence; ce qui est illicite l'est également. Mais entre ces deux catégories, il y a des choses sur lesquelles on peut avoir des doutes et que peu de per- sonnes sont capables de discerner. En conséquence, que celui qui redoute de faire une chose douteuse s'en abstienne pour son hon- neur et pour sa religion. Celui qui tombe dans les actions douteuses est semblable au berger qui fait paître aux alentours d'un enclos réservé (^^; il est bien près d'y pénétrer, n'est-il pas vrai? Chaque prince a lui aussi un enclos réservé, n'est-ce pas? ainsi, l'enclos réservé de Dieu lui-même sur sa terre, c'est ce qui contient tout ce qu'il a prohibé. Dans le corps de l'homme, il existe une bouchée de chair; si ce bout de chair est sain, le corps tout entier a la santé; s'il est malade, tout le corps se corrompt, n'est-ce pas? Eh bien ! ce morceau de chair, c'est le cœur, i-)
CHAPITRE XL. — Le payement du quint est un acte de foi.
1. D'après ''Abou-Djamra : ce Je fréquentais Ibn-Abbâs et il me faisait asseoir sur sa propre banquette. Un jour, il me dit : cfDe- «meure avec moi, je t'assignerai une part de mon bien.n II y avait deux mois que je restais chez lui lorsqu'il me dit : ce Quand crune députation des 'Abdelqaïs vint trouver le Prophète, celui-ci redemanda : rr Qui sont ces gens? — ou : Quelle est cette députation? cr — Nous sommes des gens de Rebfa. — - Qu'ils soient les bieiive- ff nus ! s'écria le Prophète , les gens — ou les députés — qui viennent crsans y être contraints et sans regrets. — 0 Envoyé de Dieu! répon-
'*' Sur les terrains réservés où on laisse repousser l'herbe encore aujourd'hui en Arabie, cf. Landberg, Arabica, 1, p. :2o8.
30 TITRE II.
ff dirent-ils, il nous est impossible de venir vers toi excepté durant run mois sacré, parce que entre toi et nous se trouve cette tribu de r mécréants de la race de Moçlar. Ordonne-nous quelque prescrip- fftion formelle que nous ferons connaître à ceux que nous avons r laissés derrière nous, et qui fasse que nous entrions au Paradis. ii fcPuis ils le questionnèrent au sujet des boissons. Mahomet leur ff prescrivit quatre choses et leur en interdit quatre autres. Il leur fr enjoignit d'abord de ne croire qu'en Dieu et ensuite il ajouta : ffSavez-vous ce que c'est que la foi en Dieu seul? — Dieu et son fr Envoyé, répondirent-ils, en savent plus que nous sur ce sujet. ^ — rr Eh bien , dit-il , cela consiste à déclarer qu'il n'y a pas d'autre ff divinité que Dieu et que Mahomet est l'Envoyé de Dieui\ Puis il rrleur ordonna de pratiquer la prière, de payer la dîme, de faire fde jeûne du ramadan et de donner le quint du butin (^^.ti II leur ff interdit quatre choses, savoir : de se servir de jarres (^^, de gourdes, ff de tonneaux de palmier et d'outrés enduites de résine — ou suivant ff d'autres, enduites de poix. — Et il ajouta : ff Retenez bien ces prescrip- ff tions et transmettez-les à ceux que vous avez laissés derrière vous, n
CHAPITRE XLI. — Au sujet des traditions : les actes ne valent que par l'intention. - Inspirées par l'amour de Dieu. — A chaque homme il sera tenu compte de ses intentions. — Ceci s'applique à la foi, à l'ablution, à la prière, à la dîme, au pèlerinage, au jeûne et aux actes juridiques.— On trouve dans le Coran : rxDts : chacun agit selon sa voie. . . ri (^sourate xvii, verset 86), cest-à-dire conformément à ses intentions. — ha dépense que l'homme fait pour l'entretien de sa famille par amour pour Dieu lui sera comptée comme aumône. — Le Prophète a dit : r^. . . . Mais il reste la guerre sainte et l'intention. «
1. ' Alqama-ben-Waqqâs rapporte que l'Envoyé de Dieu a dit: «Les actions ne valent que par les intentions. -jt II ne sera donc
^'^ Dans celte tradition le Prophète or- les termes employés par le Iraditionnisle.
donne en réalité cinq choses au lieu de '^' Les quatre sortes de récipients dont
quatre qu'il annoncées. Les commenta- il est fait mention ici étaient destinés à
leurs se donnent beaucoup de peine contenir du vin ou des li(jucurs fermon-
pour expliipier cette contradiction dans lées.
DE LA FOI. 31
tenu compte à chaque homme que de ses intentions. Pour celui qui aura émigré en vue de Dieu et de son Envoyé, son émigration lui sera comptée pour Dieu et son envoyé. Quant à celui qui aura émigré en vue de biens terrestres, ou afin de trouver une femme à épouser, l'émigration ne comptera que pour le but qui aura dé- terminé son voyage.
2. Selon Ahou-Mas^oud, le Prophète a dit : cr Lorsqu'un homme dépense pour l'entretien de sa famille et qu'il le fait par amour pour Dieu, l'argent qu'il aura ainsi dépensé sera conq)té comme une aumône. 11
3. Sad-ben-Abou-Waqqâs a raconté que le Prophète a dit : cr Tu ne dépenseras rien pour l'entretien des tiens sans en être récom- pensé si tu as eu en vue l'amour de Dieu. Tu seras même récom- pensé pour la bouchée que tu auras mise dans la bouche de ta femme, n
CHAPITRE XLII. — De ces mots du Prophète : ^La vraie religion consiste à être loyal envers Dieu, envers son prophète, à l'égard des chefs de la commu- nauté musulmane et de la communauté tout entière, n ~ De ce passage du Coran ; « . . .pourvu quils soient sincères envers Dieu et son Prophète ^y (sourate ix, verset 92).
1. Djarîr-ben- Abdallah rapporte ce qui suit : trJ'ai prêté ser- ment d'obéissance à l'Envoyé de Dieu en prenant l'engagement de pratiquer la prière, de payer la dîme et d'aider de mes bons con- seils tout musulman, -n
"2. Ziydd-ben-Ilâqa dit : ce J'ai entendu Djarîr-ben-' Abdallah ra- conter que, le jour de la mort d'El-Moghîra-ben-Cho'ba , après s'être levé, avoir loué et glorifié Dieu, il prononça les paroles suivantes : cr Votre devoir est de craindre Dieu seul, qui n'a pas cr d'associé, d'être dignes et calmes jusqu'à ce qu'un nouveau gou- cr verneur vienne, et il ne saurait tarder à venir. 11 Ensuite, il ajouta : cr Implorez le pardon divin pour votre gouverneur défunt, car lui- re même aimait à pardonner. ii Enfin, il termina ainsi : crCes préli- crminaires terminés, je vous annonce que, jadis, j'allai trouver le
32 TITRE IL
rr Prophète et lui dis : Je viens prêter serment d'obéissance au titre ffde l'ïslam. Il me prescrivit alors d'observer les principes fonda- cf mentaux de l'Islam et m'imposa en outre le devoir de bien con- ft seiller chaque musulman. Je souscrivis à tout cela. Par le Seigneur rrdece temple! ce sont de sages conseils que je vous donne en ce cr moment, n Ayant ensuite demandé pardon de ses fautes à Dieu, Djarîr descendit de la chaire, n
TITRE Ilï.
DE LA SCIENCE.
CHAPITRE PREMIER. — Des mérites de la science. - De ces mois du Coran : « Dieu élèvera en degrés ceux d'entre vous qui ont cru ainsi que ceux qui ont reçu la science, car Dieu est instruit de ce que vous faites f^ (sou- rate Lviii , verset l 'j ). — « Seigneur, fais-moi croître en science n ( sourate xx , verset 1 13).
CHAPITRE II. — De celui qui, interrogé sur un point de science '^^^ pendant qu'il enseigne, continue et achève son enseignement, puis répond à celui qui l'a questionné.
'1 . D'après Abou-Horaïra : « Un jour le Prophète , dans une assem- blée, entretenait les fidèles. Un Arabe (du désert) s'avança vers lui et lui dit : «A quand l'Heure ?to Le Prophète poursuivant son discours, un des fidèles dit alors : rcLe Prophète a entendu la ques- crtion, mais cette question lui a déplu. — Non pas, assura un autre; cf c'est qu'il ne l'a pas entendue, n Enfin, le Prophète ayant terminé son discours dit : ccOiî est celui qui m'a questionné au sujet de cr l'Heure? — Me voici, ô Envoyé de Dieu, répondit l'Arabe. — rc Lorsque, reprit le Prophète, toute sécurité aura disparu, attends- crtoià voir venir l'Heure. — Et comment se manifestera cette dispa- crrition ? demanda l'Arabe. — Quand, répliqua le Prophète, l'auto- ff rite sera aux mains de ceux qui n'en seront pas dignes, attends-toi crà voir venir l'Heure. -n
CHAPITRE m. — De celui qui élève la voix pour enseigner la science.
1. "Ahdallah-ben-Amr a dit : cr Au cours d'un voyage ('-^ que nous avions entrepris avec lui, le Prophète, qui était resté en arrière,
''' Il ne faut entendre par ce mot que '"' Le mot ainsi traduit est souvent
la science religieuse ou, pour mieux dire, employé pour désigner les expe'dilions
celle qui se rapporte à tout ce qui louche faites par Mahomet ; il s'agit ici d'un
à la religion. voyage de la Mecque à Médine.
EL-BOKUkni. I. 3
Zh TITRE III.
nous rejoignit au moment où, l'heure de la prière venue nous pressant, nous étions en train de faire nos ablutions. Nous nous mîmes alors à frotler nos pieds. A ce moment, de toutes ses forces et à deux ou trois reprises, le Prophète s'écria : cr Malheur aux talons! fr qu'ils redoutent le feu de l'enfer !n
CHAPITRE IV. — Du terme employé par le traditionniste : (dn tel)
NOUS A enseigné, — NOUS A INFORMÉ, — NOUS A ANNONCÉ.
EI-Homékli nous disait que, pour Ibn-Oyayna, irions a raconté, nous a informé, nous a annoncé et j'ai entendu 75 _, étaient des Jhi^mules de valeurs identiques.
Ihn-Mas^oud a dit : v. L'Envoyé de Dieu, l'homme véridique et digne de foi, nous a enseigné.^
Cliaqiq rapporte qu Ahdallah-hen-Masoud disait : <xJ'ai entendu du Pro- phète une parole, w
Hodzaïfa s'est servi de la formule : « L'Envoyé de Dieu nous a enseigné (^dans^ dcu.r Imdits.v
Ahou-l-Alia citant Ibn-'^Abbâs disait: ^On rapporte du Prophète dans ce qu'il rapportait de son Seigneur, v
Anas disait également : « On rapporte du Prophète qui le rapportait de son Seigneur. ^^
Abou-Horaïra disait : «(Ow rapporte) du Prophète qui le rapportait de votre Seigneur, n
1. Ibn-Omar a dit : r L'Envoyé de Dieu s'est exprimé en ces termes : « Certes, parmi les arbres, il en est un dont les feuilles ne cr tombent pas et qui est l'emblème du musulman. Enseignez-moi «quel est cet arbre. n Les fidèles pensèrent à divers arbres du désert. Pour moi, j'étais persuadé qu'il s'agissait du palmier, mais je n'osai le dire. Puis, comme on demandait à l'Envoyé de Dieu quel était cet arbre, il répondit : cr C'est le palmier. ti
CHAPITRE \ . Du fait de l'imam de lancer une QUESTION AUX PERSONNES
DE SON ENTOURAGK AFIN d'ÉPROUVER LEUR DEGRE DE SCIENCE.
\ . On tient (ï Ibn-Omar que le Prophète dit un jour : r Certes, parmi les arbres, il en est un dont les feuilles ne tombent pas et ((i;i est ICniljJèiiie flu musulman. Enseignez-moi quel est cet arbre, t»
DE LA SCIENCE. 35
Les fidèles pensèrent à divers arbres du désert, cr Quant à moi, dit 'Abdallah(-ben-'Omar), j'étais persuadé qu'il s'agissait du palmier, r Puis, comme on demandait à l'Envoyé de Dieu quel était cet arbre, il répondit : a C'est le palmier, d
CHAPITRE V^'*. — De ce qui a été dit au sujet de la science et de ces paroles de Dieu : k Dis : Seigneur, fais-moi croître en science, n
CHAPITRE VI. — De la récitation et de l'exposé (d'un hadits) faits à un
TnADITIONNISTE.
El-Hasan, Ets-Tsaouri et Mâlik estiment que la récitation i^d'un hadits) est valable. (^L'auteur de ce recueil) Abou- Abdallah dit : vJ'ai entendu Abou-'^Asnn rapporter de Snjyàn-Ets-Tsaouri et Mâlik qu'ils jugeaient que la récitation et l audition étaient également valables, i)
^Obaïd-Allah-ben-Mousa rapporte les paroles suivantes de Sofyân : « Quand quelqu'un a récité (^un hadits) à un tr<iditionnistc , il n'y a aucun mal à ce qu'il dise : « Un tel m'a raconté (ou) j'ai entendu un tel dire, w
Certain auteur, afin de prouver qu'il est licite de réciter {un hadits) à un savant (^maître), a tiré argument du hadits de Dimâm-ben-Tsa'^laba. Ce dernier dit au Prophète : <xll i^Dieu) t'a ordonné de faire les prières? — Oui, ré- pondit le Prophète. V Ceci est une récitation faite au Prophète (^lui-même). Dimâm ayant ensuite rapporté cette prescription à ses contribules, ceux-ci l'acceptèrent de lui.
Mâlik a tiré argument des actes judiciaires quon lit devant des personnes qui ensuite disent : <x Un tel nous a pris à témoin v , alors qu'il n'y a eu devant eux qu'une simple récitation. On peut également réciter (du Coran) à un maître de lecture du Coran et dire ensuite : « Un tel m'a fait lire {^ainsi). v
1. El-Hasaniy-El-Basri) a dit : crii n'y a aucun mal à réciter (un hadits) à un savant (maître), r)
2. Sofyân (^-Ets-Tsaouri) a dit : a Lorsqu'on a récité (un hadits) à un traditionniste, il n'y a pas d'inconvénient à dire : « Ln tel crm'a raconté, n L'auteur de ce recueil dit : rrj'ai entendu Abou- fr'Asimdire d'après Mâlik et Sofyân: Il y a parité entre la réci- crtation faite devant un savant et la récitation de ce savant liii- crmême. -n
• 3. Anas-ben-Mdlik a dit : crlNous étions assis dans la mosquée avec
3.
36 TITRE III.
le Prophète, quand un homme entra, monté sur un chameau. Il fit agenouiller l'animal dans la cour de la mosquée; il Tentrava, puis s'adressant à notre groupe : rrQui de vous est Mahomet ?n dit-il. Or le Prophète était accroupi parmi nous, ce C'est cet homme rrau visage hlanc et qui est accroupi t), répondîmes-nous. Alors riiomme s'écria : rcHé! fils d'Abd-el-Moltalibh^ Et aussitôt le Pro- phète de dire : a Je suis prêt à répondre. — Je vais donc t'inter- crroger, répartit l'homme, et insister pour que tu me donnes la résolution de certaines choses. Ne m'en veuille pas. — Interroge-moi rrsur le sujet que tu voudras, répondit le Prophète. — Eh! bien, cf je te demande ceci au nom de ton Maître et du Maître de ceux qui ff t'ont précédé : Dieu t'a-t-il envoyé vers tous les hommes de la rr terre ? — Par Dieu , oui , répliqua le Prophète. — Je te le demande crau nom de Dieu : Dieu t'a-t-il donné l'ordre que nous fassions les cfcinq prières pendant le jour et la nuit. — Par Dieu, oui. — Je rr t'adjure au nom de Dieu : t'a-t-il prescrit de jeûner durant tel mois ffde l'année. — Par Dieu, oui. — Je t'adjure au nom de Dieu : ff t'a-t-il prescrit de prélever sur ceux d'entre nous qui sont riches rune dîme que tu répartiras entre les pauvres. — Par Dieu, oui.-n Alors l'homme ajouta : rr Je crois en ce que tu as apporté. Quant à rrmoi, je suis l'envoyé de mes contribules que j'ai laissés en arrière; rtmon nom est Dimâm-ben-Tsa'laba; je suis frère des Benou-Sa'd- « ben-Bakr. 11
In fine, indication d'isnâd différents.
' à. Anas a dit : a Le Coran nous défend de poser des questions au Prophète; aussi étions-nous étonnés qu'un Bédouin nomade sensé, vînt interroger le Prophète pendant que nous écoutions celui-ci. Or il arriva qu'un Bédouin se présenta et dit : «Ton en- fc voyé est venu vers nous; il nous a informés que tu prétendais avoir rrreçu une mission de Dieu. — Il a dit vrai, répliqua le Propliète. ff — Qui donc, reprit le Bédouin? a créé le ciel. — Dieu, répondit cfle Prophète. — Qui a créé la terre et les montagnes? — Dieu. —
DE LA SCIENCE. :M
crQui y a mis les choses utiles à l'homme? — Dieu. — Alors! fr s'écria le Bédouin, par celui qui a créé la terre, qui y a placé les ff montagnes, qui y a mis les choses utiles, est-ce Dieu qui t'a donné cria mission? — Oui, reprit le Prophète. — Ton envoyé, ajouta ff l'homme, prétend que nous devons faire cinq prières, payer une crdîme prélevée sur nos biens. — C'est exact, dit le Prophète. — fr Par celui qui t'a donné une mission, répartit le Bédouin, c'est bien rtDieu qui t'a prescrit ces choses? — Oui, dit le Prophète. — Ton cr envoyé a aussi prétendu que nous devons jeûner un mois par an? ff — C'est exact. — Par celui qui t'a donné une mission, c'est bien ff Dieu qui t'a prescrit ces choses? — Oui. — Ton envoyé a encore ff prétendu que chacun de nous devait accomplir le pèlerinage de la ffKa'ba, s'il lui était possible de s'y rendre. — C'est exact. — Par ff celui qui t'a donné une mission, c'est bien Dieu qui t'a prescrit ff cette chose? — Oui. — Eh! bien, reprit l'homme, par Celui qui fft'a envoyé pour répandre la vérité, je me conformerai à ces pre- ffscriptions sans rien y ajouter et sans rien en omettre. — Si cet ff homme dit vrai , s'écria alors le Prophète , il entrera sûrement au ff Paradis, n
CHAPITRE VII. — De ce qui a ktk dit au sujet de la transmission de la
SCIENCE par DÉLe'gATION ^*' ET DE LA COMMUNICATION ÉCRITE EMANEE d'uN HOMME DE SCIENCE ET ADRESSe'e À DES GENS d'uN AUTRE PAYS. — AnaS « dit : « Otsmàn
Jit copier des exemplaires du Coran et les expédia dans les provinces. Abdallah- ben-Omar, Yahya-hen-Saîd et Màlik ont proclamé la légitimité de cette transmission. Un des savants du Hedjaz a tiré argument en faveur de la trans- mission par délégation de la tradition suivante du Prophète : Celui-ci remit à un chef de détachement des instructions écrites en l'invitant â n'en prendre con- naissance qu'après être arrivé à tel endroit. Quand le chef fut arrivé là il lut les instructions à ses troupes et leur apprit ce que le Prophète ordonnait.
1. \ibdallah-ben-Abbâs informe que l'Envoyé de Dieu expédia un messager porteur d'une lettre, avec mission de la remettre au
''^ Il faut entendre par là l'autorisation que le maître donne à un de ses disciples d'en- seigner les matières qui ont fait l'objetdeses leeonsou cpii sont contenues dans ses ouvTages.
38 TITRE m.
prince de El-Bahreïn. Ce prince envoya cette lettre à Cosroës qui, après l'avoir lue, la déchira en mille morceaux. Ibn-El-Mosayyab (si je ne me trompe dit Ez-Zohri) ajoute que le Prophète (en ap- prenant cette nouvelle) maudit ces gens (les Persans) en disant : cr Qu'eux aussi soient mis en mille pièces.')^
2. On tient de Qalâda que Anas lui fit le récit suivant : cf Le Pro- phète adressa une lettre ou voulut en adresser une ^'^\ ff Ceux à qui rtu écris, lui dit-on, ne lisent jamais une lettre à moins quelle ne rrsoit marquée d'un sceau. -n C'est alors que le Prophète fit usage d'un sceau d'argent sur lequel étaient gravés ces mots : Mohammed, l'Envoyé de Dieu. Et il me semble encore voir la blancheur de l'argent dans sa main. Gomme Cho'ba demandait à Qotâda: ff Qui fca dit que les mots gravés sur le sceau étaient : Mohammed , l'Envoyé rtde Dieu? 11 II me répondit : ff C'est Anas. ii
CHAPITRE VIII. — De celui qui prend place au dernier rang du groupe
CIRCULAIRE '-' DES ASSISTANTS ET DE CELUI QUI, APERCEVANT UNE PLACE LIBRE DANS CB CERCLE, VA s'y ASSEOIR.
1. D'après Abou-Wâqid-El-Leitsi : ff Tandis que l'Envoyé de Dieu était assis , dans la mosquée, en compagnie des fidèles, trois hommes entrèrent. Deux d'entre eux s'avancèrent vers l'Envoyé de Dieu, le troisième se retira. Après être resté quelque temps à considérer le Prophète, l'un de ces deux hommes, ayant aperçu une place libre dans le cercle, alla s'y asseoir. Le second s'assit en arrière du cercle et quant au troisième il tourna le dos et se mit à s'éloigner. Quand l'Envoyé de Dieu eut terminé (son enseignement) il dit : ff Voulez-vous que je vous instruise au sujet de ces trois individus? ffEh bien, l'un d'eux a cherché un refuge auprès de Dieu et Dieu ffle lui a accordé; le second a eu honte de s'approcher et Dieu a
'' C'est Anas, le rapporteur de la tra- les disciples forment une série de cercles
dilion, qui n'était pas sûr que le Prophète concentriques dite JuU^ et chaque disci[>lc
eût écrit cette lettre. doit consoi'ver la place qui hii a été assi-
''' Pour écouter les leçons du maître gnée.
DE LA SCIENCK. 39
ff use du même procédé à son égard; le troisième s'est détourné de ffDieu et Dieu s'est détourné de lui. tî
CHAPITKE 1\. — De celle parole duproplièle : « Parfois celui â qui on Irammct un enseignement le comprend mieux que celui-là même qui l'a entendu, n
• 1 . Abou-Bekra {-bni-El-Harits-Ets-Tsaqafi) a mentionné ce qui suit : rr Tandis qu'il était sur son chameau et qu'un homme tenait la bride de l'animal, le Prophète dit: rr Quel jour est-ce aujourd'hui? ii Nous nous tûmes, pensant qu'il allait qualifier le jour où nous nous trouvions d'un nom autre que son nom habituel, cr N'est-ce pas le rjour des sacrifices? ^i ajouta-t-il. — Oui, répondîmes-nous. — crEt quel est le mois où nous sommes, i^ reprit-il. Nous gardâmes, le silence pensant qu'il allait qualifier le mois d'un nom autre que le sien, cr N'est-ce pas le mois de dzou'l-hiddja? poursuivit-il — cfSans doute, répondîmes-nous. — Eh! bien, dit-il alors, sachez trque vos vies, vos biens, vos réputations doivent vous être aussi rr sacrés les uns aux autres que sont sacrés pour vous ce présent ff jour, ce présent mois et cette présente ville. Que celui qui entend ffces paroles les transmette à celui qui n'est pas là, car il se peut crque celui qui assiste à un fait le transmette à quelqu'un qui le ff comprenne mieux que lui^i.
CHAPITRE X. — La science est antérieure à la parole et à l'action, d'après ces mots du Coran : ^ Sache qu'il n'y a d autre divinité que Bieu^t (sourate XLVii, verset 21). Or Dieu a commencé ici par la scienceMK Les savants sont les héritiers des prophètes qui leur ont transmis la science en héritage. Celui qui a choisi la science a pris une large part, et celui qui s'engage dans une voie pour y acquérir la science, Dieu lui aplanira une voiejusquau Paradis.
Il est dit dans le Coran : k Ceux-là seuls craignent Dieu qui, parmi ses ado- rateurs, sont savants v (sourate xxxv, verset 2 5). — ^Et (/»</) ne comprendra (rcs choses) sinon les hommes instruits v (sourate xxix, verset /la). — Et ils disent : Si nous avions entendu ou si nous avions compris, nous ne serions pas voués au Brasier (^éternel) v (sourate lwii, verset 10). — v Peut-on
''^ C'est-à-flire qu'il a débuté par le mot : ^saoliP'?.
^lO TITRE III.
mettre sur le pied d'égalité ceux qui savent et ceux qui ne savent pasn (sou- rate XXXIX, verset i a ).
Le Prophète a dit : « Celui à qui Dieu veut du bien, d lui fait acquérir la science dans la religion; la science ne s'obtient que par 1 étude, v Abou-Dzarr a dit : « Si vous placiez un glaive trancJiant sur ceci l^et, ce disant, il montrait son cou) et que je puisse avoir le temps de transmettre une parole du Prophète en- tendue par moi, avant que ce glaive eut tranché ma tête, je la transmettrais. r> ' Ibn-Abbds a dit : « Soyez rcbbâniyîn ( sourate m, verset 78) veut dire : Soyez bienveillants, sages et instruits, n Suivant El-Bokhàri, le rebbâni est celui qui enseigne les notions élémentaires aux hommes avant qu'on instruise ceux-ci dans la haute science.
CHAPITRE \I. — De quelle façon le Prophète retenait l'attention de ses
COMPAGNONS DANS SES SERMONS ET COMMENT IL s'ï PRENAIT DANS SON ENSEIGNE- MENT POUR NE PAS ÊTRE ABANDONNÉ PAR SON AUDITOIRE.
1. Ibn-Mas'ouddi dit : crLe Prophète retenait notre attention dans ses sermons (et dans son enseignement) ^^^ en les espaçant, tant il lui répugnait de nous ennuyer.
2. D'après Anas le Prophète a dit : cr Rendez la voie facile et non pas difficile. Annoncez des choses agréables et n'effrayez pas votre auditoire, n
CHAPITRE XII. De celui qui assigne des jours fixes aux gens DE SCIENCE.
1. Abou-Wâïl a dit : ff'Abdallah-ben-Mas*oud donnait son en- seignement aux fidèles tous les jeudis. Un homme lui ayant dit : rr Ah! que je voudrais, ô Ahou-'Abderrahman , que ton enseignement « eût lieu tous les jours! — Ce qui m'en empêche, répondit Ibn- ffMas'oud, c'est que je ne veux pas faire naître en vous l'ennui. cfDans mes sermons, je veux ménager votre attention comme le ff Prophète ménageait la nôtre, craignant de nous rebuter, ii
CHAPITRE XHI. — Celui à qui il veut du bien, dieu lui fait acquérir
LA science dans LA RELIGION.
1. Mo'âwiya faisant le prône dit un jour : r J'ai entendu le Pro-
"' Los mois onlrp parenthèses manquent dans Pédition de Qaslallàni.
DE LA SCIENCE. !i\
phète s'exprimer ainsi : cr Celui à qui il veut du bien, Dieu lui fait (r acquérir la science dans la relijjion. Moi, je ne fais que répartir rrla science, c'est Dieu qui la donne. Ce peuple-ci ne cessera pas de erse maintenir dans la loi de Dieu, sans que ses adversaires puissent ffiui nuire jusqu'au jour où viendra l'ordre de Dieu.n
CHAPITRE XIV. — Dk la compréhknsion dans la science.
1. Modjdhid- ihen-Djâbir) a dit: rr .T'accompagnai Ibn-Omar à Médine et ne lui entendis rapporter de l'Envoyé de Dieu que la tradition suivante : crNous étions auprès du Prophète lorsqu'on lui fc apporta de la moelle de palmier, rr Parmi les arbres, dit alors le ff Prophète, il en est un qui est Temblème du musulman. -^ Je voulus adéclarer que c'était le palmier; mais, comme j'étais le plus jeune rrde l'assistance, je me tus. Le Prophète ajouta alors : cr c'est le pal- tr mier. t»
CHAPITRE \V. — Du désir d'égaler la science ou la sagesse d'autrui. - "Omar a dit : vi Instruisez-vous avant dêtre des persotmages v , — Ahou- " Abdallah ajoute : v.et après être devenus des personnages ^^\ Les Compagnons du Prophète étudiaient encore alors qu'ils étaient avancés en âge.
' 1. \ibdallah-ben-Mas''oud a dit : crLe Prophète s'est exprimé en ces termes : crll n'y a que deux personnes qu'il soit permis d'envier: cr celle à qui Dieu a donné la fortune et qui a le courage de dépenser «son bien pour la cause de la vérité; celle à qui Dieu a donné la cr sagesse et qui l'applique aux hommes et la leur enseigne, n
CHAPITRE XVI. — De ce qui a été mentionné au sujet du départ de MOÏSE SE RENDANT SUR MER VERS El-Kuadir. - Et de CCS mots du Coran : T Te suivrai-jeà condition que tu m'enseignes'iv^-'^, etc. (sourate xviii, verset 65).
1. 'Obaïd-Allah-ben- Abdallah raconte d'Ibn-'Abbâs , que ce dernier eut une discussion avec El-Horr-ben-Qaïs-ben-Hisn-El- Fazâri au sujet du compagnon de Moïse. Ibn-'Abbâs disait : rr C'était
^') CeUe phrase ne figure pas dans l'é- ^*' Au lieu de la partie mise enlre pa-
dilion de QastaUâni. renlhèses, Qastallâni met : "etc. . . . «.
42 TITRE III.
Khadinn Gomme Obayy-ben-Ka'b passait auprès d'eux, Ibn-'Abbâs l'appela et lui dit : rr Je suis en discussion avec mon ami que voici au sujet du compagnon de Moïse, pour aller à la rencontre de qui Moïse demanda quel était le chemin à suivre. As-tu entendu le Prophète dire quelque chose à ce sujet? — Oui, répondit Obayy, j'ai entendu le Prophète prononcer ces paroles : cr Tandis que Moïse erse trouvait parmi les notables des Benou-Israël, un homme vint rrà lui et lui dit : cr Connais-tu quelqu'un de plus instruit que ioi^n rr — Non, répondit Moïse t^. Mais Dieu révéla à Moïse : rr Certes, roui (il y en a un) , c'est notre adorateur Khadir. Moïse demanda rrle moyen de parvenir jusqu'à lui. Dieu lui donna le poisson comme rr signe; puis il fut dit à Moïse : rr Quand lu perdras le poisson, rr reviens, car alors tu rencontreras Khadir. ti Moïse suivit donc la rr trace du poisson dans la mer. Son serviteur lui dit : rr Sais-tu que cr lorsque nous nous sommes réfugiés sur le rocher, j'ai oublié le r poisson? Il n'y a que le diable qui m'ait fait oublier d'y penser. cr — C'est là ce que nous cherchions, n répondit Moïse. Alors ils r retournèrent tous deux sur leurs pas exactement; ils trouvèrent cr Khadir et il leur arriva ce que Dieu a raconté dans son Livre, v
CHAPITRE XVII. — De ces paroles du Prophète : 0 mon dieu enseigne- lui LE LIVRE.
1. Ihn-Ahhds a dit : cr L'Envoyé de Dieu me serra dans ses bras et dit : rrO mon Dieu, enseigne-lui le Livre. iî
CHAPITRE XVIII. A quel âge l'audition de l'enfant ''^ EST-ELLE VALABLE ?
1 . \ibdallah-ben- Abbâs a dit : rr Je m'avançai monté sur une ânesse à l'époque oii j'approcliai de l'âge de la puberté et, à ce moment, l'Envoyé de Dieu était en train de prier à Mina sans être tourné vers un mur. Comme je passai devant un des rangs des fidèles, je lâchai l'ânesse qui alla paître et m'introduisis dans le rang ; per- sonne n'y trouva à redire, ti
''' Il s'agit de l'enfant non pubère.
DE LA SCIKNCE. /i3
2. Mahmoud-hen-Er-Rcbi a dit : a Je me souviens que le Pro- phète me cracha à la fin^ure de l'eau d'un seau et j'avais alors cinrj ans. y)
CHAPITRE XIX. — Du fait dk partir à la recherche dk la science. - Djàhir- hen-Ahdallah fit un voyage d'un mois de marche afin de recueillir un seul hadits de '^ Abdallah-ben-Wàîs.
•1 . "Ohaïd- A llah-hen-A bdallah-ben-Otba-hen-Mas^oud rapporte , d'après Ihn-'Ahbâs, que ce dernier discutait avec El-Horr-ben-Qaïs- hen-Hisn-El-Fazâri au sujet du compagnon de Moïse. Comme Obayy-ben-Ka'b passait auprès d'eux, Ibn-'Abbâs l'appela et lui dit : cf Je discute avec mon ami que voici au sujet du compagnon de Moïse pour la rencontre de qui Moïse demanda le chemin à suivre. As-tu entendu l'Envoyé de Dieu dire quelque chose à ce sujet? — - Oui répondit Obayy, j'ai entendu le Prophète prononcer ces paroles : cr Tandis que Moïse était au milieu des notables des Benou-Israël, un cr homme vint à lui et lui dit : rc Connais-tu quelqu'un de plus instruit crque toi? — Non, répondit Moïse, ti Mais Dieu révéla à Moïse ce mots : cr Certes oui (il y en a un), c'est notre adorateur Khadir. r» Alors Moïse demanda le moyen de se porter à sa rencontre. Dieu lui donna le poisson comme signe ; puis il l'ut dit à Moïse : cr Lorsque Cf tu auras perdu le poisson, reviens sur tes pas et tu rencontreras le cr personnage n. Moïse suivit la piste du poisson dans la mer. Le ser- viteur de Moïse dit à son maître : ce Sais-tu que lorsque nous nous cr sommes arrêtés sur le rocher, j'ai oublié le poisson? ce n'est que crie diable qui a pu me faire oublier d'y penser. — C'est là ce que crnous cherchions répondit Moïse, t^. Alors ils retournèrent tous deux exactement sur leurs pas; ils trouvèrent Khadir et il leur arriva ce que Dieu a raconté dans son Livre. r>
CHAPITRE XX. — Du mérite de celui qui sait et qui enseigne.
*1. Abou-Mousa rapporte que le Prophète a dit : cr L'orthodoxie et la science que Dieu m'a donné mission de répandre sont compa-
44 TITRE III.
rables à une pluie abondante qui arrose le sol. Là oii il se trouve un terrain fertile l'eau est absorbée et les plantes, herbes et ar- bustes y poussent en grand nombre. Ailleurs, il est des endroits peu perméables qui retiennent les eaux. Dieu les fait servir aux hommes à boire, à abreuver les animaux et à cultiver. Enfin il existe une autre catégorie d'endroits où l'eau tombe, ce sont des terrains plats qui ne retiennent pas les eaux et oi*i il ne pousse aucune herbe. De même il y a trois catégories d'hommes : i° ceux qui sont instruits dans la religion de Dieu et à qui profitent les choses pour lesquelles Dieu m'a envoyé; 2** ceux qui savent et qui enseignent; 3° ceux qui ne daignent pas lever la tête et qui n'acceptent point la voie droite que Dieu m'a envoyé leur ap- porter, v
D'après El-Bokhâri , Ishaq a donné la variante : cr une autre caté- gorie dont le soleil de midi a bu l'eau ti (au lieu de : cr où l'eau est absorbée 11^'^).
CHAPITRE .\XI. [)[] RAPT DE LA SCIENCE ET DE l'aPPARITION DE l'iGNO-
RANCE. — Rahia a dit : kII ne convient à personne qui a par devers soi la moindre science de laisser perdre ce qu'il a en lui. n
\. D'après Atms, l'Envoyé de Dieu a dit : rr Entre autres pro- dromes de l'Heure (suprême) il y aura le rapt de la science, Talfer- missement de l'ignorance, l'usage du vin et la manifestation (au grand jour) de l'adultère, n
'2. Allas a dit : ce Je tiens à vous rapporter une tradition que personne, après moi, ne vous rapportera : J'ai entendu le Prophète dire : rr Entre autres prodromes de l'Heure (suprême) on verra la cr science diminuer, l'ignorance se produire au grand jour ainsi crque l'adultère. Les femmes alors seront si nombreuses, les
'*' Suivant i'éditiou de Qastailàui, El- marquer Qaslalani, ces explications n'ont
l)okhâri ajoute que le mot ^U est le nom pas trait aux hadits et sont uniquement
de la terre que l'eau recouvre sans y de- destines à servir à l'irterprélation du
meurer long-temps , et que vjuajua désigne Coran. Dans Krehl on trouve, in fine,
un terrain plat. Mais, ainsi que le fait re- ooLs au lieu de oJLs.
DE LA SGIENCK. 45
fr hommes si rares que, pour cinquante femmes, il y aura un seul cr homme (^l 11
CHAPITRE XXII. — De l'excès de la science.
1. Ibn-Onmra dit: rrj'ai entendu l'Envoyé de Dieu faire le récit suivant : rr Tandis que je dormais on m'apporta (en songe) un bol cfde lait; je bus jusqu'à ce qu'il me sembla sentir cette boisson cr s'écouler par mes ongles. Alors je remis à 'Omar-ben-El-Khalt;tb crce que je n'avais pu boire. — Quelle interprétation donnes-tu de crceci, demanda-t-on à l'Envoyé de Dieu? — C'était la science, ré- rc pondit-il 11.
CHAPITRE XXIII. — De la réponse faite à une question en matière cano- nique, TANDIS qu'on est DEBOUT SUR LE DOS d'uNE MONTURE OU AILLEURS.
1. D'après \ihdallah-heri-Arm-be7i-El-As, au cours du pèleri- nage d'adieu, l'Envoyé de Dieu s'arrêta debout à Mina pour per- mettre aux fidèles de l'interroger. Un homme vint et dit : crPar mégarde, je me suis rasé la tête avant d'avoir accompli le sacrifice. — Fais le sacrifice, répondit le Prophète, il n'y a aucun mal à cela, n Un autre vint et dit : crPar mégarde, j'ai égorgé la victime avant le jet des pierres. — Jette tes pierres, répondit le Pro- phète; il n'y a aucun mal à cela, n On n'interrogea pas une seule fois le Prophète sur un rite fait trop tôt ou trop tard sans qu'il répondît : cr Accomplis les autres rites, il n'y a aucun mal à cela.n
CHAPITRE XXIV. De la réponse faite par un signe de LA MAIN OU DE LA
TÊTE, SUR UNE QUESTION EN MATIÈRE CANONIQUE.
1. Selon Ibn-Abbâs, au cours de son pèlerinage (d'adieu) le Prophète fut interrogé par des fidèles. L'un d'eux dit: cr J'ai immolé la victime avant de jeter les pierres, n De la main le Prophète fit un
<') Le sens du mot traduit par fr homme à pourvoir elle-même à son entretien, à serait exactement ffchefn , (rsoulienr,. Sui- sa défense; c'est à un homme, père, mari vanl les idées arabes, la femme n'a pas ouparent,fjuedoivent incomber ces soins.
/i6 TITRE III.
geste voulant dire : il n'y a aucun mal à cela. Un autre lui dit: frJe me suis rasé la tète avant d'immoler ma victime, -n Alors même geste de la main du Prophète pour marquer qu'il n'y avait aucun mal à cela.
'2. D'après Abou-Horaira , le Prophète a dit : crLa science sera emportée, les troubles et l'ignorance se manifesteront et les herdj^^^ seront nombreux, n Gomme on demandait à l'Envoyé de Dieu ce que c'était qu'un herdj, il répondit :(t C'est ceci, -n Et de sa main re- tournée il fit le geste de celui qui veut tuer.
""S. Asmâ a dit : r J'allai trouver 'Aïcha qui priait, ce Qu'ont donc cries fidèles r , lui demandai-je? De sa main elle m'indiqua le ciel (-^ et, tandis que certains fidèles priaient elle dit : ff La gloire de Dieu soit ff proclamée! — Un signe ii m'écriai-je. ti De la tête elle fit le geste voulant dire oui. Alors je me tins debout (avec les fidèles) jusqu'à ce que je faillis m'évanouir et alors je me mis à me verser de l'eau sur la tête. Le Prophète loua Dieu et proclama ses mérites, puis il dit : cr II n'y a aucune des choses que je n'avais jamais vues que je n'aie ^aperçues de la place oij j'étais, en ce moment; j'ai vu même le rr Paradis et l'Enfer. Il m'a été révélé que vous seriez éprouvés dans rrvos tombeaux, de la même façon ou presque, — on ne sait de la- re quelle de ces deux expressions Asmâ s'est servie. — que vous serez rr éprouvés par l'Anté-Ghrist. On dira (à chacun de vous) : rrQue r sais-tu de cet homme? (Mahomet) n Quant au croyant ou au fidèle r — on ne sait de laquelle de ces deux expressions Asmâ s'est servie cr — il répondra: rr C'est Mahomet qui est l'Envoyé de Dieu et qui rra apporté les preuves (de sa mission) et l'orthodoxie. Nous avons rr accueilli (sa prédication) et l'avons suivi. C'est Mahomet ajoutera- rrt-il trois fois. -n Alors on lui dira : rrDors en paix, car nous sommes réassurés que tu es bien un fidèle du Prophète. ii Quant à l'hypo- crite et à l'hésitant — on ne sait de laquelle de ces deux expressions
*'' Ce mot est emprunté à la langue de soleil et les fidèles accomplissaient la élliiopienne, prière spéciale usitée en pareille circon-
'*' A ce moment il y avait une éclipse stance.
DU LA SCIE.NCK. hl
se servit Asmà - - il dira : tr Je ne sais qui cesl; j'ai seulenienl en- ff tendu les gens dire une chose et je Tai répétée ti.
CHAPITRE X\V . — De l'exhortation adressée par le Prophète à la dépu-
TATION DES \4dD-EL-0aÏS DE GARDER LA FOI KT LA S«:iENCE ET d'eN INSTRUIRE CEUX qu'ils AVAIENT LAISSES DERRIÈRE ELV. - Mâhli-beH-El-HowaïritS U
(lit : « Le Prophète prononça ces paroles : v. Retournez vers vos gens et instrui- ^sez-lesn.
' 1 . AboH-Djamra a dit : rr Je servais de truchement entre Ibn-\4bbas et les gens. Ibn-Abbâs dit : rrUne députation des 'Abd-El-Qaïs vint ce trouver le Prophète. Celui-ci demanda quelle était cette députation, cr — ou de quelle tribu elle était. — Ils répondirent qu'ils étaient ce de Rebfa. Alors le Prophète s'écria : ce Quelle soit la bienvenue cf cette tribu — ou cette députation — qui est venue sans contrainte cr et sans remords. — Nous venons d'une contrée éloignée, répon- cr dirent les députés. Entre notre pays et le tien, il y a cette tribu rdes infidèles de Modar et nous n'avons pu venir vers toi que du- rrant un mois sacré. Donne-nous tes ordres afin que nous les trans- ff mettions à ceux que nous avons laissés derrière nous et qu'en nous y r conformant nous entrions au Paradis,*^ Le Prophète leur enjoignit crde faire quatre choses et leur défendit d'en faire quatre autres. Il rieur ordonna de croire en un seul Dieu et ajouta : crSavez-vous rrce que c'est que de croire en un seul Dieu? — Dieu et son Pro- rphète, répondirent-ils, savent mieux que personne ce qu'il en est. r — Cela consiste , reprit-il , à affirmer qu'il n'y a d'autre divinité que rDieu, que Mahomet est l'Envoyé de Dieu, à accomplir la prière, à donner la dîme, à jeûner pendant le Ramadan. Vous donnerez crie cinquième du butin. n Le Prophète leur interdit de se servir crde gourdes, de jarres et d'outrés enduites de poix.
Cho'ba ajoute : r Peut-être s'est-il servi des mots : crie tronc de " palmier creusé Ti et goudronnées^ (au lieu de cr enduites de poixi?). Ensuite le Prophète dit : cr Retenez bien ceci et instruisez-en ceux que vous avez laissés derrière vous, -n
hS TITRE III.
CHAPITRE XXVI. — Du voyage entrepris afin d'aller chercher la solution d'un cas douteux et afin d'instruire les siens.
1. 'Oqba-ben-EI-Hdrits rappelle qu'il avait épousé une fille de Abou-Ihâb-beii-'Azîz. Une femme vint le trouver et lui dit : a J'ai été la nourrice d"Oqba, et de celle qu'il a épousée^^^. — J'ignore, répondit 'Oqba, si tu as été ma nourrice et tu ne m'as pas prévenu (que tu avais nourri ma femme), t^ Aussitôt il enfourcha sa mon- ture et alla trouver l'Envoyé de Dieu à Médine et lui soumit la question: cr Gomment? s'écria l'Envoyé de Dieu, tu gardes ta femme quand on dit pareille chose -n. 'Oqba quitta donc sa femme qui épousa un autre mari.
(CHAPITRE XXVII. — De la science qu'on se transmet à tour de rôle.
1, 'Omar a dit : rr J'étais moi et un ansàr, mon voisin, chez les Benou-Omayya-ben-Zeïd tribu (du district) d"Aouâli(-^ de Médine. Chacun de nous, à tour de rôle , nous allions chez l'Envoyé de Dieu; mon voisin y passait un jour et moi le jour suivant. Quand je des- cendais à Médine je rapportais à mon voisin toutes mes informations de ce jour, révélations du Coran et autres choses. Quand c'était lui qui allait à la ville il agissait de même à mon égard.
rrUn jour, mon ami l'ansâr, dont c'était le tour de rôle, revint de Médine et frappa violemment à ma porte en criant: ce Est-il là, luiîii Tout effrayé je sortis aussitôt et il me dit : fcll vient de se passer un grave événement (^^. f) Je me rendis alors chez Hafsa et la trouvai tout en larmes. «L'Envoyé de Dieu vous a-t-il répudiée? deman- dai-je. — Pas que je sache ti, répondit-elle. Ensuite j'entrai chez le Prophète et restant debout je lui dis : « As-tu répudié tes femmes? — Non, me répondit-il. — Dieu est grande, m'écriai-je. t»
^'^ On sait qu'au point de vue du ma- ques villages situés à l'est de Médine. Le
riage l'allaitement crée une pai'enté dont village le plus rapproché de cette ville en
les effets sont les mêmes que ceux de la est à 3 milles, le plus éloigné à 8 milles, vraie parenté. ^'> Le bruit s'était lépandu que le Pro-
^'' Le district d"Aouâli comprend quel- phèle avait répudié toutes ses femmes.
DH LA SCIENCE. /j9
CHAPITRE X\\ IH. — l)i; la coi-krk qu'éprouve cklui qui piiP.ciik ou qui
ENSKIGNE AU MOMENT OL II- VOIT QUELQUE CHOSE DE RÉPRÉHENSIBLE.
^ A
'1. xihou-Man^oud-FA-Amâri a dit : a Un lionime s'écria : crO Eii- ffvoyé de Dieu, je puis à peine achever la prière, tant un tel nous cria fait durer longleinps^. Jamais dans un prône je n'ai vu le Pro- phète entrer dans une colère plus violente que ce jour-là : crO ffgens, s'écria-t-il , vous arriverez à faire déserter la prière. Que cr celui qui dirige les fidèles dans la prière, la leur rende légère, rrcar il y a parmi eux des malades, des gens affaiblis et d'autres qui cr ont des occupations, n
" 2. D'après Zeïd-ben-Khâlid- El-Djohant , un homme interrogea le Prophète au sujet des objets trouvés, ce Regarde bien, répondit-il, le cordon de l'objet trouvé — ou sa bourse, — et aussi son enve- loppe. Puis, pendant un an, annonce ta trouvaille; après quoi fais usage de la chose. Toutefois si son propriétaire vient te trouver remets-lui l'objet. ^ Et s'il s'agit d'un chameau égaré? demanda l'homme. A ces mots le Prophète entra dans une telle fureur que ses joues — ou son visage, suivant une autre version — devinrent cramoisies, ce Qu'as-tu à t'occuper de cet animal, s'écria-t-il; il a en celui une réserve de boisson ; il a des pieds, rien ne l'empêche ce d'aller à l'abreuvoir et de brouter des plantes. Laisse-le donc en ce sorte qu'il rejoigne son maître. — Et si l'animal égaré est un ce mouton, ajouta l'homme. — Alors, répondit le Prophète, il sera ce à toi, à ton frère ou au loup.ii
3. Abou-Mousa a dit: ce Gomme on posait au Prophète des ques- tions qui l'offusquaient et que ces questions se multipliaient, il entra en colère. Ensuite il dit aux assistants : ce Interrogez-moi sur ce ce que vous voudrez. — Qui est mon père? demanda un homme. ce — Ton père, répondit-il, c'est Hodzàfa. — Et moi, reprit un ce autre, qui est mon père? ô Envoyé de Dieu — Ton père, repli- ée qua-t-il, estSâhm, l'affranchi deGhaïba.77 'Omar voyant l'expres- sion du visage du Prophète, lui dit alors : eeO Envoyé de Dieu, ce certes nous nous repentons devant Dieu-".
KL-llOKll U\l. I.
50 TITRE III.
(ÎHAPITRE \XIX. — De celui qui se met à genouv devant l'imam ou le
TRADITIONNISTE.
1. D'après Anas-ben-Mâlik , l'Envoyé de Dieu étant sorti t^), 'Ab- dallah-ben-Hodzâfa se leva et dit : rr Qui est mon père? — Ton père répondit le Prophète, est Hodzàfa.T^ Puis, comme il disait à de nombreuses reprises : r Posez-moi des questions t, 'Omar se mit à genoux et dit : crNous nous estimons pour satisfaits d'avoir Dieu pour Seigneur, l'Islam pour religion et Mahomet comme Prophète, t Alors le Prophète garda le silence (^^.
CHAPITRE XXX. De celui qui répète trois fois son ENSEIGNEMENT RELI- GIEUX AFIN d'être compris. — Lc Propkclc n (ht : r^ . . .et aussi, n est-ce pas les paroles memongèresv. Il ne cessa de répéter la chose. — Ibn-Omar a dit : «Le Prophète a dit trois J'ois : ^Ai-je atteint le hut? r)
■\ D'après Anm, chaque fois que le Prophète saluait il répétait son salut trois fois et chaque fois qu'il prononçait une phrase il la répétait trois fois.
1 />^s(^l D'après Anas, cliaque fois que le Prophète prononçait des paroles il les répétait trois fois afin qu'on le comprît (mieux). Quand il se rendait chez quelqu'un et qu'il voulait le saluer il le saluait trois fois.
2. "Abdallah-ben-Amr a dit : crAu cours d'un voyage que nous faisions avec lui, l'Envoyé de Dieu resta en arrière. Il nous re- joignit ensuite au moment oii, étant en retard pour la prière de l'après-midi, nous étions en train de faire nos ablutions. Comme nous nous contentions de frotter légèrement nos pieds, il nous cria de sa voix la plus forte : <x Que les talons redoutent le feu de l'enfer! n Il répéta ces mots deux ou trois fois, ri
''' C'est-à-dire qu'il avait quitté ses qui serait peut-être mieux en situation,
appartements pour se rendre à la mes- '^^ Les hadits qui ont un numéro bis
quée ou auprès des fidèles. sont ceux qui ne figurent pas dans l'édi-
"' Au lieu de oX» "garder le silence') lion de Krehl. Il en est de même en gé-
on trouve la variante ^C*, ffsc calmer» , néral. pour les chapitres.
DE LA SCIENCE. 51
CHAPITRE XXXI. — De l'hoaime qui knseigne à son esclave femme et à sa
FAMILLE.
''1 . Ahou-Mousa-El-Acliari a dit : cr L'Envoyé de Dieu a dit : rr Trois cr personnes auront une double part de récompense : l'iionnne cpii r parmi les «jens du Livre ^'^ aura cru en son propliète et en Maho- crmet; l'esclave en possession de maître qui remplira ses devoii's cr envers Dieu et envers ses maîtres. Enfin l'iiomme qui, possédant rrune femme esclave, l'élève, lui donne une bonne éducation, lui ff enseigne avec soin tous ses devoirs religieux, puis l'affrancliit et cr l'épouse, aura aussi double récompense.
'Amir a ajouté: a Nous te donnons ce hadits sans rien exiger en retour pour notre peine alors que pour d'autres, de moindre impor- tance, on faisait (exprès) le voyage de Médine. t^
(!1HAPITRE XXXII. De la PRl'dICATION de l'imam faite aux femmes ET DE
l'enseignement qu'il LEUR DONNE.
1 . Ayijouh rapporte que "A ta a dit : a J'ai entendu Ibn-'Abbâs cer- tifier — ou je certifie d'après Ibn- Abbâs — que le Prophète sortit un jour emmenant Bilâl avec lui. Il se souvint qu'il n'avait pas fait entendre sa prédication aux femmes. 11 la leur fit donc entendre et les invita à faire l'aumône. Aussitôt chaque femme se mit à jeter ses boucles d'oreilles et ses bagues que Bilâl recueillit dans le pan de son manteau, n
Selon Isma il ce serait Ibn- Abbâs qui aurait dit qu'il certifiait.
CHAPITRE XXXHI. — De l'ardeur à l'enseignement (religieux).
1 . Abou-Horaïra a dit : cf Je dis un jour : rr 0 Envoyé de Dieu , qui , ff parmi les hommes, sera le plus favorisé de ton intercession au ffjour du Jugement dernier? — J'avais pensé, répondit l'Envoyé wde Dieu, que nul autre que toi, ô Abou-Horaïra, me poserait cette
''^ Selou les musulmans, la venue do en conservant sa foi, croit à la niisssion Mabomel avait ëlé annoncée dans lesévan- du Prophète. Si Ton s'en tenait à la lettre {^iles. 11 s'agit ici du chrétien qui, tout du texte il s appliquerait aussi aux Juifs.
52 TITRE III.
ff question avant toi; car je sais ton ardeur pour l'enseignement rr religieux. L'homme qui sera le plus favorisé de mon intercession cf au jour de la Résurrection ce sera celui qui, dans la sincérité de ff son cœur — ou de son ame — aura prononcé ces paroles : rrll n'y ce a pas d'autre divinité que Dieun.
■ CHAPITRE XXXIV. — Comment disparaîtra la science. - "Omar-hen-Ahd- elazîz écrivit à Ahou-Bahr-hen-Huzm : « Vois ce qui existe de l'enseignemenl du Prophète; mels-Je par écrit, car je crains la disparition de la science ainsi que celle des savants. N'accepte aucun enseignement qui ne vienne du Prophète. Ou on répande la science, qu'on se réunisse en assemblée ajin d'instruire ceux qui ne savent pas. Car certes la science ne périra que le jour ou elle sera ésolérique^^\ n
A
1 . ^AbdaUah-ben-Amr-ben-El-As rapporte qu'il a entendu l'Envoyé de Dieu dire : Dieu ne fera pas disparaître la science en l'enlevant directement aux hommes, mais il la fera disparaître en faisant disparaître les savants, jusqu'à ce qu'il n'en reste plus un. Alors les hommes prendront pour chefs des ignorants qui, interrogés, répondront sans la moindre science, s'égarant eux-mêmes ainsi et égarant les autres.
Isndd différent.
CHAPITRE XXXV. — De celui qui ayant entendu une chose (qu'il n'a pas comprise) revient avec insistance jusqu'à ce qu'il l'ait comprise.
1 . Ibn-Aboti-Molaïka rapporte que 'Aïcha, la femme du Prophète, n'entendait jamais une chose qu'elle ne comprenait pas sans revenir à la charge auprès du Prophète jusqu'à ce qu'elle l'eût bien saisie. Or le Prophète avait dit : cr Quiconque aura des comptes à rendre sera châtié. — Alors, ajouta 'Aïcha, je demandai si Dieu n'avait pas dit : cr II sera demandé compte avec indulgence ii (sourate lxxxiv, verset 8). Le Prophète répondit : ce Ceci se rapporte seulement à l'examen (du
'"' L'édition de Krehi indique un isnàd nissanl à ces mots : frqiie celle des sa- diffërenl poui- la |)artie de ce liadils cotu- vanls^. Le mot traduit par ff disparition 5) mençant ù ^'Omar-bcn-Abdei'azizn et fi- signifie ffenlè\emeut5î.
DE LA SCIENCE. 53
cr jour (lu Jugement); mais celui dont le compte sera serré de près cf périra, -n
CHAPITRE XXXVI (''. — Doit-on consacrer aux femmes un joir sckcivl
POUR LES instruire?
•1. Selon Abou-Saîd-El-Khodri, les femmes dirent un jour au Prophète : crLes hommes ont l'avantage sur nous auprès de loi. Réserve-nous donc un jour à ton choix, v Le Prophète leur assigna un jour, alla les trouver, leur fit un sermon et leur prescrivit cer- taines choses. Parmi les paroles qu'il leur dit se trouvaient celles-ci : (T Aucune femme d'entre vous ne présentera trois enfants à elle sans qu'une barrière soit interposée entre elle et l'enfer. — Et si elle n'en a que deux? demanda une des femmes. — Même si elle n'en a que deux, reprit le Prophète ''.
2. D'après Abou-Horaïra, le Prophète aurait dit : cr Trois enfants n'ayant pas atteint l'âge de discernement. r>
CHAPITRE XXxXVII. Que le (fidèle) PlîKSENT TRANSMETTE LES ENSEIGNE- MENTS À CELUI QUI EST ABSENT. — Ihïi-Ahhàs II rapporté ces mois du PropJu'te.
'1. Ibn-Choraïh rapporte qu'il dit à 'Amr-ben-Sa'îd tandis que ce dernier envoyait des troupes vers la Mecque : (c 0 Emir m'au- torises-tu à te rapporter des paroles que l'Envoyé de Dieu pro- nonça le lendemain du jour de la prise de la Mecque. Mes oreilles ont entendu ce discours, mon cœur l'a retenu et mes yeux ont vu le Prophète lorsqu'il les prononça. Après avoir loué Dieu et pro- clamé ses mérites, voici ce qu'il dit : crDieu a rendu la Mecque cr sacrée car les hommes ne lui avaient point donné ce caractère. Il ff n'est permis à aucun homme qui croit en Dieu et au Jour dernier de cr répandre le sang dans son enceinte, ni de saper un de ses arbres. ff Si quelqu'un le tolérait, parce que l'Envoyé de Dieu a livré combat frdans cette vdle, dites : a Dieu a donné au Prophète une permission ff qu'il ne vous a pas concédée, -n Au reste Dieu n a accordé cette auto-
''^ Ce chapitre ne figure pas dans lYdilion de Qastallàni.
54 TITRE III.
crrisation que pour une heure dans un seul jour. Aujourd'hui La ff Mecque a recouvré son caractère sacré qu'elle avait hier. Que celui cr qui est présent transmette ces paroles à celui qui est absent, ^i
On dit à Abou-Ghoraïh : rrQue répondit alors 'Amr-ben-Sa'îd? — 11 répondit, reprit-il, Je sais mieux que toi, ô Abou-Ghoraïh que la Mecque ne sera jamais ni l'asile d'un rebelle, ni le refuge de quiconque a versé le sang, non plus que de l'auteur d'un vol.n
2. D'après Ahou-Bekra, comme on rappelait que le Prophète avait dit : >t Votre sang et vos richesses ti, — Mohammed (ben-Sirîn) dit : et je crois qu'il a ajouté fret votre honneur n — sont choses sacrées comme ce jour-ci, dans ce mois-ci, n'est-ce pas? Eh! bien, que le fidèle présent d'entre vous en fasse part à l'absent ti, Moham- nied-ben-Sirîn disait que l'Envoyé de Dieu confirmait ainsi la chose et que crEh! biem^ équivalait à : cr Est-ce que je ne l'ai pas fait connaître deux fois?n
CHAPITRE XXXVIII. — Du péché commis par celui qui ment au sujet du
PROPHÈTE.
1. '^Ali a dit : L'Envoyé de Dieu a dit : crNe mentez pas à mon sujet! certes que quiconque mentira à mon sujet entre en enfem,
2 . \Abdallah-hen-Ez-Zobaïr a dit : rr Je dis un jour à mon père : cr Je ff ne t'entends jamais rien rapporter de l'Envoyé de Dieu comme un a tel et un tel. — Certes, répondit Ez-Zobaïr, je n'ai jamais quitté crie Prophète, mais je lui ai entendu dire : Que quiconque mentira crsur son compte aille prendre place en enfer! ti
•3. Anas a dit : crCe qui m'empêche de vous rapporter de nom- breuses traditions, c'est que le Prophète a dit : crQue quiconque ff mentira intentionnellement sur mon compte, aille prendre place cren enfer !t)
à. Salama-ben-El-Akiva a dit : cr J'ai entendu le Prophète s'expri- mer ainsi : crQue celui qui me fera dire ce que je n'ai pas dit, aille ff prendre place en enfer! r»
5. Selon Aboa-Horaïra le Prophète a dit : ff Faites usage pour
DE LA SCIKNCK. 55
voiisde mon nom, mais ne prenez pas mon surnom. (Juicoiupic me voit en sonjje m'a vu en réaliti^, car le diable ne saurait imilcr ma forme extérieure. Que quiconque ment intentionnellement à mon sujet aille prendre place en enfer! 11
CHAPITRE \XXIX. — De la mise pah écrit de la TnAniTioN.
1. Ahou-Djohaïfa a dit: ce Gomme je demandais à 'Ali s'il y avait chez eux un (recueil) écrit, il me répondit : rrNon, nous n'avons frrien (d'écrit) autre que le Livre de Dieu ou la compréhension qui cen a été donnée à tout homme musulman, ou encore ce qui est cr inscrit sur ce feuillet. — Et qu'est-ce que contient ce feuillet? rr reprit Abou-Djohaïfa — Dans ce feuillet, repondit 'Ali, il y a rce qui a trait au prix du sang, à la libération des prisonniers et crie principe qu'un musulman ne doit pas être mis à mort à cause rd'un infidèle !ti
' 2. Selon Ahou-Horaïra , l'année de la prise de la Mecque, les Khozâ'a avaient tué un homme des Benou-Leïts pour venger le meurtre de l'un des leurs. Informé de ce fait, le Prophète enfourcha sa monture et vint leur adresser le discours suivant : crDieu a in- terdit à la Mecque l'accès de l'éléphant — ou du meurtre (El- Bokhàri hésite entre ces deux mots) — mais l'Envoyé de Dieu et les Croyants ont reçu en leur pouvoir cette ville et ses habitants. Eh! bien la Mecque n'a perdu son caractère sacré pour personne avant moi et ne le perdra pour personne après moi. Eh! bien, elle a été à ma discrétion, mais un seul jour pendant une heure. Eh! bien, à cette heure cette ville est de nouveau sacrée pour moi; ses épines ne seront pas arrachées dorénavant, ni ses arbres coupés; l'objet qui y sera trouvé ne sera ramassé que pour être remis à celui qui le réclamera. Quant un meurtre y sera commis, les parents de la victime auront le choix entre deux partis : ou bien recevoir le prix du sang, ou bien se faire abandonner le cou- p;ible. -^
Un homme du Yémcn vint alors et dit : cr 0 Envoyé de Dieu,
56 TITRE III.
mets cela par écrit pour moi. — Mettez cela par écrit pour Abou un tel, répondit le Prophète. ^^ — Un homme des Qoraïch s'écria : crFais une réserve pour le souchet, ô Envoyé de Dieu car nous l'employons pour nos demeures et nos tombeaux. — Qu'on fasse une réserve pour le souchet, reprit le Prophète, qu'on fasse une réserve pour le souchet! (^^n
"3. Aboii-Horaïra a dit : cr Personne, parmi les compagnons du Prophète, ne possède plus de tradition à son sujet que moi. 11 faut toutefois faire une exception pour 'Abdallah- ben-'Amr qui, lui, les mettait par écrit ce que je ne faisais pas moi. n
Isnâd différent.
li. Ibn-Abbâs a dit : ce Quand les souffrances du Prophète devinrent plus vives, il s'écria : a Qu'on m'apporte de quoi écrire afin ff que je vous mette par écrit ce qui vous préservera de l'erreur après crmoi! — La douleur domine le Prophète, dit alors 'Omar; nous ff avons le Livre de Dieu qui nous suffit, t^ Les avis à ce moment furent partagés et la discussion devint bruyante, et Retirez-vous, cr laissez-moi , reprit alors le Prophète, il ne convient pas qu'on se rc dispute en ma présence !ti Ibn-'Abbâs sortit en disant : et C'est mal, (T aussi mal que possible, de faire obstacle au Prophète quand il ff désire écrire. ti
CHAPITRE XL. — De l'enseignement (religieux) et de la prédicatidn pen- dant LA NUIT.
' 1. Omm-Salma a dit : ff Une certaine nuit le Prophète se réveilla et dit. ff Gloire à Dieu! que de tourments ont été envoyés (du ciel) ff cette nuit, mais aussi que de trésors (de miséricorde) ont (fêté ouverts! Réveillez les habitantes de ces demeures(^), car plus ff d'une femme bien vêtue en ce monde se trouvera nue dans ff l'autre. •«
^'' Qaslaliâni ne répète pas deux fois la formule de réserve du Prophète. — '' Les fcmnKN du Prophète . dit le eommenlatenr.
DK LA SGIKNCE. 57
CHAPITRE XLI. — Dk u causkrie nocturnk consacrkk à la scfknck.
' 1. \ihdaUah-hen-Omar a dit : cr Vers la fin de sa vie le Prophète, ayant fait avec nous la prière du soir, se leva après avoir achevé la salutation finale et dit : ce Vous voyez bien celte nuit-ci. Eh! bien, ff dans cent ans à pareille iieure, il ne restera plus à la surface de la cr terre aucun de ceux qui y sont aujourd'hui, n
2. Ibn-Abbds a dit : crJe passais la nuit dans la maison de ma tante maternelle, Maïmouna-ben-El-Hàrits, femme du Prophète, une fois où c'était son tour de le recevoir. Après avoir fait la prière du soir, le Prophète se rendit dans son appartement, il pria quatre reka', puis dormit et se leva ensuite en disant : crLe cher enfant dort 11 — ou quelque propos semblable. — Gomme il s'était levé, je me levai aussi et me plaçai à sa gauche. Il me fit mettre à sa droite et pria cinq reka' d'abord, puis deux reka' et s'endormit si profondément que j'entendis son ronflement. Eiilin il sortit pour aller à la prière, n
CHAPITRE XLIl. — Du fait de garder mémoire des enseignements.
1. Abou-Horaîra £L dit : crLes gens répèlent que Abou-Horaïra sait de nombreuses traditions. Eh! bien, s'il n'y avait à ce sujet deux versets du Coran je ne rapporterais pas une seule tradition v. Et alors Abou-Horaïra récitait : cr Certes ceux qui dissimulent les preuves et
l'orthodoxie que nous avons révélées r> jusqu'à ces mots : le
miséricordieux 75 (sourate n, versets ibk et i55).
Tandis, ajouta Abou-Horaïra, que nos frères parmi les mohàdjir s'occupaient de conclure des affaires sur les marchés, que nos Irères parmi les Ansâr donnaient tous leurs soins à l'entretien de leurs biens (^), moi, Abou-Horaïra, je m'attachais à la personne du Pi'O- phète, me contentant ainsi de rassasier ma faim (■-^; aussi ai-je été
^'^ Autrement dit, les Mohàdjir se li- commerce et à l'agricultare pour ne point
vraient au commerce tandis que les Ansâr quitter un seul instant la personne du
s'adonnaient à lagriculture. Prophète. Il vivait de la charité du l'ro-
<•* \boii -Horaïra avait renoncé au phète.
58 TITRE III.
témoin de choses qu'ils n'ont pas vues et ai-je retenu dans ma mé- moire des faits dont ils n'ont gardé aucun souvenir, n
2. Ahou-Horaïra a tenu le propos suivant : rcJe dis: rrO Envoyé ff de Dieu, j'entends de ta bouche de nombreux enseignements que ftj'oubhe par la suite. — Etends ton manteau n me répondit le rr Prophète. J'obéis. Il fit le geste de puiser avec les mains (et de dé- poser dans mon manteau) en ajoutant : rassemble (les pans de ton cf manteau) 17; je le fis et depuis je n'oubliai plus rien.^^
3. Ibn-Abou-Fodaïk rapporte ce hadits avec cette variante qu'il puisa avec sa main crdans luiii (le manteau).
6. Ahou-Horaïra a dit : cr J'ai recueilli de l'Envoyé de Dieu deux séries de hadits : l'une, je l'ai répandue (parmi les hommes); Ifuitre, je ne l'ai pas divulguée, sinon on m'aurait coupé la gorge (^).
CHAPITRE XLIII. — Du silence à garder en présence des savants.
1. D'après Djarir, au cours du pèlerinage d'adieu, le Prophète lui a dit : ff Demande aux gens de faire silence, n Ensuite le Pro- phète ajouta : ff Gardez-vous, après ma mort, d'agir en infidèles en attentant mutuellement à votre vie. v
CHAPITRE XLIV. — Il est recommandable que le savant à qui on adresse cette question : f^Qui est l'homme le plus instruit? 11 RAPPORTE toute science à Dieu le très-haut.
1 . Sdîd-hen-Djohaïr a dit : cf Je dis un jour à Ibn-'Abbâs : ff Naouf- ffEl-Bikâli assure que Mousa(-) n'est pas le Moïse desBenou-Israël, ffmais un autre Mousa. — Il en a menti, cet ennemi de Dieu! ff répondit Ibn- Abbâs. n
2. Ohayy-hen-Kdb rapporte que le Prophète a dit: ffLe Pro- phète Moïse prêchant aux Benou-Israël, quelqu'un lui demanda:
'"' Les commentateurs ne sont pas di-ait entendre des hadits contenant <les
d'accord sur la nature de cette seconde allusions blessantes pour certaines por-
série : suivant les uns il s'agirait de doc- sonnalités. trines ésotériques : suivant d'autres il fan- '^' Le compagnon de El-Kliadir.
DM LA S(^,IKN(:K. r,o
ff Qui est le plus instruit des hommes? — C'est moi, rc^poiidil-il.Ti Dieu reprocha alors à Moïse de ne point lui avoii' reporté toule science; puis il lui fit la révélation suivante : cr Certes un de mes adorateurs qui se trouve au conlluent des deux mers est plus instruit que toi. cr Seigneur, s'éciia Moïse, comment pourrai-je rencontrer ffce personnage? — Prends un poisson, répondit Dieu; mets-le rrdans un panier et emporte-le. Lorsque tu perdras ce poisson, c'est ff là que sera ce personnage -n. Moïse partit emmenant avec lui son ser- viteur Youcha'-ben-Noun. Ils emportèrent le poisson dans un panier, mais arrivés au rocher, ils y reposèrent leurs têtes et s'endormirent. Le poisson se glissa hors du panier et trouva une voie pour par- venir à la mer. Ce fait causa de la surprise à Moïse et à son ser- viteur. Puis tous deux continuèrent de marcher toute cette nuit et tout ce jour. Le lendemain matin Moïse dit à son serviteur : rr Donne cf le déjeuner, maintenant que ce voyage nous a causé de la fatigue -n. Or Moïse n'avait éprouvé aucune fatigue avant d'avoir dépassé l'endroit fixé par Dieu. Le serviteur dit alors : cr Imagine-toi que Cf lorsque nous nous sommes arrêtés sur le rocher j'ai oublié le Cf poisson. — Voilà justement ce que nous cherchions ti répondit Moïse.
ce Ils revinrent exactement sur leurs pas et, arrivés au rocher, ils aperçurent un homme drapé dans son manteau — ou qui se drapa dans son manteau. — Moïse ayant salué , El-Khadir lui dit : ce II y a Cf donc le salut dans ton pays? — Moïse, le Prophète des Benou- cf Israël? — Oui, reprit Moïse et il ajouta : ccPuis-je te suivre afin Cf que tu m'enseignes quelques-unes des vérités qu'on t'a enseignées ? ff — Jamais, ô Moïse , répliqua El-Khadir, tu ne sauras avoir assez ffde patience en ma compagnie. Je sais des vérités qui me viennent ffde Dieu, qu'il m'a enseignées et que toi tu ignores, de même que ff toi tu sais des vérités que Dieu t'a enseignées et que j'ignore, -n — ffSi Dieu veut, répartit Moïse , tu trouveras en moi quelqu'un de ff patient et je ne désobéirai à aucun de tes ordres, n
fflls continuèrent ensemble leur route en marehant le long du
60 TITRE
rivage de la mer, n'ayant pas de navire à leur disposition, lorsqu'un bateau passa près d'eux. Ils entrèrent en pourparlers avec les marins de ce navire pour qu'ils les prissent à leur bord. Ceux-ci reconnaissant El-Kliadir les '^^ embarquèrent sans leur de- mander de nolis^'-). Tout à coup un moineau vint se poser sur le bord du navire et piqua son bec à une ou deux reprises dans la mer. crO Moïse, dit alors El-Khadir, toute ta science et la mienne crn'ont pas plus amoindri la masse de la science de Dieu que la mer crn'a été diminuée par la goutte d'eau puisée par le bec de ce moi- fr neau. r Alors , de propos délibéré , El-Khadir prit une des planches crdu navire et l'arracha, tr Gomment, dit Moïse, voici des gens qui ff nous ont embarqués sans demander de nolis et , de propos délibéré , rtu lacères leur navire pour noyer son équipage!^ — Ne t'avais-je ce pas dit, s'écria El-Khadir, que tu manquerais de patience en ma cr compagnie? — Ne m'en veuille pas, répondit Moïse, de cette ff infraction, mais ne ne m'impose pas une tâche au-dessus de ma ff force (^^. -n Telle fut la première infraction de Moïse à sa promesse d'être patient.
ff Continuant leur route, les voyageurs rencontrèrent un jeune garçon qui jouait avec des enfants de son âge. El-Khadir lui sai- sissant la tète par le sommet l'arracha du corps. ffQuoi! exclama ff Moïse, tu tues un être innocent d'avoir attenté à la vie d'autrui. ff — Ne t'ai-je donc point dit, répliqua El-Khadir, que tu man- ffquerais de patience en ma compagnie ?n — Ibn 'Oayyina ajoute : ffEt ceci est plus grave que le premier acte de El-Khadir. -îi Pour- suivant leur chemin, les deux personnages arrivèrent auprès des liabitants d'un bourg et leur demandèrent à manger. On refusa de leur donner l'hospitalité. Ils trouvèrent là un mur qui menaçait ruine. D'un geste de la main El-Khadir le montra ^^^ à son compagnon
^'^ Le pronom est au duel, ce qui sem- Landbeig. Dialectes du Hadramaut , p. 92
Lierait indiquer que Voucha ne se serait et suiv.
pas embarque' avec eux; mais on trouve *'* Cette phrase manque dans Oastal-
une variante avec le pronom au pluriel. làni.
'"' Le mot arabe est jJ -nauh. Cf. f*' M. à m. : pfdit".
DK LA SCIENGK. 61
et releva le mur. crSi tu avais voulu, lui dit alors Moïse, tu aurais crreçu pour cela un salaire. — C'est ici, reprit El-Klia(lir, que nous allons nous séparer. ^
Le Prophète a dit: crDieu fasse miséricorde à Moïse ! Gomme nous aurions aimé qu'il eût eu assez de patience en sorte qu'il eût pu nous raconter d'autres de leurs aventures (^Iti
CHAPITRE XLV. — De celui qui debout pose une question à Ui\ savant assis. • 1. Ahou-Mousa a dit : crUn homme vint trouver le Prophète et lui dit : cr 0 Envoyé de Dieu , qu'est-ce que comhattre dans la voie trde Dieu? Chez nous chacun combat ou par l'effet de la colère ou frpour la défense des siens, t^ Le Prophète leva alors la tête vers cet liomme, — et, ajoute le narrateur, il ne leva la tête que parce que son interlocuteur était debout — et dit : a Celui-là combat dans la crvoie de Dieu qui combat afin que la parole de Dieu soit au- ff dessus de toutii.
CHAPITRE XLVI. — De la consultation kt de la réponse Qifi est faite AU moment du jet des pierres.
1. " Ahdallah-hen- Amr a dit : ce Au moment du jet des pierres j'ai vu le Prophète consulté par les fidèles. Un homme lui dit : ctO Envoyé de Dieu, j'ai immolé une victime avant de faire le jet. cr — Fais le jet maintenant, répondit le Prophète, il n'y a aucune cr faute à celaii. Un autre dit : rrO Envoyé de Dieu, je me suis rasé cela tète avant d'immoler ma victime. — Immole-la maintenant, ce répondit le Prophète; il n'y a aucune faute à cela. ti On ne lui posa aucune question au sujet de rites faits trop tôt ou tro]) tard sans qu'il répondît : crFais; il n'y a aucune faute à cela, n
CHAPITRE XLVII. — De ces mots du Coran : « Votis n'avez reçu de la science qu'une quantité infime m (sourate, xvii, verset 87).
"1. ' Abdallah-ben Mas'oiid a dit : Tandis que je me promenais
<"' On a tii'é argument du récit qui précède pour prouver qu'en certains cas il [est permis de faire des choses contraires en apparence à la loi ordinaire.
62 TITRE III.
dans le quartier de Kliarib^^^à Médine, en compagnie du Prophète qui s'appuyait sur un bâton de palmier, nous passâmes auprès d'un petit groupe de Juifs. Un de ces Juifs dit à son voisin : ce Interroge-le crau sujet de l'âme! — Non, dit un autre, ne l'interrogez pas! qu'il ff n'aille pas encore nous faire une réponse désagréable ! — Il faut a cependant le questionner reprit l'un d'eux, ii Alors un de ces juifs se leva et dit : rcO Abou-'l-Qâsim, qu'est-ce que l'âme? i^ Le Pro- phète se tut et je me dis qu'il allait avoir une révélation. Lorsque son malaise fut dissipé il s'écria : ce Ils t'interrogeront sur l'âme. crDis : l'âme est une des œuvres de Dieu! Mais ils n'ont reçu de la rrscience qu'une quantité infimes (sourate \vn, verset 87). El-A'mech a dit : rc Telle est la lecture que nous suivons '^In
CHAPITRE XLVIII. — De celui qui renonce à ce qui lui semble le meilleur
PAR SUITE DE LA CRAINTE Qu'iL A QUE CERTAINES GENS AIENT l'iNTEI LICENCE TROP COURTE (pOUR LE COMPRENDRE) ET Qu'iL NE TOMBE ALORS DANS UN INCON- VENIENT PLUS GRAVE (que CELUI DE RENONCER À SON PROJEt).
1. El-Aswad a dit : ce Ibn-Ez-Zobaïr me disait : cc'Aïcha a eu de ce nombreux entretiens secrets avec toi. Que t'a-t-elle rapporté au ce sujet de la Ka'ba? r) Je lui dis : 'Aïcha me dit un jour : Le Prophète ce m'a dit : () 'Aïcha, si ce n'était que ton peuple à une date encore ce récente — Ez-Zobaïr ajoute : était dans l'infidélité — je démolirais fcla Ka'ba et la percerais de deux portes : l'une par laquelle on ce entrerait, l'autre par laquelle on sortirait. ■)■) C'est ce que fit Ez- cfZobaïr (plus tard). -n
CHAPITRE XLIX. De celui qui adresse son enseignement à CERTAINS À
l'exclusion de CERTAINS AUTRES DE CRAINTE QUE CEUX-CI NE COMPRENNENT
POINT. — Ail a du : Enseignez aux hommes ce quils peuvent comprendre. Voudriez-vous donc que Dieu et son Envoyé fussent traités d^impusteurs. v
1. inas-ben-Mâlik a enseigné ce qui suit : ce Sur un môme bât
'"' Ou ffKhirab'i : on trouve ailleurs la on lisait : rvous n'avez recun, leçon fjui variante : Harts. n'est pas acceptée [)ar El-A'niacli pour ce
'"' Au lieu de ces mots : rr ils n'ont reçu» passage du Coran.
l)K LA SCIKNCK. 63
Mo'a(j-l)cii-Djabal était assis en croupe derrière le Prophète. Celui-ci dit : tfO Mo'ad-ben-Djabal. — A tes ordres, ô Envoyé de Dieu, et sois très heureux"", répondit Mo'Ad. A trois reprises successives, le Prophète reproduisit son appel et reçut la même réponse. Ensuite le Prophète dit: a Toute personne qui dun cœur sincère lémoi[jnera cr qu'il n'y a d'autre divinité que Dieu et que Mohammed est l'Envoyé rr de Dieu ne manquera pas d'être préservée par Dieu du feu de ff l'enfer. — 0 Envoyé de Dieu, reprit alors Mo'âd, ne dois-je pas ff informer de cela les fidèles afin qu'ds se réjouissent? — Alors, cr répliqua le Prophète, ils s'appuieraient là-dessus (pour supprimer cr toute pratique religieuse). ■« Mo'âd rapporta cette tradition au moment de sa mort, évitant ainsi de commettre un péché (''.
2. Anas a dit : crOn m'a rapporté que le Prophète dit à Mo'âd : ff Quiconque renconnaîtra Dieu, sans lui avoir associé aucun être, ff entrera dans le Paradis. — Ne faut-il pas informer les fidèles cfde cette bonne nouvelle? demanda Mo'ad. — Non, répliqua le Prophète, je craindrais qu'ils ne s'appuyassent là-dessus. n
CHAPITRE L. — De la honte qu'on éprouve à s'instruire. — Modjâliid a dit : K On n'acquiert jjas la science quand on a honte ou qu'on est orgueilleux. » — 'Aïcha a dit : Oh! quelles admirables femmes que les femmes des Ansâr, la honte ne les a jamais empêchées de s'instruire dans la religion.
" 1 . Omm-Salma a dit : rr Omm-Solaïm vint trouver l'Envoyé de Dieu et lui dit : rr 0 Envoyé de Dieu, Dieu n'a pas honte de la vérité. tr Eh bien ! la femme doit-elle se laver quand elle a eu un songe éro- ff tique? — Oui, répondit le Prophète, à condition qu'elle s'aper- ff çoive ensuite deféjaculation. ii A ces mots Omm-Salma se couvrit, c'est-à-dire le visage, et dit : rr 0 Envoyé de Dieu, la femme éjacule ffdonc. — Oui, répliqua le Prophète, sinon malheureuse, grâce à ffquoi son enfant lui ressemblerait-il. ii
'2. D'après 'iM«/k/i-6e/i-' Om«r l'Envoyé de Dieu a dit : rrll va
''^ 11 était (lu devoir de tout lidèie ilc ne poiut céler aucuu des euseigaements qu'il avait reçus.
64 TITRE ni.
parmi les arbres un arbre qui ne perd jamais ses feuilles et cet arbre est l'image du musulman. Enseignez-moi quel est cet arbre. Les fidèles pensèrent à divers arbres de la campagne. Mon im- pression personnelle fut qu'il s'agissait du palmier, mais j'étais honteux (de le dire), ce 0 Envoyé de Dieu, demandèrent les fidèles, indique-nous cet arbre. — C'est le palmier, répliqua l'En- voyé de Dieu. 'Abdallah ajoute : cr Gomme je racontais à mon père quelle avait été mon impression, il me répondit : crSi tu favais rr dit, cela m'aurait fait plus de plaisir que d'avoir n'importe quelle ce chose, n
CHAPITRE LI. De celui QDT, ayant honte d'adresser LUI-MEME UNE
QUESTION, LA FAIT POSER PAR UN AUTRE.
1. \iU a dit : fc J'étais affligé de suintements erotiques. Je priai El-Miqdâd d'interroger le Prophète à ce sujet. A la question qui lui fut ainsi posée le Prophète répondit : ce II y a lieu alors à ablu- cctions. -n
CHAPITRE LU. De l'enseignement BE la science et de LA RÉPONSE À UNE
CONSULTATION PENDANT Qu'oN EST DANS LA MOSQUE'e.
1. D'après ^Abdallah-ben-Omar : ce Un homme se leva dans la mosquée et dit: ce 0 Envoyé de Dieu, à partir de quel endroit nous ce ordonnes-tu de nous mettre en état d'ihrâm ^^^ ? — Les gens de ecMédine, répondit l'Envoyé de Dieu le feront à partir de Dzou-Ho- celaïfa; ceux de Syrie, à partir de El-Djohfa; les gens du Nedjd se ce mettront en état d'ihrâm à Qarn. ii ('Abdallah)-ben'Omar ajoute. On prétend que FEnvoyé de Dieu dit encore : ce Les gens du Yémeii « se mettront en état d'ihrâm à partir de Yelemlem (-1 n Quant à moi je ne sache pas que TEnvoyé de Dieu ait prononcé ces derniers mots, ri
''* Le texte emploie le mot Juâl qui l'équivalent de l'expression se mettre en
sifrnilie prononcer l'invocation dite Si^ état d'ihrâm.
par laquelle on annonce à haute voix '"^ Montagne du Tihâma à deux jour-
(ju'on commence le [)èlerinage. C'est donc nées de marche de la Mecque.
DE LA SCIENCl!!. C5
CHAPITRE LUI. — De cklui qui «kpond à plus dk choses qu'on ne lui en
DEMANDE.
1. D'après Ihn-Omar: trUn homme interrogea le Prophète pour savoir ce que le fidèle en état d'ihràm devait vêtir, cr 11 ne doit porter, cf répondit le Prophète, ni chemise, ni turban, ni pantalon, ni bur- frnous, ni vêtement touché par le ouavs^^^ ou le safran. S'il ne peut erse procurer de sandales, qu'il chausse des bottines, mais qu'il les fT coupe de façon à ce qu'elles s'airêtent au-dessous des chevilles. ti
''' Plante tinctoriale qui donne une couleur jaune.
EL-UOKIIAllI. 1.
lUI'MllEftlC KlTIOmtC.
AU KOM DU DIEU, LE CLEMEINT, LE MISERICORDIEUX.
TITRE IV.
DES ABLUTIONS.
CHAPITRE PREMIER. — De ce qui est rapporté au sujet de ces mots du Coran : n^Ovous qui croyez, quand vous allez accomplir la prière, lavez-vous le visage ainsi que les mains jusqu'aux coudes ; frottez-vous la tête et les pieds jusqu'aux chevilles y^ (sourate v, verset 8). El-Bokhâri ajoute : ^Le Prophète a expliqué que la prescription des ablutions était d'une fois pour chaque partie du corps. Cependant il y procéda lui-même deux ou trois fois pour chaque partie du corps sans dépasser le ehijfre de trois. Les gens de science ré- prouvent l'exagération et aussi qu'on fasse plus que ne faisait le Prophète lui-même, v
CHAPITRE II. — La prière sans purification n'est pas agre'e'e (de Dieu).
1. Abou-Hovaïra rapporte que le Prophète a dit : crLa prière de celui qui est victime d'une impureté accidentelle n'est agréée que s'il fait ses ablutions, -n Un homme de Hadramaut ayant demandé de quelle impureté il s'agissait, Abou-Horaïra répondit: rUne vesse ou un pet. n
CHAPITRE m. — Du mérite des ablutions et de ceux qui, à la suite de
LEURS ablutions , AURONT DES MARQUES BRILLANTES AU FRONT ET AUX MAINS.
* 1. No^aïm-ben-El-Modjmir a dit : a Gomme j'étais monté sur la terrasse de la Mosquée (^) en compagnie de Abou-Horaïra, celui-ci fit ses ablutions et dit : a J'ai entendu le Prophète prononcer ces !T paroles : cr Lorsque les gens de mon peuple seront appelés au jour a de la Résurrection, ils auront au front et aux mains des marques cr brillantes , traces de leurs ablutions. Que celui d'entre vous qui rr pourra agrandir ses marques brillantes, le fasse. ti
<') De Mëdine.
DES ABLUTlOiNS. 67
CHAPITRE IV. — Vks d'ablutions en cas de doute : pour les faire, attendre
qu'on ait la CKIITITUDE (qu'eLLES SONT NECESSAIRES).
1. L'oncle paternel de Temîm rapporte qu'un jour, devant l'En- voyé de Dieu, on plaignit l'homme qui s'imaginait avoir commis quelque incongruité pendant la prière. crCet homme, répondit le Prophète, ne doit pas interrompre sa prière — ou, suivant d'autres, ne point la cesser — ta ut qu'il n'a entendu aucun bruit ni senti aucune odeur. ti
CHAPITRE V. Du fait d'alléger les AliLLTlONS.
1. Ibn-Abbds rapporte que le Prophète dormit au point de rou- fler, puis qu'il fit la prière. — Peut-être a-l-il dit : cr il se coucha jusqu'à ce qu'il ronflât, puis se leva et pria, n
Ibn-'Abbâs a dit : cr Gomme je couchais une nuit chez ma tante maternelle Maïmouna, le Prophète se leva pendant la nuit; arrivé à un certain moment de la nuit, l'Envoyé de Dieu se leva, fit des ablutions légères avec l'eau d'une outre suspendue là; — (selon 'Amr-ben-Abou-Dinàr), cette ablution était légère et non répétée. — Cela fait, il pria. Je fis alors moi-même mes ablutions de la façon dont il les avait faites et vins me placer à sa gauche — à sa droite, a peut-être dit Sofyân. — Le Prophète me fit changer de côté et me plaça à sa droite , puis il pria ce (|ue Dieu voulut qu'il priât. Après cela il se coucha et dormit au point de routier. Plus tard le muezzin arriva et fit l'appel à la prière. Le Prophète se rendit avec lui à la prière et l'accomplit sans faire d'ablu- tions.
Sofyân ayant dit à 'Amr : rr Certaines personnes assurent que seuls les yeux de l'Envoyé de Dieu dormaient, mais que son cœur ne dormait jamais. t7 'Amr répondit : rrj'ai entendu 'Obaïd-ben- 'Omaïr dire que les songes des Prophètes constituaient une révé- lation ;t puis il récita ces mots : fc Certes, je vois en songe que je t'égorgerain (sourate xxxvn, verset loi).
68 TITRE IV.
CHAPITRE VI. — De l'intégralité des ablutions. — Ibn-Omar a dit : k L'in- tégralité des ablutions consiste à se nettoyer complètement, v
1. Osâma-ben-Zeid dit: rr L'Envoyé de Dieu s'éloigna d"Arafa et, arrivé au défilé (sur la route habituelle des pèlerins), il descendit de sa monture, urina, fit des ablutions, mais non intégrales. rcTu ffvas faire la prière, ô Envoyé de Dieu, lui dis-je. — La prière, cr répondit-il, se fera (là-bas) devant toi. n II se remit alors en selle, puis, arrivé à Mozdalifa, il redescendit de sa monture et fit ses ablu- tions, intégrales cette fois. On procéda à la prière qui était celle du coucher du soleil; le Prophète la fit et après cela chacun fit age- nouiller son chameau à la place oij il était, puis on procéda à la prière du soir. Le Prophète la fit, sans avoir fait d'autre prière dans l'intervalle de ces deux prières.
CHAPITRE VII. — Du lavagk de la figure avec les deux mai.ns au moyen de l'eau puisée dans une seule main.
1 . Ibn-Abbâs, au rapport de 'Atâ-ben-Yasàr, fit ses ablutions de la manière suivante : H se lava d'abord le visage : pour cela il puisa de l'eau dans une seule main, se rinça la bouche, puis le nez en reniflant de l'eau. 11 puisa de nouveau avec une seule main et réunissant cette main à l'autre de cette façon, il se lava le visage. 11 reprit de l'eau d'une seule main, s'en lava la main droite, fit de même ensuite pour la main gauche. Après cela il se frotta la tête, reprit encore de l'eau dans une seule main^ et s'en aspergea le pied droit jusqu'à ce qu'il l'eût lavé. Il procéda de la même manière pour le pied, c'est-à-dire le pied gauche. Gela fait, il dit : cr C'est ainsi que j'ai vu l'Envoyé de Dieu pratiquer ses ablu- tions. r>
CHAPITRE VllI. — La formule : Au nom de Dieu, etc. . doit être prononcée
EN toute circonstance, MEME AU MOMENT DE LA COPULATION.
1. D'après Ibn-Abbds, le Prophète a dit : rr Si chacun de vous, lorsqu'il a commerce avec sa femme, disait : vtAu nom de Dieu.
«
DES ABLUTIONS. 09
frO mon Dieu, «;Ioigiie de nous le diîihlo, el rloigne-lc do ce donl rrnoiis serons gratifiés n, et qu'un enfant vînt à naître de cette copulation, le diable ne pourrait nuire à cet enfant. t^
CHAPITRE IX. Gk Ql'K DOIT DIUK LK FinfeLK AU MOMKM d'kM'HKI! DVNS LKS
LIEUX d'aisance.
' 1 . Anas a dit : ff Voici la parole que prononçait le Prophète quand il entrait dans les cabinets d'aisance : crO mon Dieu, je me réfugie cr auprès de toi, contre les démons mâles et les démons femelles. r>
Isndd différents avec légères variantes du texte : -^ Quand il entrait», rrquand il allait» ou "quand ii voulait entrer».
CHAPITRE X. Du fait DF. PLACEH DK l'kAU dans LKS CABINETS d'aISANCE.
1 . Ibn-Abbds rapporte que le Prophète entra un jour aux cabi- nets d'aisance. Gomme je lui avais disposé de l'eau pour les ablu- tions, il demanda qui avait mis cette eau là. Quand on lui dit que c'était moi, il s'écria : ccO mon Dieu, instruis-le dans la religion, ti
CHAPITRE XI. — Quand on urine ou qu'on satisfait un autke besoin na- turel, IL NE faut pas se TOURNE!'. DU COTE DE LA QiBLA. CEPENDANT IL FAUT EXCEPTER LE CAS OU l'oN EST DEVANT UN MUR OU QUELQUE CHOSE d'aNALOGUE.
1. Abou-Ayyoub-El-Ansâri a rapporté que l'Envoyé de Dieu a dit : rr Quand l'un de vous satisfait un besoin naturel, qu'il ne fasse pas face à la Qibla et qu'il ne lui tourne pas non plus le dos; toui'nez-vous alors soit vers l'Est, soit vers l'Ouest (^^. ii
CHAPITRE Xll. De celui on ACCOMPLIT UN BESOIN NATUREL (aSSIs) SUR
DEUX BRIQUES.
1 . D'après Wâsi-ben-Habbâîi, Ibn-Omar lui dit : (r II y a des gens qui prétendent qu'il ne faut pas s'accroupir pour un besoin naturel avec le visage tourné du côté de la Qibla ou du côté de Jérusalem.
•'' Ces deux points cardinaux sont indiqués pour Médine; il suffit ailleurs de ne se tourner ni du côté de la Mecque, ni du côté de Jérusalem.
70 , TTTRE TV.
Or moi, un jour que j'étais monté sur la terrasse d'une maison à nous, je vis l'Envoyé de Dieu satisfaire un besoin naturel (ac- croupi) sur deux briques et le visage tourné du côté de Jérusalem 71. — Ibn- Omar ajouta : cr Tu es peut-être toi un de ceux qui prient (accroupis) sur leurs cuisses? — Par Dieu, lui répondis-je, je ne sais ce que tu veux dire-n.
Mâlik a dit : Par ces mots ce accroupis sur les cuisses n il faut en- tendre celui qui prie sans se soulever de terre et se prosterne en restant attaché au sol.
CHAPITRE XIII. De la sortie des femmes pour satisfaire un BKSOIN NA- TUREL.
1. Selon \iîcha, les femmes du Prophète sortaient la nuit lors- qu'elles avaient à satisfaire un besoin naturel et se rendaient à El-Menâsi\ un vaste tertre. Bien que 'Omar eût dit au Prophète d'empêcher ses femmes de sortir, l'Envoyé de Dieu n'en avait rien fait. Une des femmes du Prophète, Sauda-bent-Zama'a , qui était d'une taille élevée, étant sortie un certain soir à la tombée de la nuit, 'Omar l'interpella en ces termes: a Hé! Sauda, je te recon- nais, ri 'Omar agit ainsi parce qu'il désirait voir édicter l'interdiction de sortir, et, de fait. Dieu révéla cette interdiction.
2. D'après "Aïcha, le Prophète a dit : ce Femmes, il vous est per- mis de sortir pour vos besoins. r — rrl^ar ces derniers mots, dit Hicliâm, il faut entendre les besoins naturels i^.
CHAPITRE XIV, De l'accomplissement des besoins NATURELS DANS LES MAI- SONS.
1. " Ahdallah-hen- Omar a dit : rr .T'étais monté sur la terrasse de la maison de Hafsa pour une affaire personnelle, lorsque je vis l'Envoyé de Dieu qui accomplissait ses besoins naturels; il tour- nait le dos à la Qibla et faisait face à la Syrie.
2. \ibdallah-hen-Omara dit : crUn certain jour, tandis que j'étais sur la terrasse de notre maison, je vis l'Envoyé de Dieu assis sur deux briques et faisant face à Jérusalem. :i
DES ABLUTIONS. 71
CHAPITRE XV. — De l'emploi de l'eau pour se nettoyer (après r\ besoin naturel).
1. Anas-hen-Mdllk a dit : a Chaque fois que le Prophète sortait pour aller satisfaire un besoin naturel, je l'accompagnais ainsi qu'un serviteur et nous emportions un vase plein d'eau.-' — ffAnas, dit Hichâm, voulait faire entendre que cette eau servait au Prophète à se nettoyer, -n
CHAPITRE XVI. — De celui avec qui on emporte de l'eau pour qu'il se nettoie.- Ahou-d-Derdâ a dit : ^N'y a-t-d pas parmi vous celui qui por- tait les deux sandales, l'eau pour les ablutions et le coussin i^du Proplièle)1 v
* 1. Anas a dit : rr Quand le Prophète sortait pour aller satisfaire un besoin naturel, je le suivais ainsi quuii de nos serviteurs et nous emportions un vase rempli d'eau, v
CHAPITRE XVII. — Du fait d'emporter la pique '^' et de l'eau pour les soins de propreté (après un besoin naturel).
1. Anas-ben-Mâlik a dit : cr Quand l'Envoyé de Dieu allait à la
garde-robe, un serviteur et moi nous emportions un vase rempli
d'eau et une pique. L'eau était destinée aux soins de propreté, v
Isnàd différents. Cho'ba explique le mot fr'anazan (pique) par : tr bâton avec pointe de fer. 7)
CHAPITRE XVIII. — De la défense de se torcher avec la main droite. 1. Abou-Qatâda a rapporté ces paroles de l'Envoyé de Dieu: •tr Quand l'un de vous boit, qu'il ne respire pas en buvant dans le vase; quand il va à la garde-robe, qu'il ne touche pas sa verge avec la main droite et qu'il ne s'essuie pas de la main droite, n
CHAPITRE XIX. — On ne doit pas tenir sa verge de la main droite quand on urine.
' 1 . D'après Ahou-Qatâda, le Prophète a dit : cr Quand l'un de vous urine, qu'il ne tienne pas sa verge de la main droite. Il ne faut
''' Cette pique ëtait deslinëe à être fichée en terre et c'est en se tournant dans sa direction qu'on faisait la prière, quand on était en rase campiigne.
1-2 TITRE IV.
pas sVssuver avec ia main droite, ni respirer en buvant dans un vase, r
CHAPITRE X.\. — Du fait de se torcher avec des pierres.
' 1. Abou-Horaïra a dit : rLe Prophète étant sorti pour satisfaire lin besoin naturel, je le suivis. Il marchait sans tourner la tète, .le m'approchai de lui et il me dit : r Cherche-moi des pierres pour rme torcher. — ou quelque chose d'approchant, — mais ne m'ap- (rporte ni os, ni crottin.- .Te lui apportai donc des pierres dans un pan de mon manteau et les déposai à son côté. Je m'écartai ensuite. Lorsqu'il eut achevé de satisfaire ses besoins naturels, il fit usage de ces pierres. '^
CHAPITRE XXI. — 0.\ ne doit pas se torcher avec dl crottin.
' Wbdnllah-ben-Mas'oud a dit : rLe Prophète étant allé à la garde- robe me donna l'ordre de lui apporter trois pierres. Je trouvai bien deux pierres, mais impossible d'en trouver une troisième. Alors je pris une boule de crottin et je l'apportai avec les pierres. Le Prophète prit les deux pierres et jeta le crottin en disant : frÇà, (T c'est une ordure.-
Ismd diffëreats.
CHAPITRE XXII. — De l'ablution une seule fois (pour chaque membre). l. Ibn-Abbàs a dit: tr Le Prophète fit l'ablution une seule fois (pour chaque partie du corps). ^
(iHAPITRE XXIII. — De l'ablution pratiquée deux fois (pour chaque partie
DC corps).
1 . D après WbdaUah-ben-Zeïd , le Prophète faisait l'ablution deux fois (pour chaque partie du corps).
(iHAPITRE XXIV. — De lablution pratiquée trois fois (pour chaque
PARTIE du corps).
1. Homrdn, l'affranchi d'^Otsmân. rapporte avoir vu 'Otsmân- ben-'Affàn agir ainsi : Il demanda un vase (plein d'eau), en versa à
DKS ABLUTIONS. 7:^
trois reprises sur ses mains et les lava. Puis, ayant introduit sa main droite dans le vase, il (y prit de l'eau) s'en rinça la bouche et en renifla. Après cela il se lava le visage trois fois ainsi que les deux mains jusqu'aux coudes. Ensuite il se frotta la tète, se lava les pieds jusqu'aux chevilles également à trois reprises et ajouta ces n)ots: «T L'Envoyé de Dieu a dit que quiconque ferait ses ablutions ainsi que je viens de les faire et prierait deux reka*^ sans que son esprit fût distrait à ce moment, obtiendrait le pardon de ses fautes passées, n
D'après un autre isnâd, selon 'Orwa qui a rapporté cette tradi- tion de Homrân : après s'être ablué, Otsmàn-ben-'Alfàn dit : rJe vais vous raconter un hadits que je ne vous aurais pas dit si ce n'était à cause d'un verset du Coran. J'ai entendu le Prophète dire : ff A tout homme qui fait ses ablutions et les fait bien , puis qui fait rla prière, il sera pardonné toutes les fautes commises entre ce rr moment et la fin de la prière suivante, n
'Orwa ajoute que le verset (dont il a été parlé ci-dessus) était : cr Certes ceux qui cachent ce que nous avons cr révélé ^ (sou- rate H, verset i54).
(iHAPITRE XXV. — On doit rejeter l'eau aspirée par les narines pour l'ablution. — '^Otsmân, " Ahdallah-hen-Zeïd el Ibn-Ahhûs ont mentionné le fait au sujet du Prophète.
* 1 . Selon Abou-Horaïra le Prophète a dit : rr Que celui qui fait ses ablutions rejette l'eau qu'il a aspirée par les narines et que celui qui se torche avec des cailloux en emploie un nombre impair, t^
CHAPITRE XXVI. — On doit pour se torcher employer des pierres en
NOMBRE IMPAIR.
'-1. Abou-Horaïra rapporte que le Prophète a dil : r Quand l'un de vous fait ses ablutions, qu'il aspire de l'eau par le nez et qu'il la rejette ensuite. Que celui qui se torche avec des pierres en em- ploie un nombre impair. Quand l'un de vous s'éveille de son som-
7/« TITRI^ IV.
meil, qu'il se lave la main avant de l'introduire dans l'eau destinée à ses ablutions, car celui qui dort ne sait pas où sa main s'est posée pendant la nuit.
CHAPITRE XXVII. — Il faut se lavkr les deux pieds ( mais non se les
FROTTER simplement).
1. ^ Ahdallah-hen- Amr a dit: rcAu cours d'un voyage le Pro- phète étant resté en arrière nous rejoignit ensuite au moment où l'heure de la prière de l'après-midi nous pressait. Nous nous mîmes à faire nos ablutions et à frotter (simplement) nos pieds. Alors le Prophète, de sa voix la plus forte, s'écria à deux ou trois reprises : cr Malheur aux talons! qu'ils redoutent le feu de l'enfer! y)
CHAPITRE XXVIH. — Du rinçage de la bouche dans l'ablution. — Le fait a été rapporté du Prophète par Ibn-Abbâs et ^Abdallah-beu-Ze'id.
1. On tient de Homrân, affranchi de 'Otsmân-ben-'Affân qu'il vit 'Otsman demander (de l'eau) pour faire ses ablutions. 'Otsmân versa de l'eau du vase sur ses deux mains et les lava à trois reprises différentes. De sa main droite il puisa de l'eau , s'en rinça la bouche, on renifla et rejeta ce qu'il avait reniflé. Il se lava le visage trois fois et un nombre égal de fois les deux mains jusqu'aux coudes. Il se frotta la tête et lava chacun de ses pieds trois fois. Puis il dit : rr J'ai vu le Prophète pratiquer ses ablutions de la manière que je viens de faire; je l'ai entendu dire : rr Celui qui pratiquera les ablutions rr comme je viens de le faire, qui priera deux reka*" sans être dis- rr trait par quelque chose obtiendra de Dieu le pardon de ses fautes ff passées. •»
CHAPITRE XXIX. — Du lavage des talons. - Ibn-Sirm, quand il faisait ses ablutions, lavait Tendrait que recouvrait sa battue.
1 . Mohammed-ben-Ziyâd a dit : rr Un jour que les fidèles faisaient leurs ablutions avec leurs vases, Abou-Horaïra passa près de nous
DES ABLUTIONS. 75
e\ je l'ontendis prononcer ces mots : a Faites l'ablution intéfjrale, crcar Abou'-l-Qàsini (Mahomet) a dit : rr Malheur aux talons, qu'ils cr redoutent le feu de l'Enfer!^
CHAPITRE XXX. — Quand on est chaussk de sandales on doit se laver les
PIEDS ET NON SIMPLEMENT FROTTER (dE LA MATN HUMIDe) SES SANDALES.
A
1. "Ohaïd-hen-Djoraïdj dit un jour à 'Abdallah-ben-'Omar : crO Abou-'Abderrahman, je t'ai vu faire quatre choses que je n'ai ja- mais vu faire à aucun de tes compagnons. — Et quelles sont ces choses, ô Ibn-Djoraïdj , demanda 'Abdallah? — Eh! bien, reprit Ibn-Djoraïdj, je vois que tu ne touches que deux coins (de la Ka'ba), les yéménites (^^; tu ne chausses que des sandales dites sibtiya^^^; tu teins tes vêtements en jaune et, enfin, à la Mecque, tandis que les pèlerins se mettent en ihrâm aussitôt qu'ils aper- çoivent la nouvelle lune, toi, pour le faire, tu attends le jour de l'Abreuvement (^). — Pour ce qui est des coins, répondit 'Abdal- lah, l'Envoyé de Dieu, je l'ai vu, ne touchait que les deux yémé- nites. Pour ce qui est des sandales dites sibtiya, j'ai vu l'Envoyé de Dieu mettre des chaussures dont le cuir n'avait aucun poil et faire ses ablutions en les gardant; aussi aimé-je à porter de pareilles chaussures. Quant à la couleur jaune, j'ai vu l'Envoyé de Dieu faire teindre en cette couleur; j'aime donc à faire teindre ainsi. En- fin, au sujet de la prise de l'ilirâm, j'ai constaté que l'Envoyé de Dieu ne le prenait point avant qu'on n'eût mis en marche sa mon- ture, t»
CHAPITRE XXXI. De la priorité à donner aux membres du COTÉ DROIT
DANS l'ablution ET LA LOTION ( FUNERAIRE ).
1. D'après 0mm- Atiyya, le Prophète dit aux femmes qui la-
^'' C'est-à-dire les deux angles qui se une plante appelée sobt 01..JI,: c'étaient
trouvent du côlé du Yemon. les chaussures des gens aisés.
**' Nom que Ion donnait aux chaus- '*' Le 8 du mois de dzou'l-hiddja ,
sures dont le cuir avait été (anné avec au lieu du 1" de ce mois.
76 TITRE IV.
vaient. ^') le corps de sa fille : fc Commencez par la partie droite du corps et par les mêmes endroits que pour les ablutions, n 2. D'après \iicha, le Prophète préférait commencer par le côté droit, qu'il s'agît de mettre ses chaussures, de se peigner, de faire ses ablutions et même d'un acte quelconque.
CHAPITRE WXII. — Dk la rfxhkrchk dk l'eau ldstr\le quand lk moment DE LA PRIÈRE EST VENU. —"Aiclui tt (lit: ^Llieure de la prière l^du mnUn^ étant venue, on chercha vainement de l'eau, on n'en trouva pas; c'est alors que fut révélée la lustration pulvérale. -n
1 . Anas-ben-Mâlik a dit avoir vu le fait suivant : rr Un jour, l'heure delà prière de l'après-midi étant venue, les fidèles cherchèrent vai- nement de l'eau lustrale sans en trouver. On apporta à l'Envoyé de Dieu, qui était là. de l'eau lustrale. Après avoir plongé la main dans le vase, il ordoima aux fidèles de se servir de cette même eau pour les ablutions. Alors, je vis l'eau sourdre de dessous les doigts du Prophète en sorte que du premier au dernier chacun put faire ses ablutions.
CHAPITRE XXXIII. — L)e l'emploi (pour lks arlutions) de l'eau qui a SERVI À LAVER LES CHEVEUX d'un HOMME. — '^Atâ ne voyail aucun mal à em- ploijer les cheveux {^humains^ pour en fai7*e des ficelles ou des cordes. — De l'eau dans laquelle les chiens ont bu et du passage de ces animaux dans la mosquée. — Ez-Zohri a dit : rr Lorsqu'un chien a lappé dans un vase et qu'on n'a pas d'autre eau lustrale que celle-là on peut s'en servir pour les ablu- tions. V Sofijân a dit : k Telle est la vraie doctrine, car Dieu a dit : . . .^et que vous n'ayez pas trouvé d'eau, k faites alors la lustration pulvérale yj (sou- rate V, verset ^ j. Cette eau, sur la pureté de laquelle on a des doutes, peut servir aux ablutions à la condition de faire ensuite la lustration pulrérale. v
1 . Ibn-Sîrîn rapporte qu'il dit à 'Obaïda : rr Nous avons des che- veux du Prophète; ils nous sont parvenus par Anas ou par la famille d'Anas. — Posséder un seul cheveu de lui, s'écria 'Obaïda, me ferait plus de plaisir que d'avoir le monde entier et tout ce qu'il contient. ^
'"' Il s'ajnt (lo la lotion fiinf^raire de Zaïnab.
DES ABLUTIONS. 77
2. D'apK's inas, lorsque l'Envoyé de Dieu se fut fait raser la tête (au pèlerinage d'adieu), Abou-Talha fut le premier à ramasser de ses cheveux.
(]HAPITRK \XXIII*'«^". — Quand dn chien a bu dans le vase de i.'u.n de vous, qu'il lave ce vase sept fois.
1. D'après Ahou-Hovaïra , l'Envoyé de Dieu a dit: crLorscpTun chien a bu dans le vase de l'un d'entre vous, que celui-ci lave ce vase sept fois, n
2. Selon Abou-Horatra on tient du Prophète qu'un homme vit un chien tellement altéré qu'il mangeait de la terre humide. Pre- nant alors sa bottine, cet homme s'en servit pour puiser de l'eau qu'il offrit au chien et répéta ce manège jusqu'à ce que l'animal se fût désaltéré. Dieu sut gré à cet homme et le fit entrer au Paradis.
3. "Abdallali-ben-Omard dit : «Au temps de l'Envoyé de Dieu, les chiens allaient et venaient par toute la mosquée et pourtant on n'aspergeait rien de tout cela^'-^.-n
à. "Adi-ben-ffâtim a dit : ce Gomme j'avais interrogé le Prophète, il me répondit : rr Lorsque tu lances ton chien bien dressé sur une «pièce de gibier et qu'il la tue, tu peux la manger. Mais s'il en a rr mangé, abstiens-toi, car il ne l'a prise que pour son propre «compte. — Mais, répliquai-je, si je lance mon chien et que j'en «trouve (ensuite) un autre avec lui? — Alors ne mange pas de ce «gibier, parce que, quand tu as dit : «Au nom de Dieu, tu l'as «fait pour ton chien et non pour un autre chien. ii
CHAPITRE XXXIV^ — De cklui qui ne voit (la nécessité de) l'ablution qub
POUR LKS DEUX EVUTOIRES, CKLUI DE DEVANT ET CELUI DE DERRIERE, 86 réfpraill
à ces paroles de Dieu : «ow bien que l'un de vous vietulra de la garde-robe y^ sourate iv, (verset /i6 ou sourate v, verset ()). ^Atâ a dit que celui qui évn-
^'' Les quatre traditions indiquées <^' Qastalani donne deux leçons de
sous ce chapitre sont insérées dans cette fin du hadits : la première, incor-
lédition de Krehi sous la ruhrique du lecle, yjJL^.i^, n'est pas indiquée par
chapitre précédent. krehl.
78 TITUE IV.
cuait des vers par Vanus ou quelque animal pareil à un pou par la verge, de- vait réitérer ses ablutions. — Djâbir-ben- Abdallah a dit : « Quiconque rit pendant h prière doit la recommencer sans cependant réitérer les ablutions, w — El-Hasan a dit : ^Si Von s'arrache des cheveux ou quelque chose de ses onp'les, ou encore si l'on retire ses bottines, il n'y a pas à faire de nouvelles ablutions. V - Abou-Horàira a dit: ^Aucune ablution nouvelle si ce n'est à raison d'une impureté accidentelle. •>•> — On rapporte, d'après Djâbir, le fait suivant : A la bataille de Dzât-er-Riqa, un homme atteint d'une flèche per- dait du sang en abondance; il fit les rehd et les prosternations, continuant ainsi sa prière. — El-Hasan a dit : « Les Musulmans n'ont jamais cessé de prier malgré leurs blessures. » — Tâous , Mohammed-ben-'^Ah , ''Atâ et les gens du Hedjaz ont dit : Le sang {^qui coule d'une plaie) n impose pas une ablation (nouvelle). » — Ibn-Omar ayant pressé un bouton i^quil avait au visage) du sang en sortit; cependant il ne fit pas d'ablution (^nouvelle). — Ibn-Abou-Aouja ayant craché du sang, continua sa prière. — Ibn-Omar et El-Hasan disent que celui à qui on applique des ventouses est tenu de laver seulement la plaie de ces ventouses.
1. Selon Ahou-Horaïra , le Prophète a dit : ce Le fidèle ne cesse pas d'être en état de prier tant qu'il reste à la mosquée attendant le moment de la prière, à moins qu'il n'éprouve quelque impureté accidentelle, -n Un étranger ayant demandé ce qu'il fallait entendre par ce impureté accidentelles, Abou-Horaïra lui répondit : ce Un bruit, c'est-à-dire un pet. t^
2. D'après X oncle paternel de \ihhâd-hen-Temim le Prophète a dit: ce Qu'on n'interrompe pas la prière tant qu'on n'a pas entendu un bruit (de pet) ou senti une odeur (de vesse). r
3. D'après Mohmnmed-hen-El-Hanafiya , 'Ali a dit : ce J'étais sujet à des suintements erotiques et j'avais honte de questionner à cet égard l'Envoyé de Dieu. Je chargeai donc El-Miqdâd-ben-El-Aswad de poser la question. Il le fit et le Prophète lui répondit : ce En pareil cr cas l'ablution est nécessaire, ii
hnâd (lifTërents.
4. Zeïd-hen-Kkâlid rapporte qu'il adressa à 'Olsmân-ben-AfFàn la question suivante : ccOue penses-tu du cas oii l'homme, qui a eu
DES ABLUTlOiNS. 79
commerce avec une femme, n'a pas éjaculé? — Il doil, répondit 'Otsmàn, faire l'ablution telle qu'il la pratique pour la prière et il doit laver sa verge, cr Voilà ce que j'ai entendu dire au Prophète, v Zeïd ajoute :