This is a reproduction of a library book that was digitized by Google as part of an ongoing effort to preserve the information in books and make it universally accessible. Google" books http://books.google.com Google A propos de ce livre Ceci est une copie numérique d’un ouvrage conservé depuis des générations dans les rayonnages d’une bibliothèque avant d’être numérisé avec précaution par Google dans le cadre d’un projet visant à permettre aux internautes de découvrir l’ensemble du patrimoine littéraire mondial en ligne. Ce livre étant relativement ancien, il n’est plus protégé par la loi sur les droits d’auteur et appartient à présent au domaine public. L’expression “appartenir au domaine public” signifie que le livre en question n’a jamais été soumis aux droits d’auteur ou que ses droits légaux sont arrivés à expiration. Les conditions requises pour qu’un livre tombe dans le domaine public peuvent varier d’un pays à l’autre. 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Digitized by LjOoq Le Digitized by LjOoq Le âBttlUfô DE LU SOCIETE D’EMULATION DU MPAKTEHENT DES VOSGES. ■ slOle» TOME VI. — 7* CAHIER. — 1846. *a|o i» ËPINAL , CHEZ GLEY. IMPRIMEUR DE LA SOCIÉTÉ. 1847. .W". j/ê/êx/'fff Digitized by LjOOQie Digitized by LjOOQle ÀSTCU1&S8 DK LA SOCIÉTÉ D’ÉIULATIOR DES VOSGES. wlAatx Bvmiw$*a aitbvb&aii •d «4 nmnn 194 * . Dim LA GB 1 BDB SALLE DE l'hÔTEL-DE- VILLE. Membres présents : MM. Maud’heux, vice-prési- dent, occupant le fauteuil en l’absence de M. le Préfet, président, Ballon, Beaurain, Berher, Charton, Claudel , Déblayé, Drapier, Dutac aîné, Dntac jeune, Evon, Gley, Lemarqras, Leroy, Mathieu, Mougeot, Pierre , Rochatte , Sarazin , Bienaymé , M Haxo , secrétaire perpétuel. MM. Coüeune , maire d’Epinal , Naville père et fik, de Genève, associés de MM. Dutac frères pour la mise en valeur des bords de la Moselle , et MM. Boi- faan, architecte à Mirecourt , et Peureux , maire de la Chapelle -aux -Bois, membres associés libres, assis- taient à la séance , ainsi qu’un nombreux auditoire. Digitized by LjOOQie 6 ANNALES M. le vice-président a ouvert la séance en impro- visant le discours suivant , dans lequel il a retracé brièvement les progrès accomplis en tous genres par le département des Vosges, dans ces dernières années. « Messieurs, » Vous êtes habitués à entendre notre honorable président ouvrir nos séances publiques par de belles et nobles paroles. Aujourd’hui qu’une circonstance imprévue m’appelle tout à coup à le remplacer , je comprends vos trop justes regrets, et je ne saurais , je le crois , trouver un meilleur moyen de les di- minuer qu’en empruntant à notre président lui-même les principaux traits du tableau que je vais mettre sous vos yeux. » Il y a peu de jours , les représentants du dé- partement se réunissaient dans leur session annuelle, et , dans son discours d’ouverture , notre président exposait la situation actuelle du pays et les progrès qu’il a accomplis depuis quelques années dans toutes les branches de la prospérité locale. Cet exposé me faisait éprouver, Messieurs, la satisfaction la plus vive : j’y trouvais la preuve d’efforts nombreux, per- sévérants et féconds ; et , à mon tour, je veux vous faire partager la douce émotion qu’ils ne peuvent manquer d’inspirer à tous les hommes sincèrement amis de leur pays. Digitized by LjOOQle DE LA SOCIÉTÉ DÉMUHTIOH. 7 » Nous comptons 546 communes dans le dépar- tement des Vosges, et toutes entendent si bien la nécessité de l’instruction primaire et savent si bien apprécier ses bienfaits , qu’aujourd’hui le départe- ment ne possède pas moins de 1,068 établissements, d’instruction , savoir 758 écoles communales , 292 écoles privées et 37 salles d’asile. Encore quelques efforts , et la moyenne s’élèvera à deux établisse- ments par commune; et ces efforts, nous sommes en droit de les attendre. Chaque année , en effet , des sommes considérables sont consacrées à*la créa- tion et à la réparation des maisons d’école : en 1845, elles ont atteint le chiffre de 188,071 fr. 19 cent. En 1845, les écoles recevaient 68,560 élèves : en 1846, ce nombre s’est élevé à 71,533. Les salles d’asile ont reçu 2,798 enfants. Le sort des insti- tuteurs a été amélioré ; leur traitement atteint en moyenne 443 fr. 21 cent. w Partout où l’instruction se développe et se pro- page , tous les genres de progrès s’accroissent dans, la même proportion. Aussi notre agriculture mar* che-t-elle avec rapidité vers des perfectionnements nouveaux, vers une prospérité {dus grande. Sans vous parler de ces grandes créations qui couvrent de prairies les grèves arides de la Moselle, qui descendent son cours , et qui envahissent par leurs travaux le département voisin , ne voyons-nous pas , chaque année, la culture faire de nouvelles conquêtes sur la jachère , s’emparer des friches , et mettre en valeur les terrains les plus incultes? En même temps, les instruments et les méthodes sc perfectionnent ; Digitized by LjOoq Le 8 AHHALES le bétail s’augmente et s'améliore. Ces progrès sont sensibles pour tous ceux qui les observent , et tout à l’heure , les rapporteurs de nos commissions con- tribueront à les démontrer par les faits qu’ils vont placer sous vos yeux et soumettre à votre examen. » En même temps , Messieurs , nos voies de com- munication se développent de jour en jour. Nous ne comptons que 286 kilomètres de routes royales , mais elles sont dans le meilleur état d’entretien ; et, grâces à des travaux habilement conçus et dirigés avec activité , les rampes rapides qui y entravaient la circulation se rectifient et se nivellent. Trois côtes autour d’Épinal ont été aplanies au grand avantage du roulage qui ne les franchissait qu’avec une trop juste inquiétude : une autre disparaîtra bientôt. Peu de départements comptent autant de routes dépar- tementales que le nôtre , et si leur amélioration n’est pas aussi rapide que celle des routes royales , il faut l’attribuer à leur nombre et à la nécessité de ne pas accroître les charges déjà si lourdes des po- pulations. Et pourta nt, avec des ressources restreintes, qui partout ailleurs seraient réputées insuffisantes pour l’entretien , nos ingénieurs parviennent à réa- liser encore des rectifications importantes. À l’écart des routes, les chemins de grande communication s’achèvent et offriront bientôt à l’agriculture 918 kilomètres de voies neuves et parfaitement tracées. Un service nouvellement créé s’occupe des chemins vicinaux ordinaires et y réalise des améliorations déjà considérables. En même temps , un autre ser- vice, récent aussi, perfectionne nos rivières flottables, Digitized by LjOoq Le DE LA SOCIÉTÉ D'ÉMULATION. 9 et prépare un écoulement plus facile à quatre millions et demi de produits, qui adoptent ces voies de trans- port dont le développement est de 128 kilomètres. » Avec la facilité des communications , s’accroît naturellement la fréquence et la multiplicité des re- lations, et, ici encore, des chiffres éminemment si- gnificatifs attestent la rapidité des progrès. En 1845, il a été établi huit nouveaux services de diligences, cinq nouveaux services de courriers, dix bureaux de poste, cinq bureaux de distribution. Rien ne peut mieux attester les développements et la prospérité de notre commerce. » L’industrie ne reste point en arrière : aussi voyons-nous nos cours d’eau se couvrir d’usines nou- velles. Je ne veux vous parler que de l’industrie la plus récemment importée dans les Vosges , de celle qui, en 1820, y comptait à peine deux établissements, l’industrie cotonnière. En 1840, elle possédait 16 filatures qui comptaient 142,700 broches , et 27 tis- sages produisant 251, 158 pièces. En 1846, nous avons 28 filatures qui comptent 240,725 broches , et 90 tissages qui produisent 857,193 pièces. Ces chiffres ne justifientdls pas l’exactitude de cette pensée que j’ai souvent exprimée : qu’un jour les Vosges appel- leraient sur leurs cours d’eau, pour profiter de l’é- conomie des moteurs qu’ils procurent, les établis- sements que l’industrie cotonnière a d’abord fondés dans des contrées où la vapeur seule , ce moteur si coûteux , peut assurer leur exploitation ? » Il est encore d’autres signes, Messieurs, qui permettent de mesurer avec quelque certitude les Digitized by LjOOQle 10 ANNALES progrès d’une contrée , et sa marche vers une pro- spérité plus grande; de ces signes qui attestent en même temps l’accroissement de l’aisance générale et le bon esprit qui anime les populations. Ainsi , les impôts se perçoivent avec une merveilleuse facilité : celui-là même qui a toujours rencontré une sorte d’antipathie , et quelquefois une véritable résistance , l’impôt indirect , qui s’est élevé à 2,243,432 francs en 1845 , n’a exigé que 425 francs 60 cent, de frais de poursuites, soit 0,0019 pour cent. Toutes les autres contributions ont été acquittées avec la même régularité. » Je parle des impôts financiers ; mais il en est un autre bien plus lourd encore pour les familles , qui ne vient point leur demander ou le superflu de leur aisance ou une portion de leur nécessaire , mais bien ce quelles ont de plus cher et de plus précieux; un impôt qui se lève sur la douleur des pères , sur le désespoir des mères , sur l’avenir trop souvent brisé des enfants : je veux parler de l’impôt militaire, du recrutement. Eh bien ! Messieurs , tel est , dans notre département, le noble sentiment du devoir, l’ardent et sincère amour de la patrie , que , quand, pour toute la France, de 1821 à 1844, le nombre des insoumis s’est élevé à 10,500 , notre département n’en a compté que 19; et encore, remarquez-le bien, tous étaient à l’étranger au moment du tirage , et pas un seul peut-être n’a su que l’arrêt du sort l'appelait sous les drapeaux de l’Ëtat. » Je m’arrête ; je ne veux pas ajouter plus de dé- veloppements; mais, je le demande avec orgueil, quel Digitized by LjOOQle tl de la soctÉri d'émulation. est en France le département où il serait possible de signaler des résultats aussi beaux, dés progrès aussi remarquables, un aussi grand amour de l’ordre, un plus noble dévouement, une conscience aussi intelligente des devoirs civiques, un plus ardent amour de la patrie? » Soyons fiers , Messieurs, d’appartenir à un dé parlement qui se distingue si bien par ses efforts persévérants dans toutes les branches du progrès et par les sentiments généreux et élevés de ses popu- lations. Soyons fiers surtout d’avoir acquis le droit incontestable et certainement incontesté de proclamer que, par notre constance, par nos conseils, quelquefois par nos exemples, nous avons participé à ces progrès, nous les avons excités, favorisés, secondés. Persé- vérons donc dans une tâche si belle, si honorable et si féconde. Continuons à rechercher le mérite qui s’ignore, à mettre en évidence toutes les entreprises généreuses , à recommander toutes les œuvres utiles, à signaler à l’estime publique ceux qui , par des tra- vaux patients et dignes d’être imités, concourent le plus au développement de la prospérité publique. » C’est ce que vous allez faire tout à l’heure en- core par les récompenses que vous allez décerner. Elles sont modestes, ces récompenses; et cependant un grand nombre les recherche , et tous les accep- tent avec émotion et reconnaissance. A des travaux plus considérables, vous décernerez les primes dont le Gouvernement vous a confié la distribution. Que ceux qui vont recevoir les unes et les autres com- prennent bien mes paroles : si ces récompenses sont Digitized by LjOOQle 12 ANNALES «ne sorte 4e rémunérât»» , elles imposent cependant des devoirs nouveaux à ceux qui les reçoivent. Ces devoirs , ils les contractait envers le Gouvernement, envers nous , envers leurs concitoyens. Ces devoirs les obligent à répandre autour d’eux les lumières qu’ils ont acquises, à propager les progrès qu’ils ont d’abord réalisés pour eux-mêmes , à devenir enfin vos zélés et constants auxiliaires. » M. Ballon a eu ensuite la parole pour le compte rendu des travaux de la Société depuis la dernière séance publique. MM. Déblayé et Claudel ont successivement obtenu la parole , le premier pour le rapport sur les primes annuelles accordées par la Société , le second pour le rapport sur les primes accordées par le Ministre de l’agriculture et du commerce , et destinées exclu- sivement, en 1846, à l’arrondissement d’Epinal. Le secrétaire perpétuel a ensuite proclamé les noms des lauréats. La séance a été terminée par l’annonce du pro- gramme des primes que la Société distribuera en 1847, tant sur son propre budget, que sur l’allo- cation accordée annuellement par M. le Ministre de l’agriculture; les primes de ce dernier concours sont destinées exclusivement , pour 1847, à l’arrondisse- ment de Remiremont. Digitized by Google DE LA sociéri b’^mllatioh. n DBS TRAVAUX DE LA SOCIETE D’ElDUTION DU DÉPARTEMENT DES V06GES , i i tbw n 30 imnu» 4845, étoqui dk sa duiiUi aéamci fvbliqbi, jobqb’au 84 siptmiki 4846 , Par M. BALLON , AVOCAT , MEMBRE TITULAIRE. Messieurs , Quand , chaque année , noos venons bobs réunir dan» eette enceinte et vous entretenir de nos travaux et de nos e sp é ra nces, ce n'est point à an vain «sage, à une tra- dition stérile que. noua entendons noos conformer ; noos ne faisons qu'obéir à un sentiment inhérent an cœtnr do l'homme , à ce besoin impérieux qu’il éprouve de se mettre en oontact et de sympathiser avec ce qui l'entoure. Au tempe oh nous vivons* Messieurs, pins qu’en aucun autre, ««besoin dexpansion se manifosto; on comprend de mieux' en mieux, les hâenfoitside l'association et les tristes effets; de-, l’iselemeiit ; on sait per expérience qn’autant la pue* Digitized by LjOoq Le ANNALES 14 mière est féconde, autant celui-ci est impuissant. Aussi ne croyons-nous pas devoir nous borner à nos réunion» mensuelles et à la publicité de nos Annales ; ce cercle nous parait trop étroit , cette publicité insuffisante ; il nous faut la présence de nos concitoyens ; il nous faut ce concours empressé de travailleurs de toutes sortes : fonctionnaires , laboureurs, commerçants, ouvriers, désireux de savoir comment nous avons employé notre temps et usé des moyens d'influence que les pouvoirs de l'État ont mis à notre disposition. Sans cet auditoire nombreux , sans la consécration que son assentiment vient donner à nos dé- cisions , aux couronnes dont nous sommes les dispensateurs, combien les unes et les autres ne perdraient-elles pas de leur prix et de leur autorité morale ? quelle autre appro- bation vaudrait à nos yeux cette sympathie publique sous la protection de laquelle nous venons nous placer, et qui est pour nous le plus vif des encouragement» comme la plus douce des récompenses ? J’ai dit, Messieurs , que la doctrine de l’individualisme, du chacun pour soi, avait fait son temps, et que, s’il est une vérité incontestée de nos jours , c'est qu’un mou- vement irrésistible emporte l’humanité vers une association plus large et plus complète que celle du passé. Portons un instant nos regards en arrière : quelle distance l’bomme n’a-t-il pas déjà parcourue dans cette voie ! Vivant d’abord en famille , sans relations avec le reste de son espèce , il regarde et traite en ennemi tout être humain qui ose s’aventurer auprès de sa demeure ; chacune des innom- brables familles dont la terre est semée se suffit à elle- même ; nul lien entr'elles , point de langage commun. L’homme alors n’est guère différent de la brute : c’est le premier âge du monde ; c’est l’Eden des peuples de l’O- rient, l’Age d’or de la tradition. Mais les familles s’accrois- Digitized by LjOOQle DE LA SOCIÉTÉ DEM IL AT ION. 15 lent, bientôt elles se touchent; alors commence à se dé- velopper le principe d association ; le fort n’égorge plus le faible , car l'homme sait déjà le profit qu’il peut tirer de 1 homme ; il préfère l’employer à son service , et en échange du travail auquel il le contraint , il lui donne la nourri- ture et l’abri. C’est la deuxième période, celle du patriarchat, et vous voyez que déjà un grand progrès s’est accompli : la vie pastorale a remplacé les habitudes guerroyantes du chasseur, les causes de discorde ont diminué, le cercle de l association s’est élargi. Plus tard , les agglomérations de familles, ou tribus, viennent à s’unir et donnent nais- sance a des nations. Arts, mœurs, cultes, langages, tout se confond; la guerre et la rapine, chassées du territoire qu elles désolaient naguères, se trouvent reportées au dehors, et les arts de la civilisation, grâce i\ la paix qui résulte de ce nouveau mode d’association , procurent à l’homme un bien-être jusqu alors ignoré. Longtemps encore les di- verses nations , étrangères l’une à l’autre et divisées de sentiments, pourront bien se livrer de sanglants combats; à mesure que la civilisation se développera chez chacune d’elles, à mesure que leurs rapports se multiplieront et que leurs intérêts iront se confondant , on verra les sources de haine se tarir, et la guerre, jadis l’état normal des sociétés, devenir un fait de plus en plus exceptionnel. Partout en effet les préjugés belliqueux commencent à s’effacer; le nom d’étranger n'est plus dans nos bouches un terme de mépris, et déjà nous voyons poindre le jour où l’Europe ne formera plus qu’une vaste famille de peuples frères. Voilà, Messieurs, ce que nous apprend Phistoire; telles sont les inductions qui ressortent des faits qu’elle nous révèle. Mais si, laissant de côté les généralités, nous abordoos un antre terrain , si nous fouillons Phistoire des découvertes qui ont honoré l’humanité, nous verrous cette Digitized by LjOOQle ANNALES te grande loi dont je parlais tont à l'heure, cette tendance universelle vers une association de plus eb plus parfaite, éclater dans tonte son évidence. Sans vouloir remonter au delà du XIV e siècle , n’eet-il pas mabifeste qüe tontes les inventions qni ont eu lieu depuis cette époque dans les arts et dans les sciences, ont eu pour résultat de mul- tiplier les rapports sociaux entre lés membres de l'huma- nité et de faire disparaître les différentes inégalités , soit de force physique, soit de lumières, qui pouvaient s’op- poser à leur union intime et fraternelle? Qui eût dit , il y g cinq siècles, qu’un petit morceau de fer aimanté, tournabt sur pivot, allait ouvrir à l'audace des navigateurs un océan inconnu et rattacher l’une à l’autre deux moitiés de monde qui s’ignoraient depuis la création? Qni eût wé prédire , au moment où la poudre fut trouvée , qu’un peu de cette poussière noire allait rendre le serf l’égal de son seigneur, en 6tant à celui-ci l’avantage de sa brillante armure, et que ce foudre meurtrier, qui semblait un nouvel agent de destruction aux mains des peuples ennemis, devait au contraire briser les obstacles qni les séparaient et tracer aux échanges une voie plus directe et plus facile? L’imprimerie est inventée : aussitôt s’établit, entre les in- telligences jusqu’alors isolées , un rapide courant d’idées communes ; la pensée ne meurt plus stérile dans le cerveau qui l’a enfantée; elle vole d’un bout du monde à l’autre, réveillant du battement de ses ailes les esprits et les coeurs endormis. De nos jours , le génie de l’homme parvient à dompter la vapeur, et bientôt les mers se couvrent de rapides vaisseaux , messagers infatigables de civilisation et de progrès ; la locomotive embràsée , entraînant à sa suite des populations entières , dévore les distances qui séparent les- capitales ; partout sur son passage on toit voler en éclata les barrières factices qui tenaient les peuplés divisés. Digitized by LjOOQie 17 DE LA SOCIÉTÉ D'ÉMULATION. Lorsque le télégraphe fat inventé vers le milien du XVlir siècle, il dnt sembler à nos pères que la science avait dit à ce sujet son dernier mot , mais voici qu’une faible étincelle , naguère encore simple objet de curiosité pour le savant, part avec la promptitude de l’édair pour trans- mettre au loin les nouvelles et les ordres ; la télégraphie électrique vient de supprimer l’espace , et d’une extrémité de la France à l’antre, de l’Europe bientôt, du monde peut- être, l'homme va sé parler et se répondre! Et ce n'est pas seulement. Messieurs, de continent à continent , de peuple à peuple , que s'établissent ces liens de mutuelle sympathie; à mesure que s’étend le réseau des sentiments communs , ses mailles au dedans se mul- tiplient , et enlacent de leurs nœuds de plus en plus étroits les membres dont se compose chacune de ces grandes fa- milles. Pour ne parler que de la France , combien , dans ces derniers tèmpe, n’avons-nous pas vu surgir d'associations de toutes sortes : bibliothèques publiques , sociétés de bienfaisance, compagnies d'assurances, caisses d’épargnes, salles d'asile , crèches ponr la première enfance , congrès de savants , d’agriculteurs , de médecins , de commerçants, d’industriels ? De tous les points du pays on voit tour à tour accourir, pour se voir et s’entendre de plus près, les hommes voués à une même étude on à une même profes- sion ; ils viennent mettre en commun leur expérience et leurs lumières , et en échange de son apport individuel , chacun d’eux s’en retourne riche des lumières et de l’ex- périence de tons. L’agriculture seule est représentée par près de sept cents sociétés ou comices , sans compter une vingtaine d’instituts agricoles, non plus qne les haras , les vacheries ou bergeries entretenues aux frais de l’État. Quelle faree pour un Gouvernement habile que la concentration de tontes ces forces ! quelles résistances ne seraient pas 2 Digitized by LjOOQle 18 ANNALES vaincues par un aussi puissant levier, manié par des mains fermes et vigoureuses ! Ce fut sous l'empire de ce besoin d unité dont on était loin alors de prévoir les développements futurs , que notre Société fut fondée il y a un peu plus de 20 ans. A peine constituée , elle commence à révéler son influence : l'ad- ministration lui demande des conseils et lui confie des en- quêtes; le fonctionnaire le plus haut placé, comme le simple citoyen que son mérite seul distingue , tient à honneur d'être admis dans son sein; les modestes prix qu'elle décerne sont ambitionnés à l'égal des plus riches récompenses , et la salle de ses séances publiques suffit à peine pour con- tenir la foule pressée qui veut applaudir ses lauréats. Pourquoi cette sympathie qui entoure notre Société nais- sante et qui ne l'a pas un seul instant abandonnée? Il m'est permis, à moi, nouveau veuu dans ses rangs, d'en dire les motifs : c'est que , depuis sa fondation , la Société d'É- mulation n'est restée étrangère à rien de ce qui s’est fait de grand et d'utile dans le pays ; c'est que , concourant tou- jours avec l'administration à féconder les germes de prospérité que notre beau département recèle , prenant même parfois l'initiative quand celle-ci était trop lente à agir , elle a propagé partout les meilleures méthodes de culture , en- couragé dans l'industrie l'emploi des machines les plus perfectionnées , stimulé le zèle des maires , des instituteurs et des agents forestiers , aidé de son patronage et souvent de sou argent toutes les bonnes volontés impuissantes , tous les talents précoces qui lui ont été signalés. Et elle ne s’est point bornée aux conseils , elle a voulu y joindre l’exemple; ses membres ont été les premiers à mettre en pratique les préceptes qu'ils recommandaient. C’est ainsi que deux de nos collègues , deux frères , presque sans entres moyens d'action qu'une énergique volonté et une Digitized by LjOoq le DE LA SOCIÉTÉ D'ÉMULATION. I!) infatigable persévérance , ont conçu et mené à bien un projet traité avant eux d’utopie , qu’ils ont réussi à dompter notre fougueuse Moselle et forcé ses eaux dévastatrices , nou souhu ont à réparer leurs ravages , mais à porter l’abou- dauee et la vie dans des lieux où régnait de tout temps lu plus désolante stérilité. Pensez-vous, Messieurs, que de pareilles leçons ne frappent point les intelligences les pins rebelles? et lorsque de toutes parts nous voyons créer de nouvelles prairies , améliorer les anciennes , reboiser les sommets arides , supprimer les jachères , rendre à la culture des terrains improductifs , est-ce montrer trop de présomption que d’attribuer aux efforts de notre Société quelque part à cette heureuse métamorphose ? Mais, quels que soient les résultats déjà obtenus, quelle qu'en soit la cause , ce n’est qu'un pas de fait dans cette carrière du progrès que l’homme est destiné à parcourir, sans qu’il -lui soit donné d’en trouver jamais les limites. Le bien déjà opéré , loin d’étre un motif pour s'endormir dans l’inaetion, ne doit être envisagé que comme un moyen de réaliser des progrès nouveaux : telle est la pensée qui n’a cessé de nous guider dans nos travaux de cette année , travaux dont je suis chargé , Messieurs , de vous présenter la rapide esquisse. L’agriculture , comme les années précédentes , a occupé Agrieuitur*. la majeure partie de nos séances , et les raisons de cette préférence sont faciles à saisir. Ce n’est point que nous accordions à l’agriculture une supériorité quelconque sur les autres professions utiles , sur l’industrie par exemple; à nos yeux ces diverses professions sont également hono- rables, par cela seul qo 'elles répondent les unes et les autres aux besoins de la société, et celle-ci assurément ne peut Digitized by LjOoq Le ÎO ANNALES pas plus 3e passer de l'ouvrier dout les bras forgent le fer de la charrue que du laboureur qui la met en œuvre. Notre préférence tient à d'autres causes , et les voici. C'est, en premier lieu , le grand nombre de travailleurs employés à la culture des terres, nombre qui, en France, est de plus des deux tiers de la population ; c'est , en second lieu , l’état encore arriéré dans lequel se trouve cette science, état qui me semble provenir surtout de l'émiettement de la propriété et du peu de contact qu'ont entr'eux les cul- tivateurs. Tandis que la production industrielle s'effectue par le concours de puissants capitaux et de grandes masses d'hommes concentrés dans le même lieu, vivant tous d'une seule et même existence ; tandis que l'emploi de nouvelles machines et une meilleure division du travail viennent chaque jour abréger ou perfectionner la fabrication , l'a- griculture , privée de capitaux , exercée isolément par des familles clair-semées sur une vaste étendue de territoire , et qui , pour éviter la perte de temps et les frais que né- cessite l'échange des denrées, veulent bon gré mal gré trouver dans le sol qui les environne la totalité des produits dont elles ont besoin, l'agriculture, disons -nous, ne peut se perfectionner que lentement et ne marchera de pair à pair avec sa rivale, l'industrie, que lorsqu'elle aura empruntés cette dernière les procédés qui en font aujourd'hui la force et l’éclat. Mais, Messieurs, c’est au Gouvernement, au pouvoir central qu'est réservée la grande mission d'aplanir ces obstacles ; nous ne pouvons , nous , dans notre sphère modeste , que faire des vœux pour qu'il ose s'en charger, et en attendant, nous efforcer d'accomplir autour de nous tout le bien que comporte la législation actuelle. Parmi les nombreux produits que l'agriculture livre à la consommation , il n'en est point , sans contredit , de plus important que la pomme de terre. C'est le pain du pauvre, Digitized by LjOoq le 21 DE LA SOCIÉTÉ D EMULATION. k nourriture presque exclusive de l’habitant des campagnes et de l'ouvrier, et dans notre département , elle entre com^ munémrnt pour plus de moitié dans l'alimentation de la population générale. Aussi, quand , l’année dernière , on signala dans nos contrées l’arrivée du fléau qui venait de détruire une partie de cette précieuse récolte en Allemagne, en Angleterre et en Belgique , les alarmes furent-elles vives , et la classe nécessiteuse put un moment se croire menacée dans sa subsistance. C’était donc pour nous un devoir sacré «1 étudié r attentivement les causes de cette maladie et de « h< relier les moyens d en paralyser les effets, ou du moins d’en prévenir le retour. Plusieurs de nos séances ont été employées a examiner les opinions diverses émises par les savants qui ont pu observer ce singulier phénomène, et ceux de nos collègues qui s’adonnent aux travaux des champs ont apporté à ces discussions le tribut de leurs observations personnelles. L’un d’eux , M. Claudel , a été chargé de recueillir les renseignements que M. le Préfet nous avait demandés à ce sujet , et il s’est acquitté de cette tAche délicate avec l’exactitude que nous lui connaissons tous. Plus tard, lorsqu’une circulaire émanée du ministère de l’agriculture est venue nous poser de nouvelles questions, nous avons fait appel au zèle des comices, et ils se sont tnpvossés d'y répondre en nous envoyant, sur l’étendue relative de la culture des pommes de terre, sur leur des- tination, leur rôle dans l’assolement, leur rendement or- dinaire et les pertes éprouvées en 1845, une série de notes du plus haut intérêt, lesquelles ont servi de base à un rapport rédigé par M. Mathieu et adressé au Ministre par les soins de M. le Préfet. C est ainsi, Messieurs, que les eoniœs vosgiens comprennent leur mission et le rôle qu’ils sont appelés à remplir auprès de la Société centrale; puissent ees relations fraternelles se resserrer de plus eu plus pour Digitized by LjOoq le 22 AHNALBS le succès de notre œuvre commune et la prospérité du pays que nous habitons ! Il appartenait à un de nos collègues, dont nous avons été plus d’une fois à même d’apprécier les connaissances théoriques et pratiques en agriculture , j'ai nommé M. Evon , de chercher à résoudre les graves questions de physiologie végétale que soulevait l’apparition d’un phénomène aussi nouveau pour nous. C’est ce qu ! il a fait dans un mémoire fort remarquable qui a été livré à la publicité. Dans ce mémoire , H. Evon s’est d’abord attaché à décrire les symp- tômes et les effets de la maladie des pommes de terre, puis il essaie d’en préciser la cause ; il ne pense pas, comme M. Payen et d’autres chimistes , qu'on puisse l’attribuer à une végétation parasite , à une sorte de champignon qui viendrait se fixer au sein des tissus du tubereule et en déterminer la décomposition. Dans l'opinion de notre collègue , ce champignon n’ayant jamais été observé sur le tissu vif, mais sur des parties déjà attaquées, il est probable qu’il est l’effet et non la cause de l'altération. Mais quelle peut être cette eause ? M. Évon croit la trouver dans le caractère météorologique de l'année dernière , dans les brusques changements de température qui s’y sont produits. Pourtant, dans une communication récemment faite à l’académie des sciences par M. Payen, ce savant apporte de nouveaux faits à l’appui de son opinion ; il si- gnale la réapparition du fléau dans cette malheureuse Ir- lande , si cruellement éprouvée déjà par la famine , ainsi que dans plusieurs parties de la France , et cette fois il est bien difficile de s’en prendre à la température de l'année, si différente de celle de 1845 , qu’il semblerait que le ciel, par une sorte de contre-épreuve , ait voulu hâter la so- lution du problème. Quoi qu’il en soit, il sera sage de suivre , pour la conservation de la récolte prochaine , les. Digitized by LjOOQle DE LA SOCIÉTÉ DÉMULATION. 23 précautions recommandées précédemment. Peut-être la science parviendra-t-elle à découvrir la véritable cause du mal et le moyen de s’en préserver; mais peut-être aussi en MT.i-t-iI de cette épidémie comme de celles qui viennent de loin eu loin sévir sur l'homme, et dont la cause échappe à Mi in\( stigations. Ce n est point assurément un motif [MHir désespérer. Déjà , grftce au progrès des sciences et surtout .1 l'assainissement du sol par le travail incessant des populations successives , bien des pestes , bien des fléau* ont disparu sans laisser d antres traces que leurs noms dans l'histoire ; essayons donc, an cas où il ne serait pas possible de faire à la pomme de terre un sol (jui la préserve entièrement des influences délétères, es- sayons , dis-je , si nous ne pourrions pas , par exemple , régénérer la pomme de terre elle -même au moyen des M*inis ou d’un nouvel emprunt fait à son type originel, a la patate de l’Amérique. Qui sait si l'épidémie que nous déplorons n’aura pas en définitive été plus utile que nui- Mhlc, en forçant l’homme à rechercher, parmi les nombreuses variétés de la patate , des espèces plus productives et plus délicates que celles aujourd'hui cultivées? Bien que les céréales, et notamment le blé, par suite du prix exagéré qu’est parvenue à leur donner la spéculation, ne soient plus accessibles qu’à une certaine classe de la société , ce qui concerne leur culture n'en est pas moins d’un intérêt général, car, il faut l’espérer, les circon- stances auxquelles est du ce renchérissement auront un larme. tn agronome distingué d'Épiual, M. Bienaymé, qui s’est beaucoup occupé de cette culture, nous a adressé une notice fort bien faite sur un nouveau blé printanier , dit blé de Tangnt , dont une expérience de cinq années lui a permis de reconnaître les avantages. Ces avantages sont , d’après M. Bienaymé, une économie de semence et de frais Digitized by LjOOQie 24 ANNALES de culture , une grande précocité, et enfin un produit bien supérieur, tant par la quantité que par la qualité, à celui des cultures printanières en usage. De pareils résultats, constatés par un observateur aussi conscieucieux que M. Bienaymé , doivent appeler l'attention des comices agricoles et des cultivateurs zélés pour le progrès de leur art. C'est dans ce but qu'en recevant M. Bienaymé parmi nous , nous avons en même temps voté l'impression de sq notice. La plus funeste conséquence de la cupidité des spécula-; teurs n'est peut-être pas l'élévation factice du prix des den- rées de première nécessité , mais bien l'altération de ces mêmes denrées par le mélange de substances étrangères. Le marchand qui veut faire rapidement fortune trouve tout naturel de vendre de la fécule pour de la farine, de l'alcool étendu d'eau pour du vin , du sel de warecb pour du sel ordinaire , et les quelques saisies qui ont lieu de temps à autre sont impuissantes pour réprimer une fraude non moins ha- bile qu'obstinée. Informé que, dans les. Vosges, il se vendait du faux sulfate de cuivre pour servir au chaulage des blés, M. le Préfet s’est empressé de prévenir M. le Ministre de l'agriculture.et du commerce, et de lui adresser des échan- tillons de cette substance. Le comité consultatif des arts et manufactures , à qui M. le Ministre a soumis les échan- tillons , ayant indiqué un moyen simple et facile de re- connaître le sulfate frelaté , M. le Préfet nous a aussitôt fait part de ce procédé , et nous nous sommes hâtés de le porter à la connaissance des cultivateurs de notre dé- partement. Espérons que ces précautions , si elles ne pré- viennent point le retour de la fraude, permettront au moins de s'en garantir. Une des branches les plus importantes de la science agricole est sans contredit l’économie forestière. À me* Digitized by LjOoq le DE LA SOCIÉTÉ D'ÉMULATION. 25 mire que le bois renchérit , on sent mieux la nécessité de créer de nouvelles forêts et d’améliorer le régime des anciennes ; administrateurs et particuliers rivalisent main- tenant de cèle |tenr le reboisemeut des terrains impropres à la enltnre, et dont, il y a quelques années à peine, on ne songeait eneore à tirer aucon parti. C'est donc avec un vif intérêt que nous avons pris connaissance de deux bro- obnves qui nous ont été adressées , l’une par M. Gravier, président du comice agricole de Remiremont , l’autre par M. de Bazelaire , membre du comice de Saint-Dié. La bro- chure de N. Gravier, qui a pour titre De la nécessité dé rebaiser les sommets et les pentes rapides des Vosges, et celle de M. de Bazelaire intitulée , Manuel du planteur, ont tootes deux été l’objet d’un rapport de H. Évon. Il résulte de ce rapport que M. Gravier s’est principalement attaché à prouver par des documents historiques que le déboisement progressif des montagnes des Vosges a été suivi d’nne perturbation dans le climat et d’une diminution con- sidérable dans le volume des cours d'eau qui y prennent leurs sources. On connaissait déjà depuis longtemps les effets pernicieux de la destruction des forêts , au moins de celles sitoées en pays de montagnes , mais on n’avait point en- core vérifié oes effets dans les Vosges d'une manière aussi complète que l’a fait M. Gravier, avec le secours de ses profondes connaissances en histoire locale. Quant au Ma- nuel de M. de Bazelaire , fruit d’une vaste lecture éclairée par quiuse années de pratique , il présente sous une forme élémentaire les instructions les plus éprouvées sur la ma- tière du reboisement. Ce travail se distingue d'ailleurs par la méthode qui a présidé à la distribution et à l’enchaî- nement de ses parties , et par une extrême clarté unie partout à uns grande concision. Ce sont là des mérites qui Digitized by LjOOQie 26 ANNALES doivent puissamment contribuer à populariser l’ouvrage de M. de Bazelaire. Il ne suffit pas , Messieurs , de comprendre l’utilité du reboisement et de connaître les meilleurs procédés pour les semis ou la plantation , il faut encore savoir quelles essences il convient de choisir afin d’obtenir les résultats les plus avantageux. C’est l’objet d’un excellent mémoire que nous devons encore à la plume de M. Évon , et qui a pour titre : De l’alternance des végétaux considérée surtout à l’égard des arbres forestiers. Depuis quelques années , on remet en question la loi de succession naturelle des végétaux , loi qui forme la pre- mière base de la théorie des assolements. Le débat a pris naissance au congrès de Baden , à l'occasion des arbres forestiers. M. Évon s’est attaché à démontrer, non seule- ment par des faits d’analogie tirés de l’agriculture et de l’horticulture , mais aussi par des faits directs , rapprochés d'une manière fort ingénieuse, qu'un sol trop longtemps oc- cupé par une même espèce d’arbres devenait impropre à la production de cette espèce, et que, pour pouvoir es- pérer de beaux produits , il fallait suivre les indications de la nature, qui, soit dans les prairies naturelles , soit dans les forêts , nous montre les diverses espèces mélangées et se succédant alternativement. Je regrette que les bornes de ce compte rendu m’interdisent une plus longue analyse du mémoire de M. Évon , mais sans doute il trouvera , dans le prochain numéro de nos Annales , la publicité qu’il mérite à tous égards. M. Évon ne s’est pas borné aux travaux que je viens d’énumérer ; il nous a donné lecture d’une notice où se trouvent décrites les diverses expériences auxquelles il s’est livré dans le but de vérifier l'efficacité d’un nouveau pro- Digitized by LjOOQle DE LA SOCIÉTÉ D'ÉMULATION. 27 cédé grandement préconisé dans ces derniers temps : je veux parler des tabes à traire les vaches , inventés par le docteur Gierster, de Vienne. Les conclusions du travail de notre collègue ne sont nullement favorables à l'adoption de ce procédé ; les animaux ont en général montré de la répugnance à recevoir les trayons , et la quantité de leur lait a diminué. Les mêmes observations ont été faites par deux cultivateurs éclairés de notre ville , MM. Prosper PetotetGerardgeorges, qui, après avoir essayé des trayons, sont revenus à l’ancienne méthode. En présence de pareils résultats , nos cultivateurs feront sagement d’attendre avant de rien innover sur ce point. Tels sont. Messieurs , en ce qui concerne l'agriculture, les principaux objets qui ont appelé nos méditations. Un •sac* grand nombre d’écrits et de brochures ayant trait à cette importante matière nons ont été adressés ; je signalerai particulièrement , parmi les ouvrages imprimés : l 'Histoire des animaux domestiques , par notre correspon- dant M. Boyer, inspecteur de l’agriculture ; une Notice sur êa culture de la pomme de terre et une Note sur la production des laines ; un opuscule ayant pour titre Ma- nière de prendre le miel , par M. de Mirbeck , qui fait éga- lement partie de notre Société en qualité de membre cor- respondant ; nne brochure de M. Gravier sur les engrais ; nne description d’un nouveau système d’irrigation inventé par Mademoiselle Garnier Savatier , de Marseille ; enfin un travail de M. Braconnot , chimiste à Nancy, travail qui a pour titre De l’influence du sel sur la végétation. Les recherches auxquelles s’est livré M. Braconnot ont un puis- sant intérêt d’actualité ; car on sait que M. Gay-Lussac , au nom de la commission de la Chambre des pairs chargée d’examiner le projet de loi ayant pour but le dégrèvement de l'impôt sur le sel , conclut au rejet , par le motif que Digitized by LjOoq Le 28 AKKALBS cette substance n’aurait peint l’efficacité qu’on lui attribue généralement. Parmi les manuscrits , je me bornerai à citer un mémoire de U. Simonin Sur la vaine pâture et le crédit foncier , graves questions qui touchent non-seulement à l’agricul- ture , mais à l’économie sociale tout entière. Aussi le tra- vail de M. Simonin sera-t-il de notre part l’objet d’un examen approfondi. Je ne dois pas oublier non plus de mentionner un envoi d’une autre nature qui nous a été fait par notre collègue M. Buffet, de Mirecourt. M. Buffet nous a adressé une collection de semences des plus belles espèces de fleurs et d’arbustes cultivées dans le midi de la France : c’est un surcroit de douces jouissances pour nos amateurs d’bor- ticulture, à qui nous les avons distribuées, en même temps qu’une nouvelle source de profits pour nos jardiniers. Vous le voyez , Messieurs , le zèle de nos correspondants ne s’est point ralenti en ce qui concerne l'entretien de nos mutuelles relations. Nous avons trouvé chez eux le même empressement lorsqu'il s’est agi de nous faire re- présenter aux réuuions d’agriculteurs qui ont eu lieu cette année sur divers points de la France : ainsi , MM. Boulay de la Meurtbe et Didelot ont bien voulu accepter la mis- sion d'assister aux séances du congrès central d'agri- culture , qui s’est tenu ce printemps à Paris. Nous devons également des remerciements à un autre de nos compatriotes , M. Maurice , d’Épinal , conseiller à la cour royale de Bourges , pour les renseignements qu’il a eu l’obligeance de nous communiquer sur le congrès tenu dans cette dernière ville. En terminant cette première partie de mon compte rendu , permettez-moi , Messieurs , de vous apprendre deux bonnes pou voiles. 11 s’agit en premier lieu de la prochaine arrivée Digitized by LjOoq Le DE LA SOCIÉTÉ D'ÉMULATION. dans les Vosges de M. l'abbé Paramelle , le célèbre dé- couvreur de sources : ose lettre qu'il a écrite récemment à notre secrétaire perpétuel nous fait espérer cette arrivée pour le printemps prochain , si l’état de la souscription ouverte sous nos auspices le permet. Vous apprendrez avec une égale satisfaction que la grande médaille d’or de la société centrale d'agriculture a été décernée à MM. Dutac frères , pour leurs magnifiques travaux d’irrigation dans la vallée de la Moselle : c’est la récompense méritée d’une couvre qui marquera dans l’ histoire du pays. L’bouune, Messieurs , n’éprouve pas seulement le besoin d'entrer en communion avec ses semblables ; soo orga- nisation l'entraîne à vouloir aussi connaître les êtres si' nombreux et si variés au milieu desquels il est destiné à vivre : telle est la fin qu’il se propose en étudiant les sciences' naturelles. Quelle jouissance pins élevée et plus pure à la fois que celle «pii s’attache à la contemplation de l’univers, à la découverte des lois qui le régissent, et qui toute» viennent attester l’existence d’une intelligence infinie! Com- bien eut admirable ce spectacle de l’universelle attraction qui relie les mondes les uns aux autres à travers l’im- mensité des espaces , et qui en même temps rattache la molécule à la molécule , ne permettant pas que rien dan» la création puisse se soustraire à la vie commune ! Est-ce qu’à cet aspect le cœur ne s'agrandit pas autant que l’in- telligooee s’élève? et peut-on ne pas se sentir épris de oompassion pour ceux- qui, méconnaissant ce grand prin- cipe de solidarité et se parquant dans un étouffant égoïsme, prétendent faire de leur individu une sorte de petit centre auquel il faudrait tout rapporter? Un autre avantage des sciences naturelles , c'est d’aug- raeotcr le bieo-étre matériel de l’homme, en lui enseignant Digitized by LjOoq Le 30 ANNALES l’utilité qu’il peut tirer, soit des corps inorganiques que recèlent les profondeurs de la terre , soit des êtres orga- nisés qui en peuplent la surface. Aussi la Société d’Ému- lation n’a-t-elle rien négligé pour favoriser cette étude. Après avoir contribué à former les collections d'histoire naturelle du musée des Vosges, elle a cherché incessamment à les accrottre , tant par les dons de ses membres qu’en stimulant à cet effet la générosité de nos concitoyens. Ces efforts n’ont pas été stériles ; chaque année de nouveaux dons viennent combler les lacunes qu’offraient les collec- tions à leur origine. Un de nos collègues , dont le zèle est égal à la science , M. le docteur Mougeot , de Bruyères, membre de la commission de surveillance du musée, a signalé, dans son rapport annuel publié dans nos Annales, les im- portants accroissements qu’ont reçus dernièrement encore ces précieuses collections. La géologie , cette branche si vaste et pourtant si nou- velle des sciences qui ont pour objet la connaissance de la nature, a eu dans nos travaux de cette année une part proportionnée à son importance. M. Hogard a terminé sa belle carte géologique du département des Vosges , et nous a présenté le complément de son Esquisse géologique du Val-d’Ajol; nous y avons retrouvé les qualités qui dis- tinguent les ouvragée de notre collègue, et qui lui ont valu une place si honorable parmi les géologues français. M. le docteur Lesaing, de Blàmont, membre correspon- dant , nous a envoyé la description d’un os fossile de saurien trouvé dans le département de la Meurthe. près du village de Domèvre. Plusieurs personnes étrangères à notre Société nous ont également fait d’importantes com- munications, parmi lesquelles je dois citer en première ligne un Mémoire de M. le docteur Carrière, de Saint-Dié, sur les giles métallifères de Framont. Ce travail , qui dé- Digitized by Google DE la société d'émulation. 31 note 4e profondes connaissances en minéralogie et en chimie, a excité an plus haut point notre intérêt. On avait bien , à la vérité , des catalogues des nombreuses espèces minérales qu'offre le dépôt de minerai de fer de Framont, mais sur la plupart de ces espèces on manquait d'analyses régulières. M. Carrière les a toutes soumises à on examen rigoureux ; il a vérifié et constaté les caractères physiques et chimiques d'après lesquels chaque espèce doit être déterminée. 11 faut aussi mentionner avec éloges une Note sur let eaux jaillissantes du département de la Meuse , et nn Mémoire sur les fossiles de la Meuse et des Ardennes ; cette dernière brochure , dont l'auteur est M. Buvignier, pré- sident de la société philomatique de Verdun, a été l’objet d'un rapport de la part de M. le docteur Mougeot fils. Nous avons enfin reçu : — en ce qui concerne la botanique, deux brochures de M. Godron , médecin à Nancy, membre correspondant ; la plus importante , ayant pour titre Descrip- tion d’une monstruosité observée sur la fleur de plusieurs cru- cifères, a été examinée par H. Évon ; — en ce qui concerne la chimie, une Analyse des eaux de Bulgnéville, par M. Bra- connot ; — et quant aux sciences mathématiques , deux mé- moires , l’un de M. d’Estocquois , professeur au collège de Besançon, sur l’Attraction des polyèdres, l’autre de H. Guibal, de Nancy, intitulé Conseils propres à faciliter la solution des problèmes de géométrie. Ces deux ouvrages ont donné lieu à un rapport de netre collègue M. Sarazin. Un double lien nuit la médecine aux science snaturelles. Médecine. En effet , l’art de guérir exige une connaissance approfohdic de l’organisation du corps humain , et sans le secours des substances minérales* et végétales , le médecin resterait le plus souvent impuissant. Plusieurs mémoires remarquables , relatifs à cette matière , nous sont parveuus cette année. Digitized by LjOoq Le 32 ANNALES M. le docteur Saucerotte (de Lunéville) , membre correspon- dant, nous a envoyé un Aperçu sur la réorganisation de la médecine en Fiance , vaste question qui a été longuement débattue au sein du congrès médical de Paris. Nous avons aussi reçu de H. le docteur Lesaing des Observations sur la pustule maligne , affection que M. Lesaing a traitée et guérie, dans la plupart des cas, au moyen de la cautérisation; notre collègue M. le docteur Pierre, à qui ce travail a été renvoyé , nous en a rendu un compte très-favorable. M. le docteur Turck nous a adressé un Mémoire sur la folie , et une brochure , faisant suite aux deux qu’il a déjà publiées , sur la nature et le traitement de la fièvre ty- phoïde , cette cruelle épidémie qui , depuis quelques années , exerce périodiquement ses ravages sur nos populations. À cette occasion , nous rappellerons qu’en 1842 la Société d’É- mulation a voté une médaille d’or et une prime de 300 francs à décerner à l’auteur du meilleur mémoire sur la fièvre ty- phoïde , et que le concours est toujours ouvert. Enfin , M. le Préfet nous a saisis d’une communication de M. le Ministre de l’intérieur concernant le commerce et la reproduction des sangsues dans notre département. Une commission com- posée de MM. Mathieu , Toillier et Bienaymé , a été chargée de transmettre à M. le Préfet les reuseignements demandés. industrie. Je signalais en commençant les développements gigan- tesques de l’industrie dans ces derniers temps. Chaque jour, en effet, de nouvelles découvertes viennent témoi- gner du génie de l’homme , et les forces de la nature , autrefois indomptées , sont l’une après l’autre contraintes de se soumettre à ses ordres. A mesure que s’allège le fardeau qui courbait son corps vers la terre , son front se . relève et sa vue découvre des horizons nouveaux. D’abord esclave , puis serf , aujourd’hui prolétaire , le travailleur Digitized by Google DE LA SOCIÉTÉ D'ÉMULATION. commence à entrevoir le jour où , suppléé par les agents mécaniques dans ce que les travaux ont encore de pénible ou de repoussant, son émancipation deviendra définitive et complète. C’est donc avec raison que nos efforts tendent sans cesse à encourager les inventions ou les perfectionnements dans l’industrie. L’honorable rapporteur qui doit me succéder vous fera connaître , avec les noms de ceux de nos in- dustriels qui ont obtenu des primes , une partie des amé- liorations réalisées dans le cours de cette année ; mais il en est d’autres dont les auteurs n’ont point pris part au concours ; il y a eu également des tentatives qui nous pa- raissent dignes d’étre mentionnées : ainsi H. d’Estocquois, dont j’ai déjà parlé , nous a envoyé le dessin d’un appareil h vapeur de son invention , lequel diffère des appareils connus jusqu’à ce jour en ce que l’expansion seule de la vapeur suffirait pour le mettre en jeu , tandis que, dans les machines actuellement en usage , il faut de plus la con- densation de ce fluide. Conformément aux conclusions du rapport de notre collègue M. Sarazin , nous nous sommes empressés d’offrir à M. d’Estocquois le titre de membre correspondant , et nous avons renvoyé sa notice à la com- mission de publication , qui sans doute lui donnera plate dans le prochain numéro de nos Annales. H. Hareine , conducteur des ponts et chaussées à Re- miremont , nous a présenté les modèles en petit d’un abri mobile de cantonnier et d’une machine à déblayer les neiges. La commission chargée d’examiner ces appareils n’a pu encore se prononcer définitivement, faute d’un temps con- venable pour faire les expériences ; mais dès à présent on peut féliciter M. Mareine d’avoir ainsi cherché , non-seu- lement à réduire les dépenses que nécessite l’entretien de nos routes, mais, ce qui vaut mieux encore, à protéger 3 Digitized by LjOoq Le ANNALES 34 1 a vie du pauvre cantonnier qni passe ses jours exposé à toutes les intempéries des saisons. Je ne dois pas non plus passer sous silence la nouvelle charrue à planter les pommes de terre que H. Ferry, maréchal-ferrant à Epinal , a fait fonctionner sous les yeux de quelques-uns de nos collègues , ni un mémoire sur des améliorations apportées dans l’emploi du bois pour la menuiserie , par M. Boileau, associé libre à Mirecourt. Hais ce qui a dû fixer principalement notre attention , c’est le double projet de chemin de fer dont notre zélé collègue , M. Maud’heux , nous a entretenus dans une de nos dernières séances. Il ne s’agit rien moins que de relier à la fois Thann et Yesoul à la grande ligne de Paris à Strasbourg, au moyen d’un embranchement qui traverserait le département des Vosges et qui viendrait aboutir à Nancy. Notre collègue nous a informés que la société in- dustrielle de Mulhouse venait de prendre sous son pa- tronage les études d’un tracé, par le bassin de la Moselle, de la ligne projetée entre Nancy et Thann, et que, d’un autre côté, le Gouvernement avait chargé les ingénieurs en chef de la Meurtbe et de la Haute-Saône d’étudier le tracé par les Vosges de la ligne entre Nancy et Vesoul. La né- cessité des communications rapides est trop bien et trop généralement comprise aujourd’hui , pour qu'il soit besoin de faire ressortir les avantages qui doivent résulter pour notre département , et pour son chef-lieu en particulier , de l’exécution de ces deux projets ; ces avantages ont été parfaitement appréciés par les populations, et déjà plu- sieurs conseils municipaux ont voté des fonds pour sub- venir aux dépenses qu’entraîneront les études. Nous avons fait , pour notre part , tout ce que nous permettaient nos attributions , en nommant une commission spéciale de cinq membres , qui devra recueillir les documents propres Digitized by LjOoq Le 35 DE LA SOCIÉTÉ D’ÉMULATIOft. à éclairer la question des tracés , et lorsque nous avons désigné M. Maud'heux pour présider cette commission, noos avons voulu prouver combien nous .prenions au sérient le projet annoncé par le Gouvernement. C'est surtout lorsqu'il s’agit d’innover dans l’industrie, statütiqa*. d’accrottre la production, de multiplier les moyens de transport, que la connaissance parfaite dn pays où l’on vent réaliser ces améliorations est indispensable. Situation commerciale et agricole, chiffre de la population, posi- tion financière, état intellectuel et moral, tout doit être pris en considération , sinon l’on risque d’éprouver à chaque pas les plus cruels mécomptes. La connaissance de tontes ces choses constitue la science de la statistique , science nouvelle , et qui , bien entendue , peut être pour le législateur dn plus grand secours , en lui indiquant les maux à guérir, les réformes à opérer dans toutes les branches de l'économie publique. Aussi , depuis longues années , la Société d’Émulation avait-elle conçu le projet .de donner nne statistique complète de notre département, et déjà des travaux considérables avaient été faits dans ce but , lorsque denx de ses membres , MM. Charton et Lepage , résolurent de se charger à eux seuls de cette lourde tâché, et de la mener à bonne fin. Après deux années de labeurs, leur Statistique du département des Vosges touche en effet à son terme, et bien que conçue snr une moins large échelle que celle qu’avait eu en vue la Société d’Émn- lation , cette publication ne laissera pas de rendre à nos concitoyens, ainsi qu’à nos administrateurs, d'importants services. M. Charton, vous le savez, publie en outre, depuis près de vingt ans , un Annuaire justement estimé ; le numéro de 1846 , qui , de même que les précédents , nous a été offert par l’auteur, ne le cède en rien à ses devanciers. Digitized by LjOoq Le 36 ANNALES littérature. Un autre ouvrage de statistique , intitulé Rapport tut la bibliothèque de Nancy, nous a été adressé par notre correspondant M. Gillet , juge au tribunal de cette ville. M. Poirel , avocat général à la cour royale , nous a aussi fait part d’un travail sur la réforme des prisons : ce tra- vail, qui touche à la fois à la statistique et à la législation, a été renvoyé à l’examen de M. Lemarquis. Avant de clore le chapitre de la statistique , je dois vous faire connaître la résolution que, sur la proposition de notre collègue M. Mansion , nous avons prise , de récom- penser par une médaille d’or et une prime de 300 francs l’auteur du meilleur livre dé lecture à l'usage spécial des écoles primaires du département des Vosges. La plupart des hommes vivent et meurent aux lieux de leur naissance; il faut' donc qu’outre l’instruction générale que chacun est tenu de posséder, ils aient encore une connaissance exacte de tout ce qui concerne le pays où leur existence doit s’écouler : histoire , biographie , langage et coutumes , sta- tistique naturelle et civile , rien de tout cela ne leur est indifférent ; rien de tout cela par conséquent ne doit leur rester étranger. Nul doute qu’un ouvrage qui , dans un cadre restreint et sous une forme à la portée de l’enfance , renfermerait ces diverses connaissances , ne fût appelé à rendre d’é- minents services aux populations de notre département. Une pareille considération est bien, de nature à stimuler le zèle de nos concitoyens , et à nous faire espérer que l’année prochaine ne se passera point sans que l’occasion se présente de décerner la récompense promise. Il ne suffit pas de savoir ; il faut pouvoir encore com- muniquer ses idées , et leur donner cette forme heureuse qui fait qu’on nous écoute ou qu’on nous lit avec intérêt. Digitized by Google DE LA SOCIÉTÉ D'ÉMULATION. 37 C’est un des objets que l'on se propose en étudiant la lit- térature, mais ee ne doit pas être le seul. La littérature est plus que l’art de bien dire , c’est un vaste miroir où vient se refléter l'humanité tout entière , avec ses croyances , ses mœurs et ses passions; c’est la grande voix des âges écoulés qui vibre à nos oreilles ; la chaine mystérieuse qui, à travers le temps et l’espace, relie les générations éteintes aux générations vivantes , et communique à nos cœurs les mêmes battements qui ont agité tant de cœurs aujourd’hui réduits an poussière. Envisagée de la sorte , la mission de la litt ér atu re est grande et sainte , et cette mission ne doit pas manquer d’apôtres fervents. MU en a trouvé un dans M. Génin , professeur à la faculté des lettres de Strasbourg, que nous tenons à hon- neur de compter parmi nos membres correspondants. M. Gé- nin n’est pas seulement un écrivain plein d’esprit et de verve , c’est un érudit qui a passé une bonne partie de ses 'veilles à fouiller les monuments de notre ancienne lit- térature, afin de retrouver les débris de la langue que parlaient nos pères et que leurs fils connaissent si mal. Les résultatsde8 longues recherches de M. Génin se trouvent consignés dans un ouvrage qu’il nous a. adressé et qui a pour titre : Variations du langage français depuis le XIP siècle. « Ce n’est qn’en possédant notre vieille langue, dit M. Génin, qu’on possédera la véritable langue moderne, qo’ou en pénétrera le génie et les ressources. Plût à Dieu que cette étude s’organisât dans les collèges, à côté du grec et du latin ! Mais l’histoire de la langue française ne pourrait -elle du moins trouver asile dans les facultés? L’histoire d’une langue , c’est l’histoire de la nation qui la parle. Or nous avons des chaires d'hébreu , de syriaque , de chinois , de malais , de pec-. Digitized by LjOoq Le 38 ANNALES san, d’hindous tani , d’arabe, de tat&re - mandchou , une foule d'autres chaires dont quelques-unes en double, et il n’existe pas à Paris ni dans toute la Franee une seule chaire où l’on explique le vieux français. La philologie officielle de l'état embrasse le nord et le midi , le levant et le couchant, excepté la France. Ne ressemblons-nous pas un peu à ces curieux , avides de tout ce qui se passe chez leurs voisins, mais très-ignorants et insouciants des af- faires de leur propre famille? Continuons à jouir des livres des brames , mais tâchons aussi de déchiffrer les ouvrages composés par nos pères Je le déclare sans rougir : Olivier, Charlemagne et Roland me touchent pins que ne font Lao-Tseu , Meng-Tsen, ni Confutzée, plus qne le Ramayana , ni le Mahabarata , et s'il faut l’avouer, au- tant pour le moins qu’Hector, Achille et Agamemnon. » Ces vœux si sensés de M. Génin seront-ils exaucés? il y a lieu de l’espérer, car M. le Ministre de l’instruction publique , par une décision prise il y a quelques mois , a chargé notre collègue de préparer les éléments d’uneGram- maire historique de la langue française, laquelle sans doute servira plus tard de base à un enseignement officiel. Les autres ouvrages littéraires qui nous ont été adressés sont , à l’exception d’on seul , relatifs à la biographie lo- cale. Ainsi M. Charton nous a fait hommage d’une Notice sur M. Parisot , dans laquelle nous avons avec bonheur retrouvé l’histoire fidèle d’une vie consacrée tout entière au bien public. M. Digot , avocat à Nancy, membre cor- respondant, nous a fait don de deux éloges historiques pleins de consciencieuses recherches , l’un de François Riguet, grand prévôt de l’église collégiale de Saint -Dié, auteur de plusieurs ouvrages importants sur l’histoire de Lorraine , l’autre du père Benoit Picard , historien estimé de la ville et du diocèse de Toul. M. de Bazelaire fils , Digitized by LjOOQle 39 DE LA SOCIÉTÉ D’ÉMULATION. membre correspondant à Paris, noos a envoyé nne vie de Pierre Fourier, curé de Maltaineourt, dont la mémoire est encore en vénération dans nos contrées. Il faut louer M. de Bazelairc d'avoir fait une biographie plutôt qu’une légende : l’austère figure de Fourier gagne plus qu’elle ne perd à être vue dégagée de cet appareil superstitieux dont s’était plue à l’entourer une pieuse spéculation. Nous avons également reçu de notre zélé correspondant M. Albert Montémont, homme de lettres à Paris, une notice sur la princesse de Salm-Dick et une pièce de vers intitulée la Jeune Malade. Enfin notre collègue M. Haxo nous a donné sur Claude Gelée une note biographique qui a été insérée dans le dernier cahier de nos Annales. C’est ainsi , Messieurs , que deviendra plus facile à réaliser ce projet d'une biographie vosgienne qu’a conçu M. Mau- d’heux , et qui ne peut manquer de trouver auprès de nos concitoyens l’accueil auquel a droit toute pensée pa- triotique. Mous comptions sur ces dispositions de notre population, lorsque nous avons décidé qu’une souscription serait ou- verte pour ériger une statue à notre grand peintre pay- sagiste, Claude le Lorrain. Mous savions que les monuments s’adressent à la fois aux yeux et à l'esprit , et que , pour de nobles Ames , il n'est point de plus puissant stimulant que la vue de ces récompenses toutes morales , décernées par l’admiration d’un peuple aux plus dignes de ses enfants. Elle le savait aussi , cette antiquité si fertile en grands hommes; l’amour de l’or ne lui semblait pas l’unique mobile des actions humaines : une simple couronne, une statue sur la place publique, tels étaient les seuls prix qu’elle offrait à tous les genres de mérite , et ces prix , qui n’a- vaient de valeur que parce qu’ils étaient le signe de l’es- Digitized by LjOoq Le 40 ANNALES time universelle, ont enfanté pins de beaux traits, plus de généreux efforts que n’en excitera jamais dp nos jours le sordide appât d’un gain matériel. Bientôt, sans doute, nous verrons s’élever dans nos murs la statue dont M. Desbœufs nous a envoyé le modèle, et que tout le monde a été admis à contempler dans une des salles de cet édifice. Claude est représenté debout , le pied appuyé sur un frag- ment de colonne; son œil est fixé sur la campagne de Tibur, et sa main saisit le crayon qui doit traduire sur le papier la scène dont il est témoin. L’œuvre de M. Desbœufs n’est pas moins imposante dans son aspect général qu’harmo- nieuse dans ses parties , et , après l’avoir vue , le conseil mu- nicipal d’Epinal n’a point hésité à ratifier son vote de l’année dernière, qui accordait à la souscription une somme de 3,000 francs. Les principales villes de notre département ont également voté des fonds pour cet objet , et l’étranger lui-même a voulu apporter son offrande : l’un des pre- miers lords d’Angleterre , M. le duc de Devonshire , qui possède une grande partie des tableaux de notre illustre compatriote , a mis à la disposition de la commission une somme de 300 francs. Ces débuts sont d’un heureux au- gure pour la souscription , et nous font espérer qu’avant la fin de l’année prochaine nous pourrons réaliser notre projet ; ce sera un beau jour pour ce pays que celui qui verra l'image de l’humble enfant de Chamagne se dresser sur son piédestal an bruit des acclamations de tout un peuple ! Il est un lieu dout le nom ne réveille pas moins de sou- venirs glorieux dans les cœurs vosgieus que les noms de Chamagne ou de Domrémy : c’est la ville que Jeanne d’Arc sauva du joug de l’Anglais , c’est Orléans. Un de nos cor- respondants, M. Charles Pensée (d’Epinal) a consacré son beau talent de dessinateur à retracer les anciens monuments Digitized by LjOoq Le 41 DE LA SOCIÉTÉ D’ÉKDLATIOR. eiriis et religietix de cette ville qu’il habite depuis longues années , et il a gratifié notre Société d’un exemplaire de son ouvrage. Ce n'est pas d’aujourd'hui seulement que nous sommes redevables à M. Charles Pensée ; nos cartons rem- plis de ses dessins sur les Vosges témoignent à la fois de son désintéressement et de l’amour qu’il a conservé pour le pays natal. Notre collègue , M. Laurent , directeur du musée dé- partemental , a signalé , dans une note que nous avons publiée , les nouveaux accroissements qu'ont reçus les col- lections archéologiques de cet établissement. Deux trou- vailles récentes vont augmenter encore l’intérét qu’offraient déjà ces collections. Dans une de nos dernières séances , M. Laurent nous a présenté une lampe antique trouvée à Grand et plusieurs ornements en bronze découverts à Vaubexy, dans des sépultures qui ont été mises au jour en construisant une nouvelle route. Ces derniers objets , qui paraissent avoir appartenu à des guerriers franks, donnent lieu de supposer qu’un combat meurtrier aurait été livré près de cet endroit. Quoi qu’il en soit , nous nous sommes empressés de mettre à la disposition de H. Lau- rent des fonds qui permettront de continuer les fduilles. Tels ont été , Messieurs , les principaux travaux de notre publicité. Société depuis la dernière séance publique. Parmi ces tra- vaux , il en est quelques-uns qui n’ont point encore donné de résultats , mais si nos concitoyens nous secondent , les germes que nous avons semés ne tarderont pas à se dé- velopper et à porter leurs fruits. L’union seule en effet donne la force d’exécuter , comme elle inspire le courage d’entreprendre , et M. le Ministre de l’instruction pu- blique l’a bien compris lorsque , l'an dernier , il a conçu le projet de prendre en main la direction des corps scien- Digitized by Google 42 AIWALE8 tifiques et d’imprimer une impulsion commune à leurs efforts jusqu'alors divergents. C’est là , Messieurs , une pensée grande et féconde et nous nous y sommes associés autant qu’il était en nous , en adressant à M. le Ministre une notice historique sur notre Société , en même temps que la collection complète de nos publications. Nul doute que cette pensée , comme toutes celles qui ont de l’avenir, ne se développe encore par la suite; à l’annuaire des socitUs scientifiques qui doit se publier tous les ans , au rapport annuel qui .fera connaître à la France et à l’é- tranger les travaux les plus remarquables de ces sociétés, M. le Ministre sentira sans doute la nécessité d’ajouter une revue paraissant à des époques moins éloignées , et for- mant de la sorte , entre toutes les académies de province, une espèce de congrès permanent dont le foyer serait à Paris. Notre Société , pour sa part , ne peut manquer d’ap- plaudir à une telle conception; nous profitons , il est vrai, de l’offre généreuse de M. Cabasse, qui a mis gratuitement à notre disposition les colonnes de son journal; il est vrai aussi que notre collègue M. Gley nous a fait en- trevoir la possibilité de reprendre la publication de notre Bulletin mensuel , interrompu il y a deux ans ; mais il faut de nos jours anx oeuvres de l'intelligence une publicité plus étendue que celle qui s’arrête aux limites d’un dé- partement. Quelle influence n’aurait pas un organe commun de toutes les sociétés scientifiques françaises, recueillant jour par jour, dans leur actualité, tous les documents émanés de leur sein, et les portant aussitôt à la connais- sance, non seulement de la France, mais du monde savant ! Organisation II me reste , Messieurs , à vous faire connaître les mo- de l * difications survenues dans la composition de notre Société durant le cours de l’année qui vient de finir. Nous avons Digitized by LjOoq Le 43 DK LA SOCIÉTÉ d’ÉMULATICW. conféré le titre de membre titulaire à M. Bienaymé , dont j’ai en occasion de tous citer arec éloges la Notice sur le Ut de Tangvt. M. d’Estocqnois , auteur de deux mémoires que j’ai également mentionnés, a été aussi admis parmi nous eu qualité de membre correspondant Plût an del que ma tâche se bornât à tous dire les nouveaux noms dont notre liste s’est accrue , mais au moment même où noos ne songions qu'à nous félieiter de ces acquisitions , la mort est venue nous porter le coup le plus sensible, en nous enlevant notre secrétaire perpétuel : M. Briguel s’est éteint le 26 avril dernier, emportant avec lui dans la tombe l’estime et l’affection de tous ceux qui avaient pu apprécier les rares qualités de son esprit et de son cœur. M. Louis Briguel était né à Epinal le 9 juin 1793, c’est- à-dire au plus fort de cette lutte héroïque par laquelle nos pères se sont immortalisés. Le collège qui existait avant la Révolution , et où la jeunesse , pour toute in- struction , recevait seulement quelques notions incomplètes des langues mortes , avait fait place à une institution plus eu harmonie avec les besoins de la société nouvelle. Le jeune Louis suivit les cours de l’éeole centrale, et son aptitude précoce ne tarda pas à le faire remarquer de ses maîtres. B venait à peine de terminer ses études et d’at- teindre sa dix-septième année , qu'il fut jugé capable de remplir les fonctions de professeur au collège de Dieuze; il ne les quitta qu’en 1817, pour celles de professeur de seconde et de rhétorique au collège d’Epinal. Le titre d'of- ficier d'académie, qui lai fut conféré le 5 juillet 1825, fut la récompense du zèle et du talent qu’il déploya dans ces deux chaires. La Révélation de juillet , qui trouva M. Briguel en possession des mêmes fonctions, s’empressa de lui décerner un nouveau témoignage d'estime , en l’appelant à diriger Digitized by LjOoq Le ANNALES le eollége d’Epinal; mais, à la fin de 1832, M. Briguel, qni n’avait point cessé de professer, dut résigner un far- deau trop au-dessus de ses forces : il le fit en renonçant au titre de principal. Jusqu’en 1844 , époque où le déclin de sa santé le contraignit à prendre sa retraite, M. Briguel continua de remplir avec le même zèle les pénibles devoirs du professorat, et soit qu’il enseignât les vérités abstraites de la philosophie ou les beautés de la rhétorique , soit qu’il exposât aux jeunes gens de l’école primaire supérieure les éléments de notre littérature , il savait toujours accommoder sa méthode à la diversité des intel- ligences ou la varier selon les exigences de la matière qu’il traitait. Connaissant aussi bien que tout autre l’art de se faire respecter de ses élèves, il possédait encore mieux le secret de s’en faire aimer , et parmi ceux qui ont reçu ses leçons , il n'cn est point , je puis le dire , qui n’ait conservé de son ancien maître un souvenir affec- tueux. Mais je n’ai dépeint que le professeur, je n’ai point encore parlé du collègue laborieux et dévoué , de l’ami sûr et fidèle , car M. Briguel était l’un ét l’autre. Avec le vénérable Parisot, il avait contribué à fonder notre Société , et pendant vingt ans il n’a cessé de prendre la part la plus active à ses travaux. Toujours prêt lorsqu’il s'a- gissait d’accepter quelque lourde tâche , il trouvait , malgré ses occupations journalières, le moyen de s’en acquitter avec une promptitude et presque toujours une perfection qui ne laissaient rien à désirer. Appelé aux fonctions de se- crétaire perpétuel, devenues vacantes par la mort de M. Parisot , son activité et sa sollicitude parurent s’accroître encore avec ses devoirs ; seul il suffisait à tout , mais tant d’efforts si longtemps prolongés avaient épuisé ses forces : dans le courant de 1844 , il éprouva les premières atteintes du mal qui , deux années plus tard , devait noua Digitized by LjOoq Le DE LA SOCtÉT*- D’ÉMULATION. 45 te ravir. 11 ne parut point , pourtant , que sa belle intelli- gence en eût été affaiblie ; ses souvenirs seuls semblaient avoir perdu de leur netteté; mais si la mémoire de l’esprit avait souffert, la mémoire du cœur était restée entière : son amour du travail et son dévouement étaient toujours les mêmes , et l’on peut vraiment dire de lui qu'il est mort à la peine. Voilà , Messieurs , quel était l'homme que nous , regrettons ; j’aurais pu vous parler encore des qualités qui distinguaient l’écrivain , de l'indépendance du citoyen , des vertus du père de famille , mais ce serait supposer que vous les avec oubliées. Non , il ne peut être mis en oubli celui qui s'est lui -même oublié pour les autres, et la recon- naissance de ses concitoyens le suivra par-delà la tombe qui garde ses restes mortels. La mort de M. Briguel , en laissant de nouveau va- cantes les fonctions de secrétaire perpétuel , noos imposait une mission difficile , celle de lui chercher un successeur rempli du même zèle et capable au même degré de sa- tisfaire aux exigences si diverses de ces importantes fonc- tions. Nous l’avons trouvé dans M. Haxo , et ce choix , j’en suis sùr, sera ratifié par l’assemblée qui m’écoute. Elle a pu comme nous apprécier l’étendue des connais- sances de M. Haxo , et comme nous aussi , elle a pu juger de l’ardeur qui l’anime pour le bien. Je m’arrête , Messieurs , car je craindrais de dépasser les limites d’un simple compte rendu. Je n’ai point cru cependant pouvoir me dispenser de rattacher les travaux de notre compagnie au travail général qui se manifeste de toutes parts : c’est qu’en effet , pour bien juger du rôle que chacun de nous est appelé à remplir, il faut voir les choses d’ensemble et s’élever à la conception do but vers Digitized by LjOoq Le 46 AHKAI.ES lequel gravitent les sociétés modernes. Ce but , je l’ai dit en commençant , c’est l’unité , la centralisation de toute» les forces intellectuelles et matérielles , et cette centralisation n’est elle-même qu’un moyen pour arriver au but final , qui est le bonheur commun de l’humanité. Associons-nous donc, puisque telle est la loi providentielle qui préside aux destinées humaines; mettons en commun nos facaltés individuelles , faisons-les servir au bien-être de tous , et loin de nous appauvrir, nous recevrons le centuple de ce que nous aurons donné. P’où vient la supériorité du christianisme sur le» autres religions qui ont régné sur le monde? C’est qu’il a surtout prêché l’union entre les hommes ; c’est qu’en les proclamant tous enfants du même père , il leur faisait clairement entendre qu’ils devaient vivre en frères et ne plus former qu’une seule et même famille. 11 est temps enfin que ces principes cessent d’être une lettre morte et qu’ils se traduisent par des faits ; il est temps que nous sortions de cet isolement funeste où nous nous sommes trop longtemps renfermés, et qu’appuyés les uns sur le» autres, les mains entrelacées dans une fraternelle étreinte, nous marchions hardiment et de concert dans les voies que la Providence nous a tracées ! Digitized by LjOoq Le DE LA socrfri d’émijlatiok. 47 UllOftî SCR LA aftsrcraævæti&a bis muas DÉCERNÉES à l'a|HcaMnre« l'iaimMc et 1'kertlealture , Par N. DEBLAYE, MEMBIE TITULAIRE. Messieurs , Votre Société a , depuis sa création , porté une ooustante sollicitude sur l’agriculture , cette braucbe si importante de réeooomie sociale , vraie et solide base du commerce et de l’industrie. Source réelle du bien-être public, l’agri- culture est appelée par son développement successif, à placer notre belle patrie à la tête du mouvement commer- cial et industriel, comme déjà les arts et les sciences lui ont assigné le premier rang dans la civilisation. L’agriculture vosgienne , dont la prospérité vous préoc- cupe si vivement, était, jusqu’au grand élan national de 1789, restée stationnaire, arrêtée dans l’ornière de l’igno- rance et de la routine. C’est de cette mémorable époque Digitized by LjOOQle 48 ANNALES que date pour elle une ère nouvelle ; grâce aux efforts généreux et persévérants des hommes éclairés , elle est entrée dans la voie du progrès , dirigé lui-mème par l’ap- plication raisonnée des sciences mathématiques à l’art agri- cole , sous le triple rapport de la physique , de la chimie et de la mécanique. Le département des Vosges , par sa constitution géogra- ‘ pbique, doit se livrer simultanément à l’agriculture et à l’industrie manufacturière. Dans le but de hâter le dé- veloppement de la première» vous vous êtes associé les comices agricoles , spécialement établis pour propager dans les campagnes l’instruction pratique relative à la bonne culture des terres, à l'emploi des instruments aratoires nouveaux et anciens perfectionnés, surtout à l’éducation et à l’amélioration rationnelles des races animales destinées au labour, à la nourriture de l’homme ou aux exigences commerciales et industrielles. Je le dis à regret, il est déplorable que le Gouverne- ment ne fasse pas au budget une plus large part à l’agri- culture et vous permette, par ce moyen efficace, d’augmenter d’une manière digne de son objet les récompenses annuelles que vous décernez aux agronomes et aüx industriels qui se distinguent par leur zèle , leur intelligence et leur ac- tivité. Malgré l’exiguité de vos ressources, vous êtes parvenus à entretenir une louable émulation dans cette classe émi- nemment recommandable de citoyens , dont le travail et les efforts constants ont pour but l’établissement durable et permanent de la prospérité nationale. A l’a- griculture est réservée la noble mission de retremper et de fortifier les mœurs publiques, auxquelles , dans ces derniers temps , ont été portées de si funestes atteintes. L'horticulture est aussi l’objet de votre bienveillante sollicitude ; eUe a dans ses développements les rapports Digitized by LjOOQle DE LA SOCIÉTÉ D'ÉMULATION. > 49 les plus immédiats avec l'agriculture dont elle est la soeur. Votre commission des primes , Messieurs , m’a chargé de vous présenter le résultat de son travail. En acceptant cette tâche au-dessus de mes forces , je me sois rendu à l’accomplissement d’un devoir, votre indulgence sera ma sauvegarde. AGRICULTURE. MISE EU VALEUR DE TERRAINS IMPRODUCTIFS DE LA CONTENANCE D’UN HECTARE EN UNE OU PLUSIEURS PIÈCES. Parmi les candidats qui se sont présentés au concours , trois seulement se trouvent placés dans les conditions dè votre programme. Le premier est M. Pinot, d’Epinal, pro- priétaire, sur la commune de Golbeÿ, d’une pièce de terre de cinq hectares 1/2 environ. Ce terrain, presque généra- lement improductif à l’époque dè son acquisition , a été transformé, sur une étendue de trois hectares, en une prairie naturelle de bonne qualité , tant sous le rapport de la nature du fourrage que sous celui de la quantité. Avant sa transformation , cette propriété ne donnait que quelques herbes de mauvaise qualité , pour ainsi dire nulles pour la récolte et ne servant qu’au pacage dù bétail. Le résultat obtenu par M. Pinot est dû à un travail long et opiniâtre , soutenu par une persévérante intelligence. Cette création de prairie est vraiment remarquable par son ni- vellement et le bon emploi des eaux naturelles et pluviales. Le second eit M. Joseph Vautré, garde forestier com- munal à là résidence de Vaubexy. Cet agent se distingue particulièrement par une infatigable activité; les forêts soomises à sa surveillance lui doivent de notables amé j 4 Digitized by LjOOQle 50 ANNALES liorations , pour le repeuplement des vides en bonnes essences , judicieusement appropriées au sol. Depuis cinq ans , il a exécuté dans les forêts communales de Vaubexy, au canton de Grand-Bois, un reboisement complet de 3 hectares ; d’Ahéville , canton de la Pétroie , de 60 ares ; de Jorxey, de 40 ares sur trois points différents , enfin d’Avillers, de 20 ares, au quart en réserve, canton des Boules. Le troisième , M. Joseph Vernier, aussi garde forestier communal demeurant à Provenchères , a de justes droits à votre bienveillance, pour le dévouement dont il fait preuve dans l’exercice de ses devoirs, lia, pendant les années 1844 et 1 845, exécuté lui-même ou fait exécuter sous sa direction , dans les forêts communales confiées à sa garde , deux repiquements , l’un de 50,000 brins et l'antre de 40,000 sur une superficie de 2 hectares. 11 a en outre établi 300 mètres de rigoles d’assainissement. Les conseils municipaux des communes dont les forêts sont placées sous la surveillance de ces deux agents, se sont empressés de donner les attestations les plus honorables et de vous les recommander, par l’intermédiaire du bureau d’administration du comice de Mirecourt. Deux concurrents , quoique ne se trouvant pas dans les strictes prescriptions du programme , par suite de cir- constances indépendantes de leur volonté , attendu qu’elles résultent de leur position de fortune, ont néanmoins frappé notre attention et nous ne pouvons que les proposer au partage de vos encouragements. L’un , M. Counot, instituteur de la commune de Golbey, a pour titres un travail analogue à celui de M. Pinot, exécuté sur un terrain communal de la contenance de 50 ares, absolument inculte et improductif, qu’il a changé en un bon pré naturel. Ce jeune homme laborieux s’occupe aussi à donner à ses jeunes élèves des leçons d’agriculture pratique. Digitized by LjOoq Le DK LA société DÉMULATIOR. 51 L’antre , H. Moogeot, de Gerbépal , «e recommande par lue création analogue à la précédente et par laquelle il est parvenu , à force de peines et de travail , à convertir en On beau pré naturel nn terrain de 70 ares , entièrement improductif et hérissé de roches. C’est sur l’exposé de ms titres divers que votre com- mission vous propose de décerner : F Une médaille d'argent à M. Pinot ; V Une médaille de bronze et une prime de 50 francs à MM. Vautré et Vernier ; 3* Une mention honorable et une somme de 50 francs , à titre d’encouragement , à MM. Connut et Mougeot. PL AS TES FOURRAGÈRES. — PRAIRIES ARTIFICIELLES. Deux concurrents , tous deux membres du comice de Mireconrt, de cet arrondissement si éminemment agricole, se présentent dans la lice sous les plus favorables aus- pices , patronnés par le bureau d’administration de cette utile institution. Vient en première ligne M. Mathis , propriétaire et cul- tivateur & Racécourt , le propagateur dans sa commune de la culture des prairies artificielles , si avantageuses & l’agriculture et si difficiles à établir, par suite de la trop grande division de la propriété et de l’assolement triennal , entraînant à sa suite le fléau de la vaine pâture. M. Matbis, à force de soins, de sacrifices et de persévérance, est arrivé à réunir en plusieurs pièces 1 1 hectares qu’il a convertis en lusernières et sainfoin, selon la nature et l’exposition du sol. Il ne s’en est pas tenu là, il a aussi converti I hectare de terres arables médiocres en une bonne prairie natu- relle, contiguë à une autre semblable de 2 hectares. Le travail exécuté dans ce but se distingue par un nivel- Digitized by LjOOQle 52 ANNALES lement d’accord avec l’assainissement du terrain , et basé sur un système de rigoles d’écoulement bien ordonnées et destinées à conduire les eaux éparses dans des réservoirs disposés pour l'irrigation régulière de cette récente prairie. Se présente ensuite M. Prosper Maudru , propriétaire à Ville-su r-Illon , faisant valoir un domaine de 9 hectares , sur lesquels il en a affecté 6 à la culture des prairies ar- tificielles , ainsi répartis : 3 hectares en liizernières , 2 en trèfles et I en sainfoin. Le produit de cette culture a été très-satisfaisant et lui a mérité le second prix , au concoun de 1 845 , au comice dont il fait partie. Nous vous proposons en conséquence d'accorder, 1° Une médaille de bronze à M. Mathis ; 2° Une mentiou honorable à M. Prosper Maudru. AMÉLIORATION DU BÉTAIL. Deux candidats , également membres dn comice de Mi- recourt , se présentent sous le même patronage. L’un , M. Louis-Lambert George , cultivateur à Ravenel , établit ses titres sur une exploitation rurale de 78 hectares, à laquelle se trouvent attachées 38 têtes de bétail se subdi- visant ainsi : 1 2 vaches laitières , 3 genisses , 8 bœufs de travail élevés sur le domaine, 1 taureau pour la repro- duction , 8 chevaux et 2 poulains. A l’alimentation de ce nombreux bétail sont affectés 5 hectares de prairies na- turelles en plein rapport , 5 autres hectares de pareille nature en création , 20 hectares de prairies artificielles et 8 hectares de plantes légumineuses sarclées. Le reste, se réduisant à 32 hectares, est consacré à la production des céréales , moins 8 hectares en jachères. Toutes les constructions rurales de cette belle exploi- tation sont récentes ; elles ont été faites sous la direction Digitized by LjOoq Le 53 DB LA SOCIÉTÉ D’ÉMULATION. immédiate de M. George , dont l’intelligence et la capacité reconnues ne peuvent être révoquées en doote. Tontes les exigences hygiéniques ont été scrupuleusement observées et répondent à tous égards à la bonne tenue du bétail. Ce propriétaire est engagé dans la voie do progrès , et dans peu d'années il sera cité comme le modèle des agriculteurs vosgiens. Après loi vient M. Théophile Gaspard , cultivateur à Pont-sur- Had ou , son digne émule , exploitant un domaine de 71 hectares , dont 12 hectares de prairies naturelles, 13 de prairies artificielles et 2 de plantes légumineuses sarclées. Le surplus est livré à la culture des céréales et à la jachère. Cette exploitation fournit à l’entretien de 9 vaches laitières , 2 taureaux, 1 genisse , 3 veaux, 15 chevaux et 10 poulains. Il se livre avec succès à l’éducation des espèoes bovine et chevaline. Sous le rapport des con- structions rurales, M. Gaspard ne jouit pas des mêmes avantages que M. George; il tient sob manoir de ses ancêtres, ses écuries sont anciennes ; cependant il a su en tirer tout le parti possible en. les appropriant à leur destination , conformément aux règles hygiéniques relatives à la bonne tenue et à l’amélioration de son nombreux bétail. Il est, comme son collègue, un homme essentiellement recomman- dable par son intelligence et son dévouement an progrès. Noos vous demandons en faveur de ces deux agronomes distingués, I* Une médaille d’argent pour H. George ; 2* Une médaille de bronse pour M. Gaspard. INDUSTRIE. A la tête des aspirants qui se sont mis sur les rangs, pour recueillir vos suffrages et mériter les récompenses Digitized by LjOoq Le 54 ANNALES que tous réservez aux citoyens qui consacrent leur temps et leurs veilles au développement et au perfectionnement de l'industrie , marche M. Tbirion, mécanicien à Mirecourt. Il présente un nouveau système de boitage des voitures , dont le perfectionnement a pour résultat la diminution de traction. Une pareille amélioration est de la plus haute importance pour l’économie agricole , dans laquelle l’em- ploi des voitures et des instruments aratoires joue un si grand rôle. Le système de M. Tbirion , pour me renfermer dans les termes d’une partie du rapport de la commission nommée par le bureau d'administration du comice de Mirecourt dans le but d’en constater les avantages , consiste : « Dans l’introduction d’une virole ou double boite en bronze, tournée à l’extérieur et alesée à l’intérieur, entre l’essieu en fer tourné et la boite en fonte alesée ; deux rondelles en acier trempé , placées l'une entre l'embase de la fusée et le moyeu , l’autre à l’extrémité de la fusée contre l’écrou qui lé termine , complètent ce système ap- pelé boîte à double rotation, et dans lequel les frottements des surfaces coniques en contact sont facilités par l’inter- position d’un corps gras. ■ La commission s’est attachée à reconnaître la réalité des avantages attribués par l’auteur à son système et dont les principaux sont : 1° La diminution du frottement par sa décomposition , et le séjour constant de l’huile ou de la graisse sur toute la circonférence de l’essieu et de la double boite, devant avoir pour résultat de conserver la boite ainsi que l’essieu, d’empècher le grippement entre la botte et l’essieu , et par conséquent la production d’un calorique capable d’incendier les roues; Digitized by LjOoq Le DE LA SOCIÉTÉ D'ÉMULATION. 55 2* Diminution de la résistance de traction , comme con- séquence de ce qui précède , etc. Cette commission a également reconnu que ce nouveau système de bottage pouvait s'adapter indistinctement à tons les genres de boite en usage , soit à l’huile , soit à la grasse, et a l’avantage de prolonger la durée de l'essieu et de la botte en fonte , d’éviter le déboîtage des roues et le brûlement qui en serait la conséquence. Ce système a la consécration de l’expérience -, attestée par bon nombre de personnes honorables qui, par état ou par position , sont à même d’en constater et d’en appré- cier les avantages, entr’autres, MM. Villemin, maltrede poste à Mireeourt, Dubois, de Veselise, Tourtel, deTantonvitle, et Favre jeune, constructeur de carrosserie à Epinal. Votre eoaomis8ion a été très- satisfaite de la précision et de la lucidité avec laquelle M. Thirion, appelé dans son sain , lui a fait l’exposé de son système et de ses avantages. Après lui vient M. Ducret , mécanicien à Epinal , in- venteur d’une machine à fabriquer les rouages d’horlogerie; nous regrettons bien sincèrement de ne pouvoir vous faire un rapport satisfaisant sur la manière de fonctionner de la mécanique de M. Ducret , qui , par une déplorable fatalité , est devenue la proie des flammes dans le dernier ineendie qui a eu lieu à Épinal , et a ravi à son auteur le Irait de trente années de travail. Un troisième, M. Thouvenin, habitant la commune de Sainte-Hélène , se présente comme auteur d’une mécanique propre à trilkr le gravier pour le chargement des routes; cette machine a déjà été soumise à votre appréciation les années précédentes , appuyée d’nn rapport favorable de M. l'ingénieur Sapin , qui lui a valu une mention hono- rable , avec invitation d apporter à son invention le per- Digitized by LjOOQle 56 ANRAIfBS fectionnement dont elle était susceptible. M. Thouvenin n’a pas , à cet égard , entièrement répondu à votre at- tente. Le dernier enfin, M. Gunat, de la commune de Hadol, est inventeur d’un piège assez ingénieux pour prendre les taupes et très-propre à la destruction de ces animaux nui- sibles. Tout ce qui intéresse l’agriculture est accueilli par vous avec empressement : sous ce peint de vue M. Gunat rédame votre attention. Nous vous engageons donc , Messieurs , à décerner, 1° Une médaille d’argent et une prime de 200 francs à M. Thirion; 2° D’accorder une somme de 100 fr. à titre d’encourage- ment à M. Ducret; 3° Une somme de 50 francs au même titre à M. Thou- venin ; 4° Une somme de 30 francs , aussi pour encouragement , & M. Cunat. HORTICULTURE. LÉGUMES. Cinq exposants, MM. Bastien, Romary, Adelphe (Jean- Jacquot) , Girardin et Lainel, dit Pécheur, se sont présentés au concours. La commission spéciale appelée à vous faire connaître le résultat de son examen , vous propose de dé- cerner le premier prix à M. Bastien, jardinier de MM. Dutac frères, pour le nombre, l’ensemble et la beauté de ses légumes , parmi lesquels se faisaient particulièrement re- marquer diverses espèces de choux , de carottes et d’é- normes betteraves. Elle vous demande le second prix en faveur de M. Romary, dont les produits ont, sous tons Digitized by LjOOQle DB LA SOCIÉTÉ D’ÉMULATION. 57 les rapports , le plus approché de ceux exposés par M, Bastieo. Les commissaires, liés par les prescriptions du programme, regrettant de ne pouvoir vous proposer la récompense due au sèle et à la capacité de M. Girardin , jardinier chez M. Pierrat. Ils se bornent au rappel de la médaille de bronze aocordée à ce dernier, dans l'nne de vos séances publiques , pour sa remarquable culture des melons. Ils croient aussi devoir signaler à votre bienveillance MM. Lainel dit Pécheur et Adelphe (Jean-Jacquot). Ils vous pro- posent , en conséquence , d’accorder, 1* A M. Bastion, une médaille d’argent et une prime de 40 francs; 2* A M. Romary, une médaille de bronze et une prime de 20 francs ; 3* Rappel de la médaille de bronze à M. Girardin, comme jardinier de M. Pierrat ; 4* Une mention honorable à MM. Adelphe (Jean-Jacquot) et Lainel dit Pécheur. FRUITS. Les candidats n’ayant pas répondu aux exigences du programme , relativement à la production de fruits d’es- pèces nouvelles , votre commission a jugé convenable d’a- journer au concours de 1847 les prix proposés. Elle se plaît néanmoins è rendre hommage à la beauté des fruits présentés par les exposants , et vous propose d’accorder une mention honorable à MM. Bastien et Adelphe (Jean-Jac- quot). FLEURS. M. Crousae a soutenu sa belle réputation , si bien établie dans les précédentes expositions , où se distinguaient ses Digitized by LjOOQle 58 ANNALES produits, tant indigènes qu’exotiques. Cette année, il s’est surtout fait remarquer par une rare collection de camélias, d’azolées , de bruyères variées , ainsi que par de beaux échantillons de jasmins d'Espagne et de lys majestueux à feuilles lancéolées , plantes encore peu communes. La com- mission vous demande le premier prix pour cet habile flo- riculteur, consistant en une médaille d’argent et une prime de 40 francs. Elle réclame le second prix pour M. Pécheur fils : une médaille de bronze et une prime de 20 francs , pour ses nombreuses collections de verveines., de phlox , dans lesquelles on distingue les espèces les meilleures et les plus nouvelles de pensées dites anglaises et de roses trémières , aussi remarquables par leur beauté et leur variété , que par la vivacité de leurs couleurs , enfin pour ses beaux fuschia obtenus de semis. M. Lambinet , de Remiremont, s’est présenté avec un bel assortiment de fleurs et de plantes bien tenues , attestant les efforts et les progrès soutenus de ce bon horticulteur, auquel nous vous engageons à accorder une mention ho- norable et une prime de 30 francs à titre d’encouragement. M. Laveine a présenté un très-beau fuschia corymbi- flora de 2 mètres de hauteur, dont les rameaux couverts de fleurs retombaient en de nombreux corymbes de couleur purpurine. Nous lui avons aussi reconnu des droits à une mention honorable et à une prime de 30 francs au même titre que H. Lambinet. Nous vous recommandons spécialement le jeune Joseph Brun , débutant qui donne de l’espérance , s’il continue à marcher dans la voie où il vient de se faire remarquer par sa petite collection de fleurs. Nous vous demandons pour lui une somme de 20 francs , également à titre d’encoura- gement. Digitized by LjOoq Le 59 DB LA SOCIÉTÉ O KMULATtOH. Votre commission, frappée des brillants résultats obtenus dans les dernières expositions , termine sa tâche en tous proposant d’acoorder, au concours de 1847, une médaille d‘or au floriculteur qui l’emportera par le nombre , l’en- semble, la beauté et surtout la nouveauté des plantes les plus rares et les pins recherchées. Digitized by LjOoq Le 60 ANNALES llmCfwW m SUR LES immss xM&p&raxiitisntiiiuBS Meonlëes par M. le Ministre de l'agriculture ET AFFECTÉES A L* ARRONDISSEMENT d’ÉPINAL EN 1846 , PAR M. CLAUDEL, MEMBRE TITULAIRE. Messieurs , A la fin d’une séance déjà longue et remplie par les discours remarquables que vous venez d’entendre, ma tâche ne peut qu’être fort difficile , et d’autant plus difficile qu’à peine ai-je eu le temps de préparer mon rapport ; aussi je réclame l’appui de toute votre bienveillance. Je serai court : l’aridité de mon sujet et votre fatigue m’obligent à citer brièvement les faits qui ont été soumis à l’examen de votre commission de visite des fermes ; je terminerai par le nom des personnes sur la tète desquelles nous pen- sons que vous devez poser vos couronnes. Elle est grande , Messieurs , et elle sera féconde en grands et heureux résultats , la pensée qui tend à accorder des Digitized by LjOoq Le DE LA SOCIÉTÉ D’ÉMULATION. 61 primes à l'agriculture et aux branches qui s’y rattachent. C’est à mes yenx nn des pins puissants leviers que M. le Ministre de l'agriculture doive employer ; il faut donc le remercier vivement d’étre entré dans cette voie et d’avoir bien voaln noos charger de distribuer ces primes dépar- tementales , qui eussent été sans doote plus importantes si les Chambres eussent voté un crédit plus large. A ce propos , qu’il me soit permis de dire , malgré la déférence due à notre législature, que, pour une nation comme la France , ce crédit n’est réellement pas sérieux. Quoi ! Messieurs, on million seulement à ce qui peut fonder et développer la prospérité nationale, à côté de tant de millions que dévorent les chemins de fer, les canaux et le curage de nos fleuves et rivières ! N’y a-tûl pas là un non-sens déplorable ? Car que transporterez-vous sur vos chemins de fer et vos fleuves, si la prospérité dont je viens de parler ne vous offre pas ses produits? Chaque année je vous ai signalé cette anomalie en exprimant le vœu de la voir cesser; chaque année je vous renouvelle encore d’aotres vœux tendant à la création de cours d’a- gricolture, sans lesquels nous n’aurons jamais de vrais agronomes; enfin je vous ai souvent dit, sans craindre de blesser notre orgueil national, que, sous ces divers rap- ports, nous étions bien en arrière des états allemands. Hé ! Messieurs , les faits viennent appuyer mes paroles ; car , jusqu'à présent , vous avez été , particulièrement pour les chevaux et les animaox de l’espèce bovine , les humbles tributaires de ces pays. Tant qu’à cet égard nous n’aurons pas vaincu ces états, jè renouvellerai les mêmes plaintes, j’adresserai les mêmes reproches, comme cet ancien qui terminait toutes ses harangues par ces mots : delenda e»t Carlhago. Toutefois je devrais avoir sur lui un avantage , car au lieu de détruire , je veui édifier. Digitized by Google 62 AU WALES Je m’arrête , Messieurs , sur ces considérations qui pou- vaient me conduire loin et je reviens au programme. Votre commission a fait, vous n’en doutez pas, tous ses efforts pour que vos récompenses fussent appliquées suivant les règles de la plus sévère justice. C’est donc avec confiance que ses membres , dont j’ai l’honneur d’être l’organe , vous prient de sanctionner les propositions que je vais vous faire connaître. Votre programme ou plutôt le programme de M. le Mi- nistre porte que vous devez accorder, 1° Une .prime de 500 francs avec médaille en argent à l’exploitation la mieux dirigée , entretenant le mieux la plus forte proportion du meilleur bétail. Nous avons , Messieurs , discuté les titres de deux con- currents bien recommandables , le premier est M. Séraphin Cholez , cultivateur à Vomécourt ; sa culture compte 64 hectares , dont 5 hectares en bonnes prairies artificielles et 2 hectares 1/2 environ de plantes sarclées et pommes de terre ; son exploitation est conduite avec une intelli- gence , un esprit d’ordre et une activité remarquables ; ses écuries sont bien aérées et tenues proprement ; son bétail (espèce bovine), composé de 23 têtes et de 12 chevaux,' est vraiment remarquable, et je ne crains pas d’avancer qu’il me semble impossible de trouver mieux. Là, nous a’vons vu de belles et bonnes laitières , produisant chaque année des élèves de premier choix ; nous en avons surtout re- marqué 8 de ceux-ci qui sont de toute beauté; néanmoins il est juste de dire que ce bétail provient originairement d’un taureau suisse et de nos vaches indigènes : ce croi- sage , adopté par la plupart des habitants de Vomécourt y a rendu le troupeau de cette commune bien supérieur aux troupeaux voisins. Digitized by Google DK LA SOCIÉTÉ D’ÉMULATION. 63 Par ces considérations , nous tous demandons pour M. Choies la prime de 500 francs et la médaille en argent qui y est jointe. Nous exprimons le regret , Messieurs, de n’avoir à offrir qu’une mention honorable au deuxième concurrent, M. Pros- per Petot , cultivateur à Beausite , dépendant de notre commune; car M. Petot emploie tous les instruments ara- toires nouveaux et perfectionnés. Son exploitation asses considérable est dirigée avec une haute intelligence ; la distribution de ses terres en céréales , prairies artificielles et plantes sarclées est parfaitement entendue ; nous avons vu a'vec admiration son semis de betteraves. Seulement , son nombreux bétail manquait de force et d’embonpoint et nous avons vu peu d’élèves ; du reste il faut reconnaître qüe M. Petot est dans son début; mais il est doué d’une telle aptitude qu’il s’empressera , nous n'en doutons pas , d’obtenir, sous ces derniers rapports, toutes les améliorations désirables. Félicitons enfin M. Petot de s’étre fait cultivateur, . car ce n’est qu’aux jeunes gens de Sa trempe que nous de- vrons la régénération de notre agriculture. 2* Prime de 200 francs et une médaille en argent aux irrigations. Les grands, les immenses travaux de nos infatigable* collègues MM. Dutac frères , portent partout leurs fruits , car partout nos cultivateurs comprennent qu’augmenter les prairies naturelles et surtout leurs produits par des irrigations bien dirigées , c’est tendre à augmenter le bien- être et la prospérité générale. 11 était naturel que le village de Thaon , premier centre des travaux de MM. Dutac , nous offrit la preuve de ce que peuvent de bons, de grands exemples : M. Chris- tophe , ancien maire de cette commune de Thaon et gendre de ce respectable M. Guyon qui , le premier, s’est occupé Digitized by LjOOQle ANNALES 64 là de création et d'irrigation , a dignement imité nos intré- pides praticultenrs. Présenté par le président dn comice , qui nous a signalé l’importauce de ses travaux (6 hectares) que du reste nous connaissions , nous vous proposons de lui accorder la prime de 200 francs et la médaille en argent. 3° Prime de 100 francs à la meilleure disposition deà fumiers , et notamment à l’emploi des engrais liquides. La puissance des engrais liquides sur la végétation est déjà depuis longtemps démontrée ; tous ceux qui les ont employés, particulièrement sur les plantes sarclées, ont été émerveillés de leurs effets : encourager nos cultivateurs à s’en servir et à foire tous leurs efforts pour ne point les perdre , c’est accomplir, Messieurs , une partie de la mission que vous vous êtes imposée; Nous retrouvous ici avec plaisir M. Petot déjà cité, nous offrant sous ce rapport le modèle le plus parfait; ses fosses , à purin sont bien placées et bien construites ; il utilisé les précieux engrais qu’elles renferment en arrosage sut ses plantes sarclées et antres produits ; il réunit encore dans une fosse particulière les balayures et les herbes pro- venant du sarclage, auxquelles il ajoute, par couches légères, une portion de fumier qui provoque la fermentation. Nous vous demandons pour lui cette prime si bien méritée. 4° Prime de 100 francs à l’emploi des amendements cal- caires , marne , chaux , cendre , etc. M. Thiriet (Fulcran) , de Bousillon , nous a été désigné par M. le président du comice d’Épinal comme digne de recevoir cette prime; plein de confiance dans les inves- tigations qne le comice a fait faire , nous vous proposons de l’accorder à ce digne cultivateur. 5° Prime de 100 francs à la meilleure disposition des étables , bergeries , écuries , etc. Digitized by LjOoq Le 65 de la société d’émulation. Nul n'ignore que, sons le rapport hygiénique , la bonne disposition des étables et écuries est de la pins haute im- portance. M. Petot, déjà couronné, a parfaitement compris cette vérité , car ses étables et écuries peuvent servir de modèle. Elles sont vastes, bien aérées avec ventilateur et pavées en asphalte ; aucune partie du purin qui en provient n’est perdu. Cette prime est donc dne à cet ho* norable cultivateur. 6* Prime de 200 francs pour reboisement. Tout a été dit depuis longtemps sur la nécessité et Fu- tilité de maintenir nos forêts dans un bon état d’entretien et de reboiser nos côtes et montagnes ; c’est pour atteindre ce résultat si désirable que le Gouvernement offre , en attendant une loi coercitive , des primes à tous ceux dont la haute intelligence exécute de grands travaux dans ce sens. La commune de Dounoux , si dignement représentée par X. Mangin, son maire, nous a paru mériter la prime, car, par les soins de ce zélé fonctionnaire , des vides con- sidérables (25 à 30 hectares), au sommet de montagnes élevées, ont été remplis en essences diverses d’une venue et d’nn développement saperbes. En conséquence, nous vous demandons pour M. Mangin la médaille en argent, et la prime de 200 francs pour la caisse municipale de Dou- noux. 7* Enfin , Messieurs , une autre prime de 200 francs est attribuée à la suppression du parcours et de la vaine- pàture, cette importante mesure que nos bons agricul- teurs réclament depuis longtemps. Trois communes , Darnieulles , Igney et Jeuxey ont ré- pondu à votre appel. Dans votre dernière séance, vous avez placé Darnieulles en première ligne , tout en votant des mentions honorables à Igney et Jeuxey. C'est donc 5 Digitized by LjOoq Le aAnales 66 à Darnieulles qu'appartient la prime de 200 francs , et à H. Joseph Mangin , ancien maire de ce -village , sous l’ad- ministration duquel la mesure a été suscitée et accomplie, que doit être remise la médaille en argent. J’ai terminé, Messieurs; veuillez me pardonner si j’ai manqué à mon engagement d’être bref ; mais je vous dirai comme quelqu'un l’a déjà dit avant moi , je n’ai pas en le temps d'être plus court. Digitized by LjOOQle DK LA SOCIÉTÉ D 'ÉMULATION. 67 M. Elie de Beaumont parait considérer toutes les roches cristallines de» Vosges , le» ballons même comme terrains de transition (4). Dans son résumé cependant , il doute si ces roches sont de transition ou si elles sont primitive». » On peut voir dans l'ouvrage cité plus haut, de M. Voltz , que les roche» qui offrent des débris de corps organisés fossiles n'ont encore été observées que dans un petit nombre de localités. Cela suffit cependant pour prouver l'existence des terrains intermédiaires de transition dans les Vosges; mais cela ne prouve point que tout le massif de cette chaîne appartienne au même terrain , qu'il soit de la même formation , et je ne doute pas que les mon- tagnes que ce géologue indique et décrit comme primitives , ne le soient effectivement. » On reconnaît comme terrains primitifs ceux qui sont formés de roches cristallines , de formation antérieure è celle de» corps organisés et qui ne re- posent point sur les débris d'autres roches. « Mais , comme le dit M. de » Humboldt , en traçant le tableau des connaissances que nous avons acquises » (4) Observation* géologiques sur quelques terrains secondaires du système des Vosges, par H. Mie de Beaomoat , pages 7, 8 et 9. Digitized by LjOOQle AHHÀLB8 ?8 M. Kœcblin-Schlumberger, secrétaire du comité d’histoire oa<* tnreile de la société industrielle de Mulhouse , qui s’occupe sérieu- > sur la superposition des roches , noos devons nous abstenir de prononcer » avec assurance star la première assise de l’édifice géognostique. » » Ayant observé des roches cristallines, des granités, des syénites, repo- sant sur des roches schisteuses avec débris de corps organisés fossiles , ces. caractères ont déterminé Werner à en faire nne classe particulière, à laquelle il a donné le nom de Ubergangsgebirge , terrain de transition* » M. d’Aubnisson observe que cette classification présente de grandes dif- ficultés , et que l’on parcourt quelquefois dix lieues dans un terrain intermé- diaire avant d’y trouver une empreinte de plante ou un reste de trilobite qui en indique la classe (1). » La géognosie est une science encore neuve* La surface du globe n’est pas encore suffisamment connue pour pouvoir en classer les matériaux avec autant de précision et de facilité que cela a pu se faire pour les êtres organisés ches lesquels les groupes, les cadres étaient faits, et où il n’y avait plus qu’à les placer à mesure qu’on les trouvait. » Je ne crois point que cette division des terrains en primitifs , inter- médiaires et secondaires, soit naturelle et susceptible d’être conservée; elle offre, comme je l’ai déjà fait observer, de trop grandes difficultés. Nous attendons avec grande impatience et depuis longtemps un travail de M. Brongniart sur ce sujet, où se trouvera probablement la classification des terrains indiqués dans le Traité de géognosie de M. d’Aubuisson (2). Dans celle de M. Conybéare, les terrains intermédiaires comprennent le terrain houiller , le calcaire charbonneux et le vieux grès rouge. Cette classification semble en effet asses naturelle. » M. d’Omalius d’Halloy, en faisant sentir toutes les difficultés qu’offre la classification des roches des terrains intermédiaires, croit pouvoir s’en affranchir dans la description des roches qu’il décrit dans ses mémoires , et réunit dans une grande classe les terrains primitifs et les terrains intermédiaires, sous la dénomination de terrains primordiaux. » M. Beudant a de même éprouvé des difficultés , en classant les roches qu’il rapporte aux terrains de transition de la Hongrie , et laisse des doutes sur quelques-unes qu’il n’a classées que sur des probabilités. (4) Traité de géognosie ; S* édilioa , tome 1 er , page 365. (5) Traité de géognosie ; !* édition, tome i er , page 374* Digitized by LjOOQle 79 DB LA SOCIÉTÉ © ÉMULATION. •eneot de la géologie du Haut-Rhin , nous a adressé un conglomérai bien remarquable sous le nom de Roche amy§daloide du Reuhfels , > A mesure que Pou observe , on découvre toujours plus de ces terrains intermédiaires ou de transition , et beaucoup de terrains , que l'on avait jusqu'alors considérés comme primitifs, sont répartis dans les terrains de transition; eu sorte que Ton ne voit pas d'impossibilité pour qu'un jour il ne reste plus de terrains primitifs. » M. Volt* ayant reconnu et signalé , un des premiers , les terrains de transi tion dans quelques parties des Vosges , ce groupe de montagnes a été considéré depuis par quelques naturalistes comme appartenant en totalité au terrains de transition. Aussi M. Beudant , en parlant du terrain de syénite et grünslein— porpbyrique de la formation de transition de la B-grie, dit : il a les plus grands rapports de composition avec la for- mation des Vosges, qui, somme nous l'avons (ait remarquer à la page 152 du tome 4* r , appartient aussi aux terrains de transition : ce sont de part et d'aatre, les mêmes roches , et il est souvent impossible de distinguer cer- taines variétés de porphyres des Vosges de celles qu'on observe dans le terrain de syénite et griinstein-porphyrique de Hongrie (4). M. Beudant, d'après ces analogies de composition et de situation , semble même s'en appuyer pour considérer le terrain de syénite de la Hongrie comme appartenant b h formation intermédiaire. » Mais maintenant ne pouvons-nous pas à notre tour , d'après les dif- férences que ces terrains paraissent noos offrir, en conclure que les terrains des Vosges ne peuvent être considérés comme analogues à ceux de la Hongrie? En discotant la question de leur origine , M. Beudant (p. 428, terne 3*) dit : le terrain de syénite et grunstein-porpbyrique et le terrain de traehyte, se trouvent partout associés , et il semble qu'ils ne peuvent , en quelque sorte , exister l'un sans l'autre. H cite à ce sujet la Hongrie, l'Amérique, les Iles de la Grèce, les lies Aleudennes, le Mexique, où le tracbyte recouvre la syénite; mais il ne cite pas les Vosges. En effet, on ne trouve pas de trachyte dans cette chaîne de montagnes. La seule roche qui pourrait être considérée comme tracbyte , qui aurait quelque ressemblance avec elle , c'est l'argilophyre , eurite terreux , qui dans beaucoup d'endroits est représenté ou remplacé par le spilite, sujet sur lequel je compte revenir un autre moment. Nous connaissons bien dans les Vosges des roches porphyroïdes à fond noir , mais jusqu'à présent je (I » V*y*g* minéralogique et géologique en Hongrie ; loue 3 , page IS7. Digitized by LjOoq Le 80 ANNALES près de Wuenheim , sur la lisière du terrain de transition qui pari du ballon de Sultz en se dirigeant vers cette ville et aboutit au n’ai rien observé qui appartint bien décidément an pyroxène. La base noire de ces roches m'a para être un pétrosilex , feldspath compacte plut on moins coloré et mélangé d’amphibole. M. Volts reconnaît cependant quelques-unes de ces roches comme pyroxéniques , surtout à F ram ont , mais on n’y a jamais trouvé le pyroxène cristallisé analogue à celui des roches volcaniques. » Il n’y a donc point de caractères certains , fixes , positifs , pour décider si une roohe ancienne doit être considérée comme primitive ou de transition. Ces caractères ne consistent que dans l’alternance des roches anciennes , cristallines, avec des roches formées de débris d’autres roches, ou de roches qui offrent des débris de corps organisés. Il n’y a donc point de raison pour croire que le terrain que nous considérons comme primitif ne recouvre pas de roches d’agrégation ou avec débris de corps organisés, lime semble cependant que si cette disposition des terrains était vraie, constante, naturelle, les roches anciennes , cristallines , qui appartiennent b ces deux grandes divisions, offriraient des caractères certains qui ser- viraient à les faire reconnaître ; on les découvrira peut-être dans la suite. > Les géognostes admettent des roches primitives d’âges différents; il en est de même des roches de transition. > M. de Humboldt reconnaît six groupes de roches dans le terrain de transi- tion. Leur association lui a paru constante ; il est inutile de les rapporter ici , on peut les voir dans son Essai géognostique , à la page 108. Ce savant admet cependant encore des lignes oryctognostiques , servant à caractériser les terrains de transition. Par exemple : la présence fréquente de l’amphibole et le manque de quartz cristallisé , distinguent beaucoup de porphyres de transition de ceux des terrains primitifs. L’amphibole , suivant M. de Hum- boldt , serait plus abondant dans les terrains de transition que dans les ter- rains primitifs. » Dans les Considérations générales sur les terrains de transition, le même auteur fait- observer que la magnésie , le fer oxidulé , le fer litané , le carbone et la chaux carbonatée , pénètrent à travers la plupart des formations de transition. Le feldspath vitreux s’observe aussi fréquemment dans ces terrains. » Ainsi donc , si l’on voit l’amphibole dominer dans une roche, on aurait déjà une forte présomption pour croire qu’elle appartient au terrain de transi- tion. Les roches porphyroïdes des Vosges seraient dans ce cas , ainsi que Digitized by LjOoq Le DE LA SOCIÉTÉ D’ÉHULATIOIf. 81 grès rtegien. Celle roche , qui se présente à pâle diverse , est très- carieuse par an mélange de fragments arrondis et anguleux, empâtés les déc rit e s , les amphiboHtes , les trappites , roches que l’on observe dans lotie letr ét tendue , el qui constituent les parties les plus élevées de la chaîne , au sud principalement* M. de Humboldt considère comme appartenant aux roches de transition les porphyres et les syénites des Vosges (1). » Nous avons déjà observé que M. Beudant avait trouvé beaucoup d’ana- logie entre les terrains de transition de la Hongrie et les montagnes des Yoages* Les grandes masses de syénites , avec leurs grands cristaux de clea- velandites et d'ortbose , seraient dans le même cas. Beaucoup de granités des Yoages, des eurites de toute espèce , renferment le fer oxidé en grande quantité* Le carbone s’y trouve également , soit à l’état d’anthracite , soit à l’état de graphite* Le calcaire s'y observe également. » Les roches de transition ont été remarquées et indiquées par X. de Bonnard dans le Hunsdrûck , qui n’est qu’une dépendance et une prolonga- tion des Yoages au nord (3). M. Volts est , de tous les géognostes , celui qui a le plus visité les Vosges et qui connaît le mieux cette chafae de mon- tagnes* Dans sa €réognosie à* t Alsace , il nous fait connaître les terrains de transition qu’il a vus dans les Vosges. Ce sont des alternances de schistes, do gruuwacke, de porphyres, dont le massif et les montagnes environnantes du Dooon sont formées et recouvertes par le grès vosgien. Cette formation intermédiaire se retrquve dans le sad , vers les ballons , jusqu’à Saulriot dans h Haute-Sa due. > X. Beudant donne pour caractère général des roches du terrain de syénite et grûnstein des terrains de transition dé la Hongrie , de fidre effervescence avec les acides , en raison de la plus ou moins grande quantité de carbonate de chaux qui s’y trouve mélangé. Hoas retrouvons aussi ce caractère dans le grâustein— porphyre et d’autres roches des environs de Giromagny et de S^-Xarie-aux-Xines. » Les pyrites, dit encore X* Beudant, sont aussi très*abondamment dissé- minées dans les roches de ce terrain , ce qu’il ne donne cependant point comme caractère général, ainsi qu’il le fait pour la chaux carbonatée ; le fer sulfuré se voit fréquemment dans les diverses espèces de diorites et d’autres roches des Vosges* ■ (4) Ettmi géognostique , pige 419. » (f) Aperçu géognostique des terrains. G Digitized by Google 82 ANNALES dans un ciment pétro-siliceux, et se rapproche des conglomérats nommés Poudingues du terrain de transition de Schirmeck. Nous lui avons » L'absence presque totale du quartz dans les roches porphyriques des ter- rains intermédiaires, est considérée par tous les géognostes cousine un caractère essentiel de celte formation. Les rocbes porphyriques des Vosges présentent pour la plus grande partie ce caractère. » Mais malgré tous ces rapports , toutes ces ressemblances de roches inter- médiaires de la Hongrie, du Mexique, et celles des Vosges, on ne peut encore affirmer que ces dernières appartiennent en totalité à la xuénse for- mation, à la même époque, et il reste encore, pour considérer ces terrains comme intermédiaires, à constater la présence des corps organisés fossiles , et surtout l'alternance des roches d'agrégations élastiques , avec les roches cristallines, telles que granités, porphyres, ampbiholites » syénites, etc. , dans la plus grande partie des Vosges. » M. de Humholdt observe que les débris de corps organisés manquent généralement dans la série calcaire des terrai us de transition , et oe qui sert à les faire reconnaître , c est leur alternance arec des schistes remplis d'empreintes de plantes monocotylédones (l)qCeUe formation n'a pas encore été observée dans les Vosges. » Suivant beaucoup de géognostes, la présence de la grauwacjte étant eonsh dérée comme un des principanx caractères des terrains de transition et oette roche étant rare dans les Vosges, on serait porté à croire que ces montagnes n'appartiennent pas à ces terrains*, mais ce petit groupe serait analogne à celui des Andes de Popayan et du Pérou, où la grauwache manque et où les porphyres de transition sont caractéristiques de cette formation (2). » Des trois grauds dépôts métallifères, le plus riche, celui de S te ~Maric- aux-Mines, en y comprenant la Croix-aux— Mines, me parait appartenir au terrain primitif \ les deux autres, ceux de Giroraagny et de Framont ap- partiendraient au terrain de transition. Celui de Giromagny aurait beaucoup d’analogie avec les dépôts métallifères de la Hongrie ; on y trouve abondam- ment les porphyres des terrains de transition. Les porphyres de Raon-oup- Plaine au pied du Donon, appartiennent h la formation secondaire, à la grande formation des grès rouges anciens; on observe du porphyre à Sainte-Mario* aux-Mines, mais il est plus ancien que les précédents et renferme des cristaux (1) Essai gèognostique , page <46. (2) Essai gèognostique , page 118. Digitized by LjOoq Le DR LA SOOIRTR d’ÉMULATIOR. 8? impliqué, en attendtai mieux » le nom 4e brèche porpfeyrique pi- siforme, en ce qu’elle s’éloigne par son origine et se composition minéralogique de la roche connue et appelée en France amygéoUMt, sorte de lare qui appartient au terrain volcanique. A ces brèches pi- siformes , M. Kœchlin avait ajouté deux grands morceaux de fer limo~ nite ( Hématite) mamelonné , provenant des formations intermédiaires de la vallée de Saint-Amarin. Nous u’ avons pas négligé de réunir de plus en plus les roches et fossiles des terrains secondaires , soit du département des Vosges , soit des départements voisins ; c’est ainsi que les grès bigarrés ont été augmentés par ceux du souterrain d’AbreschwiUer (Meurtbe) avec empreintes végétales , envoyés par H* Victor Boulay , et par M. Kœchlin, de ceux de Westhalden (Haut-Rhin) avec dnoptop- êeris Mougeotii de différents aspects, tant les empreintes de cette fougère varient dans les diverses assises de cette formation qui entoure le massif des Vosges. Les séries du muschelkalk ont aussi reçu de nouveaux accroisse- ments , bien que nous ayons b regretter que M. Lebrun , qui vient de c emplois de quarts. M. d'Aubniasou , à l'article de gneiss primitif, cite celai de Sointe-Marie pour l'abondance et le richesse des métaux que l'on eu a reti- rée. Dans les six groupes de la série des roches de transition de M. de Huxn- boldt, nous ne voyons point figurer le gneiss, roche si abondante dans les Voagee, mais le pins communément les porpbÿres et les syénites. > M. Boné , dans son Essai géologique sur t Ecosse , dit qne les Vosges paraissent en grande partie offrir , comme les terrains de l'ouest de l’An- gleterre, des granités, des syénites , entourés de roches schisteuses et feldapethignee de transition. » D'après toutes ces considérations , les Vosges paraissent donc offrir des terrains primitifs et des terrains de transition * le premier occuperait la partie centrale , le milieu de la chaîne , et le terrain de transition s'appuyerait sur le terrain primitif, aux extrémités de la chaîne surtout, en pénétrant plus on moins dans les vallées, ainsi que l'a observé M. Voltz dans celles de Saint-Amarin et de la Bruche. Ce terrain de transition ne serait pas abondant dans les Vosges; mais g est à croire qu'il n'a pas encore été reconnu partout oè il pent exister ; il n’y présenterait pas de formations prononcées , semblables à colles dos six groupes que décrit M. de Humknld 1 dons «un Essai géafrujJtique. > Digitized by LjOoq le 84 ANNALES découvrir autour de Lunéville une nouvelle espèce de polypier du genre Turbinolia, n’ait pu encore en placer sous nos yeux qu’un seul individu. En revanche , M. Kœchlin nous a donné de beaux échan- tillons des carrières de marbre de Wintzfélden ( Haut-Rhin ) , avec dendrites , articles d’encrinites , plagiostome , etc. 11 y a joint , pour les autres formations secondaires et tertiaires , i° de grands mor- ceaux de gypse fibreux et en rognon du keuper également de Wintzfelden ; 2° des fragments du calcaire jurassique , entre autres diverses variétés (Poolite, de molasse marine , déposées entre Rouffach et Westhalden ; 3° un grand individu parfaitement conservé de VOstrea Collinii de la molasse analogue , provenant de Stetten près Loerach , grand-duché de Bade ; 4° un groupe de cristaux de spath calcaire de Badenweiler , puis des jaspes tantôt rubanés , tantôt à cassure conique avec fbraminifères fossiles microscopiques , accompagnant le minerai en grains d’Augger, également sur la rive droite dn Rhin; 5° une série des calcaires d’eau douce, soit avec silex , de Rie- desheim , soit avec plantes fossiles , de Mulhouse , ou bien avec Pseudomorphe de fer sulfuré changé en limonite, de Didesheim, comme aussi des gypses fibreux et en rognon de cette même for- mation , provenant de Lumschwiller et Zimersheim ; 6° de grandes concrétions du Lehm de Brunstadt , dont la pâte de l’un d*eux est remplie de débris de coquilles ; enfin une tranche d’un tronc d'ar- bre (chêne?) , passée à l’état de lignite et recueillie dans les en- virons du lac de Zurich en Suisse. La carte publiée l’année dernière par notre collègue M. Hogard sur les terrains superficiels , a dû ramener les recherches de dos géologues vers les formations modernes, tant elles sont importantes k être bien connues , et c’est à les étudier de plus en plus qu’il faut s’appliquer ; aussi M. de Billy leur accorde une attention toute particulière dans son travail minéralogico-géologique sur le départe- ment des Vosges. 11 vient de déposer au musée des échantillons d’un calcaire tertiaire à lymnées, calcaire caverneux tertiaire ob- servé au sud de Charmes. Deux petits dépôts de ce terrain, qui avaient jusqu’alors échappé aux recherches de nos géologues, sont placés sur la rive gauche du ruisseau qui coule du village de Vin- cey vers la Moselle, à 4 ou 500 mètres de ce village, au bas Digitized by LjOOQle DE LA SOCltT t D ÉMÜLATIOH. 85 de l’escmpemeot des marnes irisées do muschdkalk , par con- séquent en plaine dans la vallée de la Moselle. Ce calcaire re- pose sur une assise de musehelkalk boursouflé , comme on en voit dans plusieurs localités du département. Les têts de coquilles y sont aases mal conservés , toutefois M. de Billy les rapporte plutôt aux lymnées qu’aux paludines. Afin de diriger plus sûrement nos re- cherches sur les dépôts modernes, nous dirons que M. de Billy reconnaît 3 sortes de diluvium dans les Vosges : le 1 er appartient au granité, se trouve abondamment autour de Gerardmer, et res- semble parfois, aux moraines, ayant pu être pris pour ces dernières ; le 3» est Armé exclusivement par le grès vosgien , offrant des sa- bles qui renferment de grands fragments de ce grès ; on l’exploite pour eu extraire ces fragments ; il abonde autour de S<-Dié où il occupe un grand plateau sur la rive droite de la Faye près de FrapeUe; le 3® est un dépôt argileux qui devient plus important encore h connaître que le précédent , d’abord en ce qu’il fournit h F industrie des matériaux pour poterie et briquetage , ensuite en ce que la végétation et la culture doivent offrir ici des différences que l'on sait , ou que l’on saura utiliser. Ce diluvium argileux est répandu abondamment sur les grès bigarrés et les marnes irisées. Ces dépôts modernes n’avaient pas échappé à nos géologues (1) ; mais il fout les rechercher , en tracer de plus en plus rigoureu- sement les limites , comme s’applique à le frire l’habile ingénieur qui a bien voulu se charger de la carte du département. Et poûr ne pas oublier ce que nous avons à enregistrer parmi les formations détritiques ou du groupe moderne, nous ajou- terons que le D 1 * Lamoureux a envoyé un conglomérat silico-fer- rugineux , encrôutant des chênes convertis en lignite, épars dans (1) IL Hogard, Statistique des Vosges , p. 78, dit judicieusement : c Les lits d’argils indiquent les moments de calme et de repos , dont il y a lien d’estimer que la darde a été d’autant plus grande que la paissance de ces lits est plus considérable , et quant aux dépôts formés principalement de sable et de gravier , on y reconnaît des ondulations et des interruptions absolument semblables à celles que présentent les couches du grès rouge et du grès vosgien. » Digitized by LjOoq Le 86 AA RALES le sable et le gravier d’allavioa de la piston de Natocy, rive gaeche de la Meurtlie. Ce morceaii , aussi curieux qu’instinctif , a été placé dans nos collections h côté de celai du minerai de fier de la forêt de Bienwald , que bous avons obtenu , l’année dernière , de l’obligeance de M. Daubrée, ingénieur des mines, h raison que le phénomène qui a dû donner lieu au conglomérat de Nancy s’o* père , selon M. Daubrée , d’une manière analogue k celui qui pro- duit l’oxide de fer dans les marais ( 4 ). Nous avons aussi placé parmi les rûebes basaltiques de la côté d'Essey et des champs de Bédon près Hadigtiy, canton de Cbktel, un basalte observé par notre Collègue M. Hogard , dans la Com- mune de Zfncotirt, même canton (2). Cette découverte d’uûe localité nouvelle est importante , en ce que le basalte rencontré autour de Ha* diguy , répandu et roulé k la surface du sol , pouvait être considéré comme provenant de la côte d’Essey , tandis qn’k Zincourt il forme Un massif qui traverse le muschelkalk et affleure le sol. M. Levadlois, ingénieur en chef des mines des départements de la Meurthe et de la Moselle , vient dé publier ses Observations sur la roche ignèè d’Essey^la-Côte (3), dont le résumé est : 4° qué la roche nôirc (4) M. Daubrée , dans un mémoire intitulé : Recherches sur la forma* tion journalière du minerài de fer des marais et des lacs , inséré dans les Annales des mines pour 1846 , mémoire auquel la société hollan- daise des sciences de Harlem a décerné une médaille d’or, a traité son sujet de main de maître. Il y démontre que la précipitation de l’oxide de fer continue k se faire journellement k la surface des continents avec une abondance telle , qu’il en résulte des gîtes exploitables. Les grès vosgien et bigarré offrent , tout autour de la chaîne , des eaux ferru- gineuses qui ont eette origine , et qui , venant k former des ruisseaux et des marais , y dépqpent le minerai de fer. En outre, M. Daubrée rap- pelle < que , dans beaucoup de régions de l’Europe , les sables et gra- viers des allùvioné anciennes sont Cimentés çk et lk par des veines , où deè rognons d’ôxidé de fer , dont le dépôt , quoiqu’anjoard’hui arrêté , est k rapprocher du minerai des marais. > (2) Statistiqüe des t^dsges, p. 428. (3) Mémoires de la société royale des sciences , lettres et arts de Nancy , 1846. Digitized by LjOOQle DE LA SOCIÉTÉ D'ÉMULATION. 87 d*Emey a été produite par la voie ignée ; 2° qu'elle fait partie d'un drke de trapp ou de basalte , injecté à travers le terrain stratifié jusqu'au grès infra-liasique inclusivement ; 3° enfin , que la côte d'Essey n’est point un ancien volcan. Ce troisième chef du résumé de M. Eevallois pourrait faire croire que notre vieil ami, le l> r f.aillardot , se serait trompé en attribuant à un ancien volcan le basalte de la cèle d’Essey , et pourrait jeter quelque défaveur sur son mérite. Toutefois nous ne pensons pas que telle a pu être l'intention du savant ingénieur , qui a été souvent à même d'ap- precier les connaissances très-étendues en histoire uaturelle du 1K Gaillardol. D’ailleurs on aurait aujourd'hui fort mauvaise grâce de chercher querelle aux hommes qui attribuaient , il y a 30 à 40 ans , l'origine des basaltes h d’anciens volcans. A l’époque (181 K) (I) où le I) r Gaillardol publia sa notice sur la côte d’Essey, on n'avait point encore établi de distinction entre les groupes pv- roides des terrains plutoniques ; on se contentait assez générale- ment de confondre les dépôts basaltiques et trachytiqucs avec le dépôt volcanique tel qn'on l’entend aujourd’hui , et cela d’autant plus aisément que ces dépôts se trouvaient le plus ordinairement dans le voisinage les uns des autres , et qu'ils sont , comme le remarque M. d’Omalius d’Halloy , très-souveut difficiles à distinguer; « aussi , ajoute ce célèbre géologiste , cette distinction doit-elle se faire par un ensemble de circonstances , plutôt que par des carac- tères positifs (2). » D’un autre côté, ayant eu occasion de nous entretenir de la côte d’Essey avec M. de Billy, il nous a assuré avoir reconnu dans les basaltes de la côte d’Essey , une ressem- blance parfaite avec ceux de la montagne de Gergovia en Auver- gne : l’action du basalte sur le grès du lias et les marnes irisées passant à l’état de roches fritées , ou même en complète fusion , comme cela se voit encore à Gergovia , où l’ou rencontre des quartz rMnMes qui ont éprouvé les diverses altérations dont il vient d'être (4) Précis des travaux de la société royale des sciences , lettres , arts et agriculture de Nancy , fendant les années 4846 — 4818 , p. 53 et ralv. ( 2 ) Eléments de géologie ; 3* édit. p. 523. Digitized by LjOOQle 88 ANNALES question. Cette identité de la roche d’Essey avec celle de Ger- govia , nous fait regretter que M. Levallois n’ait pas cru devoir se prononcer affirmativement sur sa nature basaltique ou trappéenne. Le D r Gaillardot y a reconnu du péridot : des fouilles faites autour du mamelon, dans le voisinage de la roche noire , ont fourni des prismes basaltiques bien dessinés, dont les plus parfaits sont con- servés dans le cabinet du D r Gaillardot à Lunéville , que sa digne et respectable veuve s’empresserait de faire voir aux personnes qui pourraient le désirer, et nous-même, nous avons déposé de ces prismes au musée vosgien. D’après cela , la question du basalte ou du trapp semblait pouvoir se résoudre en faveur du premier , et la notice de 1818, publiée par le D* Gaillardot, n’aurait encore rien perdu du vif intérêt qu’elle excita alors dans le monde savant , et resterait même ce que nous aurions de plus positif sur l’origine et la nature de la roche noire d’Essey , dont M. Hogard vient de dé- couvrir l’analogue , sous forme de dyke ou d’amas , dans l’étendue du département des Vosges , à Zincourt. Nous aurions , Messieurs , à vous entretenir d’un grand nombre de roches et de fossiles , obtenus pour être déposés dans la ga- lerie d’histoire naturelle de notre musée ; d’abord de M. Requien d’Avignon , pour les départements méridionaux de la France , en- suite de M. Dey, d’Auxerre , pour le département de l’Yonne, en- fin de M. le D r Thiberge, pour la H te -Marne. Mais il uous serait impossible maintenant d’en fournir l’inventaire méthodique , n’ayant pu encore nous livrer convenablement à leur étude . Nous espérons pouvoir l’entreprendre incessamment , afin de vous en rendre un compte fidèle dans notre premier rapport. Nous ne pouvons qu’a- dresser ici nos remercîments aux généreux donateurs. Aujourd’hui nous avons , Messieurs , à vous faire connaître les importantes richesses minéralogiques que nous devons aux soins empressés de M. de Billy, qui a bien voulu solliciter, près M. le sous-secré- taire d’Etat au ministère des travaux publics , comme nous l’an- noncions l’année dernière , qu’il fût accofdé au département des Vosges une collection de minéraux choisis parmi les doubles de l’école royale des mines. Ce sont MM. les administrateurs et professeurs de cette école qui ont fait ce choix, en appliquant Digitized by LjOoq Le DE LA SOCIÉTÉ D 'ÉMULATION. à chaque feore, à chaque espèce ou variété , la nomenclature rigoureuse sous laquelle ces objets sont désignés en minéralogie. Cette dernière particularité , à elle seule , donne k celle collec- tioo on prix infini. Disons d’abord qu’elle se compose de 320 morceaux différents , dans un état parfait de conservation et d’un choix extrêmement instructif , avec désignation des diverses sub- stances qui entrent dans chaque échantillon. Nous allons les énu- mérer en suivant, k peu de chose près , les n<* d’ordre du catalogue annexé à ces minéraux , et en nous contentant toutefois de transcrire les noms avec l'indication des localités d’où ils proviennent. On y trouve huit Agates rubanées et herborisées d’Oberstein (Vosges intérieures) ; dix Grenats grossulaires et alamandins des Py- rénées , du Piémont , des Grisons , de la Bohême , des monts Ou- rals et de l’état de Maryland ; sept Idocrases , dont quatre du Vé- suve , deux de la vallée d'Ala en Piémont , et une d’Egerau en Tyrol ; cktq Axinites , tant de l’Isère et des Pyrénées , que de la Saxe el d’Areudal en Norwège ; six Epidotes du Dauphiné , du Piémont et de la Carinthie ; quatre Wernerites de Fassa en Tyrol ■ de Norwège, de l’Amérique du nord; deux morceaux très-riches de Lasulite des environs du lac Baikal en Sibérie ; trois Haüynes bleues des bords du Rhin ; des Amphigènes du Vésuve; des Anal- cymesdu Tyrol; cinq Mésotypes du Puy-de-Dême, des Iles Féroé, et du Hohentwid dans le Wurtemberg ; des Chabasies cristal- lisées de Bohème , d’Irlande , et des îles Féroé ; la Stilbite du Hartz ; vingt-deux Feldspath , Orthose , Albite , Labrador , origi- naires des Alpes helvétiques et françaises , de Bohême , des monts Ourals et de l’tle St-Paul (Labrador); l’Obsidienne noire vitreuse des Cordillères ; l’Harmotéme en cristaux prismatiques d’Oberstein , et celle cruciforme du Hartz ; la Cordiérite blanc-aven turinée de Norwège , et la bleue foncée avec Grenat alamandin d’Espagne ; deux Staurotides du Morbihan ; le Disthène en cristaux prismati- ques du St-Gothard ; douze Tourmalines de Bretagne, des Pyré- nées , de la Corse , de l’Ue d'Elbe , des États - Unis et de la Si- bérie ; douze Micas du Vésuve , de Moravie , de Suède , des États-Unis et de la côte de Coromandel ; l’Andalousite grise mi- cacée d’Ascou ( Landes ) et des Pyrénées; les Macles de Bretagne Digitized by Google 90 ÀIWAtES et des Pyrénées ; des Zircons , des Corindons harmophanes , rouges , blancs de l’Inde ; le Péridol du Cantal ; la Chlorite hexa- gonale du Simplon ; les Talcs du S^Gothard , de Bayreuht , de Suède ; la Magnésie carbonalée et sulfatée d’Angleterre ; le Dial- lage métalloïde de Ganès ( Italie ) , de l’tle de Cuba , le Diallage vert (Smaragdite) de Montmartre; l’Hyperstène des Alpes et des Etats-Unis ; douze échantillons de Pyroxène ( Augite et Diopside ) du Cantal , de Suède , de la vallée d’Ala en Piémont , et de Sabla en Suède; neuf échantillons d’ Amphibole, Actinote, Trémolite, Horn- blende, du Tyrol, de Bohême , de Norwège et Sibérie; des Gra- phites de Sibérie ; le Soufre jaune cristallisé dans une lave du Mont- Dore (Auvergne) , le Soufre jaune en masse et cristallisé de Vulcano ; l’Arsenic sulfuré jaune d’Espagne et d’Amériqne , et sulfuré rouge du St-Gothard ; le Molybdène sulfuré lamelleux de Brunswiek (Etats- Unis ) ; trois morceaux de Titane oxidé de S l -Yrieix ( HMTienne) , du Tyrol , du Piémont , et trois autres de Titane silico-cal- caire de Norwège ; l’Urane phosphaté vert cuivreux ( Chalkolite ) de Cornouailles , l’Urane phosphaté jaune calcaire ( Uranite ) des environs d’Autun ; plusieurs espèces de Manganèse : 1° carbonaté rose d’Angleterre et d’Allemagne , 2° silicaté do Piémont , 3° sul- furé rouge du S*-Gothard , 4° sulfuré gris du Hartz , oxigéné hydraté (Aoerdèse) métalloïde de Sens (comté de Foîx) et de Fran- conie , 6° oxidé noir terreux ( Psilomélane ) de Ramanèche ( Saône- et-Loire ) , 7° enfin , oxidé noir en masse compacte métalloïde , du golfe Spezzia (Gênes) ; le Cobalt arsenical des Pyrénées espagnoles , l’Antimoine natif lamellaire de Ghalanches ( Alpes ) , sulfuré de Bohême , oxi -sulfuré (Kermès) de Sienne (Toscane); le Bismuth sulfuré métalloïde de Talca (Chili); quatre Calamines (Zinc carbonaté) de Limbourg, de Daourie et du Derbyshire; le Zinc silicaté de Liège (Belgique), le Zinc sulfuré (Blende) sans indication de localité. Les métaux ductiles tels que : fer , plomb , cuivre et platine , sont aussi abondants dans cet envoi ; on y voit le 1er catbo- naté spath ique , brun jaunâtre, cristallisé en masse, de l’Isère, en cristaux d’Amérique , glanduleux de Siegen en Westpbaiie ; le fer carbonaté lithoïde phosphaté de Bodenmaïs en Bavière et de Digitized by Google DE LA SOCIÉTÉ D*ÉMULATION. 91 New-Jersey ( Etats-Unis) ; le fer oxidulé du Piémont ; les plombs carbonatés du Finistère, des bords du Rhin , du Hartz ; les plombs phosphatés du Finistère et de la Saxe ; les plombs arseniatés de \ Sibérie ; les cuivres carbonatés bleus de Cbessy ( Rhône ) , de Hon- I frie , du Mexique ; le cuivre carbonaté vert de Sibérie , arseniaté de Cornouailles ; le platine natif de Sibérie , avec du sable de platiné de la même localité. Parmi les morceaux plus particulièrement choisis pour repré- senter des roches , existent des laves de l'Etna , des Iles Milo , Tenériffe et Bourbon : des cendres argileuses du Vésuve; le Tuf poueeux grisâtre des environs de Rome; l'Obsidienne des Canaries ; le Pcclisfein vitreux , la Chaux carbonatée spathiqoe d’Islande ; la Crauw.oke de Bohème; le Grenat résinoïde ( Colophonite ) d'A- rendal ; l'Fuphotide composée de diallage d’un beau vert émeraude Smaragdite et de Feldspath blanc , échantillon poli sur Tune de ses faces , de manière à faire ressortir la beauté de cette ro- che que l'on tire de la Corse; les Micaschistes de l'Amérique, d’F.ms aux bords du Rhin et des Alpes ; les roches talqueuses du mont Nero près Livourne , du St-Gothard , de Cherbourg ; les Schistes talqueux des monts Ferrets (Alpes); les roches sefpeü- tineuses vertes de Suède et des Alpes ; une plaque polie de Ser- i pentine verte du Piémont ; les Gneiss du Simplon ; le Feldspath glanduleux de Corse , le Feldspath pétro -siliceux compacte de la montagne de Fertuis 1 laute- Loire ) , du Mont-Blanc; le Porphyre pétro- siliceux violet de Morlaix (Bretagne); celui h pâte grise feldspathiquc avec cristaux blancs de feldspath de Suède; une Syé- nite sans désignation d’origine ; le Porphyre syénitique de Meissen en Saxe ; la Diorite de Suède , la Protogyne (Granité talqueux) de Lyon ; les Pegmatiles de Helsingfors en Suède , d'Autun ; en- fin plusieurs Granités de la Saxe. Après cette énumération du magnifique don de l'école royale des mines , qui excite au plus haut point notre reconnaissance , doqs pourrions clore la liste des accroissements minéralogiques pendant l'année 1846. Toutefois noos ne pouvons passer sous si- lence d'autres cadeaux d'anciens et de nouveaux donateurs : M. Requien a partagé avec le ' musée vosgien un métal bien rare , Digitized by Google 92 ANNALES le cuivre natif et le cuivre oxidulé de Coraco (Bolivie) ; M. le D* Godron a adressé plusieurs morceaux de la gangue qui enveloppe les mines de mercure du duché de Deux - Ponts ( Vosges, in- férieures) , substance minérale qui manquait encore dans les col- lections du musée. En divisant avec le marteau les morceaux de cette gangue , pour obtenir des cassures fraîches où se verraient bien mieux le mercure sulfuré et les globules de mercure coulant dont elle est remplie , nous avons pu réunir 30 à 40 grammes de ce métal coulant, qui ont été renfermés dans une fiole mise à côté des échantillons placés dans la collection minéralo- gique , en même temps que nous réservions de grands fragments de cette gangue , qui ressemble h ce que nous nommions eurite porphyroïde terreux , pour la collection des roches du terrain des grès rouges. Le musée vosgien est déjà bien approvisionné en mines de fer du gisement de Framont et de Rothau , et malgré cela , M. Lamy , curé de cette derniere commune, vient encore de l'embellir de superbes morceaux , sous forme de géodes , de stalactites » de cris- tallisations, obtenus d’anciens mineurs. Ces morceaux ont été choisis parmi les variétés de fer oligiste , oxidé , hydroxidé de diaux carbonatée avec sa combinaison ferrifère , d'arragonite , de baryte , de grenat , d'épidote , etc,. , etc. Ensorte que cette si importante localité du département sera bientôt représentée au musée vosgien par tout ce qu'elle ojftre aux naturalistes de plus in- téressant. C’est encore dans le règne minéral qu'il faut placer le Guano , puisque cette substance est un urate de chaux . Notre collègue , M. Ernest Puton, nous a donné un flacon rempli de cet engrais amassé sur les côtes du Pérou, substance qui, depuis quelques années, a été transportée d'Amérique en Europe pour fertiliser certaines terres. Sa composition chimique est analogue à celle de la fiente des oiseaux , et il parait qu'elle est le résultat de l'ac- cumulation des excréments d'une multitude innombrable d'oiseaux , surtout de hérons et de Ranimants , par lesquels sont habitées les diverses îles où se trouve en grande quantité le guano , dont on rencontre les dépôts, de \ 5 à 20 mètres d'épaisseur, sur une Digitized by LjOoq le 93 DE LA SOCIÉTÉ D’ ÉMULATION. étendue de plusieurs kilomètres. M. Pu ton s ajouté au guano du Kaolin des Pieux (Manche), qui est une des meilleures terres h porcelaine , un feldspath décomposé analogue au Kaolin de S l - Yrieix, et bien différent par sa composition chimique ( 1 ) de cette roche blanche du Val-d’Ajol, désignée h tort sous le nom de kaolin (2 ) , puisqu'elle n'est qu’une argile endurcie. BOTANIQUE. Les herbiers du musée vosgien n’ont pas été oubliés en 1846; celui du département a encore obtenu quelques augmentations. M. C. Billot a observé dans les champs de luzerne, autour de Rambervillers , le Melilotus parviflora Desf. ( introduit probablement dans cette contrée arec les semences de luzerne tirées du midi de la France) , espèce de légumineuse qu'il ne faut pas craindre de voir se multiplier dans nos champs d'herbes à fourrage ; mais avec ce mélilot utile, M. Billot a trouvé une Cuscute nouvelle pour la flore vosgienne , le Cuscuta hassiaca Koch, qui dévaste ees mêmes champs de luzerne , qui devient ainsi une fort mau- vaise acquisition, en ce que cette plante parasite détruit les pieds de luzerne qu'elle étreint par ses tiges filamenteuses. Nous avons aussi déposé, dans l'herbier cryptogamique des Vosges , un autre ennemi de nos luzernières, le Rhizoctonia medicaginis D. C., sorte (1) Voici approximativement la composition chimique du Kaolin des Pieux. Silice ... 50, 0 Alumine . . 25 0 Potasse . . . . ... 2,0 Magnésie . . 0,7 Chaux .... . . . . 5, 0 Oxide de fer . • . o 00 Eau . . . . 9, 0 J ÊsmaUs de la Société ét Emulation des Vosges , t. 5 , p. 129. (2) Autant noua mettons de soins à connaître les productions du sol vosgien qui peuvent servir à l'industrie , autant nous devons en ap- porter à faire disparaître les erreurs que nous avons pu commettre dans ees indications. La substance du Val-d'Ajol n'est ni un kaolin ni un petunsé, et ne peut remplacer ces substances dans la fabrication de la porcelaine. Digitized by LjOoq Le 94 ANNALES de Mycélium nématoïde d’un champignon , qui s’attache par ses filaments très-tenus aux racines des luzernes , et fait périr les plan- tes (1). Ce dégât est parfaitement connu de notre sagace agronome, M. Buffet , membre du conseil général , qui a eu l’obligeance de nous procurer des racines de luzerne attaquées par le rhizoctooe. Reste à faire quelques expériences , capables de conduire à des moyens d’empécher le retour et la propagation des végétaux nui- sibles dont nous venons de parler. L’herbier général reçoit d’année k autre plus de développements, et les plantes y sont disposées , comme nous l’avons déjk annoncé , selon le grand ouvrage de de Candolle , intitulé : Prodronm syslematis naluralis regni vegetabilis , dont les volumes paraissent trop lentement. A mesure de la publication de ces volumes , l’her- bier général est étiqueté et classé selon la méthode du grand botaniste , et les recherches y deviennent faciles. M. le I^Godrop l’a augmenté des plantes amassées pendant ses herborisations laites dans le midi de la France et des Pyrénées ; M. Requien, d’espèces du département de Vaucluse ; M. Buchinger , de plantes de la Guyane et de la Nouvelle-Hollande ; nous-méme , d’un très-grand nombre de phanérogames de diverses contrées du globe , de nos herborisations dans le Jura , entreprises au mois de juillet de cette année , ou de nos récoltes dans les jardins de MM. Vaucher et Baumann à Mulhouse. Nous avons aussi songé aux fougères cullir vées dans ces jardins > auxquelles nous avons ajouté des espèce» spontanées des régions intertropicales, où se plaisent plus particu- lièrement ces plantes. Quelques fruits sont encore venus étendre la collection carpologique , entre autres, celui de l’ananas cultivé dans les serres des jardins des Vosges ; et M. Baumann nous a dûpné celui d’une nouvelle espèce de palmier du genre Âttalea, ainsi que le grand légume du Cassia brasiliana de l’Amérique méridiwtfje. Faisons aussi mention des élégantes algues marines préparées avec tant de soin par M. Lenormand , qu’il vient encore d’ajouter a la magnifique collection de ces végétaux que nous lui devons déjk ; ci- tons en outre la nouvelle série des algues d’eau douce envoyée par (1) Voyez Statistique des Vosges , tome i, p. 285. Digitized by LjOOQle DE LA SOCIÉTÉ D'ÉMULATION. 95 N. de Brebiseoo , celle des Diatomées ei Desmidiées par H. Le Bailly, el nous donnerons par ces mentions une idée de l’importance qu’ac- quiert annuellement la partie de l’herbier général du musée vosgieo , poqr les plantes cryptogames. SOOLOG1E. • M. Schimper, conservateur du musée d’histoire naturelle de Stras- bourg , nous a procuré deux individus du Phoque & croissant ( Pkoca grmdandica Mull. Calocephalus grœnlandicus Fr. Cuv. ) des mers du nord , l’un adulte , l’autre jeune , avec le squelette complet el monté de cet amphibie , que l’iotrépide et profond [na- turaliste , auquel le musée vosgien est déjà tant redevable , avait rapporté de son voyage eu Scandioavie. Ces trois pièces sont d’une bonne conservation , et agrandissent nos collections zoologiques d'êtres étrangers à nos contrées , mais qu’il est si utile de con- naître , à raison de la place importante qu’ils occupent dans la série des animaux. La tète des phoques ressemble à celle d’un chien dont on aurait retranché les oreilles, et ils en ont aussi , dit-on , l'intelligence et le regard doux et expressif, en sorte qu’on tes apprivoise très-aisément, et qu’ils s'attachent bien vite à ceux qui les nourrissent. Ces animaux ont les pieds si courts et telle- ment enveloppés dans la peau , qu’ils ne peuvent , sur terre , leur servir qu’à ramper ; comme les intervalles des doigts y sont rem* plis par des membranes , ce sont des rames excellentes -, aussi les phoques passent-ils la phis grande partie de leur vie dans la mer , et ne viennent à terre que pour se reposer au soleil et allaiter leurs petits. Leur corps allongé, leur épine dorsale très-mobile et pourvue de muscles qui la fléchissent avec force, leur bassin étroit, leur poil ras et serré contre la peau , se réunissent pour en faire de bons nageurs. Us ne vivent que de poissons et mangent toujours dans l’eau ( 1 ). Les phoques oe sont nulle part en si grand nombre et réunis en troupeaux immenses , qu’aux rivages des mers polaires et au milieu des glaces. On en rencontre aussi dans les autres mers ; (I) Voyet Civicr. Le règne animal , tome 1, p. 163 et mît. Digitized by LjOOQle ANNALES mais alors ce sont des espèces solitaires et rarement réunies en nombre un peu considérable. Us sont chassés par les pêcheurs, pour leur graisse huileuse utilisée dans les arts, et qui sert aussi de nourriture aux peuples des contrées voisines des mers qu’habitent ces amphibies, dont la fourrure douce et fournie sert encore h ces derniers de vêtements , et à beaucoup d'autres usages. M. Braconnot , concierge au musée , a continué k monter avec progrès bien évident plusieurs animaux vertébrés , entre autres une belette et un rat noir, donnés par M. Leclerc , d’Épinal ; des mulot, rat champêtre , rat d’eau , écureuil ; des oiseaux , tels que traquel , fauvette , lavandière , cigogne , goélands , canards , etc. ; ensorte qu’à mesure que M. Braconnot s’exercera dans l’art d’embaumer les animaux et à leur donner la pose naturelle , il parviendra à une per- fection qui , certes , laissera peu k désirer. Ayant acquis en partie la collection des têts de mollusques ter- restres et fluviatiles , formée par le D* Muhlenbeck , nous avons pu les partager, et déposer au musée vosgien les têts d'un grand nombre d’espèces des genres Hélix, Vitrina , Clausüia , Pupa, Bulimus , Cyelotloma , Succinea , Planorbù , Physa , Paludina, Âncillus, etc., etc. Nous avons aussi ajouté k ces espèces indigènes en Lorraine , en Alsace et en Suisse , 1° le Tichogonia Chemnitzii Rossm. ( Mytilus Wolgœ Chemn.) de la rivière Havel près de Post- dam. Ce genre de bivalve très-curieux habite aussi la Tamise k Londres, où il est connu sous le nom de Dreisena . On le re- trouve dans les grands fleuves de l’Allemagne , les marais de la Hongrie , où il se fixe , au moyen de son byssus , aux roseaux et autres plantes aquatiques ; 2° , quelques moules de l’Amérique du nord, dont les coquilles sont si remarquables par leur épaisseur considérable, entr’autres les Unio obliqua, cylindrica , alata , purpurescens . Le travail monographique dont M. E. Puton vient d’enrichir la Statistique du département , nous fournit , sur les mollusques de la Lorraine et de l’Alsace , que nous connaissions assez incomplète- ment il y a quelques années encore , les détails les plus certains , les plus attrayants , et met ainsi la malacologie des Vosges au rang des branches de l’histoire naturelle les plus avancées parmi nous. Digitized by LjOOQle de la société d’émulation. 97 Nous venuos de dire que nous avions placé de ces espèces de co- buiUes dans la collection du musée , nous aurons soin d’y réunir toutes les formes qui ne s’y trouveraient pas encore. M. Pu ton nous a promis son concours efficace pour y arriver. Les collections de lépidoptères et coléoptères habitant notre dépar- lement se sont encore accrues \ ■ n i < ivs des oiseaux du pays et des mammifères de là disse des rongeurs, montés avec soin par le concierge du Musée dont nous devous vous signaler le zèle. Différentes localités du département ont fourni à nos collections archéologiques un grand nombre d’objets intéressants à divers titres : ce sont des armes, des clefs romaines en bronze et en fer, des sculptures en pierre du pays , des pierres fines gravées en créas .1 do médailles en or, argent et bi onze. Sovlosse , l’ancien vicus gaulois de Solimariaea , nous a donné un bas-relief gallo-romain curieux, des clefs, des médailles; et l'ancienne cité romaine de Grand une Pallas en bas-relief, ainsi qu’une statuette de l'amitié représentée sous les traits d'une jeune femme enveloppée de draperies gracieuses et la main gauche appuyée sur le cœur. Au milieu d’objets de tous genres recueillis dans cette localité , nous vous citerons , Messieurs , une plaque votive eû brooae, portant pour inscription fidelis Silvani libertm Âpoltim: V. S. L. M. (volura solvit libens merito) , donnée à notre Musée par M. Tulpain fils, membre du Conseil général, et une lampe en bronze d’une belle conservation , k laquelle les chaînes destinées à là supporter sont encore attachées; au prolongement de l'une d'elles, est le crochet (emunctorium) destiné à tirer la mèche, qui, chose bien extraordinaire , s’est encore, après quinze siècles , trouvée au milieu d’uue huile passée k l’état de graisse solide. 11 n'existe qu'un seul exemple d’un fait semblable , c’est k S labia qu’il s'est rencontré , et la lampe, ainsi que la mcchc qu'elle contient, sont placées au rang des objets lis plus curieux de l’immense collection du Musée de Naples. La mèche de la lampe trouvée k Stabia est formée par un faisceau de fil de lin , la nôtre est un tissu du même fil. Mais la plus belle acquisition que nous ayons faite cette année eat, sans contredit, celle des dix-sept magnifiques médailles d’or du haut empire , trouvées k Grand au mois de septembre de l’année dernière , peu de jours après que nous avions eu l’honneur de vous témoigner le regret de ne pas avoir un fonds spécial tel qu’une Digitized by LjOoq Le 100 ANNALES trouvaille , quelle que soit son importance , ne pét jamais être perdue pour le département. Heureusement, M. le Préfet a pu disposer des fonds imprévus du budget de 1845 restés libres, et d’une partie de ceux de 1846 , et nous conserver par ce moyen cette précieuse découverte. Nos collections numismatiques se sont donc enrichies de ces dix- sept médailles d’or aux types de Tibère (1) , Vespasien ( 2 ) , Titus (3) , Domitien (3) , Nerva (2) et Trajan (6). La première de ces médailles y celle de Tibère , porte au revers une femme assise tenant une branche de laurier : »«t deux de Vespasien portent , l’une un taureau combattant , l’autre une victoire sur un globe, pour rappeler les différentes victoires qu’il avait rem- portées. La première , celle au taureau , a été frappée en commé- moration des jeux célébrés pour la consécration du temple de la Paix , dont on voit encore les ruines imposantes dans le campo rnccino autrefois forum romanum . Chacun sait que c'est dans ce temple fameux que Vespasien déposa le candélabre aux sept branches et les vases d’or sauvés de l’incendie du temple de Jérusalem ; qu’il y fit aussi transporter de tous les points de l’empire les chefe-d'esavre en peinture et en sculpture. Les trois médailles de Titus furent frappées sous le règne de Vespasien ; la première lorsqu’en 822 (69 de J.-C.) il fot associé h la puissance tribunitienne ; la seconde lorsque Vespasien , après avoir accordé les honneurs du triomphe à Titus pour ses victoires remportées sur les Juife , ferma le temple de Janus et fit bâtir à la Paix celui dont la consécration est rappelée encore par la troi- sième médaille de Titus, portant aussi un taureau combattant, et par la première de Domitien , ayant au revers une corne d’abondance , symbole de la paix. Les deux autres médailles de Domitien ont été frappées dans le but de tromper la postérité ; elles célèbrent les triomphes de ce prince sur les Germains , tandis qu’il acheta la paix de ces barbares. L’une représente l’empereur dans un char de triomphe , la seconde une Pallas debout , et sur ces deux mé- dailles Domitien prend le surnom de Germanique. Après le meurtre de Domitien, les armées romaines suivirent l’exemple de la capitale et jurèrent fidélité à Nerva ; c’est ce fait Digitized by LjOoq Le DE LA SOCIÉTÉ D JUtULÀTIOH . 101 fie l'os a voulu perpétuer par notre belle et rare médaille , qui , au revers de la tète de Nerva , porte deux mains jointes avec la legeude concordia exerciluum. Noire deuxième médaille du même prince rappelle qu’en montait sur le trùue il Ut renaître la liberté. Parmi Ii>m\ médailles de Trajan, deux sont delà première apnée de son règne ; elles représentent, l’une l'abondance , Pautre une femme assise sur un amas d’ariues. Celte dernière indique que Tnjan sur- vcHktl les mnnmin de l’empire ; en effet , lorsqu'il apprit la mort de Nerva , il était à Cologne et ne quitta les frontières qu'à la fin de l’année, lorsqu’il fut certain que les peuple de la Germanie avaient renoncé aux courses qu’ils s’étaient habitués à faire sous le lâche Demi tien. La troisième médaille du même Trajan, frappée SOUS son quatrième consulat , avant la guerre contre les Daces , est un vœu à Hercule ; la quatrième témoigne de la liberté dont on jouissait SOUS son règne , la cinquième, sur laquelle l’empereur à cheval \a h apper de son javelot un ennemi terrassé, a été frappée après les victoires remportées sur le> Laces, lorsque Leecbale , leur roi , poursuivi et cerné de tous côtés , se tua pour ne pas tomber vivant entre les mains du vain- queur. La sixième médaille enfin est en commémoration du bonheur que Trajan eut d’échapper à la moj-t pendant le terrible tremble- ment de terre qui , en 866 , détruisit presqu’entièrement la ville d'Antioche, et fit périr un nombre immense d’habitants et de grands personnages venus de tous les points de l'Asie pour honorer l'empereur. L'on prétendit alors avoir vu un dieu prendre Trajan par la main et l'aider à sortir de son palais qui s’écroulait. Notre médaille repré- sente Jupiter Conservateur couvrant Trajan de son manteau; elle perte pour légende eonservatori p galelsde comblement, sur lesquels le sol d’atterrissement, p ro ven ant des détritus des marnes irisées, s’est avancé dans une grande partie de la plaine. 0 est dont bien évident maintenant que les dent petits dépôts de tuf de Vincey appartiennent à l’époque moderne. Quant an mode de leur formation et à l'origine que nous venons de lui attribuer, pour en rendre compte, il suffira de jeter un coup d’oeil mt des dépôts de même nature dont on pourrait citer plusieurs exemples dans les Vosges mêmes. $. 3. DÉPÔT 8 FORMÉS PAR QUELQUES-UNES DBS SOURCES INCRUSTANTE! DU DÉPARTEMENT. A l’origine du vallon de Circouri, ouvert dans le flanc nord de la côte de Virine, on rencontre une source dont les eaux limpides sont cependant chargées principalement d’un sédiment calcaire (fig. 5); Digitized by LjOOQle 112 AHHALBS elles déposent un tuf tellement semblable à celui de Vincey qu’od ne saurait distinguer les échantillons entr’eux, et reconnaître de laquelle de ces deux localités ils proviennent, si Poo n’avait soin de les étiqueter sur place. Ce dépôt parait avoir un mètre d’épaisseur moyenne au milieu; il s’étend sur les atterrissements de marnes formant le soi sur un espace à peu près circulaire ayant 20 mètres de rayon, et constitue une butte conique, dont Pélévation augmente graduellement en même temps que sa base s’étend de plus en plus vers l’aval. Les sphaigoes, les cypéracées qui existent sur les bords de la fontaine , sont enveloppés par le sédiment ; et lorsque* parvenus à une complète décomposition* leurs éléments sont entraînés, le tuf est peu solide et offre de nombreuses cavités qui finissent par se remplir b la longue , et à mesure que le sédiment pénètre et s’en- durcit, la roche acquiert plus de soUdité ; comme Je le présumais bien* je n’y ai trouvé aucunes traces de coquilles d’eau douee; elles ne paraissent dans le ruisseau qu’à une assez grande distance de la source, placée, ainsi que nous Pavons remarqué, à l’origine même du vallon. Plusieurs autres sources produisent des tufc ayant les mêmes caractères ; ils diffèrent cependant entr’eux en raison de la nature des végétaux qu’ils enveloppent, dont le nombre et les espèces v* rient suivant les localités. A Contréxeville, à Destord , à la Rosière près de ftambervifiers, à Vittel, à fiouriémont, à Pierrefite, on reconnaît; particulièrement dans le tuf, des cypéracées, Aes sphaignee, des hépatiques et diverses plantes des marais. A ViUe-sar-lUon, dans le vallon de Gbihdrecourt» quelques parties sont presque entièrement composées de tubes mo- delés sur des tiges de chara ; d’autres offrent des amas d’une espèce de mousse propre à la région calcaire ( hypnum commutatum) et qu’on ne rencontre , dans la région arénacée , que dans les parties des ruisseaux coulant sur le calcaire dolomi tique; A Destord , à quelque distance de l’ancien magasin de sel, on rencontre trois sources incrustantes sortant de buttes coniques de tuf calcaire, et ayant, la première, 10 mètres de diamètre à la base sur $6 cent, de hauteur , la deuxième , 20 mètres de dimaètre sur 1 mètre 80 cent. Digitized by LjOoq le t>E LA SOCIETE D ÉMULATION. 113 de hauteur, et la troisième ayant 28 mètres de diamètre sur 2 mètres de hauteur au-dessus du niveau de la prairie. Le tuf des parties inférieures des dépôts est très-solide et coloré par le fer hydraté limoneux déposé sur les parois des cellules. Ces sources sortent du muschelkalk. Le sédiment enveloppe des mousses , des hépatiques , des prèles , des characées , des feuilles de divers arbres , des cypéracées , des menthes, etc., etc., qui végètent encore pendant quelque temps après que leurs racines et leurs feuilles radicales commencent à être re* couvertes de calcaire. $. 4. CONCLUSIONS. Les dépôts de tuf de Vincey sont situés au pied d’un taius constitué par les marnes irisées et le muschelkalk ; il est probable que les sources qui les ont formés sortaient de ces dépôts et qu’elles ont cessé de cooler, comme tant d'autres, à la suite du déboisement des hau- teurs voisines et des travaux exécutés pour mettre en culture les terrains qui s’élèvent sur la gauche du ruisseau; mais on ne se rappelle pas, dans la localité, de les avoir vues en activité. Les observations qui précèdent nous paraissent démontrer : i° Que ces deux dépôts appartiennent à l’époque moderne; qu’ils reposent sur les assises de la nappe de comblement de la vallée , abandonnées par les eaux au moment même où le lit actuel de la Moselle s’est établi; 2° Que l’on n'y observe aucun des caractères propres aux terrains supercrétacés, déposés dans des bassins plus ou moins étendus et divisés en plusieurs étages ou assises distinctes; 3° Que le peu d’étendue de ces deux dépôts , leur isolement , indiquent une formation indépendante et produite en dehors des causes générales sous l’influence desquelles, en diverses contrées, les terrains supercrétacés se sont formés ; qu’on ne saurait y recon- naître qu'un accident purement local et de la nature de ceux qu’on voit encore se reproduire journellement sur plusieurs points des Vosges; 8 Digitized by LjOoq le 114 ANNALES 4° Que l’identité évidente entre les roches de Vincey et les pro- duits des sources incrustantes citées comme exemple et comme terme de comparaison , ne saurait laisser de doute sur la nature de l’agent qui a favorisé la production de ces tufs ; que si cet agent a cessé de fonctionner, soit momentanément, soit pour toujours, on peut néanmoins en déterminer le genre d’après la nature des traces qu’il a laissées; Enfin, qu’il est rationnel d’admettre que ces tufs , n’ayant d’analogie que dans les dépôts formés sous nos yeux par des sources incrus- tantes en activité, n’ont pu être produits que par des sources» incrustantes desséchées aujourd’hui. Épinal , le 2 Décembre 1846. 11. Hogard. Digitized by Google DE LA SOCIÉTÉ D’ÉMULATION. 115 DE L’ALTERNANCE U9 lt«lTIU » PAR M. ÉVON, MEMBRE TITULAIRE. s 4. On tome* en question , au moins dans une certaine mesure , la loi de succession naturelle des végétaux , si anciennement , si umveneSement constatée par l'expérience , et qui forme la première base de la théorie des assolements. te débat a pris naissance , il y a quelques années , au sujet des arbres forestiers , au congrès de Baden , où l’école forestière française avait des représentants. Les Allemands , divisés d'opinion, ont soutenu le pour et le contre avec une égale force. Finalement, la question est restée indécise, et il a paru h F assemblée qu'elle ne pouvait être vidée qu’avec le secours d'une histoire des forêts. M. Parade, directeur de Fécole de Nancy, qui a rendu compte de ce débat , s'est prononcé contre la loi d'alternance en sylvicul- twe, et ft a para depuis que c'était là l'opinion de l'école française, car H. Puvis , ayant essayé de démontrer l'existence de cette loi pour les grands végétaux , par des faits d’analogie tirés de F agriculture Digitized by LjOoq Le 1(6 AHNALES et de l'horticulture , réunis ayec beaucoup d’habileté, et par des faits directs , les Annales forestières n’ont pas tardé k soutenir l’opinion contraire dans une série d’articles de M. de Sahune. Un agriculteur distingué , M. Monnier vient de raviver cette dis- cussion : non-seulement il ne tient pas pour l’alternance en {sylvi- culture , mais il cherche k expliquer par d’autres causes une série de faits agricoles qu’on faisait dépendre de cette loi. Cette controverse présente un certain intérêt, car il n’est pas indifférent que les forêts, dont beaucoup sont actuellement délabrées, soient administrées sous l’inlluence d une opinion flottante ; ces sortes de recherches offrent d’ailleurs , spéculativement au moins , un vif attrait de curiosité. § 2. On s’est servi sans fondement , je crois , du nom de M. Liebig, pour soutenir que les arbres forestiers échappent k la loi d’alter- nance ; car, en examinant l'ensemble des principes qu’il a formulés et enchaînés dans son Traité de chimie appliquée à la physiologie végétale et à l'agriculture , je ne trouve pas que ses doctrines viennent k l’appui de cette opinion. Cet écrit parait jeter de la lumière sur la théorie proposée pour expliquer le problème de l’alternance ; il ramène k l’unité la théorie de l’effritement , conçue à priori , et celle de M. de Candolle , qui semblaient si divergentes. L’auteur explique avec sagacité , par ses principes , des faits d’alternance tirés du domaine de l’agriculture. Il admet aussi, d’après la pratique des jardiniers, la nécessité de faire succéder les unes aux autres les espèces d’arbres à fruits : or, de ceux-ci aux arbres forestiers, où est la ligne de démarca- tion, puisque les premiers ont été primitivement tirés des forêts, et y sont pris, souvent encore, pour servir de porte-greffe ? Ces arbres fruitiers , que la greffe mutile , et qu’on contraint en quelque sorte à une plus grande production que celle des mêmes espèces k l’état sauvage , vivent moins longtemps que celles-ci , mais cette différence de longévité ne permet pas de conclure que leurs types en forêt soient affranchis de la loi d’alternance. Les principes posés par M. Liebig sur l’étendue des rapports qui lient la végétabilité k l’atmosphère , ne prêtent pas davantage k une pareille conclusion. Digitized by LjOoq Le 117 DE LA SOCIÉTÉ D’ÉMULATION. De ce qu’on est obligé de fumer les champs, taudis que les prairies naturelles et les forêts , se passant de ce secours , non-seu- lement donnent, à surfaces égales, autant de carbone que les céréales fa mée s , mais au gmen ten t encore progressivement la couche d'humus par les débris de leur végétation, l'auteur n’en induit pas que les fovéto an les prairies naturelles ne sont pas soumises à l’alternance, mais qne l'atmosphère est le gland' réservoir de r alimentation des plantes en rarbooe et rai ammoniaque. 11 faut aux végétaux, indépendamment de ces substances, des oxydes alcalins , dont la nature et la quantité sont assez générale- ment invariables selon les espèces végétales , et l’on admet que l’absence ou la diminution actuelle , dans le sol , de ces oxydes mé- triques est une des causes qui forceraient à l’alternance. Or, de ce que, selon M. Liebig, la quantité de ces matières contenues dans le uol est si grande , comparativement à la quantité nécessaire h l’entretien d’une forêt , qu’elle paraît inépuisable , et cela d’autant plus que les feuilles mortes rendent une partie de ce qui a été enlevé , il ne s’ensuit pas que les mêmes espèces forestières puis- sent indéfiniment persister dans le même sol. En effet, comme Liebig admet que ces siAstances doivent être rendues solubles pour devenir asrimüabies, il doit arriver pour les forêts ce qui arrive pour les céréales, dont la production s’amoindrit progressivement, si l’on ne soumet le sol qui les a portées k la jachère , ou si l’on n’y cul- tive pas nue plante dont les exigences soient différentes. Dans l’un et l’antre cas , d’aplès le même chimiste , ce sont les labours qui , mettant largement le sol en communication avec l’atmosphère , pré- parant de nouvelles doses de matières salines , propres au retour des cé réa le s : or, comme H n'existe pas de conditions naturelles dans les forêts pour équivaloir k la puissance des labours , elles devraient k la longue se trouver, sinon au dépourvu , du moins mal pourvues de sels sdàbtes et dépérir. Outre la privation , pour les plantes , de l’aliment minéral qui leur convient, M. Liebig admet encore que leurs déjections radi- cales, composées d’excrétions et d’excréments, sont une autre cause déterminante de l'alternance. Ce sont les expériences de M. Macaire Princeps sur l’appareil radical , qui ont servi h établir que les ma- Digitized by LjOoq Le 118 ANNALES tières émises par les racine* d’une espèce végétale devenaient im- propres et même nuisibles à la nutrition de cette espèce , tandis qu’elles servaient à l’alimentation d’une espèce différente. Si cette théorie est fondée , elle doit être générale , quoique les expériences de M. Macaire soient numériquement circonscrites; elle doit comprendre les espèces forestières; car, comme il est avéré que les racines des plantes absorbent indistinctement toutes les matières solubles, ainsi qu’agissent dans l’animalité les capillaires veineux, il est évident que toutes ces matières ne peuvent convenir h l'as- similation , et que toutes celles qui lui sont impropres doivent être rejetées par les racines, revenir dans le sol et le gâter pour l'espèce qui les a émises (1). On voit donc que les doctrines de M. Liebig , quelle qu’en puisse être la valeur, loin de pouvoir servir à infirmer la loi d’alternance pour les végétaux forestiers , servent au contraire à l’affirmer (2). (1) Avec ces théories , il deviendrait facile d’expliquer pourquoi les prairies naturelles, composées de tant d’espèces, ont ihfiniment plus dé durée que les prairies artificielles formées d’une seule. Qu'on sème iso- lément, en effet, du ray-grass , de la fiéole , du trèfle, etc., ehaeune de ces prairies, comparée à une prairie naturelle composée de groupes d’espèces , n’aura pas une longue persistance : les produits baisseront d’année en année , et progressivement le terrain se dépeuplera ; car, ayant les mêmes besoins alimentaires , puisque leur organisation respective est identique , tous les individus dont on avait peuplé sol doivent d'abord t'épuiser plus tôt pour eux-mêmes que s'il avait été occupé par des espèces variées, ayant des besoins alimentaires différents; et en second lieu, ils doivent se le rendre mutuellement impropre par leurs déjections radicales, tandis qu'entre espèces diverses , céfe déjections sont réciproquement uti- lisées. (2) C’est en tant de rencontres déjà que , par le passé, les enseignements de la chimie appliquée à l’agriculture ont échoué en pratique, que, malgré scs progrès actuels, il est très-prudent de ne lui donner confiance que lorsqu'elle vient fournir la contre-épreuve des faits constatés par l'expé- rience directe. Il y a quelques années , on croyait encore que l'acide car- bonique , puisé dans le double milieu de l'atmosphère et du sol , devait absolument composer la nourriture des plante* , malgré lu complexité de composition des engrais et les puissant» effets qu’ils produisent. Lu théorie Digitized by Google 119 DE LA SOCIÉTÉ D* ÉMULATION. La preuve la plus convaincante , en apparence , qui ail etc pro- duite jusqu'ici contre l'existence de cette loi à l’égard des forêts , a été puisée dans la tradition historique. On a cité des forêts de liétrcs et d’espèces résineuses , déjà signalées il y a dix-sept siècles, et qui existent encore aujourd’hui aux mêmes lieux. Mais , premièrement , ces forêts de hêtres succédant à elles-mêmes à travers les âges, sont-elles pures d’autres essences? et, dans ralïirmative , eu a-t-il toujours été ainsi ? Ou bien le hêtre y a- t-il toujours été seulement en prédominance ? Car , s'il y a eu mé- lange dans un temps, cette circonstance a pu suffire pour ajouter considérablement à la durée de ces forêts , parce que les essences mélangées peuvent tour à tour, avec le temps , prendre la place les uiies des autres. Secondement, ces forêts sont-elles aussi productives qu’autrefois , toutes choses égales du reste ? lédamole, relative k l’ahnine et k l'acide ulmique, a été admise et n’a pa* régné longtemps. Aujourd'hui que l’alimentation des plantes est venue théo- riquement et avec raison se compliqmer de l’axole et d’oxydes alcalins , on a tarifé la valear de tontes les substances qn’on emploie sous le nom d’engrais d’après la proportion d’axote qu’elles contiennent respectivement. Or, ces tarifs impliquant l’unité dans les nécessités alimentaires des plantes, l’unité de composition et de cohésion dans les matières qui servent d'engrais, peuvent donner lieu en application à beaucoup d’erreurs, parce que , au Keu de l’unité de rapports sur oes points , c’est la diversité qui apparaît partout. A l’oocassoo des alcaloïdes, la science explique l’heure use succession des légumineuses aux céréales , en oc sens que celles-ci , comme toutes les graminées, ont grand besoin de silicate de potasse, tandis que les autres n'en consomment point on en consomment k peine. Pourtant, dans cette contrée, où les cultivateurs font un si grand usage de la cendre de bois lessivée pour les prairies naturelles , il arrive que la lupuline , si abondante dans la plupart de ces prairies , mais qui , avant l’application de l’amen- dement, y est si chétive qu’on l’entrevoit k peine an pied des graminées, prend après cette application un développement au moins égal k celui des autres herhes, quoique, avant l’emploi de la eendre lessivée, celles-ci fussent infiniment plus hautes que 1a lupuline. Digitized by LjOOQle 120 ANNALES Troisièmement, lors même que le hêtre pourrait se succéder à lui -même un grand nombre de fois , il ne faudrait pas en conclure que les autres espèces possédassent cette propriété dans la même mesure ; car, à en juger par les plantes agricoles , la nécessité de l'alternance ne se fait pas sentir pour elles à la même époque. Enfin , de même qu'on voit du blé , dans des terrains exceptionnels, se succéder avec succès pendant quinze ans , pourquoi serait-il plus étonnant que , dans un terrain d'élite , le hêtre pût se reproduire avantageusement durant dix-huit siècles : ce qui ne donnerait encore que neufs générations successives , si l'on fixe à chaque génération deux siècles de durée? La plupart de ces objections s’appliquent généralement au fait plus vague encore , concernant la persistance de certaines forêts d'es- sences résineuses. Ainsi , de ce que l'histoire établit l'existence permanente , jusqu'à nos jours , de quelques-unes de ces espèces dans la chaîne des Vosges , il n'y a pas plus lieu d’arguer de ce fait contre l'alternance des végétaux forestiers , qu'en voyant le chêne ou le hêtre prédominer dans d'autres zones; car ce fait, qui relève de la loi naturelle de distribution des espèces sur le globe , décèle une convenance particulière à certaines espèces pour certaines régions climatériques , mais ne prouve pas autre chose. Toutes les parties boisées de cette chaîne de montagnes ne pré- sentent pas une seule espèce , mais un groupe d’espèces telles que : épicéa , sapin à feuilles d'if, pin sylvestre , hêtre, chêne, charme , bouleau, tremble, alisier, sycomore, etc. , sans, compter les arbris- seaux et les arbustes. 11 y existe des forêts d’épicéas pures ou mélangées de sapins ou de hêtres , des forêts de sapins pures ou mélangées , des forêts de hêtres et de chênes pures ; mais les bois blancs et les morts-bois ont accès dans la plupart de ces compositions. Il y a, en un mot, dans ces montagnes , par la multiplicité des espèces , toutes les ressources nécessaires pour satisfaire à la loi d’alternance quand le besoin s'en fait sentir, ce qui n’empêche pas que les espèces rési- neuses n'y prédominent numériquement sur les autres. C’est apparemment dans un but que les espèces forestières dé-r parties à une région , au lieu d’y être placées , et pour toujours. Digitized by LjOoq Le 121 DB LA SOCIÉTÉ d’ ÉMULATION. espèce ptr espèce, dans des cases particulières dont l'ensemble figurerait la table (Ton damier, y sont répandues d’une façon confuse, associées comme les espèces d'une prairie naturelle. L'art de la culture sépare les espèces en cases distinctes , mais il est bientôt forcé de les faire tour à tour changer de place. On a prétendu , pour infirmer la nécessité de l'alternance en syl- viculture, que, dans une futaie, la couche superficielle du sol faisait jachère , que les arbres n'allaient point s’alimenter dans cette couche superficielle , mais dans les couches profondes , qu'ainsi le parterre de la fotaie reposant , redevenait vierge en quelque sorte pour re- cevoir les semis de ces arbres et en assurer la prospérité. C'est lii une erreur grave en physiologie végétale : les racines s'étendent partout où elles trouvent à puiser, et leur chevelu se multiplie en raison directe de la fertilité des couches du sol , soit superficielles, soit profondes (i). $ 4. En agriculture, le signe général qui décèle la nécessité d'alterner est une véritable diminution du produit de la récolte , di- minution qui augmente d'année en année si l'on persiste à ramener la même plante ; sa taille décroît , son tempérament faiblit , et die devient par conséquent plus exposée h périr, tant par l’influence de la cause secrète que par celle de causes étrangères. On n'attend pas ce dernier terme pour faire succéder une espèce . à une autre ; l'expérience a fixé pour un certain nombre de plantes l'époque h laquelle elles doivent revenir sur le même terrrin pour h production normale , et la durée de ces périodes de retour varie (1) Le hasard m'a offert à cet égard an fait sans réplique pendant une année tr èa t ëc be (1943). Je voulais m’assurer du degré de profondeur au- quel b sécheresse avait pénétré dans une demi-futaie de hêtre si pleine et si bien couverte , que le parterre n'était absolument occupé que par une couche de feuilles. Or, immédiatement sous cette couche , le terreau était traversé en tous sens par des multitudes de radicules appartenant aux hêtres de la fotaie ; elles se séparaient facilement du terreau , car celui-ci était si desséché qu'il tombait en poussière. Cette couche ne faisait donc pas jachère pour recevoir plus favorablement le semis naturel. La sécheresse apparente avait pénétré jusqu'à la profondeur de 0", 35. Digitized by LjOOQle J 22 ABKALES extrêmement selon les espèces : ainsi , tandis que le chanvre peut se succéder un grand nombre de fois , le safran ne peut revenir qu’après quinze ou dix-huit ans. Mais ces règles ne sauraient être absolues , parce que , la composition minérale des sols ou leur ri- chesse propre étant différente, cette circonstance doit amener et amène en effet des variations dans les données générales. Avec le secours de l'art , on peut arriver k reculer le terme posé jusqu'alors par l'art lui-même au retour de la même plante. Les habiles cul- tivateurs de la Flandre sont parvenus h ce résultat au moyen de labours combinés et d’amendements ; mais comme, dans la plupart des autres contrées , l’état présent des circonstances économiques ne permet pas de réaliser cet effet de la puissance de l'art, il faut avoir recours à l’alternance et se soumettre à cette loi, lors même qu’ailleurs on serait complètement parvenu à en triompher. Il ne serait donc pas surprenant que les prescriptions pratiques relatives à la période de retour des espèces agricoles après elles- mêmes pussent donner carrière à la critique , tant il existe de cir- constances particulières qui créent des exceptions. Il ne serait pas plus étonnant qu’pn pût signaler des faits rapportés jusqu’ici à la loi d'alternance, et qui néanmoins dépendraient d’autres causes, puisque le défaut d’alternance n’est pas la seule cause qui puisse diminuer le produit d’une espèce ou la faire périr. Si cette question, renfermée dans le domaine de l’agriculture et ayant en général pour objet des plantes annuelles , offre encore bien des points douteux après tant de siècles d’expérience , on conçoit que , posée pour les végétaux forestiers , dont l’extrême longévité et le défaut de culture embarrassent les recherches , elle soit encore en problème. Aussi les adversaires de l’alternance en sylviculture , récusant d’abord les preuves d’analogie tirées des in- dustries agricole et horticole, ontrils su facilement repousser les preuves qu’on leur présentait comme directes. Ainsi , ils expliquent tout simplement les faits de succession naturelle , soit du hêtre au chêne , soit de l’épicéa ou du pin au chêne , par la nature enva- hissante de* ces trois espèces sur celle-ci, et ils rapportent le dépeuplèment actuel d’anciennes forêts de chênes à un mauvais ré- gime forestier ou a des dévastations consommées pendant des temps de licence. Digitized by LjOoq Le DE LA SOCIÉTÉ D’ÉMULATION. 123 Celle défaut est fondée jusqu'à un certain point ; elle n’a que le tort d’étrc trop* absolue» On ne p c rmenra d’exposer et d’examiner des faits divers , et d’y cbawberla pmi de vérité qui revient à chaque opinion ; on verra , do verte, que t’âdamiistratkm forestière, qui n'admet pas l’allernaace, est néanmoins forcée d’alterner. 9 5. Les exemptes dt succession naturelle dn hêtre au chêne ne sent pas rares dans quelques forêts des Vosges , et le fait suivant me parait un ■rgumart puissent contre les partisans de l’alternance, par la darté que Jettent sur lui les circonstances qui l’entourent. B y a trente ans envir on , il existait encore près d’Épinal une fatale pMte, de l’Age de cent cinquante ans, mi -partie composée de sM n e t et de hétresi Les troncs de ees arbres, pareils à des ot le u ncs -, s’él evai en t nus de branches Jusqu’il une hauteur de 15 à IB mèt r es ; le sot se trouvait si complètement abrité du soleil par un épais dème de feuillage , qu’il était devenu inaccessible à tonie végèlnlioa parasite ; une couche épaisse de terreau fermé de feuilles mortes le recouvrait partout. Cette fouie a été exploitée par édriraes successives d'après la méthode allemande; la coupe dé- farithu stot ismnaée les années dernières. Les semis naturels de dMM ftp», *d> comme un champ de lia , y sont de la plus grande beauté; rien n’y manque que le chêne, l’essence par ex- cel lenc e , celle qufon a réservée particulièrement ; os en rencontre eu ri polit nombre qu'on n’en peut tenir compte , et il est même probable que le hêtre les étouffera. Pourtant cette forêt , que j’ai étudiée avant qu’on la mit à bas, était en bien des parties plus peuplée de chênes que de hêtres. On se tromperait en pareil cas , si on rapportait la nou-réussile do semis de chênes à l’effrite ment du sol pour cette essence ; car les chénm de la folaie s’étant montrés aussi grands et aussi vigou- reux que les hêtres, cette égalité ne permet pas d’admettre que tout à coup le sol soit devenu impropre au chêne. La première coupe que l’on a faite , c'est-à-dire la coupe sombre , était par- faitement convenable à la réussite du semis de hêtres, mais elle était trop sombre pour les semis de chênes , qui u’out pas le même lempéramenA, et c’est à l’emploi d'une méthode qui , excellente Digitized by LjOoq le 124 AHNALBS en soi , a été mal appliquée , que j -attribue l'envahissement du sol par le hêtre. Cette espèce vit très-bien avec l'épicéa et le sapin à feuilles d'if ; on rencontre ce mélange dans beaucoup de forêts. L'ombre très- épaisse que répand sur le sol le feuillage touffu de ces arbres verts n'empêche pas le semis de hêtres d'y prospérer : ces jeunes arbres partagent jusqu'à un certain point la puissante propriété qu'ont les jeunes épicéas et sapins de vivre longtemps sans périr sous une ombre très-épaisse, et d'ailleurs le feuillage du hêtre est lui-même fort touffu. On ne trouve pas le chêne à l'état de mélange avec les mêmes arbres résineux , parce que son semis redoute une pareille obscu- rité, surtout longuement persistante : il lui faut plus de lumière qu’aux espèces précédentes , ou bien il succombe ; et cette néces- sité se décèle déjà par le feuillage comparativement léger et fort clair- semé du chêne. Le hêtre est donc intolérant pour le chêne ; il finit par l'expulser du terrain et d'autant plus têt que, comme il arrive souvent, on a trop serré les réserves à l'époque de l'exploitation, surtout dans les sols profonds et frais et aux expositions du nord et du nord-est ; car le défaut de lumière croissant en proportion du nombre des baliveaux, le semis de hêtre pourra se soutenir avec avantage dans cette con- dition, mais celui de chêne languira, et à l'époque de la coupe suivante il fera presque entièrement défaut, quoique pourtant on compte en moyénne trois glandées pour une fainée (1). (1) En voyant si souvent , dans certaines forêts , soit aménagées en futaie d'après l'ancien mode , soit en taillis sous futaie , de nombreux chênes an- ciens et de réserve qui, au lieu d'être entourés de semis de leur espèce, sont environnés de semis de hêtre, quoique les baliveaux anciens en soient rares, on est forcé de reconnaître que la prépondérance numérique , qu'on doit accorder au cbêne sur les autres espèces d'après les prescriptions réglemen- taires, sert à renforcer la supériorité physique que le hêtre a sur le chêne pour l'occupation du terrain. En effet, comme, dans le mélange de ces deux espèces, les semis des hêtres réussissent mieux d'ordinaire que ceux de chênes, on ménage les baliveaux de cette espèce, d'abord parce que telle est la règle, Digitized by LjOoq le 12 » DE LA SOCIÉTÉ D'ÉMULATION. On Toit conWen on s’tboserait en attribuant, dans tous les cas, à l'impropriété actuelle du sol pour une essence , la disparition de celle- ei et le plein succès d’une autre, puisque ce résultat peut être produit par mie différence de tempérament entre les espèces. La succession naturelle d’une espèce à une autre est littéralement un fait d’alternance, mais toujours reste-t-il à distinguer si ce phé- nomène résulte de la supériorité physique de l’une sur l’autre, ou s’il tient à ce que le sol se refuse actuellement à produire l’une des deux, ce qui est fort différent. On a cité, d’après Bosc, des faits de succession végétale dans les forêts vierges de l’Amérique, mais sans les éclaircir à ce poiut de vue. Jj 6. L’épicéa , dont le semis peut vivre plus longtemps que celui du hêtre sous un épais couvert, et dont les semences légères et ailées peuvent être transportées au loin par les vents, aurait encore plus de puissance que le hêtre pour envahir les forêt de chênes, si ses se- mences étaient aussi robustes à la levée , si elles n’exigeaient pas , quant à l’état delà superficie du sol pour les recevoir, des circon- stances particulières qu’elles ne rencontrent qu’exceptionnellement. J’ai eu l’occasion d’examiner deux faits de succession naturelle de l’épicéa au chêne, dans deux cantons montagneux des Vosges , celui de Saales et celui de Gérardraer. Le remplacement n’était pas et ensuite parce que lenrs semis n'étant pas beaux, on espère trouver mieux à la révolution suivante, et on abat tons les bétres anciens et moderne# dont le pourtour est entouré de semis épais. Ceux-ci, découverts, se dévelop- pant, envahissent du terrain vers les chênes, fournissent déjà des brins de réserve à la révolution suivante, et les chênes ne sont pas mieux pourvus de semis que la première fois ; on en garde encore une grande partie qui ne don uent pus davantage pour la période suivante, tandis que les jeunes hêtres de la première fournissent à leur tour de nouveaux semis, qui peut- être déjà cernent le pied des chênes, ou le cerneront par leur descendance à la révolution subséquente. Enfin, on est Ibrcé d'enlever tous ces chênes ▼ieilles-écorces du milieu d’un beau gaulis de hêtres. Si l’on abattait moins de hêtres anciens ou modernes, leurs semis à couvert prendraient moins d’essor; et si, au contraire, on abattait un plus grand nombre de chênes , leurs semis, quoique d’ordinaire faibles et peu épais, se trouvant ainsi à découvert, auraient chance ainsi de réussir. Digitized by LjOOQle 126 AANALKK encore complet, el il était évident, par le peu de chênes Misérable? qui restaient, par l'existence de clairières encore peuplées de bruyères ou de myrtiles, que le chêne avait cédé le terras partout où se trouvait répicéa, faute de pouvoir résister. Comme on voyait aussi des clai- rières presque absolument sans végétation parasite et riches en terreau de bruyère, j'ai pensé que c’était par de tels endroits, les moine dés- avantageux à la réussite des semences égarées d’épicéa , que k changement d’essenee avait di graduellement s'opérer; et il serait curieux de s’assurer si, dans les observations qu'on a recueillies en Allemagne et ailleurs, concernant cette alternance, une des pins com- munes après celle du hêtre au chêne, si on néglige les bois blancs, le fait s'est produit dans des forêts de chênes en ruine ou dans desforél9 encore bien peuplées de chênes végétant avec vigueur. On peut admettre, dans cette circonstance, que l'épicéa poisse, lorsqu'il est levé, grandir sous le couvert du chêne; mais la difficulté est à ce point de départ. Le parterre de la forêt garni de feuilles et d’herbes courtes, bien dis- posé pour recevoir de la faine, ne saurait, au contraire, convenir à la semence d'épicéa; aussi, quoique cette espèce ait un mode de dissémination supérieur pour l’envahtssraeut à celui du hêtre, et un tempérament plus robuste pour résister au couvert, il est plus fré- quent de rencontrer, dans les contrées où le hêtre, l’épicéa et le chêne réussissent, des cas d'envahissement de chêne par le hêtre que par l’épicéa. Quoique les graines du pin sylvestre soient aussi légères et aussi bien formées pour une diffusion lointaine , sous l'empire du vent , que celles de l’épicéa , il lui est infiniment moins possible qu'à celui-ci d'expulser le chêne, lorsqu'il est assez épais et bien venant ; car, outre que ces semences de pin doivent trouver sur la superficie du sol, pour réussir, des conditions pareilles à celles qu'exige l'épicéa , le jeune pin résiste moins longtemps sous le couvert que le chêne lui- même. Ce n’est que dans des circonstances particulières, et lorsque le chêne se dépeuple, que le pin peut lui succéder. Dans le canton de Bruyères (Vosges), quelques pins déjà vieux , cultivés pour ornement et placés à une distance assez considérable d'un bois de chênes sitpé en coteau à l'exposition du sud-ouest, ont déjà garni de semis vigoureux une étendue fort remarquable des plaeeo Digitized by LjOoq Le DE LA SOCIÉTÉ D'ÉMULATION • 127 ▼ides dont fl est parsemé ; et comme les chênes qui restent sont épars, dépérissants et n’ont point de descendance , il me paraît certain qu'en laissant aux choses leur marche naturelle, le pin, à la longue, s’emparera tout à fait du sol abandonné graduellement par le chêne. Puisque, d’après ces faits, l’espèce ancienne disparaissait déjà avant l’arrivée de la nouvelle, on ne peut pas dire que c’est par une su- périorité physique de l’une sur l’autre qu’ont eu lieu les successions naturelles, au moins dans leur commencement ; mais lors même que, sans aucune lutte, le chêne aurait ensuite totalement cédé la place aux deux autres espèces , les adversaires de l’alternance contesteraient encore ce résultat comme une expression de cette loi, puisqu’ils font dépendre le dépeuplement des forêts de cette espèce, non de l’im- propriété actuelle du sol pour le chêne, niais d’abus anciens consommés par l’homme : c'est un autre point à examiner. § 7. Qu’on suppose une forêt de chênes qui aurait été soumise a un régime pernicieux ou à des actes de dévastation ; que toutefois ça et la il se soit conservé des baliveaux, le sol se couvrira bientôt d’herbes et d’arbustes, et les baliveaux dépériront prématurément sans laisser de descendance, tout abondantes que puissent être les glandées, parce que les semis de gland, comme les baliveaux, ne sauraient pas plus réussir, entourés d’une végétation parasite, que sur un sol dur et dé- couvert. D’ailleurs, pour les jeunes brins comme pour les sujets plus âgés, l’étal en massif convenablement serré, notamment lorsqu’il s’agit du chêne , est une des conditions sans lesquelles on ne peut obtenir, d’un sol d’une fertilité quelconque , la vigueur de végétation propor- tionnelle à cette fertilité. En effet, si l'on examine des semis naturels de chênes à l’âge de 10 a 15 ans, on verra presque toujours qu’ils sont plus beaux là où ils sont plus épais, c'est-à-dire dans toute l’étendue de la circonférence qu’occupait le chêne porte-graine. C’est dans cette circonférence que le gland tombe le plus abondamment ; mais il rejaillit en dehors : or, les brins formés par ces glands clair -semé sont beaucoup plus petits que les autres, paraissent rachitiques comparativement, et si les glandées de chaque arbre sont abondantes et peu distantes entre elles, la plupart des brins de semis, venus en dehors des circonférences individuelles des baliveaux , périssent étouffés par le massif des semis qui les en- Digitized by LjOoq Le 128 ANNALES lotirent, parce qu’ils sont trop en retard par la taille et la force pour s’élever dans leur voisinage. Les raisons apparentes de ce fait comparé sont, que les brins du semis épais ameublissent mutuellement le sol, le rendent perméable et frais, s’abritent réciproquement de l’action du soleil et des intem- péries atmosphériques, empêchent les végétations parasites de se glisser parmi eux, et à l’époque de la défoliation, trouvent un élément de fer- tilité et un abri pour leurs racines dans leurs propres feuilles , qui tombent à leurs pieds et y restent emprisonnées par la multitude des tiges comme dans une sorte de réseau. Les brins dans l’isolement manquent de ces avantages dont l’in- fluence est grande, puisque, malgré l’extrême multitude de brins qu’un étroit espace entretient dans le premier cas, ils deviennent plus beaux que dans le second. J’ai vu le même fait se reproduire avec autant d’évidence en plein champ, dans un sol inculte depuis longtemps, de consistance moyenne, où, par manière d’essai, on avait planté à la boue, dans la moitié de la surface du terrain, des glands à l'espacement de deux mètres, et dans l’autre à l’espacement de 0 m , 1 6 : la première de ces plantations a péri en grande partie, envahie par des herbes parasites, les brins qui échappaient, mal venants, végétaient en buis- son, tandis que l’autre formait un épais fourré de brins élancés et vigoureux. 11 y a dans les Vosges des forêts de chênes dont le sol a autrefois appartenu à la charrue ; on en voit la preuve dans la conservation encore parfaite des billons. Quelques-unes de ces forêts déclinent, leur dépeuplement s’opère en beaucoup d’endroits, les clairières sont gar- nies de bruyères, les arbres de réserve se couronnent et dépérissent sans donner de semis ; mais je ne crois pas qu’on puisse imputer ce résultat au défaut d’alternance, car, sans pouvoir préciser l’époque à laquelle on labourait le sol de ces forêts, comme les billons sont pareils à «eux qu’on fait aujourd’hui, et indiquent l’usage d’une charrue puissante, cette époque, toute vague qu’elle soit, ne saurait être assez ancienne pour empêcher déjà aujourd’hui le chêne, dont la longévité est si grande, de se reproduire en ces lienx. Que la ruine d’une forêt de cette espèce ait été commencée par une cause indépendante de la loi d’alternance, ou par l’inobservance Digitized by LjOoq Le DE LA SOCIÉTÉ DÉMULàTIOH. 129 4e celle loi , ou par ces causes combinées, il est douteux qu’on puisse se prononcer autrement que par expérience dans des cas pareils, et il est certain que l'état de la forêt, lors même que la loi d’alternance n'y serait pour rien, doit progressivement empirer , parce que les conditions nécessaires au repeuplement naturel tendent toujours à disparaître de plus en plus. { 8. Ce n'est donc pas sans fondement que les adversaires de l'al- ternance en sylviculture peuvent récuser les faits de déboisement qu'on rapporte b cette loi; mais en prétendant à leur tour que, sans inter- ruption ni in, dans l'état actuel de l'art , le même sol peut entre- tenir une même espèce d’arbres forestiers , sans variation dans les résultats de la production , ils donnent dans un excès opposé. Voici d'abord une observation que je tire des pépinières de mélèzes d'Europe que mon père cultive' depuis longtemps. fl élève cette espèce pendant une année sur des couches froides. Au printemps suivant , le jeune plant est extrait de ces couches et repiqué en pépinière où il reste deux ans, terme après lequel. les jeunes arbres, ayant une taille moyenne d’un mètre environ , forment du plant assez robuste pour être placé à demeure. Or, si , après une récolte de ces mélèzes ayant deux ans de pépinière , on en replante dans le terrain qu’ils avaient occupé et après l’avoir convenablement préparé, les nouveaux sujets y réussissent beaucoup moins que les premiers. Après la révolution bisannuelle , ils sont plus grêles , moins élevés , et quoiqu’ils aient été cultivés de la même manière , il en périt davantage dans l’intervalle de ces deux années. Si on en remet une troisième fois dans le même terrain , on en perd plus d’un tiers ; ceux qui restent après la période de deux ans sont très-chétifs. Ce résultat fâcheux, auquel mon père a été amené parce qu’il manquait de terrain neuf pour loger tout sou plant, s’est reproduit plusie u r s fois avec les mêmes caractères, quoique les années fussent düéveutes. Présumant qu’une application d’engrais pourrait remédier b cet accident, il a fait fumer, pour y planter du mélèze, un terrain qui en avait déjb porté trois fois ; mais cette fumure n’a agi que comme un (bible palliatif : le plant, à la fin de sa révolution bisannuelle, 9 Digitized by LjOOQle 130 ANNALES était à peine égal en force à celui d’une seconde récolte obtenue sans engrais du même terrain. Le vrai remède, dont il se sert actuellement, consiste à occuper par de l’avoine et du trèfle les pièces de terre qui ont servi pendant deux ans de pépinière aux mélèzes. A la se- coude année, on enfouit la seconde couche de trèfle par un labour ; ce n'est qu’après un intervalle de deux ans que le terrain ainsi préparé peut porter du mélèze avec un plein succès. Il ressort de cette observation, recueillie en dehors des forêts et par conséquent nette des circonstances qui jettent de l’obscurité sur le résultat, que, malgré une culture soignée, plusieurs plantations suc- cessives et périodiques de jeunes mélèzes exécutées dans le même terrain, au lieu d’y prendre un développement à peu près également puissant , n’ont qu’une végétation faible , et qu’à partir de la se- conde de ces plantations jusqu’à la dernière , il meurt beaucoup plus de plant dans celle-ci que dans les autres ; de plus, comme les sujets de chaque plantatiou n’ont pu pénétrer dans le sol que jusqu’à une profondeur proportionnelle à leurs courtes racines, c’est seulement cette couche très-peu profonde qui s’est appauvrie par degré pour le mélèze, pendant la durée de chaque plantation ; j’ai dit pour le mélèze, car, sans engrais, on obtient, après son extraction du terrain où il est resté deux ans, une belle récolte de seigle, d’avoine ou de pommes de terre. Malgré les caractères qui distinguent si fort l’espèce du mélèze des espèces fruitières , celles-ci finissent par donner du plant aussi débile , si l’on tente de les reproduire- un certain nombre de fois après elles-mêmes ; aussi, guidés par l’expérience, les jardiniers pé- piniéristes ont-ils soin de les faire alterner, ou plus généralement de leur faire succéder des plantes annuelles. On aurait donc tort de ne pas vouloir entendre parler des preuves d’analogie dans cette question de l’alternance , puisque , malgré la dissemblance des espèces, on arrive par la même voie de culture à des résultats identiques. Pourquoi maintenant cette loi d’alternance, dont les effets sont si saisissants hors des forêts , ne se ferait-elle plus sentir sous le régime forestier ? Pourquoi le résultat fourni par l’expérience , sur trois générations successives de jeunes mélèzes , ne se reproduirait- Digitized by LjOoq le DE LA SOCIÉTÉ D’ÉMULATIO* . 131 il pu es forêt, après trois générations successives de cette espèce abandonnée k tout son développement ? Ces trois générations de jeunes mélèzes ayant appauvri pour soi , dans l’espace de six ans, malgré le dépôt annuel de leurs feuilles et une culture soignée, une couche superficielle du sol proportionnelle eu épaisseur à la puissance de leurs racines, qu'v aurait-il d’étrange que trois générations successives de mélèzes , placées dans un même sol en forêt, vivant chacune deux siècles, et allant chacune puiser par leurs racines, au fur et à mesure de l'âge, dans toute la profondeur du sol nourricier, ce sol, après six siècles, fût appauvri pour le mélèze, et que la troisième génération de cet arbre fût moins belle, moins productive que les deux autres? N’est-il pas plus étrange d’admettre que, sous un bon régime forestier, le sol conserve la même aptitude à reproduire éternellement la même espèce, sans variation dans la quantité et la qualité de son produit? On a imaginé , pour s’autoriser dans cette créance, une sorte de jachère en forêt. Selon cette idée, les racines d’un jeune arbre, qui d'abord végétaient dans la couche la plus superficielle du sol , s'en- fonçant d’âge en âge dans les couches subjacentes, laisseraient en repos, pour une génération nouvelle, les couches supérieures qui les avaient alimentées dans leur jeunesse. Il suffit, pour juger celle théorie, d’examiner l’appareil radical d’un très-jeune chêne, et je choisis à dessein celte espèce, parce qu’entre tous les arbres forestiers qui ont un pivot , elle est munie du plus puissant. La ligure de ce jeune arbre, considéré dans la tige et les racines, est la miniature de l’arbre parfait ; sur le pivot ou l’axe radical se trouvent échelonnée», à partir du collet, de» racines latérale» qui sont destinées k explorer horizontalement toutes les couches du terrain qu’atteiut actuellement le pivot. Dans l’afbre fait, ces deux divisions dn système radical ont suivi chacune leur direction primordiale : le sol est traversé verticalement par le pivot, et les racines latérales se sont déployées d’étage en étage dans tonte» ses couche». Les plus puissantes de ees racines sont toujours les plus superficielles, parce que, d’une part, ce sont les Digitized by LjOoq Le AHHALBS 132 premières formées, ei que, d’une autre, elles ont à parcourir les couches les plus fertiles. Cette division latérale de l’appareil est infiniment plus importante que l’autre pour la nutrition du sujet : une preuve de ce fait, c’est qu’il y a des arbres , l’épicéa , par exemple» qui sont dépourvus de pivot, et si l’on suppose, d’un autre côté» des arbres de futaie à l’espacement respectif de six mètres en tout sens, et ayant sous eux un sol d’un mètre de profondeur à percer verticalement, quelle ressource alimentaire peut offrir à l’arbre l’épaisseur de cette couche parcourue de haut en bas, comparée à la multitude de mètres cubes qu’ont à traverser, dans leurs couches les plus artificielles et les plus fertiles, les racines latérales dans une circonférence de six mètres de rayon ? De même que, dans une futaie pleine, les tètes des arbres s’ent re- croisent par leurs branches, de même aussi leurs racines superficielles viennent s’entre-croiser dans la circonférence respective du terrain qu’occupe chacun d’eux , et jettent sur leur trajet des radicules beaucoup plus multipliées dans la couche immédiatement superficielle du sol, parce qu’elle est la plus féconde. Je ne vois pas, je l’avoue, dans l’ensemble de cet arrangement naturel , dont la connaissance est familière au plus simple des bâ- cherons , où trouver place pour la jachère forestière. Pour cette explication , j’ai choisi le chêne, qui, pénétrant plus avant dans le sol par la supériorité de son pivot, me paraissait le mieux servir cette théorie de la jachère ; et c’est cette espèce qui paraft généralement péricliter le plus aujourd’hui, c’est celle à l’égard de laquelle on a surtout agité la question de l’alternance. Les faits suivants, que va me fournir la forêt d’Epinal, viennent encore à l’appui de mon opinion. § 9. Cette forêt, de la contenance de 2,671 hectares, occupe un sol qui, varié dans sa configuration, sa composition et sa profondeur , présente par là des traits de comparaison entre les résultats de la végétabilité selon les lieux. Il est généralement montueux , mais ren- ferme néanmoins des parties considérables qui sont plates. Le noyau des collines est tantôt formé de grès rouge, tantôt de grès bigarré, qui Digitized by LjOoq Le de la socrtri b'émulatioe . 133 ont donné tmmtmt, le prem i er , k des terrains süietux très-légers, le second, à des terrains argile-sfiiceux ; il y a des coltines qui sont recon rei l cs d*aUurrions diluviennes, ordinairement fort chargées de grosse grère silicense ; enin, en plaine, se troorent des terrains roisins dn calcaire et fortement argileux. Les espèces d'arbres qui prédominent dans cette forêt sont le chêne et le hêtre. Dans certaines parties, le hêtre existe actuellement presque ans mélange» mais le plus communément il est mélangé au chêne, et en général en le Voit de préférence dans les bas fonds frais et sur les fanants à l'exposition dn nord et du nord-est. Le chêne sas mélange de hêtre occupe de bien plus grandes parues deeetteforéCLes antres essences se composent de charmes, de bouleaux et de trembles, qui croissent parmi les premières essences, tantôt seule s , tantôt réunies. Enfin, dans quelques cantons, on voit des p in er a iet de différents âges. Il a'eet personne qui , après an examen de cette forêt, autrefois si riche en chênes , ne reconnaisse que cette espèce ne tend généralement à en disparaître que dans les cantons où elle est mêlée au hêtre (celui- ci l’enfahit même dans des situations qui lui conviennent moins qu’au chêne) ; que , dans les cantons où le chêne est seul , il languit et se dépeuple d'autant plus visiblement que le sol est moins>riche. Ce sont les parties les moins fertiles, dont le sol est siliceux, qui ont été déboisées les premières et qui portent aujourd'hui de fort belles Les premiers essais d'introduction du pin sylvestre ont été tentés il y a vingt-cinq ans environ, dans le canton de la Vierge , sur un coteau presque entièrement déboisé de chênes, dont le sol léger est en général pon profond. Avant de songer k faire suoeéder le pin sylvestre au chêne, on a tenté de reproduire celui-ci par des moyens artificiels ; car, d'âne part, les chênes baliveaux étaient trop nues, et d’une antre, le terrain trop envahi de bruyères et d'herbes pour la réussite de •émis naturels. On y a d'abord planté des glands k la houe, après avoir extirpé dn sol les plantes parasites ; ces glands ont levé parfai- tem en t, puis leurs jeunes tiges sont devenues languissantes et ont péri après quelques années. On a eu recours k la plantation du chêne, mais sans plus de succès. Digitized by Google 134 ▲RlfALES Je dois faire remarquer ici que ces parties du canton de la Vierge, dépeuplées de chéoe et aujourd’hui converties en pineraie , sont orientées au sud et au sud-ouest, et que, sur les revers opposés, l’essence du chêne existe encore, quoique malvenante. En admettant que , pendant la série des exploitations , on n’ait pas plus serré les réserves dans les revers aux orientations brûlantes du sud et du sud-ouest que dans les revers aux orientations plus tem- pérées et plus fraîches du nord et du nord-est, on a en partie la raison du dépeuplement qui s’est produit aux expositions méridionales. Mais pourquoi n’a-t-on pu parvenir artificiellement h les repeupler de chênes? On s’abuserait en rapportant ce mauvais résultat à une exposition défavorable; car on a encore essayé de repeupler de chênes, par voie de semis exécutés h la houe, des clairières situées en lisière, à l’expo- sition du nord-est (canton de Sainte-Barbe) ; ces semis ont très-bien levé, puis ont tourné h rien* quoique le sol fût profond. Il faut ajouter d’ailleurs que , sur les revers du canton de la Vierge exposés à l’est et au nord, où le chêne se montre encore, les baliveaux, quoique donnant des semences, donnent peu ou point de semis , et qu’il s’y montre débile. Dans un autre sol configuré en plateau (canton du Grand-Plain) , lequel était autrefois bien peuplé de chênes et se trouve à peu près ruiné maintenant, des gardes forestiers ont exécuté il y a quelques années un semis de glands, avec beaucoup de soins, sur la lisière de la forêt ; ce semis, qui a levé très-épais d’abord, est aujourd’hui fort éclairci, sans vigueur, rabougri, et présente tous les signes d’une fin prochaine. J’ai indiqué précédemment, h l’appui des adversaires de l’alternance, les obstacles qui s’opposaient à la reproduction naturelle du chêne dans des forêts de cette espèce arrivées à un certain degré de déboisement. On pouvait expliquer pourquoi le gland des baliveaux restants, tombé autour d'eux , soit sur un terrain nu et durci , soit le plus ordinairement envahi par la bruyère ou de grandes herbes, ne pouvait prospérer, et pourquoi ces baliveaux , trop distants les uns des autres, devaient succomber prématurément sous cette même influence des plantes parasites. Mais comment expliquer la non-réussite de ces plantations de glands , serrées convenablement , exécutées à la Digitized by LjOoq Le DE LA SOCIÉTÉ D* ÉMULATION. 135 houe, après l'extirpation des mauvaises plantes, si ce n'est à une certaine impropriété actuelle du sol à reproduire la même espèce ? Depuis la création et le plein succès de la première pineraie dans la forêt d'Epinal, ce mode de repeuplement a été mis en usage, non- s e ulem e n t dans des parties fort considérables de cette forêt, mais dans un très grand nombre de forte des Vosges dépeuplées de chêne, envahies par la bruyère, et c'est assurément la plus remarquable, la plus importante de toutes les améliorations forestières qui aient été exécutées depuis un quart de siècle, que ce fait d'alternance auquel on a été forcé. D est certain que la majorité de ces terrains forestiers , formés de la décomposition du grès rouge et occupés maintenant avec tant d'avantages par de jeunes pineraies, peuvent être mis, la plupart , en dernière classe pour la production du chêne ; mais on ne saurait s’appuyer de cette circonstance, car, que ces sols soient relativement médiocres ou pauvres pour l’espèce du chêne, encore faudrait-il, pour pouvoir inftrmer la loi d’alternance, que cette espèce pût se perpétuer dans ces sols et y arriver toujours à la taille que comporte leur fertilité relative. Or, si l’on considère d’abord que , dans ces cas de déboisement commencé de forêts de chêne, quelle qu’en soit la cause, ce mal empire si l’on compte sur une reproduction naturelle ; que les tentatives de reproduction artificielle échouent, quoique faites selon les meilleurs procédés de l'art , tandis que, au contraire, une espèce fort différente réussit à merveille dans des conditions qui de toutes manières se montrent si impropres à l’autre, il faut convenir qu’en dehors des causes humaines qui ont pu amener le déboisement de beaucoup de forêts de chêne, la loi d’alternance se fait sentir , sans qu'on puisse dire quelle part d’influence elle exerce dans ces faits de déboisement. Je ne puis m’empêcher de faire encore remarquer ici combien il fout accepter avec réserve les explications que fournit la science sur beaucoup de faits naturels. En admettant la théorie de M. Liebig, rien ne serait plus facile à comprendre que cette heureuse succession du pin sylvestre au chêne. En effet, l’analyse chimique lui démontrant que le chêne donne plus de cendres que le pin, que les cendres du premier contiennent Digitized by LjOOQie 136 AJVUALE6 une bien plus grande quantité de sel à base de potasse que celles du second, comme il part de là pour expliquer la belle végétation du pin dans les landes sablonneuses et pauvres en potasse, où la culture du chêne ne saurait prospérer , on pourrait dire , dans les cas d’alternance du pin au ehéne, que la réussite du premier après la ruine de l’autre tient à ce qu’alors le sol n’est plus assez pourvu de potasse pour que le chêne y puisse prospérer, tandis qu’il en renferme assez pour que le pin y réussisse pleinement. Mais comme, d’après le même chimiste, le cendres du hêtre sont de beaucoup plus riches en sels à base de potasse que celles du chêne, et qu’il existe, comme on va le voir, des faits d’alternance réelle du hêtre au chêne, l’explication de l’alternance du pin au chêne ne saurait convenir, toute séduisante qu’elle puisse paraître. §10. On rencontre dans la même forêt d’Epinal de nombreux exemples d’envahissement du chêne par le hêtre, particulièrement dans les cantons aménagés en futaie. Une partie de celui dit de Margotte, lequel était autrefois presque absolument occupé par la première de ces deux espèces, est aujourd’hui converti en un ad- mirable gaulis de hêtre pur, de l’àge de 30 à 40 ans, malgré le soin qu'on avait apporté à conserver abondamment pour la réserve, de révolution en révolution, du baliveaux de chêne. Les souches de cette espèce qui se voient encore depuis la dernière coupe d’extraction, sont , dans leur périphérie , toutes garnies de jeunes hêtres extrê- mement vigoureux, et ce n’est que par exceptions, très-rares encore, qu’on trouve, dans ce nouveau massif, quelques brins de chênes assez malvenants. En faisant la part, dans l’examen de ce fait, des causes physiologiques qui rendent le hêtre si intolérant pour le chêne, et de la prédominance habituelle de cette espèce dans les réserves* il reste un signe fort saisissant qu’on ne peut s’empêcher de rapporter en grande partie à l’état vierge du terrain pour le hêtre : c’est son admirable végétation , dont on ne trouve pas d’exemple parmi les jeunes recrues dans des forêts de hêtres anciennes, quoique placées, quant à l’exposition et au sol, dans des conditions plus favorables* La valeur de ce signe paraît avec plus d’évidence dans les faits suivants : Hans le canton dit le Grand-Plain, dont j’ai déjà parlé, primitivement Digitized by LjOoq Le DE LA société d'émulation. 137 peuplé de chênes, aménagé en taillis sous fataie, et qui est aujourd’hui parsemé de clairières qui s’y étendent et s’y multiplient d’année en année, on rencontre çà et là de jeunes hêtres , dont la semence a pu être apportée du canton voisin , dans lequel cette espèce a déjà envahi le chêne, soit par le mulot, ou des oiseaux, ou des récolteurs de faines : or, ces hêtres d’essai , dus au hasard , déploient la plus grande vigueur dans ces parties où le chêne décline si fort en croissance cl reprod uct io n , de sorte que si, à la longue, le hêtre venait à s'emparer du canton, ce résultat ne saurait être attribué à sa prepro action envahissante, puisque le chêne, se dépeuplant loi-même, lui cède le terrain. Dons le canton de Voiriot , qui sait le précédent , on avait inuti- lement essayé de rep e upl e r de chênes, par semis et par plantation, des clairières situées en lisière à l'exposition du sud et garnies de bruyères oA se rencontrent çà et là quelques vieux chênes dépérissants. H y a quatorse ans environ qu’un garde s'avisa de planter ensemble, dans l’une de ces clairières, des brins de hêtre et de chêne, et quoique cet emplacement fût bien moins favorable aux premiers qu’aux seconds, tant par la sécheresse naturelle du sol que par son exposition mé- ridionale, on y voit aujourd’hui un vigoureux bouquet de hêtres, dans lequel il reoie encore quelques ehénaux étiolés , en sous bois, comme pour témoigner de la disparition de moitié du mélange. Je ne sais ce qu’on pourrait objecter contre ces observations qu’il me serait fecüe de multiplier ; mais je vois dans cette végétation mi- sérable d’une espèce, dans sa caducité graduelle, dans l'impuissance oA l’on se trouve à la reproduire dans les lieux d’où elle a disparu, et, au contraire, dans la brillante réussite d’une espèce différente pour la remplacer, ces effets opposés desquels la pratique agricole et horticole a déduit une loi végétale ; et alors même que cette loi serait ima- ginaire, comme il importe d’agir pour le repeuplement de ces cantons forestiers, il est certain pour moi qu’on n’y parviendra pas en employant le chêne, taudis que le succès du hêtre ou d’une espèce résineuse assortie aux circonstances locales est hors de donte (1) (I)Osni admit en règle qae le ternit naturel da hêtre avait besoin d'an eoavert mfBtaat durant ane série d’années pour ne pat succomber, toit aax Digitized by LjOOQle 138 AIIVALES § 11. Le chêne est encore de belle venue, et se renouvelle faci- lement dans quelques parties de la même forêt : ce sont les plus fertiles, et il y est mêlé à des bois blancs. Doit-on rapporter uniquement ce résultat si différent des précédents, quoique le peuplement de la forêt soit contemporain et qu’elle ait été soumise au même mode d’administration, a la supériorité comparative du sol, ou l’eipliquer par l’alliance du chêne avec les bois blancs? Ces espèces, le bouleau, le tremble , le saule Marsault (on peut ajouter le charme, quoiqu’il ait un bois dur), forment avec le chêne un groupe naturel. Les trois premières, sous l’influence des vents, répandent leurs semences si fines, si légères, loin d’elles et dans toutes les directions ; le charme par ce mode de semis a beaucoup moins de puissance ; quant au chêne, sa dissémination ne dépasse guère les limites de la circonférence qu’embrasse sa tête. Aussi, dans cet état ancien où les champs ne bordaient pas de toutes parts les forêts, il ne pouvait être, à cause de ses lourdes semences, que lentement envahissant, et aujourd’hui que cette ceinture agricole existe, il ne saurait alterner que de proche en proche, et réciproquement, avec les essences auxquelles il est le plus naturellement associé. Comme il les domine par sa longévité et sa gran- deur comparative , elles lui échappent par leur mode de dissémination si puissant. Voilà, je crois, comment le chêne peut encore alterner naturellement , se soutenir toujours dans un même canton , quoique l’alternance artificielle soit plus régulière et plus efficace , et comment je juge de son alliance avec les bois blancs dans le résultaten question. Mais le bois du chêne étant d’une utilité supérieure et plus générale que celui des bois blancs , on a voulu dès longtemps réglementer les forêts à son profit, en lui sacrifiant ceux-ci. Il, est arrivé, de ce système trop exclusif, dont les plus mauvais effets se montrent particulièrement ardeurs du soleil, soit surtout à l'action des gelées printanières; de sorte qu’il ne faudrait pas compter sur le succès du repiquement de très-jeunes hélres qu’on ne placerait pas dans cette condition, c’est-à-dire sous un ombrage convenable ; mais je suis fondé à croire, par expérience, qu’à l’exception des vallées qui du jour à la nuit subissent d’extrêmes variations de température, on réussira à repiquer à découvert des brins de hêtre de l’âge même de deux à trois ans, et que les faits d’après lesquels on a établi la règle ont été exagérés. Digitized by LjOOQie DS LA SOCIÉTÉ D'ÉMULATION. 139 dans l'aménagement eo taillis soee-fataie , appliqué aux forêts en sol médiocre et mélangées de chêne et de bois blancs , qu’à force de (aire la guerre à eaa deniers y de les abandonner dans le balivage, en comp- tant stries recrées de leurs souches , celles-ci se sont épuisées , ont formé des vides , de sorte que , malgré la fécondité de ces espèces et leur mode de dühskm séminale, aies tendent à disparaître , les chênes s'en vent à leur tour, et le sol se peuple de bruyères et d’herbes : tel est du moins l’état de beaucoup de parties de la forêt d’Epinal , et si , dans quelques autres parties de la même forêt , le chêne se mêle aux bois blancs et socousorve bien à tous égards , ce n’est pas que ceux-ci aient été épargnés, puisqu’on a suivi pour eux le même système , mais les beux leur conviennent si fort qu’on n’est pas encore parvenu jusqu’ici à les en expulser (i). Dans le mélange asaes commun du chêne avec le hêtre , mélange qui lui est moins favorable qu’avec les bois blancs , puisque le hêtre, qui n’est que son égal en taille , qui a le même mode de dissémination , le domine quant à l’occupation du terrain , c’est aussi par cette préférence outrée pour le chêne, en l’épargnant trop lors du balivage, que d’or- dinaire on seconde la supériorité naturelle de son adversaire pour Il n’est donc pas étonnant , d’après ce qui précède , que ce soit sur- tout à l’occasion du chêne qu’ait été agitée la question de l’alternance en matière forestière. il n’est pas étonnant que cette espèce , à laquelle est naturellement départie une xone si étendue, et qu’on a voulu conserver partout où elle s’est rencontrée, c’est-à-dire dans des sols d’une fertilité très-va- riable , et en irisant tourner contre elle un privilège d’aménagement tout particulier et si assuré en apparence, fournisse aujourd’hui, surtout dans les sols peu fertiles , tant de faits de défaillance ou de dépeuplement. (4) Un mélange de bois blancs et de bois dors donne plus en prodnit, à surfaces égales, qu’une composition simple de l’une ou de l’autre de ces sortes. Le méteil fournit plus aussi que leàlé et le seigle cultivés séparément. Ces ré- sultats semblables ont-ils une même cause , et quelle est-elle ? Digitized by Google 140 AH1VALE8 U n'est pat étonnant que, dans les régions montagneuses, l’épicéa paisse l'envahir , et qu’il n'en soit jamais envahi. Il n’est pas étonnant qu’on ne signale point d'envahissement dn hêtre par le chêne , et que oeux du hêtre sur le chêne soient si communs. Enfin, il n’est p*s étonnant qu’il ne paisse fournir d’exemples d’envahissements réciproques ou d’alternance qu’avec les bois blancs, partout où Us se trouvent encore en certaine proportion avec lui. Ce n’est donc pas en vain qu’à l’état de nature les plantes vivent en groupes d’espèces variées, et non en groupes d’individus d’une même espèce, et le mauvais résultat de la culture isolément continuée d’une espèce dénonce la nécessité de l’alternance comme une des raisons de cet arrangement primordial. Assurément, au milieu des causes diverses qui peuvent participer à ce pernicieux effet , en avancer l’arrivée, en augmenter la gravité, en ne saurait préciser sa propre mesure , surtout à l’égard des végétaux séculaires ; mais toujours est-il que ceux-ci n’en sont pas plus affran- chis que les plantes de culture annuelle. Les arbres rabougris, en buisson, que le hasard a semés sur le ciment aride des vieilles ruines, y vivent longtemps , et, selon tonte apparence, presque absolument aux dépens de l'atmosphère ; la cause de leur ohé- thrifté est saisissante. Sous un autre rapport , je pourrais montrer dans le même sol des épicéas de 23 ans ayant , les uns nne taitte de 50 cen- timètres , et les antres de 1 0 mèfres ; mais les premiers , sons un couvert épais , n’ont pas asses de lumière et attendent, les autres sont à découvert. n est possible que les arbres, résistant à la mort dans de si extrêmes conditions, se défendent aussi très-longtemps, lorsqu’une espèce , par sa reproduction continuée dans le même sol , l’a rendu impropre pour soi ; mais, en supposant qu’il regagnerait à la longue , pour elle encore présente , l’aptitude initiale qu’elle lui a fait perdre , ce qui est con- tradictoire , ce mode de culture ne saurait être admissible , puisqu’on dépenserait beaucoup plus de temps pour la production que dans les conditions normales. C’est sous les inspirations de la chimie agricole que s’est particulière- ment produite la réaction nouvelle contre le principe capital de 4a Digitized by Google DK LA société d'émulation 141 Marie des assolements. Quand cette science aura fourni un procédé feo wo mf fu s arec lequel on pourrait perpétuellement obtenir du même aol pleine récolte de garance ou de luzerne , il sera facile d'en trouver un pour les forêts ; Jusque-là il est plus sage d'alterner ; et dans ces problèmes à tant de faces que présente la production des plantes, rien ne presse encore d’accorder à V agriculture du creuset l’autorité qu'elle veut prendre sur l'autre. Digitized by LjOOQle 142 AN H A LES St&ttQlRB SDK MTR13X3 APPORTÉES DAMS li'EWPLei BEI BOIS P0VJB LA MMOIEBIE , PAR M. L.-A. BOILEAU, architecte, MEMBRE ASSOCIÉ LIBRE. L’industrie de notre époque devait s’emparer avec empressement des découvertes de la science brillante de l’époque qui l’a précédée , pour les mettre à profit dans ses entreprises. Les arts mécaniques devaient se ressentir tous de cet apogée scientifique qui a vu l’al- chimie décevante faire place à la chimie positive sous l’impulsion de l’infortumé Lavoisier; la physique, sa sœur, constituée comme elle sur de nouvelles bases ; les pratiques routinières de l'art du trait abandonnées pour les théories universelles de la géométrie descriptive à la voix du patriote Monge ; l’astrologie des mages et des califes définitivement détrônée par l’astronomie de nos savants ; la géologie renouvelée et corroborée par la recherche si féconde des fossiles de Cuvier, concorder admirablement avec les révélations Digitized by LjOOQie DE LA SOCIÉTÉ D’ÉMULATION . 143 de la genèse, et tant d'autres progrès dans la même direction. Et, en effet, les conceptions industrielles, considérées dans leur en- semble , ont pris de nos jours un rapide essor. Néanmoins, en examinant en détail les produits de l'industrie , on reconnaît bientôt qu'il n'y a, jusqu'à présent, que les découvertes et les procédés susceptibles d’offrir des chances de gros bénéfices à la spéculation , qui aient été appliqués ; tandis que les données de la science qui n'offrent que des moyens d'améliorer ou de perfectionner les produits des arts , c'est-à-dire , qui se bornent au progrès indépendamment du profit, sont encore négligés. Ayant été à même d'exercer l'art de la menuiserie, et par con- séquent de l'étudier, taut sous le rapport théorique que sous le rapport pratique, ces réflexions me frappèrent; il me sembla que l'on pouvait faire mieux que ce que l'on faisait , sous plusieurs rapports; et en faisant des recherches dans ce sens, je reconnus que les principales questions, restées jusque là au dessous des connaissances acquises dans les sciences et l’industrie, étaient les suivantes : 1° Le choix du sens le plus favorable selon lequel les bois doivent être débités et employés , eu égard à leur destination et à la fonction qu'ils ont à remplir ; 2° Les moyens de neutraliser où d'éluder la variabilité theimomé- trique et hygrométrique du bois ; 3° La dessiccation artificielle des bois de toute grosseur ; 4° L’enduit le plus favorable pour les décorations monumentales ; tant sous le rapport de l’embellissement que sous celui de la conser- vation ; b° L’amélioration de l'exécution des courbes et des cintres. Je vais indiquer les solutions qui m'ont été fournies pour chacune de ces questions , par l’application des sciences et le résultât des ex- périences, eo m’étendant plus particulièrement sur la dernière. 1° LE CHOIX DU SENS DU BOIS* La spécialité de moo sujet m'oblige à commencer par quelques considérations générales sur les bois , considérations que les coiinais- Digitized by LjOoq Le 144 ANNALES sances des personnes auxquelles je m’ÿresse rendraient au moins superflues s'il s'agissait de pure botanique* Les arbres de nos climats , de la famille des dicotylédones, croissent chaque année en grosseur par l'addition d’une couche circulaire, plus ou moins épaisse selon l'essence des bois , la nature des terrains et leur exposition bonne ou mauvaise. Ces couches sont des sortes de cônes superposés successivement au jet de la première année : la sève destinée à leur formation passe, du centre du tronc de l'arbre, dans les vaisseaux de communication qui , de ce centre , rayon- nent vers la circonférence, et dont la fonction est de déposer, entre la dernière couche et le liber de l'écorce, les sucs qui doivent donner naissance à une nouvelle couche. Ce tissu de communication forme , à la surface d’un tronc coupé selon une section droite, des rayons plus ou moins visibles d’après l'essence du bois. Le chêne et le châtaignier sont les bois de notre pays où ils sont le plus marqués. Ces lignes, nommées rayons médullaires dans la physiologie végétale , sont appelées mailles dans les arts. Le bois est soumis, quant à sa partie solide, aux influences thermométriques , de même que les métaux et autres corps bruts ; c'est-à-dire que ses molécules sont susceptibles de se dilater par la chaleur et de se condenser par le froid. 11 est en outre soumis, par les cavités appelées pores où la sève circule , aux influences hygrométriques , c’est-à-dire à au- gmenter de volume par l'humidité en recevant de la vapeur d'eau dans ces pores , et à diminuer de volume par la sécheresse en perdant cette même vapeur d'eau. La première action est peu sensible. 11 n’en est pas de même de la seconde , qui est la plus grande difficulté que comporte la matière ligneuse. Ces deux effets , la tbermométricité et l'hygromé- tricité , peuvent avoir lieu dans le même sens : quand la chaleur et l'humidité sont réunies, c'est alors le maximum de gonflement; ou quand le froid et le sec se combinent ensemble , c'est alors le maximum de contraction; ou bien ils peuvent se contre-balancer jusqu'à un certain point par la combinaison inverse. En outre, avant d'arriver à cet état normal qui suit la dessio- Digitized by LjOOQie DB LA SOCIÉTÉ D'ÉMULATION • 145 cation complète , le bois pâme par no état temporaire tant qu’il est vert, on, si l'on veut, tant qu’il contient de la sève. La sève d'un bois fraîchement coupé contient divers composés chimiques h l’état plus ou moins liquide ; les «ns sont des substan- ces résineuses, gommeuses, et mucilagineuses; les autres des liqueurs lymphatiques et phlegmatiques qui ont beaucoup de rapport avec l'eau. De ces substances, les premières doivent, avec le temps se fixer dans le bois, lui donner de la solidité, de l’élasticité, et, en un mot, augmenter ses qualités; les secondes, au contraire, susceptibles de fermeoter et de s’échauffer sous l'influence de k chaleur et de P humidité, sont des causes de destruction qn*on ne saurait trop tét expulser et détruire. Cette partie aqueuse de k sève, en s’évaporant , vide les pores qui se resserrent et font diminuer les pièces de volume, retrait qui , dans le sens où son action est k plus sensible , va jusqu’au douzième de la dimension des pièoes; c’est par k maille qui a servi à la distribution de k sève dam l'arbre sur, pied , qu’elle s’évapore le plus acd venant quand il est abattu. Tant que le bois n’est pas complètement sec, il eu incapable de reprendre à l’air de l’humidité et ne peut par conséquent que diminuer de volume; arrivé à ce point, il est soumis aux .alternatives dont j’ai parié, et ici encore , c’est le tissu de la maille qui joue le plus grand rôle comme étant le plus hygrométrique, v Les fils dont le tissu médullaire est composé , sont disposés en travers du bois, et coupent à angle droit les fibres ligneuses longitudinales ; on peut se convaincre ,. en examinant las gerces trans- versales d’une pièce de bois qui a subi l'action de 1a carbonisation ou l’altération de k pourriture sèche , que ces gerçures ne pro- viennent que de k grande contraction du tissu méduMam. Aussi le bois se sépare-t-il beaucoup plus facilement dans le sens de k maille que dans tout autre. L’ouvrier des forêts appelé fendeur sait tirer parti de celte facilité pour faire son merrain , ses lattes , ainsi que les éclisses propres ù la boistellerie et à k racUrie. Verte , une planche dont la surface est sciée dans k direction des mailles , se dessèche sans se contourner ni se fendre ; tandis que k planche dont la surface est sciée perpendicukirement aux 10 Digitized by LjOoq Le 146 ANNALES mailles, ou sur couche, se courbe, se déjette el se sépare dans la maille en séchant, l'action des mailles agissant sur la plus grande dimension. Sèche , la planche sur maille a très-peu de variations hygromé- triques et se conserve plane sans être maintenue, tandis que la planche sur couche, sujette k se retirer et k se gonfler sans cesse, se courbe sur la largeur, sous l'influencé d'une humidité ou d’une chaleur plus grande d'un côté que de l’autre. Abandonnée k elle-même , la planche sur maille ne se sépare point sur la largeur sous l'influence d’un choc , k cause de la liaison du tissu médullaire , tandis que la planche sur couche casse d’autant plus facilement que les mailles en déterminent la sépa- ration. La propriété principale des couches annuelles, c’est d’être séparées par une partie molle qui leur permet, jusqu’k un certain point , de glisser les unes sur les autres. Le bois , dans ee sens , peut être considéré comme une réunion de lames superposées. On peut déduire de ce qui précède les conséquences suivantes pour le choix du sens du bois. Un panneau ou une partie pleine d'une grande largeur, doit être construite en planches snr mailles, si l’on veut éviter les dislocations, il n’y a pour ainsi dire pas de force capable de maintenir celle qui serait sur couche. Une partie découpée k jour , en ornements délicats , doit être sur maille, sous peine de ne pouvoir achever le travail sans éprouver de nombreuses cassures, et d'exposer les pièces terminées k être cassées très-facilement sous l’influence de la contraction ou l'action d’un choc. Une pièce de bois exposée k un effort tendant k la faire plier sur la longueur, doit être posée de manière k opposer le champ des couches k cet effort ; c'est ce qu'on appelle placer le bois sur son raide : une pièce de sciage, placée horizontalement pour rece- voir une charge , doit être tournée ainsi. Un battant de bâtis d’assemblage ne doit pas être sur maille dans le sens des mortaises , parce que l'effort du tenon ferait ou- vrir le bois de chaque côté de la mortaise et éclater les épaule- Digitized by LjOoq Le 147 DB LA SOCIÉTÉ D’ÉMULATION. menti. L’iocoavénieot étant le mémo pour la cheville , la meiHeure disposition do bois pour les assemblages chevillés est celle de la maille oblique à peu près h 45 degrés. tt est impossible de passer en revue tous les cas qui peuvent se présenter pour chacune de ces dispositions. U me suffira de dire qu’il e’y a pas une seule pièce de bois faisant partie d’un ensemble , dont 1a fonction ne commande la préférence de l’un ou de l’antre des deux sens du bois sur madle ou sur couche ; le raisonnement , basé sur la connaissance des propriétés du bois, peut seul guider celui , qui dirige un ouvrage. Quoique la perfection du travail dépende de cette combinaison qui n’entrafne aucun frais matériel, la plupart des menuisiers et autres ouvriers en bois ne font aucune attention aux sens du bois. Moins avancés en cela que l’appareilleur qui regarderait comme une grande feule de placer une pierre en délit , et que le paveur qui cherche le sens le plus favorable pour fendre son grès , matière bien plus homogène que les végétaux , ils font à chaque instant les contre-sens les plus déplorables, et emploient souvent, à cause de cela, pour faire mal un ouvrage, beaucoup plus de bois qu’il n’en faudrait pour le bien faire. Le bois sur maille n’a guère été apprécié jusqu’à présent que sous 4e rapport de la beauté. On sait que les planches sciées sur maille, comme le merrain fendu dans la maille, présentent à la surface des veines argentées d’un si bel effet qu’on les a souvent désignées sous le nom de miroirs. Ce sont ces veines qui ont fek rechercher le bois sur maille pour les ouvrages apparents , et ici encore, H faut déplorer l’indifférence de nos concitoyens, qui fente d’adopter ce mode de sciage, ont acheté nos propres boit anxJioMaDdaio pendant plus d’un siècle. Cette nation, entièrement dépourvue de bois et en possession de ce procédé de sciage regardé comme on secret, tirait des Vosges, du Haut-Rhin et du Bas-Rhin, les plos beaux arbres , qu’elle convertissait en sciage sur maille à l'aide de ses scieries perfectionnées, pour nous les vendre ensuite, eo bous faisant subir l’augmentation de prix causée par l’impor- talioo. Malgré les travaux de plusieurs savants , qui ont traité la matière à Digitized by LjOoq Le 148 AJINALES la suite du célèbre Buffon , l’ignorance a été jusqu’il faire croire aux exécutants que le chêne maillé étaii une espèce particulière et rare ; tandis qu’une simple observation du bois qu'ils travaillaient jour- nellement , aurait suffi pour leur prouver que cette organisation n’avait point d’exceptions dans le chêne. On rencontre encore beau- coup d’artisans sur bois qui soutiennent cette erreur. On fait depuis peu du sciage sur maille en France ; c’est dans la forêt du Der, annexe de celle des Ardennes, et située dans le Nou- vion-en-Thiérache , dans le département de l’Aisne , que s’est accom- pli ce progrès ; dans la Haute-Marne et les Vosges, qui possèdent des arbres propres h cette industrie, il ue paraît pas qu’on y songe encore. Cependant on ne saurait objecter que ce sciage donne Heu à un déchet préjudiciable, car le sciage sur maille produit au moins autant de bois que le sciage non raisonné , et il a sur ce dernier l’avantage de donner beaucoup de valeur aux bois; outre la méthode des Hollandais , bien connue , il y a une autre méthode appelée méthode de Moreau , du nom du marchand de bois qui , le premier, a essayé de la meure en pratique il y a une cinquantaine d’années ; c’est cette méthode qui est en usage dans le Nouvion. J’ai la ferme conviction que la propagation de cette méthode , encouragée par l’autorité, serait très-profitable au département, surtout si l’on combinait le débit perfectionné des bois avec la des- siccation artificielle dont je vais parler ci-après. Le sciage, ainsi traité , acquerrait assez de valeur pour mériter les frais de transport nécessaires pour être vendus avantageusement à Paris et dans d’autres localités aussi distantes ; ce qui augmenterait considérablement les débouchés, et par suite, la richesse du déparlement (1). J’ai eu occasion d’appliquer la disposition raisonnée du bois à plusieurs ouvrages dont il sera parlé plus loin; elle leur a donné un cachet de perfection notable. (1) Voir le chapitre premier de notre Traité complet de V évaluation de la menuiserie , qui renferme quelques notions sur les bois et principalement les planches, pour la méthode de débit que je riens de mentionner. Digitized by LjOoq Le t DE tA SOCIETE DEMULATION. 149 2° LIS MOYENS DE NEUTRALISER OU D’ÉLUDER LA VARIABILITÉ TBERMOMÉ TRIQUE ET HYGROMÉTRIQUE DU ROIS. Pinni les matières variées que les arts mettent en œuvre, il n'en est point qui comportent des difficultés aussi grandes que celles de la variabilité énorme qui est le propre de la matière ligneuse. La pierre ne laisse à l’appareilleur que le souci de la forme ; la dilatation des métaux est peu sensible et n’a qu'un effet simple ; mais la variabilité du bois , compliquée d’on effet double dont l’un est très-sensible, exige de la part de celui qui veut employer cette matière des connaissances étendues et des combinaisons multi- pliées. Outre la forme qu’il doit donner au bois, il faut qu’il lasse attention sous l’influence de quelle température il le travaille; qu’il prévoie les alternatives auxquelles il sera exposé, étant em- ployé , et les effets qui s'ensuivront ; il faut enfin , qu'agissant par la force, il neutralise ces effets, ou qu'employant pour ainsi dire la ruse , il en élude les conséquences ; car, avec l’emploi des grands végétaux , la difficulté croit de toute la différence qui existe entre les corps bruts et les corps organisés. Bien que la division des surfaces de menuiserie en petits panneaux , qui est de toute ancienneté, démontre que la difficulté résultant de la variabilité a été reconnue au principe de l’art, la plupart des ouvriers , méconnaissant le but de cette mesure , se contentent de dire, le bais joua, sans chercher à opposer aucune résistance à oet effet , foute de songer que le principal mérite de l'art consiste h vaincre les difficultés de la matière. D’après ce qui a été dit plus haut sur les propriétés du bois, il est évident que vouloir maintenir, d’une manière invariable, de grands panneaux en planches sur couche ou en bois vert, serait vouloir l’impossible ; tout ce qu’on peut faire en pareil cas , c’est d'éluder la variabilité. Pour cela , il fout disposer les panneaux de telle sorte qu’ils soient à dilatation libre , c’est-à-dire qu'ils puissent se contracter et se di- later sans être détériorés et sans que ces effets puissent nuire à l'ensemble de l’ouvrage. Ce moyen est applicable aux panneaux qui Digitized by LjOoq le 150 ÀHHALBS n’exigent pas des dimensions précises , comme les dessus de table , ni à ceux qui sont entourés d’un bâtis d’assemblage dont le recou- vrement est capable de masquer les variations ; dans ces deux cas , les panneaux ne doivent être attachés d’une manière fixe , aux parties adhérentes , que sur une seule ligne dans le sens du fil du bois ; les autres attaches, lorsqu’elles sont nécessaires , doivent être disposées de manière k permettre le jeu du bois. Quand on panneau destiné à n’étre vu que d’un seul côté est barré par derrière, on laisse la dilatation libre en fixant les barres avec des vis, dont le passage à travers la barre est une petite mortaise dans le sens du travers du bois, au lieu d’être un trou juste de la grosseur du collet de la vis. Les barres entaillées dans le bois à coulisse , soit k queue , soit k languette sur les côtés et d’une largeur égale sur leur longueur, dispensent des attaches et remplissent parfaitement le but du système k dilatation libre. Un panneau d’une certaine dimension , même en bois sur maille, ne saurait conserver sa surface plane , si l’on fixait les barres des- tinées k le maintenir d’une manière invariable; en effet, dans cet état, un seul côté du panneau est invariablement maintenu et l’autre ne l’est pas ; il en résulte que , lorsque la surface libre se gonfle soi» l’influence de l’humidité , elle bombe en faisant plier les barrés ; de même, lorsqu’elle se resserre sous l’influence de ta sécheresse, elle creuse. Si , au lieu d’être adhérente au panneau dans toute sa longueur, la barre était attachée seulement de distance en distance , le panneau se fendrait entre les attache^ en se contractant ; la di- latation libre peut seule obvier k ces inconvénients. C’est le seul moyen déluder la variabilité , quand on se propose d’obtenir des sur- faces qui restent planes et qui ne puissent se disjoindre ni se fendre; mais , si k ces conditions on voulait -ajouter celle de l’invariabilité des dimensions, il faudrait avoir recours aux moyens de neutra- lisation. Le principal, et je pourrais presque dire le seul moyen de neu- traliser la variabilité du bois, consiste k opposer k ses variations transversales sa qüasi-invariabilité longitudinale * en réunissant for- tement des épaisseurs dé bois croisés ; les bois peuvent ainsi être réunis par des chevilles , des clous et des vis ; mais l’union obtenue Digitized by LjOoq Le DE LA SOCIÉTÉ D* EMULATION. 151 i l'aide des cottages est , de toutes , la plus puissante , parce qu'elle ne laisse aucun point des surfaces séparé. La réussite, dans ce cas, dépend de la perfection des collages , et là encore , il y a une difficulté à surmonter. Cette difficulté, qui est presque nulle, quand il ne s’agit que de coller des bois faibles ou du placage , comme font les ébénistes, est très-sensible quand il s’agit de réunir des masses de bois d’une certaine force. Cela tient à ce que la colle qu’on ap- plique sur le bois , étant chaude , détermine un mouvement de di- latation qui n'est pas instantané , mais qui est d’autant plus à craindre qu’il continue à avoir lieu plusieurs heures après le eollage ; la pression qu'oo est obligé d'exercer, pour vaincre la résistance de la colle et la faire pénétrer dans les pores du bois , en même temps que pour mettre les surfaces dans un contact parfait, peut seule maintenir ce mouvement ; aussi doit- elle être prolongée jusqu’à ce que le bois, influencé par la colle dans sa partie hygrométrique , soit revenu à son état normal. J’ai souvent reconnu que des collages, fort bons au moment où ils avaient été faits , s’étaient disjoints par l'effet de la colle sur le bois, faute d’une pression capable de main- tenir les pièces pendant la durée de cet effet. D est bon que les surfaces des pièces , réunies ensemble par des collages, soient semblables par rapport au sens du bois, et autant que possible d’un bois d’une densité égale, afin qu’elles ne subis- sent pas une action différente , qui s’exercerait au détriment du col- lage. Les collages invariables, c’est-à-dire dont l’adhérence est parfaite, ^joutent un prix infini aux ouvrages d'art , surtout ceux des angles d’onglet , des corniches et moulures qui sont faits après l’achève- ment des profils ; car alors , pour empêcher la partie aiguë de s’ouvrir par l’effet de la colle , il est indispensable d’établir une pression sur les angles avec des cales contre-profilées et taillées exactement selon l’angle des moulures. Pour donner une idée du mérite de ces collages, il me suffira de dire qu’un seul clou employé pour fixer, en ren- dant le collage illusoire , peut souvent éviter plus d’une demi-journée de travail. Pour obtenir un panneau de dimensions invariables , en même temps que capable de conserver sa surface plane , deux épaisseurs de bois collées et croisées ne suffiraient pas ; cette disposition n’em- Digitized by LjOOQie 152 ANNALES pécherait pas l'inconvénient dont j’ai parlé plus haut à l’occasion des barres d’avoir lieu. On peut atteindre le but en collant ensemble trois épaisseurs, dont le fil du bois de celle du milieu serait en travers de celui des deui épaisseurs extérieures, qui doivent être égales, afin d’établir l’équilibre nécessaire pour que la surface reste plane. Pour réussir dans cette opération, il faut apporter le plus grand soin dans le choix du bois , car la moindre inégalité dans sa con- texture, ou une légère torsion dans les fibres, pourrait exposer le pan- neau à gauchir sous l’influence d’une température donnée. On sent en effet, que pour obtenir un panneau complètement invariable, on a non-seulement à surmonter les difficultés que comporte le bois, mais, ce qui est plus encore, à en neutraliser les propriétés ; c’est, pour ainsi dire , la pierre philosophale de la menuiserie. Après plusieurs essais sur la force de la colle et les différents degrés de pression , je suis parvenu h faire faire des collages que la sanction du temps a fait reconnaître capables de maintenir la varia- bilité du bois par leur forte adhérence. 3 ° LA DESSICCATION ARTIFICIELLE DE8 BOIS. S’il y a lieu aujourd’hui de rechercher des moyens de dessécher artificiellement les bois , ce n’est pas qu’on puisse croire un instant qu’une telle dessiccation soit préférable à la dessiccation naturelle à l’air libre , mais seulement parce que les conditions sociales étant changées, le temps n’est plus où la prévoyance d'une génération préparait des bois pour la génération suivante , sans être obligée dè considérer comme une perte réelle d’intéréts le temps pendant le- quel ce bois attendait son emploi. Par suite des nécessités actuelles du commerce et de la diminu- tion des forêts , il est impossible aujourd’hui de se procurer du bois à ouvrer de plus de trois ou quatre années de sécheresse , et ce- pendant il est certaines pièces des ouvrages d’art qui , par leurs di- mensions, exigeraient une dixaine d’années et plus pour arriver h l’état de siccité nécessaire pour ces mêmes ouvrages. Ces motifs, joints à la valeur croissante des capitaux , ont fait chercher des moyens de dessiccation artificielle ; ceux qui ont été employés jusqu’à présent Digitized by LjOoq Le 153 DE LA SOCIÉTÉ D’ ÉMULATION, sont plutôt des moyens d’acccicrcr la dessiccation (|ue des moyens de dessiccation proprement dits. Le séjour du bois dans l’eau cou- rante et le mode de transport appelé /toilage sont au nombre de ces moyens ; ce sont les plus lents et les moins efficaces. Pour at- teindre plus vite et plus sûrement le but, on a essayé, dans ces derniers temps , de faire pénétrer les bois de vapeur d’eau , en pla- çant les bois dans une caisse qui reçoit cette vapeur d’eau, fournie par l'ébullition de l’eau d’une chaudière voisine, à l'aide d’un conduit de communication ; on a employé pendant quelque temps ce mode de dessiccation pour les bois sur maille du Nouvion , mais on l'a abandonné parce qu’il avait l'inconvénient de donner au bois uue couleur grise et de lui ôter son éclat. Dans ces derniers temps, un nommé Antoine a formé , à Paris , une entreprise de dessiccation ar- tificielle ; on croit que son procédé consiste à faciliter le passage de l’eau froide , qu’il fait traverser dans le bois placé debout , en y ajoutant une certaine proportion d’acide sulfurique. On voit que ces procédés , les seuls connus jusqu’à présent , se bornent à l'im- méHion. L’immersion du bois par l'eau froide , l’eau chaude , ou l’eau acidulée , détériore le bois ; en effet , pour atteindre le but qu'on se propose , il faut que le liquide destiné à accomplir l’immersion traverse les pores du bois en chassant la sève ; or, nous avons vu que la sève se composait de deux parties distinctes ; si , de ces deux parties, celle qui ne peut être que nuisible au bois pouvait être chassée seule, il y aurait avantage; mais, dans l'état où se trouve alors le bois, les parties gommeuses et résineuses , destinées à sa solidification future , sont aussi expulsées , ce qui cause une altération profonde dans son organisation. Si l’on ajoute à cette altération celle que le bois éprouve 'sous le rapport de son aspect , de sa couleur et de son brillant , on aura des motifs suffisants pour rejeter ces moyens de dessiccation ; il est reconnu que les bois ayant subi l'immersion sont ternes , peu élastiques , moins sonores et beaucoup moins forts. L’immersion n’exempte pas les bois du séchage à l’air libre ; l’eau , qui a remplacé la sève ne peut être évacuée qu’avec son aide; et bien que cette eau s’évapore dans un temps infiniment moindre que la sève ne pourrait le faire , il faut encore plusieurs mois aux pièces Digitized by LjOoq Le 154 ANNALES d’une dimension ordinaire pour arriver à un état de siccité complète ; et je parle ici du bois qui a subi l'action de la vapeur d'eau , car le flottage à froid accélère peu la dessiccation. D'après la détérioration causée par l’immersion et la supériorité reconnue du bois séché à l’air libre , il était évident que le meilleur procédé de dessiccation serait celui dans lequel on n'emploierait que l'action du calorique pour évacuer la sève, mais alors la grande difficulté consistait à chauffer les pièces de bois pour les dessécher , sans les exposer à gercer, et l’on sait que, lorsqu'on chauffe une pièce de bois vert, la surface extérieure, perdant son eau bien avant le centre , se contracte , tandis que le centre conserve les mêmes dimensions, ce qui détermine des gerçures. Après de nombreuses expériences , j’ai trouvé le moyen d’empêcher le bois de gercer en le desséchant k sec ; plusieurs pièces de St-Germain-l'Auxerrois à Paris ont été desséchées par ce procédé , qui a la propriété de durcir le bois. Pour compenser l’inégalité de retrait qui résulte de la dessiccation plus prompte à la surface qu’au centre , il fallait faire en sorte que cette surface restât constamment imprégnée de l’humidité qui s’échappe du centre; j’ai atteint ce but en faisant chauffer les bois, enveloppés de sciure sèche, dans une boite en tôle dont le cou- vercle est parsemé de petits trous destinés à favoriser une légère évaporation. Par ce moyen, la sciure, en contact avec le bois, pompe continuellement l’humidité de la sève qui vient à sa surface, la con- serve assez pour que cette surface soit complètement à l'abri de la chaleur çn même temps que de tout courant d’air, ce qui suffit pour l’empêcher de gercer, tandis que la sève s’évapore lentement par les trous placés dans le couvercle de la boîte. On conçoit qu'avec ce procédé , qui ne fait que vaporiser la partie liquide de la sève , il ne peut y avoir aucune altération du bois ; aussi , loin d’être dé- tériorés, les bois de tous les échantillons que j’ai desséchés de cette manière sans qu’aucune gerçure se soit manifestée , ont-ils acquis un degré de dureté très-prononcée, résultant de l’effet de la cuisson interne des matières gommeuses et résineuses que contient le bois , effet connu depuis longtemps des peuples sauvages , qui en font l’application pour certaines armes grossières qu’ils fabriquent Digitized by LjOoq Le 155 DE LA SOCIÉTÉ D’ÉMULATIOU. avec cette matière. Bien que je n’aie employé que de la sciure de bois dans mes expériences , je pense qu’on pourrait aussi em- ployer arec succès le sable, qui supporterait une chaleur plus intense. Ce procédé , qui doit être pratiqué sur le lieu même de la coupe et aussitôt après l’abattage des arbres, afin que les bois ne se ger- eeot point à l'air libre , et que la sève soit plus facile b évacuer , serait très-avantageux pour les exploitants qui S’appliqueraient b du bois de valeur comme celui scié sur maille. D’après mes expériences, le prix de revient de la dessiccation serait environ de 20 centimes par mètre courant de planehe. 4° l’enduit le plus favorable. Le chêne est celui de tous les bois qui réunit b un plus haut degré les conditions de beauté , de durée et de solidité désirables pour P exécution des boiseries monumentales; aussi a-t-il toujours eu la préférence pour cette destination : les boiseries délicatement sculptées du moyen âge, auxquelles le temps a donné une si belle cooleur , sont connues. Néanmoins , le chêne nouvellement travaillé est d’une couleur fade et d'un ton crû. A l’époque où je me suis occupé de la recherche d’un enduit convenable pour la menuiserie en chêne apparent , on vernissait ces sortes de boiseries au vernis gras. Cet enduit épais et visqueux ne peut être étendu sans laisser paraître les traces des poils de brosse , qui détruisent le poli donné au bois b force de travail. Son éclat brillant, que le mauvais goût a lait regarder comme un avantage , est un défaut capital aux yeux de toutes les personnes qui savent apprécier les effets de lumière sur les formes en relief; enfin ce vernis, qui n’est pas assez liquide pour pénétrer dans les pores du bois, a encore l’inconvénient de ■mûre b nu une résine opaque , quand l'effet du miroitage vient b être détruit par un choc. L’huile de lin, la seule réellement siccative, est un excellent enduit pour la conservation du bois dont elle soumit les pores ; j'y ai ajouté le mérite d’une belle couleur, en y frisant dissoudre du tritoxide de fer et une petite quantité de bitume de Judée. L’huile de lin ainsi traitée nourrit le chêne, lui donne , selon l'expression des peintres , un ton chaud de plus bel Digitized by LjOoq Le ANNALES 156 effet et qui fait valoir les formes. Par sa limpidité , qui lui permet de pénétrer dans le bois, on obtient un effet mat , très-favorable au jeu de la lumière et des ombres. Cet enduit, qui est en outre assez so- lide pour être employé à l'extérieur, garantit le bois de l'influence des changements brusques de la température et des attaques des insectes. La manière avantageuse avec laquelle il fait valoir les mailles du chêne et le ton agréable qu'il lui donne, ont porté les peintres de Paris à l'imiter dans ces derniers temps dans les décors ; aussi , ce nouveau genre de décorations a-t-il eu une vogue qui a fait oublier celle des imitations de bois exotiques et qui dure encore. 5° l'amélioration de l'exécution des courbes. Jusqu'à présent, les courbes et les cintres qu’on exécute dans la menuiserie pour archivoltes , escaliers , etc. , sont toujours construits en bois chantourné et débillardé dans la masse. La multiplicité des pièces composant un cintre , le grand nombre de joints qui en est la conséquence, le (il du bois divergent en tous sens, ne sont qu'une partie des inconvénients attachés à ce mode d’exécution , que tout le monde a pu reconnaître. On peut y ajouter encore un déchet considérable de l>ois et le manque de solidité , raisons plus que suffisantes pour (aire désirer l'adoption dans la menuiserie de la courbure du bois à droit (U , en usage depuis plus d’un siècle dans la charpenterie des vaisseaux et que la carrosserie a adoptée depuis. Duhamel du Monceau , qui , avec l'aide de son frère Duhamel de Denain-Villers , a épuisé tout ce qui concerne les bois dans ses volumineux traités publiés de 1760 à 1770, décrit les divers procédés usités de son temps pour courber les bordages et autres pièces des navires. (Voir son ouvrage intitulé Du transport, de la conservation et de la force du bois, 1 vol. in-4°.) 11 a paru en l'an Xll (1804), sur la théorie des bois, ei» un volume in- 4°, un excellent ouvrage qui ne devrait être que la pre- mière partie d’un traité général de la charpenterie, dont l’achève- ment n'a malheureusement pas eu Heu. Le savant et consciencieux Digitized by LjOoq Le DE Là SOCIÉTÉ D'ÉMULATION. 157 Ha— rnfrili , aulev de cet ouvrage , a consacré à la courbure des bois, un chapitre qui résume toutes les connaissances acquises de sou temps et auxquelles on n’a rien ajouté depuis. Je crois devoir transcrire ici l'exposition qu’il fait , dans ce chapitre , des proprié- tés physiques sur lesquelles la courbure des bois est fondée , afin de pouvoir analyser ensuite les procédés de courbure qu'il y décrit. Voici comment il s'exprime, page 198 : « La courbure des bois abattus et morts , quoique plus difficile (que celle des bois vivants , dont l'auteur a parlé), est cependant plus en usage, parce que l'on peut choisir ceux qui sont le pins propres aux objets auxquels on les destine , et leur donner de suite la courbure qui leur convient. ^ « Le procédé que l'on emploie généralement est fondé sur la pro- priété qu'a le calorique d'augmenter l'élasticité des bois en les pénétrant , et de diminuer leur élasticité en se retirant. « Mais la chaleur, appliquée sur une partie du bois tandis que l'autre est en contact avec l'air , l'échauffe inégalement et augmente l'élasticité par place; en courbant, des portions raidissent et d'autres plient, ce qui détermine une inégalité de courbure et quelque- fois des brisements, des éclats dans l'intérieur ou h la surface des bois. Le seul moyen de remédier à cette inégalité , c'est de chauffer le bois également dans toutes ses parties. « Des fours, des étuves écbaufTés graduellement sont propres k procurer un échauffemcnt égal et conséquemment à faciliter la courbure des bois ; mais ici on doit craindre que , tout en échauf- fant le bois, le calorique ne fasse dégager les lignes qui y sont contenues» ne le charbonnise, et ne détruise totalement son élas- ticité. « Non-seulement l'élasticité du bois est en raison de sa tem- pérature, mais encore en raison, de son humidité. À égale température , les mêmes bois ont différentes élasticités dans le rapport de l’ean qui les pénètre; de même, h égale humidité, les bois sont d'autant plus élastiques qu'ils sont plus échauffés.» HassenfraU décrit ensuite, à l'aide d'explications appuyées sur des figures, les appareils nécessaires pour chacun des trois pro- cédés employés alors comme aujourd'hui pour chauffer et hu- Digitized by LjOoq Le AW WALES 158 mecter les bois, savoir : l'eau bouillante , l'eau vaporisée , et le sable humide échauffé. Puis il résume ainsi les inconvénients des deux premiers procédas : « Ce procédé (de l'eau bouillante) , un des premiers que l'on ait employé , a le défaut de faire dissoudre par l’eau bouillante une partie de la matière propre du bois; celui-ci en se séchant se retire, il a moins de grosseur et de longueur, sa force et son élasticité sont considérablement diminuées : les altérations que ce procédé occasionne l'ont fait abandonner. « Les étuves à vapeur exigent peu de soin , peu de dépense ; mais elles ne peuvent être employées que pour des bois de peu ^d’épaisseur , parce que le bois ne peut acquérir de température plus grande que celle de l'eau bouillante, et que cette température n'est pas assez forte pour donner aux grosses pièces l’élasticité dont elles ont besoin pour être courbées.» Hassenfratz préfère avec raison, à ces deux premières étuves, celles imitées des bains de sable, qu'on emploie depuis très-long- temps dans un grand nombre d’opérations chimiques et dans plusieurs manufactures , lesquelles procurent une température beau- coup plus élevée. « Le sable, dit-il , pouvant s’échauffer à une température plus haute que l'eau bouillante , les bois que l'on place dans cette espèce d’étuve peuvent y éprouver une très-haute température ; mais s'il n'y avait dans l’étuve que le sable et le bois, celui-ci pourrait, en s'échauffant , laisser dégager les substances gazéïûables qui le com- posent et se charbonner. « Pour empêcher la carbonisation , on place au milieu de l’étuve une ou deux chaudières pleines d’eau. L’eau, vaporisée par leur ébullition , pénètre le sable d’humidité ; cette humidité pénètre aussi le bois ; et le calorique dont le bois est pénétré ne vaporise que l’eau qui est successivement remplacée par celle qui se dégage ; les matières propres du bois se trouvent conservées parce moyen. » L’auteur de la Théorie des bois termine en indiquant les deux méthodes en usage pour courber les bois chauffés et pénétrés d’hu- midité : horizontalement pour les bois moins gros et dont la cour- bure est moins considérable, et verticalement pour les bois forts et d’une Digitized by LjOOQie DE LA SOCIÉTÉ U’ ÉMULATION. 159 courbure uniforme , comme ceux destinés à la construction des vaisseaux. Arec un enseignement aussi clair et aussi précis , je n'ai eu à faire dans la menuiserie qu’une sorte d’importation de ce qui se pratique dans d'autres arts pour améliorer l’exécution des courbes. Le procédé que j'ai adopté est celui de l'eau raporisée ; c’est aussi celui que M. Cireux emploie maintenant à Mirecourt, et au moyen duquel les courbes du calvaire , ainsi que les courbes ram- pantes de la chaire, pour l’église d’Aire , ont été obtenues. Pour contourner les cintres de la menuiserie, qui sont toujours plus faibles que ceux des raisseaux , il suffit de les foire appliquer sur des calibres de la courbe voulue et de les y attacher avec des presses jusqu’à l'entier refroidissement ; on applique une forte bande de sangle sur la partie convexe de la courbe, afin d'empécher les fibres tranchées d'éclater et pour soutenir le bois. J'ai substitué ces sangles aux bandes de tôle qu’on employait auparavant ; entre plu- sieurs avantages, elles ont celui d’éviter les taches noires que le fer, en contact avec le chêne mouillé, produit toujours par la combinai- son de l'oxide de fer avec le tanin qu’il contient, action chimique qui est la base de toutes les teintures noires. Le grand nombre de pièces que j'ai fait courber m’a fourni , dans la pratique , les observations suivantes, qui s’accordent parfaitement avec la théorie : 1° Le bois se courbe d’autant plus facilement qu'il est plus fraî- chement abattu ; 2° Le bois nerveux, même dur, se courbe mieux que le bois gras et tendre ; 3° Le bois jeune est moins cassant que le bois âgé ; 4* Le frêne est de tous les bois le plus facile h courber ; les autres viennent après dans l'ordre suivant : orme , noyer , chêne , etc. 5° Relativement au sens du bois qui offre le plus de facilité pour la courbure, la pratique détruit (pour cela comme pour beaucoup d’autres abstractions de la physique et de la chimie) les présomptions de la théorie ; d’après ce que j’ai dit de la propriété qu’ont les lames du bois sur couche de glisser les unes sur les autres , il semblerait qu’il devrait y avoir avantage à courber les couches sur Digitized by LjOoq Le 160 ANNALE* le plat ; l'expérience a démontré le contraire. J’ai reconnu que dan* ce sens le bois se courbait inégalement et par jarrets, qu’il cassait plus facilement, que la rupture d'une couche entraînait celle de plusieurs autres, et que, de plus, les courbes conservaient moins bien leur cintre. Les pièces de bois dont les courbes ont été cour- bées sur champ , ont offert un peu plus de résistance , il est vrai , mais elles ont généralement beaucoup mieux réussi. J'attribue ce résultat imprévu à la propriété que possède le tissu médullaire de pouvoir s'étendre à la partie convexe de la courbe, et se refouler à sa partie concave. En résumé, on fera bien de disposer, autant que possible, le bois pour la courbure selon ce dernier sens. C'est surtout dans les corniches courbes d'un grand profil , que l'ayaniage du bois courbé est sensible , car alors on peut faire ces corniches volantes comme les corniches droites, en courbant chaque membre séparément et en les réunissant ensuite en saillie les unes sur les autres. (Voir l'ouvrage déjà cité , planche i.) Il n'est aucune sorte de courbe circulaire , elliptique , à cintre alterné ou en S, rampante pour limon et main courante d’escalier, etc., qui n’ait été courbée; les pièces les plus remarquables, obtenues par ce procédé , sont les mains courantes d’escaliers courbées der- nièrement à Mirecourt ; pour prendre la forme que doit avoir la courbe rampante, le bois, qui a 8 centimètres d’épaisseur et 11 centimètres de largeur, a dû subir un effort de torsion outre celui de la courbure. On ne saurait opposer aucune objection sérieuse à l’adoption entière de l'exécution des cintres par la courbure dans la menuiserie ; car, pour peu qu'on ait plusieurs courbes semblables ou plusieurs courbes concentriques à faire, les cintres ne reviennent pas beaucoup plus cher par ce moyen que par celui du chantournement , tout en comprenant la dépense du calibre , qui peut servir pour toutes les courbes semblables, et même pour les courbss superposées, soit en le doublant, soit en le diminuant de la différence de chaque épaisseur de bois. Si la courbure à droit fil laisse quelque chose à désirer, c’est sous le rapport de l'altération que peut éprouver le bois par l’immersion delà vapeur d'eau , comme je l'ai fait voir pour la dessiccation artificielle; Digitized by LjOOQie DE Là SOCIÉTÉ D’ÉMULATION. 161 Mi» le nouveau procédé que j’ai annoncé el qui lève cette difficulté pour la dessiccation , est aussi parfaitement applicable à la courbure. Tels sont les principaux problèmes de l'art de travailler le bois dont je considère la solution comme désormais acquise â la menui- serie d’art; car on n'aura pas de peine à croire que» n’ayant pu me résoudre à laisser stériles des connaissances acquises à force de peines et ée dépenses , j'aie cherché les occasions de les appliquer le plus promptement possible. L'art du moyen âge , qui comporte des boiseries sculptées si élégantes et qui commençait alors â être mieux apprécié /pouvait seul m’en fournir les moyens. Je dos donc tâcher de reconnaître les secrets du sentiment créateur qui l'avait inspiré. Cette nécessité, m’entmina à étudier cet art tout national dans son ensemble , étude qui n’est autre que celle de l’art libéral propre- ment dit ; cette branche de l’activité humaine comprend deux choses : la pensée qui crée les œuvres, ou la composition , et le travail manuel qui les réalise , ou l'exécution. Sous le premier rapport , l'art du moyen âge ne pouvait être surpassé à une époque où le raisonnement domine le sentiment, et où les spéculations de la science et de l'industrie laissent peu de place à l’imagination. Sous le second, on pouvait l’enrichir de tous les progrès de l’industrie dus à l’avancement de cette même science , infiniment grandie depuis l’é- poque de Saint-Louis. Voici quels sont les principaux ouvrages de menuiserie d’art qui reçurent successivement l'application de plusieurs ou même de tous les perfectionnements que j'ai passés en revue , ouvrages qui ont actuellement subi l’épreuve du temps et que chacun peut examiner : 1° La chaire de Saint- Antoine de Compiègne : choix du sens du bois , invariabilité , enduit ; 2° La chaire de l’hôpital de Beaune (Côte-d’Or) : idem , et courbure ; 3° Le buffet d'orgue de SainlrGermain-l’Auxerrois à Paris : idem et dessiccation artificielle ; 4° Une partie de banc d’œuvre à Saint-Gervais , à Paris : idem et bois courbés , première application en grand ; 6° Le jubé d'Aire , sur la Lys : tous les perfectionnements , 1 80 pièces de bois courbé , dont l’emploi a pu seul permettre la forme neuve et légère de tout le monument ; Digitized by LjOOQle 162 ANNALES 6° Dans un autre genre , un cabinet médailler admis à l'exposition de 1839: invariabilité et collages à toute épreuve; 7° Les objets exécutés dans l'atelier de Mirecourt , tels que la chaire et le calvaire d'Aire , sur la Lys , etc. : tous les perfection- nements. Je désire vivement que la communication de ces divers procédés , d'une spécialité que j’ai cultivée naguère avec prédilection , puisse être de quelque utilité pour la menuiserie française en général ; et si le département où j'exerce uue profession en harmonie avec mes goûts et mes études doit un jour en retirer particulièrement des avantages, mes vœux seront accomplis, en même temps que le but que se propose ma reconnaissance sera atteint. Digitized by LjOOQle DE LA SOCIÉTÉ D'r.MlT.ATlON. IG3 noms SUR I.A CULTURE D’UN NOUVEAU BLÉ PRINTANIER, DIT BLÉ DE TAMGIT, PAR M. BIENAYMÉ , MEMBRE TITULAIRE. Parmi les hommes qui se sont adonnés sérieusement h l’agriculture, b cette profession placée, à juste titre, au premier rang, les uns se sont occupés de l’introduction des espèces les plus productives , les autres de l’emploi des instruments les plus commodes , ceux-ci de l’usage des méthodes les plus avantageuses ; chacun enfin , dans sa spécialité, a cherché, tout en améliorant sa position, à travailler pour le bouheur de tous. Car, bien différent en cela de l’industriel , le laboureur, s’il a découvert un procédé utile , loin de le renfermer chez lui pour en exercer le monopole , le met en pratique au grand jour et h la vue de tous, et jamais il n’est plus heureux que lorsqu’il voit ses voisins suivre ses exemples , et , tout en l’imitant , recueillir les mêmes avantages que lui. C’est ainsi que peu à peu les vieilles routines disparaissent , éloignées qu’elles sont par l’expérience et le raison- nement. Digitized by LjOOQle 164 AHNALES Depuis renfonce de l’agriculture jusqu’à nos jours, la culture des céréales a constamment éveillé la sollicitude de tous les hommes véritablement cultivateurs, et cette sollicitude s'explique naturelle- ment par l’indispensable nécessité du produit qui en fait l’objet. De toutes les céréales , celle qui occupe sans contredit la première place, c’est le blé : Triticum Hibemum f Linné J , dont il existe une grande quantité d'espèces et de variétés , formant une nombreuse famille qui , tout îe monde le sait , se subdivise en deux genres très-distincts : le premier, dont les espèces et les variétés se sè- ment en automne , et le second , dont les espèces et variétés ne sont confiées à la terre qu’au retour du printemps : c’est de l’une de ces dernières que j'ai l’intention d’exposer les avantages recon- nus par une culture continuée durant cinq années consécutives. J’ai dû chercher quels avaient été les blés printaniers cultivés avec le plus de succès , et je n’en ai pas trouvé de plus remarquable que celui dont parle M. François de Neufchàteau dans son ouvrage sur Y Art de multiplier les grains (édition de Paris, 1809, pages 404 et suivantes). Ce blé est décrit sous le nom de blé de Smyme , blé de l’Asie mineure. En voici les principaux caractères , que je place en regard de ceux du blé qui fait le sujet de cette notice : BLÉ DE SMYRNE. Triticum œstivum compositum. Chaume plein , s’élevant à près de deux mètres. Épis à bouquets rameux , sans barbes , Fournit un pain jaune. BLÉ DE TANGUT. Triticum œstivum sinense. Chaume fistuleux , n’atteignant guère plus d’un mètre. Épis uniques , barbus. Fournit un pain jaune et très-savoureux. Le blé de Smyrne a été cultivé par M. de Saivres de Saint-Remy, à qui il a fourni un rendement de dix un quart pour un. D’après un envoi du même blé , fait par M. Gérardin , d’Épinal , à la So- ciété d’Émulation du département de l’Ain , il a été cultivé dans ce département; le Moniteur du 25 fructidor an Xllt en fait mention. On trouve encore des notions sur la culture du blé de Smyrne dans un bulletin de la Société de l’Hérault, du 15 novembre 1807, Digitized by LjOoq Le 165 DE LA SOCIÉTÉ d’ÉMÜLATION. qui contient no mémoire de M. Vigaroux , lequel préleud avoir ob- tenu dans un terrain de la contenance d’un hectare , ensemencé de 195 litres de blé de Smyrne, un rendement de 3,900 litres , mal- gré, dit-il , la quantité perdue par une moisson faite dans un temps trop sec. Loin de moi l’idée de suspecter la bonne foi de cet agri- culteur, mais qu’il me soit permis de trouver ses chiffres un peu extraordinaires. Quoi qu'il en soit, si cette céréale offrait des produits tels que ceux que je viens de relater, il serait à regretter que la culture en ait été abandonnée ; on ne la retrouve plus ni dans le département de l’Ain , ni dans celui des Vosges , â moins que l’on ne veuille re- garder comme blé de Smyrne ce maigre blé , nommé blé de Pâques dans notre banlieue, blé â petits épis qoadrangulaires , portés par une tige haute â peine de 60 centimètres. Le blé printanier que je cultive m'a été procuré par M. Cuny, agriculteur, praticien distingué, résidant â Saint- Dié, et dont la Société d'Émulation a tout récemment, dans sa dernière séance pu- blique , récompensé les travaux agricoles. Ce blé printanier, originaire des environs de Tangut, dans la Tartarie chinoise, se distingue facilement du blé ordinaire cultivé dans nos pays. Le grain est généralement plus petit et présente une demi-transparence qui a beaucoup d'analogie avec celle du riz ; son poids est, comparativement â celui de nos blés d’hiver, comme 750 est à 700. Par hectolitre, il donne 2 kilogrammes 500 grammes de son en moins que les blés, d’hiver ; cette différence s’explique facilement par l’épaisseur moindre de sa partie corticale. Un poids égal de farine de blé de Tangut fournit autant de pain que la fa- rine de blé d’hiver. Plusieurs opérations comparatives m’ont faU acquérir la certitude que la fermentation panaire était aussi rapide et aussi complète avec la farine de blé printanier qu’avec celle de blé d’hiver. Ces résultats, je les avais prévus avant d’avoir cherché à les ob- tenir, puisque je m’étais assuré que la quantité de gluten était à infi- niment peu de chose près la même dans l’une et l’autre farine. U demeure compris que pour ces essais comparatifs , je n’ai pu et dû choisir pour terme de comparaison que des blés récoltés à Digitized by LjOoq le annales îG6 Épinal , c’est-à-dire à peu près dans le même sol et dans les mêmes conditions que le blé printanier qui m’occupe. Le terrain que , chaque année , j’ai choisi pour être ensemencé de blé de Tangut , a toujours reçu un labour avant l’hiver, et seule- ment un second avec une fumure ordinaire au moment de la semaille. Cette semaille, je 11 e l’ai jamais faite avaht que celle des avoines fut entièrement terminée , c’est-à-dire du 1 5 au 20 avril , et la récolte du blé printanier a toujours été faite avant que celle des seigles fût même commencée. Cent dix à cent vingt jours suffisent , par conséquent , pour le développement et la maturité parfaite du blé de Tangut. La quantité de semence que j’emploie est de 100 à 105 litres par hectare , soit moitié de celle employée pour les blés d’hiver. Le rendement que j’ai obtenu chaque aunée , n’a pour ainsi dire éprouvé aucune variation , puisqu’il a été constamment de douze à treize pour un. Je dois à la vérité de dire que la récolte dernière n’a pas été aussi abondante que celle des années précédentes. L’exposition rapide et complète de ces résultats démontre, jè crois, clairement les avantages que la culture du blé de Tangut peut offrir à nos cultivateurs. Si je fais l’application de ces avantages à la partie montagneuse de notre département , ils seront facilement sentis par tous les cul- tivateurs de ces contrées , dont la principale récolte de céréale d’été est celle du tremzal, seigle printanier, qui ne peut certainement pas entrer en parallèle avec le blé de Tangut. 11 est vrai que nos mon- tagnards ont l’habitude de semer, dans leur seigle de printemps, des carottes qu’ils sarclent après la moisson et qu’ils récoltent aux premières gelées. J’avais prévu cette objection, et je erois l’avoir résolue, en semant, pendant deux années de suite, avec mon blé printanier, des carottes qui ont parfaitement réussi avec le même sar- clage que celui pratiqué dans les montagnes. Si je descends dans la plaine , il ne me sera pas difficile d’y re- connaître les rudes atteintes que nos blés d’hiver ont à. souffrir et de l’àpreté du climat et de la durée des hivers , et plus peut-être encore des petites gelées et des dégels successifs des premières journées du printemps. Il existe certainement peu de cultivateurs de la bau- Digitized by LjOoq Le DE LA SOCIÉTÉ D EMULATION. 167 lieue d’Épinal qui , dam leur pratique , n’aient été obligés quel- quefois de renverser leurs blés d’hiver, dont la destruction avait été amenée par les causes que je viens de signaler, et de les remplacer par une scmaille quelconque de printemps. Ce que je viens de dire pour les Vosges est assurément appli- cable k beaucoup d’autres contrées en France : les mêmes causes en mille autres endroits amenant les mêmes résultats. 11 me reste maintenant h résumer en peu de mots les avantages que cinq années d’expériences m’ont fait reconnaître dans la culture du blé de Tangut : 1° Une quaulité de semence moindre au moins de moitié ; 2° Peu de frais de culture : deux labours suffisent ; 3° Une récolte très-prompte , puisqu’elle peut avoir lieu dans 116 k 120 jours ; 4° Un paiu abondant et d’excellent goût ; 5° Enfin , un produit évidemment supérieur, pour la quantité ainsi que pour la qualité, k ceux des cultures printanières en usage. Toutes ces raisons me font désirer que de nouvelles expériences viennent confirmer celles dont j'ai exposé le résultat , non point en littérateur, mais en homme plus habitué à manier la charrue que la plume. Les comices agricoles qui existent dans notre département seraient entièrement compétents dans la questiou dont il s’agit, et je la verrais avec le plus grand plaisir portée devant eux. Mais ce qui ne me serait pas moins agréable , qu’il me soit permis de le dire en terminant celte notice , ce serait de voir la Société d’Émulation des Vosges pouvoir elle- même , sans sortir de chez elle, pratiquer ces expériences. Propriétaire de quelques hectares de ter- rain , elle pourrait, k l’instar de plusieurs de ses sœurs des dépar- tements , introduire dans les differentes branches de l’agriculture, des améliorations plus ou moins avantageuses et tout à fait appropriées au pays. Si je me suis hasardé à aborder un pareil sujet, si je fais en- tendre un pareil vœu , c’est que des observations et des études que j’ai été h même de faire, dans les départements de l’Ain et de la Côte-d’Or eu particulier, m’ont fait acquérir la certitude du bien Digitized by LjOoq Le 168 AHNALRS qui pouvait résulter pour un pays , d’essais fructueux faits par des hommes éclairés , consciencieux et désireux , avant tout , d’amé- liorer le sort de leurs concitoyens et d’augmenter la somme de leur bien-être. Digitized by LjOoq Le DE LA SOCIÉTÉ D’ÉMÜLATIOH. 169 SUR LES to&v&wx wismassimBsra rai PARTIE DI U 10SILLI, EXÉCUTÉS p»r 9191. DUT AC frères . 4*Épln»l . MEMBRES TITULAIRES. (Rapport àe M. le Baron Laooocbttk , extrait des Mémoires de la Société royale et centrale d'agriculture. — Akhéb 1846)* Messieurs, La Moselle, qui s'unit au Rhin après avoir, sur uue étendue de 100 lieues, arrosé des contrées riantes et fertiles, n’était encore, au sortir de la principale cité des Vosges , qu'un torrent , et couvrait , dans ses débordements , de galets et de sable toute la largeur de la vallée. On gémissait de ces dévastations ; mais nul n'osait , pour y porter un terme , se livrer à une entreprise regardée généralement comme téméraire , folle et ruineuse. Les frères Dutac , nés à Epinal , osèrent la concevoir , et, avec une rare et énergique persévérance, ils réussirent à l'exécuter. Leurs travaux s’étendent de cette ville ii la commune de Gripport (Meurthe) , sur une longueur de 36 kilo- mètres et sur une superficie totale de 1,000 hectares. Digitized by LjOoq le 170 ANNALES Les bords de la rivière étaient à pic ; ils les coupèrent en talus et divisèrent son cours en cinq bassins, indiqués par la nature et par l’aspect même du sol. Ces bassins ont chacun une ou deux et jusqu’à trois prises d’eau dans la Moselle. Ces prises d’eau se divisent elles-mêmes en canaux principaux et en canaux secondaires, d’où partent une infinité de rigoles qui versent l’eau dans toutes les parties du terrain conquis. Plus de cent mille pieds d’arbres , d’une fort belle végétation , crois- sent sur les épaulements des canaux principaux ; ils en maintiennent la solidité parfaite , tout en arrêtant l’impétuosité des vents et en améliorant d’une manière sensible les conditions climatériques de la contrée. L’établissement des canaux principaux a eu pour résultats immédiats de resserrer le lit de la Moselle dans de justes limites , de défendre la route royale, menacée sur plusieurs points, de permettre le libre flottage des bois de construction , qui , jusque-là , avait rencontré des obstacles sans nombre, et de contribuer, en alimentant les rigoles multipliées autour d’eux, à la fertilisation des prairies créées par MM. Dutac frères sur les grèves qui couvrent tout le sol environnant. Dès la seconde année , la rivière , qui n’avait plus eu d’action des- tructive sur ses bords , maintenant en pente douce , les chargea de limon; l’herbe couvrait déjà les galets; dans la troisième année, on obtint deux récoltes. Terminées aujourd’hui sur une superficie de 744 hectares, ces prairies sont en plein rapport, se louent 400 francs l’hectare et produisent , année moyenne, 3,720,000 kilog. de foin et 1,860,000 kilogrammes de regain. Elles sont bien certai- nement la fortune du pays, en ce sens qu’elles assurent la bonne nourriture des chevaux des garnisons dans les départements des Vosges, de La Meurthe et même de la Moselle, ainsi que dea bes- tiaux de la contrée riveraine ; et d’ailleurs la consommation de tant de fourrages produit une quantité bien considérable d’engrais fé- condants. Les terrains qui recouvrent ces magnifiques prairies ont subi , par suite de leur heureuse transformation, une condition si favorable , que la contribution qui les frappe s’est accrue dans une proportion trente fois plus forte que celle de la classification primitive. Digitized by LjOOQle DE LA SOCIÉTÉ D* ÉMULATION. 171 La quantité de terrains mis en prairies (744 hectares, comme il a élé dit ci-dessus) peut représenter une valeur de 3,720,000 francs. La dépense effectuée pour les travaux jusqu’à ce jour s’élève à la somme de i, 150, 000 francs. Sur ce nombre de 744 hectares, 104 environ doivent revenir à quelques communes qui ont traité avec les entrepreneurs moyennant partage ; le reste appartient , en toute propriété , à la société qui a l'entreprise des travaux. Cette société a été formée entre deux familles : les frères Dutac, d*Epinal, et M. Naville, de Genève. Ce dernier fournit les fonds; les frères Dutac sont chargés de faire toutes les transactions né- cessaires pour le bien de l'œuvre; et ils ont en main la haute direction des ouvrages d’art. Ces travaux, commencés en 1828, et que peu d’années achè- veront, excitent l'admiration générale ; ils sont, par leur combinaison avantageuse, par leur exécution parfaite , un véritable titre de gloire, également partagé par MM. Dutac frères, qui s'y consacrent en- tièrement, comme l’a constaté M. le Préfet des Vosges. Aussi , pour récompenser dignement cette fraternité touchante , c’est à tous deux ensemble que la Société royale et centrale d’a- griculture se plaît à décerner sa grande médaille d’or. Digitized by LjOoq Le 172 ▲1HIÂLE& # RECHERCHES HISTORIQUES SUR && Voir Recueil pour servir à ï histoire métallique des maisons et duchés de Lorraine et de Bar , manuscrit. (1) Voir Notice de la Lorraine , art. Neufchâteau , tome 2 , col. 127. (2) Voir la Notice de Lorraine , tome 2, col. 127. Digitized by LjOoq Le 184 ANNALES n'avoir aucun droit de souveraineté sur les bourgeois de Neufckâ- teau, et avouait que le roi de France était leur seul et légitime seigneur. Jean se trouvait alors à Paris ; aussitôt qu'il eut appris cette ma- chination, il accourut à Neu (château. Les habitants, craignant son courroux , avaient pris les armes et se disposaient à résister. U paraît qu'ils perdirent courage dans le moment décisif , car la ré- volte fut comprimée sans difficulté. Les principaux , auteurs de ce méfait furent arrêtés et si l'on ajoutait foi à la Chronique de Lor- raine (i) plusieurs auraient été décapités; mais nous croyons que l’auteur de la Chronique a confondu ici la sédition de 1372 avec l'insurrection de 1381 , dont nous allons parler (2). Les habitants de Neufchàteau , plutôt irrités que découragés par leur défaite , n’attendaient que le moment favorable pour s'insurger de nouveau. En 1381 , le duc de Lorraine établit un impôt au- quel furent soumises toutes les villes de ses États. Les bourgeois de Neufchàteau refusèrent de payer leur part dans cette contribu- tion , prétendant que l'ordonnance n'était point exécutable , faute d'enregistrement (3). Les percepteurs s’étant présentés, les bour- geois en tuèrent deux et mirent les autres en fuite. Comprenant bien qu’après cet attentat il n’y avait plus de grâce à espérer, ils prirent toutes les mesures nécessaires pour se défendre. Les juifs , établis à Neufchàteau en assez grand nombre , leur avancèrent de fortes sommes. Jean marcha aussitôt sur Neufchàteau avec des forces considé- rables , et la ville intimidée se soumit. Les évêques de Metz et de Toul et plusieurs seigneurs engagèrent le duc à agir avec clémence (1) Nous désignons ici sons le titre de Chronique de Lorraine Fou- rrage intitulé : Les opérations des feus ducs de Lorraine, commençant au duc Jean, fils du duc Raoul . (2) Voir la Chronique de Lorraine dans V Histoire de Lorraine de dom Calmet, preuves du tome 3, col. iij. (3) Si, comme cela parait certain , les bourgeois de Neufchàteau entendaient parler d'enregistrement opéré par le parlèrent de Paris, Hs niaient, la sonverainetd du djuc de Lorraine sur leur ville et se mettaient par là en insurrection ouverte. Digitized by LjOOQie DE LA SOCIÉTÉ D* ÉMULATION . 185 et Modération , mais Robert des Armoises et les antres ministres de Jean loi conseillèrent de frapper un coup terrible , pour effrayer à Jamais ces bourgeois si remuants et si audacieux. Les trente prin- dpeax d'entre eux Rirent pendus. Le duc confisqua leurs biens et punit sévèrement les juifs , qui avaient , comme nous l'avons dit , ouvert leurs coffres aux séditieux (4). Jean se flattait d'avoir étouffé le feu de la révolte, mais les bourgeois, sans se laisser intimider , s'adressèrent au parlement de Paris. Ce grand corps judiciaire voulait humilier le duc de Lorraine. Saint- (fermant , procureur général du Roi , demanda que la requête des habitants de Neufchèteau fût admise , et le parlement, faisant droit à ses conclusions, s'empressa de l’accueillir (2). Il s’ensuivit un long procès; le duc de Lorraine commit une grande faute, celle de comparaître , et le parlement , sans égard pour cette démarche, rendit un premier arrêt , par lequel il était défendu au duc de Lor- raine de rien entreprendre contre les bourgeois de Neufchàteau et de leur faire subir aucun mauvais traitement. Le duc de Lorraine promit de se conformer à ces dispositions et d'attendre une dé- cision définitive. Le parlement , encouragé par la faiblesse de Jean , rendit, en 1389, un second arrêt qui ordonnait que la ville de Neufchèteau serait administrée au nom du Roi , et que le duc de Lorraine ferait ses reprises auprès de son suzerain. Jean se con- forma encore à cette prescription et renouvela son hommage , si toutefois il l'avait déjà fait, ce que nous ignorons. Le 27 août 4398, le parlement prononça un troisième arrêt , dont la teneur ne nous est pas connue. Jean présenta alors une requête au Roi , pour de- (1) Voir Chénier, Histoire de Lorraine , tome 2, page 87. (2) Noos relèverons ici nne erreur de Chévrier. Cet écrivain ne donne à Saint— (fermant que le litre de procureur du Roi et prétend qpe celai de procureur général ne fat attribué au chef do parquet que sur la fin du règne de Henry III. Chévrier ne savait pas que ce titre lui était déjà donné vert le milieu du XIV* siècle. Dans des lettres du Roi Jean , datées da 42 janvier 4352 , il est fait meotion de ton procureur général et de tes avocats au parlement : Procurator non ter genera/is , aigue adpocati no s tri dicti par la menti. Digitized by LjOoq le 186 ANNALES mander l’annulation de l’arrêt de 1389. 11 fut, en effet, rois à néant l’année suivante ; mais le duc de Lorraine était mort dans l'inter- valle, et son 61s Charles 11 lui avait succédé (1). Le duc Jean avàit succombé à une maladie de langueur ; le bruit se répandit aussitôt qu’il avait été empoisonné par un émissaire des habitants de Neufchàteau. Ce bruit prit beaucoup de consistance, et le duc Charles lui -même demeura convaincu de la vérité de cette hypothèse. Les bourgeois de Neufchàteau ne tardèrent pas à éprouver les effets de son ressentiment. En 1392 , Charles II entra dans cette ville à la tête d’une armée, et les exécutions commencèrent aussitôt. Les magistrats et un grand nombre de bourgeois subirent divers supplices : les uns furent pendus, d’autres brûlés vifs „ d’autres écartelés. Plusieurs furent condamnés k une prison perpétuelle ; les maisons de quelques-uns furent dé- molies, et il fut défendu de les reconstruire. Leduc aurait même brûlé la ville , si ses conseillers ne l’en eussent détourné. 11 consentit donc k accorder la vie aux habitants de Neufchàteau et à épargner les édifices ; mais les bourgeois furent obligés de se soumettre à une cé- rémonie humiliante. Le 22 septembre , une grande croix fut dressée sur la principale place de la ville ; une cuve remplie d’eau et de sang fut placée au pied de cette croix , et chaque bourgeois fut obligé de venir dé- poser au fond de cette cuve la somme k laquelle il avait été taxé et d’y plonger la tête et un bras. La juridiction fut enlevée k la bourgeoisie et l’on éleva une pyramide qui rappelait l’insurrection et l’infidélité des habitants de Neufchàteau , ainsi que le châtiment qui en avait été la conséquence. La colère de Charles U contre les bourgeois de cette ville était extrême ; il leur prodiguait les épithètes les plus outrageantes , et notamment celle de Jacques , les assimilant ainsi aux serfs qui s'étaient insurgés vers l’année 1350, et dont la révolte avait reçu le nom de Jacquerie. (4) Voir Notice de la Lorraine , tome II, col. 427 et 428; Pasquier, Recherches de la France ; Chevrier, Histoire de Lorraine , tome II, pages 481 , 482, 487, 488, 493, 494, 495 et 496. Digitized by LjOoq Le DE LA SOCIÉTÉ D'ÉMULATION. 187 Thiriat et Chévrier ont fait de grands efforts pour démontrer que teUe n'est point l’origine du sobriquet de Jacques , que l’on donne encore aujourd’hui aux habitants de Neufchàteau ; mais toute leur rhétorique ne peut l’emporter sor les faits ; nous citerons cependant un passage de Thiriat , qui est assez amusant : « Advint que ceux de Neuf-Chasté eurent nom de Jacques , de ce que iceux apprivoi- soient chez eutx des oisels qui avoient même nom , comme il ad- vient céans (h Mirecourt) qu’on nous donne surnom de Hoche-ads , pour qooy cet oisel est tant vulgaire que les bords du Madon en sont tout couverts (I). » La haine que le duc Charles 11 portait à ces malheureux bourgeois se comprend , quand on lit le passage suivant du même auteur : « D’autant que celuy Duc prétendoit avoir droit sur les dits de Neuf- Chasté et que ladite ville et dépendances estoient de son fief, comme bien d’autres le croioient et regardoient comme tel et croioient le bien sçavoir. Furent les habitants fort à l’encontre et ne s’en ca- choient en leurs discours , ains n’épargnoient en leurs propos le deflhnt père du Duc et ce firent tels dires que ne pouvoit-on croire qu’yceux estoient grands ennemis du Duc. On n’en douttoit et voioit- on combien yceux estoient en désirs de rébellion. Dans cecy trou- voit-on aussi qu’avec droit avoit eu soupsons qu’yceux avoient mis à mal le feu duc Jean (2). » On aurait pu croire que cette terrible exécution avait effrayé pour toujours les habitants de Neufchàteau , et que les idées de (1) Voir Histoire de Lorraine de dom Calme t , tome II , col. 658 ; Notice de la Lorraine, tome II, col. 127 et 128; Chevrier, Histoire de Lorraine, tome II, pages 184 — 186 , 202 , 205 , 208 — 212. (2) Voir le Recueil de Mary d'Elvange , page 221. Dom Calme! cite, mais en avertissant qu’il ne l’a pas eu entre les mains, un opus- cule imprimé, intitulé : La Jacquerie du Neuf- Château , ou relation de la révolte de la ville de Neufchàteau. Nous croyons que cet ouvrage est toujours demeuré manuscrit. Voir Histoire de Lorraine , tome I, col. XC. — Nous ferons remarquer aussi que l’orthographe de plusieurs des passages transcrits dans ce mémoire a été altérée soit par dom Calmet , soit par Mory d’Elvange , et que nous n’avons point osé entreprendre de la rétablir telle qu’elle était primitivement. Digitized by Google 188 ANNALES liberté et d'affranchissement avaient dû faire place au besoin de la paix et de la tranquillité. 11 n’en fut rien. Charles avait it peine quitté cette ville que ses habitants s’adressèrent de nouveau au parlement de Paris. Les excès qui avaient souillé la victoire du duc de Lorraine avaient prévenu l’esprit du Roi contre lui ; l’affaire traîna toutefois pendant plusieurs années -, mais, en 1405, probablement sur la nouvelle que Charles 11 méditait quelque nouvelle exécution contre les habitants de Neufchàteau , une armée française s’appro- cha des frontières de la Lorraine , « contre le Duc , qui avoit fait , dit Juvénal des Ursins , plusieurs exceds au préjudice du Roy et de ses subiets. Mais , ajoute le même auteur, quand le Duc l’ap- prend, il envoyé une bien notable ambassade pour déclarer qu’il se met au iugement du Roy et de sa Cour. » Charles VI, désarmé par la soumission du duc de Lorraine , rappela ses troupes (1). De 1405 4 1410 nous ne trouvons dans les historiens lorrains aucun fait concernant Neufchàteau ; mais il est certain néanmoins que cette ville se trouvait pour ainsi dire en séquestre , et qu’elle était peut-être même régie et administrée au nom du Roi de France. La colère de Charles II ne tarda malheureusement pas à foire explosion une seconde fois sur cette ville déjà si maltraitée ; nous ignorons quelle fut la cause de cette nouvelle crise. Le 28 février 1409 (1410) , le duc de Lorraine entra à Neufchàteau, or- donna que l’on arrachât « Les pennonceaux et escussons aux armes du Roy qu'on y avait attachez en aucun lieu , en signe de sauve- garde » , dit Juvénal (2) , les fit lier à la queue de son cheval et les traîna dans la boue. Les portes de la ville furent fermées; vingtrhuit des principaux bourgeois furent arrêtés; les soldats lorrains pillèrent la ville et enlevèrent tous les comestibles que l’on divisa en deux portions , dont l’une appartint aux soldats , et (1) Voir Histoire de Charles VI, Roy de France , et des choses mémorables advenues durant 42 années de son régne , etc., par ïean Iuvenal des Vrsins, archeuesquc de Rheiras; édition de l'Imprimerie Royale, pages 178 et 185. (2) Ouvrage cité, page 246. Digitized by Google DE LA SOCIÉTÉ D ÉMÜLATION. 180 l'autre fot destinée à approvisionner le château. On évalua le dont- nage à 100,000 francs. Les malheurs de la bourgeoisie de Neufchâteau n’étaient point encore arrivés h leur terme : six cents soldats allemands entrèrent dans le château , et le pillage recommença ; la bourgeoisie fui désarmée; plusieurs des bourgeois forent condamnés à mort et exécutés; enfin le château fot mis en état de défense, et la ville •e trouva comprimée et dans Timpuissance, non-seulement de se révolter encore , mais aussi de poursuivre le procès pendant devant le pa r leme nt de Paris. Cependant le bailli de Chaumont avait appris ce qui venait de se passer ; il se hâta d’accourir k Neufchâteau et demanda qu’on lui en ouvrit les portes comme au représentant du Roi de France. On lui répondit par un refus ; alors il jeta une baguette blanche dans la ville, pour prouver que l’entrée lui en avait été refusée, fit une enquête sur les faits qui s’étaient passés , et , s’approchant d'une des portes , i! ajourna Charles II k comparaître en personne devant le parlement. ’ Le parlement 's’empressa de procéder contre le duc de Lorraine. « Laqudle chose, dit Juvénal, venue k la cognoissance des gens du conseil du Roy, il fut délibéré qu’on luy feroit son procès, comme k crimineux de leze-maiesté , et fut adiourné k comparoir en personne en la cour de parlement. Et tant fot procédé qu’il fot mis en quatre défauts crimineux. Et mirent devers la Cour les aduocats et Procureur du Roy leur profit de defaut, en requérant les conclusions estans en iceluy leur estre adiugées , ce qui fut fait. Car R fot dit auoir encouru et commis crime de leze-maiesté , et auoir forfait corps etlriens , et fut banny du Royaume de France (1). » Le duc de Lorraine avait appris que le parlement procédait contre lui ; il savait que ce grand corps judiciaire avait rendu , k la date du 1 er août 1412, l’arrêt dont il est question dans le passage de Juvénal que nous venons de citer ; il voulut néanmoins se rendre k Paris. Charles VI était depuis longtemps tombé en démence ; le duc de Bourgogne était tout - puissant ; il était l’ami (1) Voir ouvrage cité , pages 246 et 247. Digitized by LjOoq le (90 AUNALES de Charles II; celui-ci espéra que le parlement n’oserait pousser plus loin ses entreprises , dans la crainte de déplaire à Jean-sans- Peur. Il se trompa. Ecoutons Juvénal , témoin oculaire et même acteur dans la scène qui eut lieu à cette occasion. « Il (le duc de Lorraine) estoit venu à Paris à la seureté du duc de Bourgongne , lequel le deuoit présenter au Roy le lendemain à l’issuë de sa Messe. Laquelle chose vint à la cognoissance de la Cour de Parlement, laquelle ordonna aux aduocats et procureur du Roy, qu’ils allassent à la Cour requérir au Roy , qu’il fit iustice dudit Duc de Lorraine , ou qu’on le baillast à la Cour de Parlement pour en faire iustice, et ce qu’il appar- tiendrait par raison. De ce le Duc de Bourgongne et le Duc de Lorraine n’estoient en rien aduertis, que les gens du Roy de Parlement y deussent aller. Lesquels y vinrent, et y auoit des Seigneurs de la Cour auec les Aduocats et Procureur , et arriuèrent comme le duc de Bourgongne présentoit au Roy le Duc de Lorraine. Quand le Chancelier de France vid ceux du Parlement, il demanda ce qu’ils vouloient. Et lors s’agenouilla et parla Iuvenal, seigneur de Traignel (c’est l’historien lui-méme), lequel , comme dessus est dit, estoit aduocat du Roy , qui recita les cas dessus dits, en requé- rant aussi ce que dit est. Lors le dit Duc de Bourgongne dit : Iuvenal, ce n’est pas la manière de faire. Et il respondit qu’il falloit faire ce que la Cour auoit ordonné , et requeroit que tous ceux qui estoient bons et loyaux vinssent et fussent auec eux ; et que ceux qui estoient au contraire se tirassent d’auec le dit Duc de Lorraine. Lors le dit Duc de Bourgongne laissa aller le dit Duc de Lorraine qu’il tenoit par la manche. L’issuë fut, que le Duc de Lorraine pria au Roy bien humblement qu’il luy vouiust pardonner, et qu’il le serviroit loyaument. Lors le Roy lui pardonna tout, et pardonna ses bannissements et confiscations , et eut le Duc remission. Mais le Duc de Bourgongne ne fut pas bien content dudit Iuvénal, combien que ce quil fit, ce fut comme bon, vray et loyal , et luy en deust le Duc de Bourgongne auoir sceu tre- bon gré , de soy estre si loyaument acquitté (1). « (1) Voir ouvrage cité, pages 246 et 247. Digitized by LjOoq Le 191 DE LA SOCIÉTÉ D ÉMULATION. Nous connaissons les principales dispositions de l'arrêt rendu contre le duc de Lorraine par le parlement de Paris, arrêt que le Roi de France déclara nul , après que Charles II l'eut prié de lui pardonner. « Intervint arrest, raconte Thiriat, et fut dit contre Monseigneur que les dits de Neuf-Chasté estoient, auoient été et forent mis en protection et vassalité du Seigneur Roy. Fut le Doc amandé (sic) de iO mille marcs d’argent et de 10 mille marcs d’or , pour ce qu’on nommoit ses méfaits et félonies commises enuers son Seigneur Roy et en 40 mille livres en titre de dommage et restitution et indemnité des meaux et malencontre qu'auoit fait en- durer aux manans et bourgeois dudit Neuf-Chasté (1). » Le duc de Lorraine , après avoir éprouvé ainsi une humiliation qui dut lui être bien pénible , quitta Paris et revint dans ses États; mais il n’oublia point l’affront que les gens du parlement lui avaient fait subir. Il conserva même beaucoup de ressentiment contre le malheureux Charles VI. Ce prince s’était cependant opposé à l’exé- cution de l'arrêt du parlement et avait ordonné un silence perpé- tuel au procureur général au sujet de l’affaire de Neufchûteau ; mais Charles II pensait probablement que ce silence aurait dû être com- mandé plus tôt, et que le Roi n’aurait pas dû permettre à son procureur général et à ses avocats de demander en sa présence que l’arrêt rendu contre lui fût mis à exécution. « Et ne fut tel acte, ajoute Thiriat, mis en l’oubli de Monseigneur, et le tint à cœur que ne put dissimuler et parut visiblement , lorsque ledit Duc conserva des accointances avec le bourguignon et lorsquen tems et lieu accompagna ledit assassin lorsque vint à Paris et nargua le Roy (*). » Ici se termine ce que nous avions k dire sur la commune de Neufchâteau ; ajoutons cependant que le duc Charles II ne commit plus aucun acte de vengeance contre cette malheureuse ville , et qu'il rendit même h ses habitants le droit de nommer leurs magistrats , (4) Voir Extraits de Thiriat, conservés par Mory d'Elvange, dam le reeneil cité , page Mi. (9) Voir Extraits de Thiriat, conservés par Mory d'Elvange , dans le recneil cité, page 224. Digitized by LjOOQle 192 ANNALES ainsi que l’exercice de la justice qui leur avait été enlevé en 1409 (1410) (1). Les successeurs de Charles U, voulant relever cette ville , la traitèrent avec faveur , et l’un d’eux , pour lui donner un gage de pardon complet, fit démolir la pyramide élevée sous le règne de Charles II (2). À partir de cette époque, l’histoire de la commune de Neufchàteau ne présente plus aucun fait remarquable ; les bourgeois comprirent enfin que les troubles dont leur patrie avait été le théâtre n’étaient pas de nature à développer le commerce , source de leur ancienne prospérité; ils se contentèrent sagement de la liberté que leur accordaient leurs souverains, et ne firent plus aucune tentative pour détruire une autorité que leurs désastres leur avaient appris à res- pecter ; les ducs de Lorraine, de leur côté, sentirent la nécessité de rétablir dans son premier état une ville que les terribles représailles de Charles 11 avaient pour ainsi dire anéantie; mais la secousse avait été si violente que jamais Neufchàteau ne put reprendre le rang qu’il avait occupé pendant cent cinquante ans. Son commerce était détruit, ses principaux négociants avaient perdu la vie dans les luttes dont nous avons retracé l’histoire ; ceux qui restaient ne pu- rent créer de nouveau une prospérité qui avait disparu sans retour; et Neufchàteau demeura , ce qu’il est aujourd’hui , une ville privée de toute importance commerciale et politique. ÉCLAIRCISSEMENTS. Nous n’avons , dans ce mémoire , fait remonter qu’au règne dé Jean 1 er les tentatives faites par les habitants de Neufchàteau pour se soustraire à la domination des ducs de Lorraine; mais nous devons avertir qu’antérieurement à l’avènement du duc Jean 1 er , on trouve des traces de l’esprit remuant qui animait cette bourgeoisie; (1) Si l’on en croyait dom Cal met [Notice de la Lorraine , tome II , col. 126), le» habitants de Neufchàteau auraient été privés de l’exercice de la justice en 1392. Nous pensons que c’est une erreur. (2) Voir dom Calme t , Notice de la Lorraine , tome II, col. 129 et 130. — Chevrier, Histoire de Lorraine, tome II, pages 211 et 212. Digitized by LjOoq Le DE LA SOCIÉTÉ D’ÉMU LATUM. 193 seulement, comme ces faits sont entourés d'une certaine obscurité, nous n’avons pas cru devoir les rapporter dans le texte. Toutefois, pour ne rien omettre, nous allons brièvement indiquer tout ce que nous avons découvert relativement k ces querelles. de neufchàteau se révoltèrent et se placèrent sous la protection du Roi de France ; cependant les renseignements par nous recueillis sont tellement vagues et incomplets que nous ignorons entièrement la cause ou le prétexte de œtte insurrection. Ferry IV fit emprisonner plusieurs habitants notables; mais le Roi de France intervint, et le duc de Lorraine se vit obligé de céder et de faire remettre ces bourgeois en liberté. Viriot, Humbert et Lepetit, principaux auteurs de la première sédition, engagèrent leurs concitoyens à invoquer le secours du Roi de France, et, en 1312, Philippe-le-Bel rendit un jugement qui donnait gain de cause aux bourgeois; la seule grkce que le duc put obtenir fut de n'étre point condamné à leur payer des dommages-intérêts. Ce jugement enhardit les bourgeois, qui ne cessèrent d'affecter l’indépendance et de donner k leur souverain des sujets de mécontentement et d’inquiétude jusque vers l’époque où Gaucher de Chktillon, connétable de France, devint momentanément seigneur de Neufchkteau, par suite de son mariage avec Isabelle de Rumigny, veuve de Thiébaut U (1). (1) Voir Mr tout ces (kits le Recueil pour servir à V histoire métallique des maisons et duchés de Lorraine et de Bar , par Mory d’Elvange, manusc rit» — Règnes de Thiëbant II et de Ferry IV. 13 Digitized by LjOoq le «04 AKNALES SU «tttVAMSl. Inflamnalioa des prinipiai finèvet iMomin— r (g*’ EMULATION. 195 avec asset d’inteosité dans le cours de septembre. Lors de moir arrivée , le 5 octobre , Ton comptait déjà sept animaux morts , et- je pas reconnaître que six offraient à un plus ou moins haut degré des symptômes de la même affection. Les pertes se répartissaient ainsi : chea le sieur Cherriere, une jument et un cheval ; chez le sieur Cendre (François) , une jument et deux chevaux ; chez le sieur ttUaire , un cheval , et enfin ches le sieur Houberdon , une jument. Quant aux animaux atteints , ils appartenaient au sieur Cendre (François) , à son frère , à Hilaire afné , à Hilaire jeune , à Grand- tbouvenin et à son frère Grandthouvenin (François), chacun d’eux pour un cheval. Des sinistres aussi multipliés pour la localité durent nécessairement jeter de vives alarmes, surtout à l'époque critique des semailles. Aux empiriques primitivement appelés, avaient succédé des vétéri- naires instruits , et c’est accompagné de mes confrères , MM. Fran- çois et Thllly , de Rambervillers , que je procédai à l’étude du fléau et aux moyens de le combattre. L’examen des animaux malades et les lésions observées à l’ou- verture de ceux qui avaient péri , firent facilement apercevoir quels organes étaient intéressés et quel était le caractère de l’altération, le les rappellerai succinctement , avant que de chercher à en apprécier les causes. Symptômes. Refüs des aliments ; tète basse ; air morne ; maigreur instantanée ; bouche péteuse , flancs retirés ; respiration profonde ; démarche difficile , vacillante ; colonne dorso-lombaire insensible , très-raide ; paupières gonflées , yeux larmoyants , conjonctive et muqueuse buccale d’un jaune safran ; souvent humeur aqueuse de l’œil trouble , jaunâtre ; iris et cornée transparente dans son pourtour, réflétant la même teinte jaune ; crottins rares , secs et couverts d’un eoduit noir, poisseux ; urine claire , son émission difficile ; campements fréquents ; érection chez les chevaux ; pouls dans le principe plein , plus tard serré et tendu *, si un mieux ne survient, ces symptômes s’exaspèrent : alors pools petit, concentré et irrégulier; trouble de la vision , cécité , tête rasant le sol ; vadllement extrême , enfin chute , puis raideor tétanique ou accès vertigineux et convulsifs qui préludent â la mort. Digitized by Google 196 ANNALES Lésions cadavériques . Elle m’onl été rapportées par mes confrères, les animaux morts étant depuis trop longtemps enfouis pour que je les fisse exhumer. Je ferai observer toutefois qu’elles sont semblables aux lésions observées par moi dans des cas critiques de cette affection. Estomac médiocrement rempli d’aliments ; muqueuse du sac droit çà et là enflammée ; intestins grêles épaissis et jaunis par de la bile ; gros intestins phlogosés , surtout en se rapprochant du rectum ; ils contiennent des matières durcies , desséchées et peu élaborées. Reins sans consistance , tombant en putrilage ; vessie enflammée ; foie gorgé de sucs bilieux ; rate ramollie , d'un noir violacé ; viscères thoraciques sains ; cerveau injecté ; sérosité dans ses ventricules ; muscles , et principalement le tissu cellulaire , colorés en jaun£. D'après cet exposé de symptômes et de lésions , on peut aisément se prononcer sur le genre de maladie auquel sont en butte les chevaux de Romont. Us subissent toutes les conséquences d'une inflammation des principaux viscères ventraux , mais surtout des sé- créteurs de t'urine , de ceux de la bile , comme encore de diverses sections du tube digestif, avec report sur les fonctions du système nerveux , accusé et par des accès de vertige et par une sorte d'hémiplégie du train postérieur. Si telle est bien la nature de l’épizoqtie , on devra la classer dans le cadre nosologique comme une variété de ces affections dés- ordonnées par leurs symptômes et si graves par leurs suites, les indigestions vertigineuses. Pour le cas actuel, l'estomac et le tube intestinal ne sont pas les organes les plus lésés ; mais les viscères annexes, le foie, la rate, les reins, dans quel état inflammatoire les rencentre-l-on , et leur altération n'est-elle pas suffisante pour expliquer cette réaction sympathique sur les facultés du cerveau et de la moëlle allongée ? Causes. Elles sont éloignées et prochaines. Les premières doivent se rapporter à une mauvaise alimentation pendant toute la dernière saison , les fourrages de l'an passé ayant été plus ou moins avariés et nullement nutritifs : d'où l'affaiblissement des organes digestifs, dont l’atonie a dû être portée à son comblé par les transpirations considérables occasionnées par une chaleur estivale de 30 à 35° c. Les secondes ont nécessairement pour principe des effets pour Digitized by LjOoq Le DE LA SOCIÉTÉ DÉMULATION . 197 ainsi dire inverses à ceux signalés ; on les trouve dans des travaux des champs difficiles, les terres ne pouvant être attaquées par le soc ; dans une nourriture par trop échauffante et dans des aliments n’ayant pas encore subi une salutaire fermentation , car si 1 846 a produit peu , par contre les denrées ont été savoureuses et réparatrices. Telles sont les influences qui ont si fatalement pesé sur l’économie du cheval et auxquelles elle n’a pu bien des fois se soustraire. Ainsi s’expliquent, répéterons-nous, ces inflammations, ces transports de bile , ces dysuries , cet état nerveux , cette paraplégie enfin , attributs redoutables de la douloureuse affection. Les causes connues ou du moins suffisamment présumées , le traitement s’est borné aux prescriptions suivantes : i° Saignée proportionnée à la violence du mal et à la constitution du sujet ; 2° Un ou deux sétons animés au poitrail ; 3° Liai ment révulsif sur la région dorso-lombaire ; topique chaud et continuel sur la même partie ; 4° Breuvages émollients , souvent laxatifs ; émulsions camphrées ; lavements adoucissants ; Diète ; aliments de choix ; un peu de vert ; quelques carottes ; boisson tiède avec son farineux ; une poignée de sel de cuisine et une forte pincée de nitrate de potasse ; 6° Pansement exact ; corps bien couvert ; promenade légère ; abondante et sèche litière; 7° Visite sévère du vétérinaire pour répondre aux indications à remplir. La maladie étant de nature seulement épizootique et aucunement contagieuse, rien n’a été fixé pour le cautonnement ; mais au trai- tement curatif laissé à la mairie, il a été scrupuleusement recommandé h tous les cultivateurs de soumettre leurs chevaux aux soins ci- après, afin de les soustraire aux atteintes de l’affection. 1° Ménager le travail et le proportionner aux forces et à l’état des animaux ; 2° Saigner les plus vigoureux , comme ceux dont la tête serait lourde et la démarche chancelante ; Digitized by Google (98 A9NALE8 3° Peu nourrir ; humecter d’eau fortement salée les différents fourrages ; 4® Donner, une fois le jour , un barbottage de son fartàiux et une poignée de sel ; 5° Panser exactement. C'est avec la plus vive satisfaction que j’aurai l'honneur de vous apprendre, Monsieur le Préfet, qoe ces applications, aussi simples que peu coûteuses , ont été suivies du plus entier succès ; que les six chevaux indisposés lors de ma visite sont maintenant en parfaite santé, et qu'aucun cas nouveau n'est apparu. Un pareil succès démontre indubitablement la puissance de l'art quand ce dernier est judicieusement appliqué ; il démontre combien nos campagnes sont malheureuses quand elles se confient aux pratiques ruineuses de l'empirisme et du charlatanisme. Comme je me suis trouvé heureux d'avoir rencontré , dans l'accomplissement de ma mis- sion, des collaborateurs aussi capables et aussi dévoués que mes dignes collègues et amis, MM. François et Thilly, vétérinaires à Rambervillers , j'oserai appeler sur eux les honorables témoignages de satisfaction de l’ administration. J’appellerai également , Monsieur le Préfet , votre efficace pa- tronage sur les malheureux cultivateurs, victimes du désastre; tous sont pères, de famille et peu aisés; à une époque où la classe agri- cole souffre dans son principal revenu , die a tout lieu de compter sur l'appui et la bienveillance d'un gouvernement juste et paternel. J'appuierai encore de tout mon pouvoir le mémoire en indemnité que M. le maire de Romont s’est chargé de vous présenter en faveur de ses administrés. Je ne clorai pas, Monsieur le Préfet, ce rapport sans vous faire savoir que la maladie qui vient de frapper les chevaux de Romont , n'est pas restée étrangère à d’autres localités ; plusieurs communes en ont souffert : dans le nombre je citerai Saint-Genest, Moyemont , Mori ville; je mentionnerai encore Epinal (dans les messageries surtout); heureusement que si l’on réclame secours à temps, il y a tout Heu d’espérer prompte guérison et que , dans aucun cas , je n'ai reconnu le moindre signe de contagion à la propagation du mal. J'ai l'honneur, etc . MATHIEU. Digitized by LjOoq Le DK LA SOCIÉTÉ D’ÉMULATION. 199 ORGANISATION RT PERSONNEL M RA OAAtàtft M «UL BÜREAl T . Président honoraire , M. le comte Simeon , conseiller d’Etat , dé- poté , directeur général de l’administration des tabacs à Paris. Président, ¥. delà Bergerie , Préfet des Vosges. Vice- président , M. Maud'heux , avocat et membre du conseil gé- néral. Secrétaire perpétuel , M. franco , docteur en médecine. Secrétaire adjoint, M. Mathieu, médecin vétérinaire en chef du dé- partement. Trésorier , M. Guery, caissier à la recette générale. COMMISSIONS ANNUELLES. 1 ° commission d’admission. MM. Claudel, président, Maud'heux, Hogard, Mathieu, Éeaurain, Gley , Lemarqui s. 2° COMMISSION DE COMPTABILITÉ MM. Mougeot, président, Berker, Claudel, Beaurain, Grillât. 3° COMMISSION DE RÉDACTION ET DE PUBLICATION. MM. Maud'heux, président, Charton , Lemarqui », Ballon, Gley, Toillier, Évon. Digitized by LjOOQle 200 AHNÀLEA 4 ° COMMISSION DES PRIMES. MM. Déblayé, président , Berher. Claudel , Mathieu , Bienaymi Maud'heux, Toillie r. 5 ° COMMISSION D'àGRICULTURE. MM. Déblayé , président, Mathieu , Berher , Claudel , Bienaymè Évon, Mougeot , Dutac aîné, Toillier. 6° COMMISSION DES ANTIQUITÉS. MM. Uogard , président , Laurent , Grillot, Ballon , Beaurain Dutac jeune , Maud'heux . MEMBRES TITULAIRES RÉSIDANT AU CHEF-LJEU. MM. R. de la Bergerie , Préfet , président. Ballon, avocat. Beaurain, architecte. Berher, entomologiste. Bienaymè, ancien pharmacien. Charton , chef de bureau à la préfecture. Claudel , ancien notaire. Déblayé (Sébastien), propriétaire. Drappier , docteur en médecine. Dutac aîné , praticulteur. Dutac jeune, praticulteur. Évon fils, agronome. Garnier, docteur en médecine. Gley , imprimeur. Grillot, architecte du département. Guery, caissier de la recette générale. Hàxo , docteur en médecine. Digitized by LjOOQle DE LA SOCIÉTÉ ©ÉMULATION . 201 Hocard , agcnl-voyer directeur. Laquent , conservateur du musée. Leuarquis, procureur du Roi. Lrroy, avocat. Mathieu , médecin vétérinaire. Maud’heux , avocat , membre du conseil générât. Moogeot, percepteur. PiEiiE, docteur en médecine. Rocuatte , ancien notaire. Ruault , propriétaire. Toillier , pharmacien. UBMBUES ASSOCIÉS LIBEES RÉS10ANT DANS LE RÉPARTIRENT. MM. Blondin , avoué et maire à Saiot-Dié. Boileau , architecte à Mirecourt. Buffet (Louis) , avocat A Mirecourt. Cuvreose , docteur en médecine A Charmes. Ciroui , sculpteur en bois à Mirecourt. Delfuere , ancien président de la cour des comptes à Valfroi- court. Denis , juge de paix A Bains. Derazey , juge à Êpinal. De l'Espée , propriétaire à Charmes. * Ferry (Édouard), avocat A Saint-Dié. Gaspard , notaire A Mirecourt. Gaudel , pharmacien A Bruyères. Gaulard , professeur A Mirecourt. Génin, propriétaire A Épinal. Gerardgeorges , propriétaire aux Forges Girardin , pharmacien A NeufchAteau. Grandgeombs , notaire A Dompaire. D’Hennezel , maire A Bettoncourt. Houel , ancien principal A Saint-Dié. Husson-Durand, négociant A Mirecourt. Digitized by LjOoq Le 202 AftlfALBS Lallemand , curé k Dompaire. Lenfant , juge de. paix , président du comice agricole k Mirecourt. Lequin , propriétaire k Lahayevaux. Malgeas , principal du collège , directeur de l’école normale de MI- recourt. Mamelet , docteur en médecine k BulgnéviUe. Mat (J.-B.), agronome k Mandray. Merlin , ancien chef d’escadron d’artillerie à Bruyères. Mougeot, docteur en médecine à Bruyères. Mougeot fils , docteur en médecine k Bruyères. Peureux , maire à la Chapelle-aux-Bois. Pierrot , curé à Trémonzey. De Pruines , maître de-forges à Semouxe (Xertiguy). Puton , naturaliste à Remi remont. Puton (baron) , ancien colonel à Mirecourt. Resal , avocat à Dompaire. Simon , principal du collège de Saint-Dié. Turcx , docteur en médecine h Plombières. Vuillehin , percepteur k Nossoncourt. membres correspondants. MM. Alrert Monteront , homme de lettres à Paris. Allonville (O b’) , ancien préfet de la Meurthe. Altmayer , propriétaire k Saint-Avold. Aurry-Fervrel , négociant b Paris. Bazelaire (de) , attaché au ministère des cultes h Paris. Beaulieu, membre de la société des antiquaires de France. Beaupré , vice-président au tribunal civil de Nancy 1 . Bégin , docteur en médecine b Paris. Bergé , chef de bureau k l’administration des tabacs , k Paris. Bergé, inspecteur des forêts k Chklons-sur-Saône. Berthier, propriétaire de la ferme expérimentale de Roville. Blaise (des Vosges), professeur d’économie politique k Paris. Bonfils (de) , ancien sous-préfet k Mirecourt. Bonnafous , directeur du jardin royal de Turin. Digitized by Google DS LA SOCIÉTÉ D 'ÉMULATION • 203 Borrm, ancien secrétaire de lt société royale des antiquaires de de France , membre de plusieurs sociétés savantes. Boula de Coulohkiers , ancien préfet des Vosges. Boulât (delà Meurthe), député des Vosges. Braconot , directeur du jardin botanique de Nancy. Buffévent (de), conservateur des forêts à Grenoble. Cbarlier , inspecteur des forêts b Gaudebec. Guerrier , ancien sous -préfet de Neufchbteau , b Paris. « Chrétien , professeur d’agriculture b l’école normale de Nancy. Claudel, ingénieur civil b Paris. Collard , ancien substitut du procureur général b Nancy. Collin , professeur au collège de Strasbourg. Cournault, bemme de lettres b Paris. Crissant , directeur de la forme expérimentale d’ArtfeuiUe. Cutnat , chirurgien-major en retraite et bibliothécaire b Dijon. Dehidoff (Anatole), propriétaire de mines aux monts Oural (Russie). Denis père, membre de plusieurs sociétés savantes b Commercy (Meuse). Denis, médecin b Toul. Dmlot, procureur général b Bourges, député des Vosges. Didion, ingénieur des ponts et chaussées b Niort. Dicot , avocat b Nancy. D’Olincourt , architecte b Bar-le-Duc. Dompmartui, docteur en médecine b Dijon. Doré, ingénieur en ehef des ponts et chaussées. Dumont , avocat b Commercy. Fournel, professeur b Metz. Gaillardot , docteur en médecine b Saida (Syrie). Gand, inspecteur forestier. Gémn (dit Vérüsmor), homme de lettres b Cherbourg. Génin , professeur de la faculté des lettres de Strasbourg. Gillet , juge b Nancy. Gley, agent comptable en Afrique. Gloesner , professeur b Liège. Gorron , ancien élève de Rovilie. Digitized by LjOoq Le 204 AN WALES Godde de Liancourt , fondateur de la société des naufrages , à Paris. Godron, docteur en médecine à Nancy. Golbery (de) , procureur général à Besançon. Guibal père, juge de paix à Nancy. Guillaume , curé à Blénold-lez-Toul. Hausmann , sous-intendant militaire. Hubert^ naturaliste à Y verdun. Joly, ingénieur des ponts-et-chaussées à la Martinique. Kirschleger , professeur de botanique à Strasbourg. Lair , secrétaire perpétuel de la société royale d’agriculture et de commerce à Caen. Languey de Sivry , propriétaire à Arney-le-Duc (Côte-d’Or). Lebbsque , professeur à la faculté des sciences à Bordeaux . Lepage , archiviste de la préfecture à Nancy. Lesaing , docteur en médecine à Blàmont. Levaillant de Bovent , ingénieur en chef à Besançon. Lehr (Paul), ancien membre du conseil général des Vosges, à Strasbourg. Lionnet, professeur de mathématiques au collège Louis-le-Grand , à Paris. Maimat , officier en retraite. Malgaigne , docteur en médecine, membre de l’académie de médecine à Paris. Mansion , directeur de l’école normale primaire de Melun. Mailler (de) , officier supérieur d’artillerie à Metz. Marant fils, cultivateur à Rimauconrt. Martel, officier au 5 e régiment de hussards. Masson, conseiller à la cour royale de Nancy. Maulbon d’Arbaumont , ingénieur en chef des ponts et chaussées à Vesoul. Ménestrel , ancien chirurgien aide-major. Mirbeck (de), officier en retraite à Barbas. Monicault (de), préfet à Melun. Monnier, propriétaire à Nancy. Nau de Cuamplouis, pair de France, préfet à Dijon. Nodot , directeur du musée de Dijon. Digitized by LjOoq Le 205 DE LA SOCIÉTÉ d’ ÉMULATION. Noël, ancien notaire à Nancy. Ottmann père , ancien capitaine d'artillerie k Strasbourg. Oulmon (d'Epinal) , docteur en médecine k Paris. Pariset , secrétaire de l'académie royale de médecine k Paris. Pensée , professeur de dessin k Orléans. Péricaot de Gravillon , capitaine d’état-nuÿor k Paris. Petot , ingénieur en chef des ponts et chaussées k Bourbon- Vendée. Pierrard , ancien officier du génie k Verdun. Pinet , avocat k la cour royale de Paris. Pirocjx , directeur de l'institut des sourds-muets k Nancy. Poirel , avocat général k Nancy. Pradel (Eugène de) , improvisateur k Paris. Putegnat , docteur en médecine k Lunéville. Puvis , président de la société d’agriculture de Bourg. Riant (l'abbé), aumônier au collège de Haguenau. Riquet , médecin vétérinaire au 7 e dragons. Salmon, procureur du Roi à Saint-Mihiel. Saucerotte , docteur en médecine k Lunéville. Siméon (comte), député des Vosges, directeur général de l'adminis- tration des tabacs à Paris. Simon , juge au tribunal civil à Metz. Simonin , médecin de l'hospice civil à Nancy. Soyer-Willemet, secrétaire de la société centrale d'agriculture de Nancy, bibliothécaire en chef de la même ville. Soulacroix, ancien recteur de l'académie de Lyon. Thiébaut de Bernéaud, bibliothécaire de la bibliothèque Mazarinc k Paris. Thomas (d’Epinal) , homme de lettres a Paris. Tocquaine , garde général des forêts k Strasbourg. Toussaint, agriculteur k Stuttgard. Turce , médecin k Paris. Turck (Amédée), fondateur de l'école d’agriculture de Sainte-Gene- viève près de Nancy. Vagner , homme de lettres k Nancy. Valdezey , docteur en médecine a Liancourt. Varlet, docteur eu médecine k Haguenau. Digitized by LjOoq le 206 AlUIALEft Vergiuuld-Romagnési , négociant à Orléans. Vial , conservateur des forêts à Chaumont. Ville poix (de) , ancien professeur d’apiculture à Roville, FIN. Digitized by LjOoq le TABLE DES MATIÈRES CONTINUES DANS LE l w CAHIER DU TOME VJ. — ANNÉE 1846. Procès-verbal de la séance publique du 24 septembre 1846. 5 Courte rendu des travaux de la société en 1845 — 1846, par M. Ballon, avocat, membre titulaire 13 Rapport sur la distribution des primes départementales affectées à l'arrondissement d’Épinal , par M. Gaudel , membre titulaire. 60 Proclamation des médailles et mentions honorables 67 Programme des primes et médailles à décerner en 1847 . . 72 Rapport sur les objets concernant l’histoire naturelle , déposés au musée vosgien en 1845 — 1846, par M. le docteur Mougeot , président du comité d’histoire naturelle h la com- mission de surveillance de cet établissement départemental , membre associé libre 74 Note sur les accroissements des collections du musée dépar- temental , par M. Jules Laurent , directeur de cet établis- sement, membre titulaire 98 Notice sur deux petits dépôts de tuf calcaire situés sur le ter- ritoire de la commune de Vincey , par M. Hogard , membre titulaire 105 Note sur l’alternance des végétaux , par M. Évon , membre titulaire 115 Digitized by LjOoq Le 208 TABLE Mémoire sur diverses améliorations apportées dans l'emploi des bois pour la menuiserie, par M. P. -A. Boileau, architecte, membre associé libre 142 Notice sur la culture d'un nouveau blé printanier, dit blé de Tangut, par M. Bienaymé, membre titulaire 163 Rapport sur les travaux d’encaissement d’une partie de la Moselle, exécutés par MM. Dutac frères, d'Épinal, membres titulaires, par M. le baron de Ladoucette 169 Recherches historiques sur la commune de Neufchâleau , par M. A. Digot, avocat à Nancy, membre correspondant . 172 Rapport sur une épizootie, par M. Mathieu , membre titulaire. 194 Organisation de la Société et liste de ses membres en 1846. . 199 ï F ^JDigitized by Google ^ ‘îrA.^. »37. A 4 s «MTrv*^ iriit4^. 3 %rm+*A'j90rt'»4-Qm~Cmirt%*é ! *inW f (J+Ab&